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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 07:19

Contrairement à beaucoup d’autres, ce secret ne tourne pas autour d’une naissance illégitime, mais d’un enrichissement exceptionnel et d’une ruine rapide et spectaculaire.

 

Il était une fois, dans les années trente, un couple bourgeois résidant dans le département du Nord. Lui était ingénieur, et elle femme au foyer. Ils avaient trois enfants (je tiens ce secret du fils de l’un de ces enfants). Ils vivaient dans une grande et belle maison (un peu celle des Le Quesnoy du film), héritée par le mari. Comme l’épouse avait des loisirs, elle décida de se lancer dans des acquisitions immobilières. Sa mise de fonds de départ était symbolique. Elle acheta un premier appartement, qu’elle loua, puis une petite maison d’ouvrier, puis un pas-de-porte de petit magasin, puis deux garages, puis une nouvelle maison, puis deux ou trois appartements etc. En quelques années, elle se retrouva à la tête d’un matrimoine d’environ 200 logements loués. La guerre écorna à peine cette petite fortune, peu des propriétés de la dame ayant été détruites dans les bombardements. L’après-guerre s’annonçait mirifique. Les enfants ne savaient rien (ou faisaient comme si) de l’activité très lucrative de leur mère qui, peut-être, devait éprouver quelque honte à pratiquer ce commerce.

 

Peu de temps après la fin des hostilités, le mari mourut brutalement d’une crise cardiaque. En principe, la veuve pouvait voir venir. Mais ce qu’elle vit surtout venir, ce fut un immigré italien d’un genre un peu particulier. Bel homme, beau parleur, il vivait du commerce de ses charmes. La veuve en devint éperdument amoureuse. Il s’installa dans la belle maison “ Le Quesnoy ” et, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il dilapida toute la fortune de son amoureuse : il fréquenta un casino voisin, il entretint royalement deux ou trois jeunes maîtresses, fit quelques voyages en Amérique, joua en bourse. Bref, il vécut comme dans un scénario de film de série B, un film auquel, officiellement du moins, les enfants de sa bienfaitrice ne comprirent rien.

 

 

La pauvre dame ne garda que la maison familiale, pour partie propriété de ses enfants. Née vers 1900, elle mourut en 1965 après s’être fracturé le col du fémur. Le séduisant “ gentiluomo ” l’avait quittée depuis longtemps.

 

Dans les années soixante-dix, l’un de ses petits-fils acheta, par hasard (mais le hasard existe-t-il en la matière ?) une des maisons qui avait appartenu à ses grands-parents. Il découvrit dans l’étude notariale fréquentée par la famille l’histoire de ce bien, et comme il exprimait une vive surprise, le notaire sortit des dossiers dont la lecture le laissa pantois.

 

Quand je lui demandai s’il avait eu des doutes, s’il avait flairé l’existence d’un “ squelette dans le placard ”, si, inconsciemment, il avait senti qu’on lui cachait quelque chose, il me répondit qu’il n’avait jamais vraiment compris comment les gens le regardaient dans la rue de cette sous-préfecture du Nord. Il ajouta que ses parents soupiraient parfois de manière énigmatique au souvenir de ses grands-parents. Et comme je souhaitai savoir s’il pensait que le secret l’avait personnellement travaillé, il estima que, peut-être, le poids du silence l’avait empêché de s’exprimer, au sens propre (il était peu disert), comme au sens figuré (il s’était volontairement coupé les ailes dans sa profession).

 

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Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
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