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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 08:27

Maxime Vivas. Le Gueuloir. Paris : Le Léopard démasqué, 2013.

 

Maxime, il faudrait voir à se calmer. Un livre par mois ! Mieux que Simenon ou Guy des Cars !

 

Conséquences :

 

1) Ça m’épuise de rendre compte de tes productions,

 

 2) Ça va finir par se voir qu’on se connaît.

 

Maxime a une culture littéraire considérable. Alors, un jour, comme Lénine, il s’est dit : « Que faire ? », que faire de ce savoir sans être pédant et casse-bonbons ? Comment faire partager mon amour de la littérature ?

 

Il a eu l’idée apparemment saugrenue suivante : rassembler cent écrivains morts (avec les vivants, on ne sait jamais, il y en a qui bougent encore), de toutes les époques dans la grande galerie des Glaces du château de Versailles dans l’attente de la désignation du « Meilleur écrivain mondial de tous les temps ». Superbe idée refusée par un grand éditeur (dont le nom commence par un G) qui l’aurait acceptée si elle avait été proposée par un écrivain connu.

 

 

Aucun des propos attribués aux cent gloires littéraires n’a été inventé. Ce qui fait, évidemment, le suc de ce livre. L’ami Pierre Lemaitre le disait récemment : « comme la télé, la littérature peut rendre fou. » Et pas que Céline ou Jean-Edern Hallier. Ce ne sont qu’insultes, plagiats, coups bas. Comment Voltaire, une des plus grandes intelligences qui fût, a-t-il pu réduire l’œuvre de Shakespeare, cet « histrion barbare » qu’il dénommait « Will Shakespeare », à « quelques perles dans un énorme fumier » ? Pourquoi Flaubert a-t-il pu écrire de Balzac « Quel homme eût-il été s’il eût su écrire ? » ? Comment a-t-il pu penser de George Sand « on sent les fleurs blanches ; cela suinte, et l’idée coule entre les mots, comme entre des cuisses sans muscles. » ? Il est vrai qu'il avait la détestation facile (sauf pour les pantoufles de sa chère et tendre devant lesquelles il se masturbait). Il haïssait la démocratie (il pensait valoir vingt électeurs de son village), ceux qu’il appelait les « communeux » qu’il comparaît à des « chiens enragés ».

 

Pourquoi Mauriac a-t-il renvoyé Les Faux-Monnayeurs de Gide dans les cordes, « livre raté » d’un écrivain qui se voulut être un grand romancier « mais qui n’en fut pas un » ? C’est que, pour un écrivain, un bon confrère est un confrère mort. Alors Hugo assassine Stendhal : « Le Rouge et le noir, j’ai tenté de lire ça, mais comment avez-vous pu aller plus loin que la quatrième page ? »

 

Cet univers est peuplé d’egos boursouflés.  Il ne suffit pas d'y proclamer « je suis le meilleur » : il faut ajouter « les autres sont de pauvres merdes ». La puissance créatrice ne suffit pas. Il faut exister contre les autres, au besoin en suscitant les renvois d’ascenseur, les manigances, la corruption.

 

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Published by Bernard Gensane - dans notes de lecture
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commentaires

Gensane 10/09/2013 16:48

A BM :
Entre autres choses, Shakespeare a inventé la langue anglaise. N'oubliez pas qu'avec Voltaire nous sommes toujours dans un certain classicisme qui ne peut pas supporter qu'un auteur pulvérise tous les genres. Il faut également avoir à l'esprit que dans la France du classicisme le théâtre est un genre noble alors que dans l'Angleterre élisabéthaine, le théâtre était un genre ignoble.
Par ailleurs, vous pouvez lire ce que j'ai écrit sur Orwell.
D'accord avec vous pour Wilde, mort beaucoup trop tôt.

BM 10/09/2013 13:08

Je dois confesser, à ma grande honte, que je partage quelque peu l'avis de Voltaire sur Shakespeare.

J'ai étudié l'anglais à l'Université (j'ai eu ma licence), je n'ai jamais pu comprendre pourquoi les Anglophones pensent de Shakespeare qu'il est le plus grand écrivain de tout les temps dans la langue anglaise. C'est souvent incroyablement boursouflé.

Personnellement, je préfère Alexander Pope, et surtout Oscar Wilde. J'ai récemment découvert Orwell, cela a été un choc pour moi.

(Incidemment, personne ne m'a parlé d'Orwell à l'Université ; tout les profs ne s'intéressaient qu'à la littérature états-unienne et du "Commonwealth". Ce qui m'a quand même permis de découvrir quelques beaux auteurs australiens comme Patrick White. Mais la littérature états-unienne... Franchement... Que pouvait-il bien se passer dans la tête de gens comme Faulkner ou Pynchon ?)

Gensane 10/09/2013 14:16

Entre autres choses, Shakespeare a inventé la langue anglaise. N'oubliez pas qu'avec Voltaire nous sommes toujours dans un certain classicisme qui ne peut pas supporter qu'un auteur pulvérise tous les genres. Il faut également avoir à l'esprit que dans la France du classicisme le théâtre est un genre noble alors que dans l'Angleterre élisabéthaine, le théâtre était un genre ignoble.
Par ailleurs, vous pouvez lire ce que j'ai écrit sur Orwell.
D'accord avec vous pour Wilde, mort beaucoup trop tôt.

geronimo87 10/09/2013 09:45

Bonjour.
C'est pour cela que je ne lis que des auteurs décédés, leur ego boursouflé a eut le temps de se dégonfler.
Les gesticulations des rentrées littéraires sont affligeantes.
Merci

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