8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 06:23

http://b.imdoc.fr/1/animaux/masse/photo/3134382313/5530579778/masse-recense-chiens-dangereux-img.jpg

Toujours aussi lumineux, le Bernard !


Il fut un temps où les gouvernements gouvernaient, y compris en matière économique et financière. Ils prenaient des décisions en puisant dans une panoplie de politiques dont les conséquences étaient généralement prévisibles. C’est le sens de la maxime dont on attchienribue la paternité à Emile de Girardin, journaliste français du XIXème siècle : « Gouverner c’est prévoir ». Qui pourrait dire aujourd’hui que cette affirmation a encore la moindre validité ? La crise de la dette publique qui affecte l’Europe en offre en tout cas un contre-exemple caricatural.


Les principaux dirigeants de la zone euro – Angela Merkel, Mario Monti, Nicolas Sarkozy, et accessoirement Mariano Rajoy – consacrent une partie croissante de leur temps à se rencontrer ou à se téléphoner pour tenter d’aboutir à des positions communes. Quand ils y parviennent, cette position est rapidement invalidée par la réalité. Tout simplement parce qu’ils n’ont plus aucune prise sur des mécanismes mis en place par les traités européens qu’ils ont eux-mêmes votés. Pour financer la dette publique – dont il faut en permanence rappeler que l’accroissement est largement imputable aux cadeaux fiscaux consentis aux catégories privilégiées et au sauvetage des banques privées -, ils ne peuvent faire appel à la Banque centrale européenne (BCE). Contrairement à la Réserve fédérale et à la Banque d’Angleterre, qui jouent le rôle de prêteurs en dernier ressort, la BCE ne peut avancer des liquidités aux Etats. Elle a seulement le droit de le faire aux banques privées. C’est absurde ? Certainement, mais alors il ne fallait pas voter le traité de Maastricht et celui de Lisbonne !


Reste donc, comme seule possibilité, le recours aux marchés financiers, à des taux prohibitifs pour les Etats les plus vulnérables (28 % pour les bons grecs à 10 ans !). Conséquence : la spirale infernale plans de rigueur/récession/ diminution des rentrées fiscales/ augmentation de la dette/ nouveaux plans de rigueur, etc. Et qui détermine les taux d’intérêt exigés par les investisseurs ? Le jugement des agences de notation, chiens de garde des marchés, par les « notes » qu’elles donnent aux Etats. D’où les efforts désespérés des gouvernements pour donner des gages à Standard & Poor’s (S&P), à Moody’s ou à Fitch Ratings. Nicolas Sarkozy a poussé le ridicule, sinon l’indécence, jusqu’à qualifier de « trésor national » non pas la démocratie ou le respect de la volonté populaire, mais la note AAA de la France !


Il arrive que les chiens de garde mordent la main qui les caresse dans le sens du poil. C’est ce que S&P vient de faire en dégradant d’un cran la note de la France, et de deux crans celles de l’Espagne, de l’Italie et du Portugal. En ce qui concerne la France, ce camouflet s’accompagne d’un cours d’économie à l’usage des nuls : « Un processus de réforme fondé sur le seul versant de l’austérité budgétaire risque de se vouer lui-même à l’échec, la demande intérieure chutant parallèlement aux inquiétudes croissantes des consommateurs sur la sécurité de l’emploi et de leurs revenus, minant les recettes fiscales des pays ». En d’autres termes, une récession est bien plus dangereuse que l’augmentation des déficits. S&P condamne ainsi – comble de l’humiliation - les plans de rigueur qui avaient pourtant été mis en place à seule fin de lui complaire !


Impuissants face à la BCE, prisonniers des contraintes de la survie de la zone euro, et rabroués par des marchés financiers auxquels ils avaient confié leur salut, les gouvernements font penser à des mouches qui se heurtent aux parois d’un bocal dans lequel elles se sont elles-mêmes enfermées. Mais qui osera faire sauter le bouchon de ce bocal ?

 

http://www.medelu.org/La-morsure-du-chien-de-garde


Partager cet article

Published by Bernard Gensane - dans Politique
commenter cet article

commentaires

  • Bernard Gensane
  • Né à Hénin-Liétard en 1948, j’ai passé mon enfance dans cette ville minière où mes parents étaient instituteurs. Je suis angliciste. Spécialiste de George Orwell et des Beatles.
  • Né à Hénin-Liétard en 1948, j’ai passé mon enfance dans cette ville minière où mes parents étaient instituteurs. Je suis angliciste. Spécialiste de George Orwell et des Beatles.

Recherche

Articles Récents

  • Un panneau belge percutant
  • Ce que j’ai perdu avec le « nouvel » overblog
    Pour les gens qui, comme moi, utilisent Overblog parce qu’ils écrivent beaucoup (j’ai publié plus de 1800 articles), la nouvelle formule du site est une mini catastrophe.   A chaque instant du travail, on rencontre une gêne....
  • Comment un journal de gauche vire à droite
    Je suis assez mal placé pour parler du glissement à droite de Libération et du Nouvel Observateur, puisque j’ai cessé de lire régulièrement le premier lors du virage « socialiste» de la...
  • Claude Guéant et les arts ménagers
    Robert Chaudenson revient sur les mésaventures de Claude Guéant, qui a tenté de minimiser la violence du flot d'argent qui coule autour de lui depuis des années. Comme s'ils s'agissait de bavures, d'égarements...
  • Note de lecture (122)
    Jérôme Garcin. Bleus Horizons. Paris : Gallimard, 2013.   Ceci est un roman, roman historique, est-il précisé en quatrième de couverture. Jérôme Garcin évoque, de manière romancée,...
  • Videla : dictature et Coupe du monde de Football
    Lors de la Coupe du monde de football de 1978 en Argentine, le pays hôte s’est qualifié miraculeusement par un 6 à 0 face au Pérou. Cette victoire écrasante a toujours parue suspecte à beaucoup. Mais l’important...
  • La mort du français à l’université
    En nommant Geneviève Fioraso ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Hollande savait très bien qu’en confiant cette responsabilité à une femme d’affaires, il poursuivait et amplifiait...
  • Spéculation sur la mort aux États-Unis
    Le capitalisme financier a décidé de tout acheter et de tout vendre : l’eau, l’air, le génome humain, les recettes de grand-mère, les contrepoisons amazoniens à base de plantes. Il achète maintenant...
  • Jusqu'où peut aller le libéralisme ?
    Comment caguer sur les piétons en seulement 12 leçons
  • La débâcle hollandaise
    Dans les colonnes du Grand Soir , Yann Fivet brosse un tableau cruel mais juste de la première année de Hollande à l'Élysée.     Nous étions sans grande illusion quand François Hollande fut...
Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -
Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest