11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 06:45

http://www.lesmanantsduroi.com/Images15/universite-US.jpgAux États-Unis, cette fois. Que ceux qui fantasment sur l'enseignement supérieur dans ce beau pays se calment. Ci-dessous un texte plutôt modéré, mais terriblement "devastating", comme on dit la-bas.

 

 

Universités
Universités américaines : un classement quasi-inchangé mais des inquiétudes quant à l'économie du système universitaire


http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/69582.htm


Harvard a la meilleure faculté de commerce des États-Unis, et le MIT la meilleure faculté d'ingénierie. Ce sont les résultats d'une étude d'U.S. News et de World Report [1] parue mi-mars, qui classe les universités américaines selon leurs facultés. Comme la plupart des autres classements, celui-ci est établi d'une part d'après l'avis d'experts sur la qualité de l'enseignement, et d'autre part sur des indices statistiques quant à la recherche, le taux d'emploi des étudiants à leur sortie, le salaire moyen, etc... Mais l'intérêt de cette étude réside dans le fait qu'elle n'aborde pas les établissements universitaires dans leur ensemble, toutes disciplines (sciences, ingénierie, SHS, etc.) et activités confondues (enseignement, recherche et valorisation industrielle). L'étude considère en effet les universités américaines selon leurs facultés ("school"). Comme on le sait, d'un établissement à l'autre, toutes les facultés ne se valent pas. De plus, la plupart d'entre elles fonctionnent de façon très autonome pour ce qui est de leur recrutement (professeurs, étudiants), de leur recherche ou de leurs relations avec les industriels.


 

Le classement révèle tout d'abord la richesse de la Nouvelle Angleterre en terme d'enseignement supérieur : les universités de cette région peuplent le top 50 dans les différentes spécialités du classement. Le classement confirme aussi la place de Kellogg, l'école de commerce ("School of Management") de l'Université du Nord-Ouest (Illinois), qui est classée quatrième meilleure du pays, à égalité avec le MIT et l'Université de Chicago, et ce malgré un salaire moyen à la sortie plus faible. En fait, cette université se distingue par les nouveaux programmes d'éducation qu'elle met en place. Kellogg propose en effet à ces étudiants de réaliser leur M.B.A. [2] en un an plutôt que deux. De manière similaire la faculté de droit de cette université se distingue en proposant des cursus en deux ans au lieu de trois. L'Université du Nord-Ouest apparaît en avance par rapport aux autres établissements pour ce type de programmes, même si de très nombreuses universités mettent désormais en place des options d'enseignement toujours plus variées et plus adaptées aux besoins de la société américaine. Les programmes accélérés comme celui de Kellogg sont de plus en plus populaires dans les facultés de droit et de commerce.


 

En plus des cursus accélérés, d'autres programmes sont mis en place par les universités, notamment des cours aux horaires adaptés aux personnes dans la vie active qui souhaitent augmenter leur niveau de qualification. Harvard possède par exemple une faculté, l' "Extension School", entièrement tournée vers cette clientèle. Il s'agit donc à la fois de professionnels améliorant leurs compétences, mais aussi de personnes s'intéressant à un domaine d'étude, indépendamment de leur spécialisation, ainsi qu'à un public prenant des cours en ligne depuis l'étranger.


 

Hausse des coûts et de l'endettement

Ces nouveaux programmes d'éducation sont notamment un moyen pour les universités de justifier l'augmentation constante des frais d'inscription. Et pour les étudiants, les cours accélérés ont l'attrait principal de supprimer un an de frais de scolarité. Il devient en effet de plus en plus difficile aux étudiants de subvenir à leurs études. En 2011-2012, le coût moyen de la scolarité aux E.-U. a augmenté de 5% par rapport à l'année scolaire précédente [3]. Et Harvard College (premier cycle de l'Université de Harvard) a annoncé une nouvelle augmentation de 3,5% des frais d'inscription pour l'année 2012-2013, les portant à près de 55.000 dollars par année et par étudiant [4]. Parallèlement, les conditions pour obtenir une réduction de frais de scolarité deviennent plus drastiques, bien qu'une grande moitié des étudiants bénéficient toujours d'une aide financière. Jusqu'à présent, les étudiants d'Harvard venant d'une famille dont les revenus annuels étaient inférieurs à 180.000 dollars payaient entre 0% et 10% de leur revenu en guise de frais d'inscription. A partir de 2012, la limite passe à 150.000 dollars annuels : au-delà, les familles devront payer plus de 10% de leur revenu en frais d'inscription. En conséquence, l'endettement des étudiants prend des proportions gigantesques aux Etats-Unis : depuis l'an 2000, cette dette a quadruplé pour atteindre 1.000 milliards de dollars selon les dernières estimations [5]. Selon les experts financiers, et pour illustrer la taille de ce montant, la somme représente désormais près de 40% du volume des créances dues par les consommateurs américains. En valeur, cela revient aussi à 10,20% des créances immobilières américaines. D'après une officine privée [6], l'endettement étudiant est appelé à davantage croître pour atteindre 1 400 milliards en 2020, laissant craindre la formation d'une énorme bulle présentant un risque fort d'éclatement à moyen terme.


 

L'augmentation constante des frais d'inscription universitaire a été au coeur du débat électoral en début d'année. En janvier, dans un discours à l'Université du Michigan, le Président Obama menaçait ouvertement de diminuer les subventions fédérales aux universités : "si les frais de scolarité ne cessent pas d'augmenter, les financements aux universités pris sur l'argent des contribuables sont appelés à diminuer". [7] En d'autres termes, pour l'exécutif américain, l'augmentation régulière des frais de scolarité menace l'économie d'un système qui veut que les déductions fiscales des particuliers alimentent le fonctionnement de l'enseignement supérieur.


 

Les universités doivent cependant faire face à des coûts administratifs croissants. Pour rester attractives et maintenir leur rang dans les classements, les universités mettent en place de nouveaux services et de nouveaux enseignements. D'une façon générale, toutes les universités américaines doivent faire face à une forte augmentation de leurs coûts de fonctionnement. Par exemple, Harvard a ouvert fin 2011 un "Innovation Lab", lieu d'entreprenariat mis gratuitement à la disposition des étudiants pour qu'ils développent leurs projets. En plus des frais logistiques de construction et d'équipement du centre, ce "laboratoire" implique aussi des frais administratifs pour les équipes d'encadrement et de conseil aux étudiants.


 

Des projets comme l'"Innovation Lab" à Harvard, ou le similaire - mais plus ancien - Media Lab au MIT permettent à ces universités de garantir leur rayonnement international. C'est la raison pour laquelle le "Times Higher Education" les classe comme les deux universités les plus réputées au monde en 2012 [8]. Ce sondage s'adressait à plus de 17.000 universitaires qui devaient rendre compte de la réputation des universités dans leur domaine en répondant à des questions de mise en situation. L'enquête demandait par exemple aux universitaires de choisir les universités où ils enverraient leurs étudiants les plus doués pour qu'ils reçoivent le meilleur encadrement. Le niveau de réputation d'Harvard a été pris comme référence, et les autres universités ont été classées en fonction de cette dernière : le MIT arrive ainsi en seconde position avec une réputation estimée à 87% de celle d'Harvard.


 

Même si de tels classements sont toujours sujets à contestation, ils mettent cependant en évidence la recette du succès de ces grandes universités. Cette réputation leur permet d'attirer des étudiants du monde entier, des professeurs de haut niveau et des investissements variés, créant une émulation qui encourage des enseignements de qualité, un grand nombre de publications et un fort rayonnement international. Il reste que l'économie du système d'enseignement supérieur est actuellement soumise à rude épreuve, notamment en raison des difficultés de financement rencontrées par les étudiants américains pour accéder à l'université. Si la situation suscite des inquiétudes aux Etats-Unis, elle peut dans le même temps recéler des opportunités pour tous les établissements d'excellence, celles d'attirer encore davantage d'étudiants étrangers qui paient plein tarif sans grever le budget fédéral...

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[2] Master of Business Administration



[6] CFR : Council of Foreign Relations

 

- [1] School Listings & Rankings - U.S. News & World Report - March 2012 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/6LNJu
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[3] R. L. Ensign - College Math 101 : Calculating the Real Cost of Attending - The Wall Street Journal - 25th of March 2012 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/3aAJu
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[4] J. Lorin - Harvard College Increases Undergraduate Costs by 3.5 Percent - Bloomberg - 26th of March 2012 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/sWv67
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[5] d'après Evariste Lefeuvre, dans une étude pour Natixis de mars 2012
-

[7] K. Hefling, J. Kuhnhenn - Obama decries rising cost of college education - Associated Press - 27th of January 2012 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/Z3Nwd
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[8] World Universities Rankings 2011-12 - Times Higher Education - March 2012 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/7DaHJ

Rédacteurs :

- Aurore Dupin, stagiaire-inno@ambascience-usa.org ;
- Antoine Mynard, attache-inno@ambascience-usa.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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