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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 10:55

Je reprends ici la deuxième partie de l'article d'Éric Toussaint publié par Me Grand Soir. Première partie, ici : link

 

http://blogues.lapresse.ca/paquin/wp-content/uploads/2009/02/twin_towers_demotix_web.jpg
 

L’action de la Banque centrale européenne et de la Fed [3]


A partir de juin 2011, les banques européennes sont entrées dans une phase tout à fait critique. Leur situation était presque aussi grave qu’après la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008. Beaucoup d’entre elles ont été menacées d’asphyxie parce que leurs besoins massifs de financement à court terme (quelques centaines de milliards de dollars) n’ont plus été satisfaits par les money market funds américains qui ont considéré que la situation des banques européennes était décidément de plus en plus risquée [4]. Les banques ont été confrontées à la menace de ne pas pouvoir faire face à leurs dettes. C’est alors que la BCE, suite à un sommet européen réuni d’urgence le 21 juillet 2011 pour faire face à une possible série de faillites bancaires, a recommencé à leur acheter massivement des titres de la dette publique grecque, portugaise, irlandaise, italienne et espagnole afin de leur apporter des liquidités et de les délester d’une partie des titres qu’elles avaient goulument achetés dans la période précédente. Cela n’a pas suffi, les cours en bourse des actions des banques ont poursuivi leur dégringolade. Les patrons de banque ont passé un mois d’août de tous les dangers. Ce qui a été décisif pour maintenir à flot les banques européennes, c’est l’ouverture à partir de septembre 2011 d’une ligne de crédit illimité par la BCE en concertation avec la Fed, la banque d’Angleterre et la Banque de Suisse : les banques en manque de dollars et d’euros ont été mises sous perfusion. Elles ont commencé à respirer de nouveau mais c’était insuffisant. Le cours de leur action continuait la descente aux enfers. Entre le 1er janvier et le 21 octobre 2011, l’action de la Société générale a chuté de 52,8 %, celle de BNP Paribas de 33,3 %, celle de la Deutsche Bank de 28,8 %, celle de Barclays de 30,5 %, celle du Crédit suisse de 36,7 %. Il a alors fallu que la BCE sorte son bazooka, appelé LTRO (Long Term Refinancing Operation) : entre décembre 2011 et février 2012, elle a prêté plus de 1000 milliards d’euros pour une durée de 3 ans au taux d’intérêt de 1% à un peu plus de 800 banques.


La Fed faisait grosso modo de même depuis 2008 à un taux officiel encore plus bas : 0,25%. En réalité, comme l’a révélé en juillet 2011 un rapport du GAO, équivalent de la Cour des Comptes aux Etats-Unis, la Fed a prêté 16 000 milliards de dollars à un taux d’intérêt inférieur à 0,25%[5]. Le rapport démontre qu’en pratiquant de la sorte, la Fed n’a pas respecté ses propres règles prudentielles et qu’elle n’en n’a pas averti le Congrès. Selon les travaux d’une commission d’enquête du Congrès des Etats-Unis, la collusion entre la Fed et les grandes banques privées a été évidente : « Le PDG de JP Morgan Chase était membre de la Réserve fédérale de New York au moment où « sa » banque recevait une aide financière de la Fed s’élevant à 390 milliards de dollars. De plus, JP Morgan Chase a également servi d’intermédiaire pour les crédits d’urgence octroyés par la Fed. » [6] Selon Michel Rocard, ex-premier ministre français, et Pierre Larrouturou, économiste, qui se basent sur une recherche réalisée par l’agence financière new-yorkaise Bloomberg, la Fed aurait prêté une partie de la somme mentionnée plus haut à un taux infiniment plus bas : 0,01%. Michel Rocard et Pierre Larrouturou affirment dans les colonnes du quotidien Le Monde : « Après avoir épluché 20 000 pages de documents divers, Bloomberg montre que la Réserve fédérale a secrètement prêté aux banques en difficulté la somme de 1 200 milliards au taux incroyablement bas de 0,01 %. » [7]. Ils posent la question : « Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ? ».


Les grandes banques européennes ont d’ailleurs également eu accès à ces prêts de la Fed jusqu’au début 2011 (Dexia a ainsi reçu en prêt 159 milliards de dollars[8], Barclays a reçu 868 milliards $, Royal Bank of Scotland a reçu 541 milliards $, Deutsche Bank 354 milliards $, UBS 287 milliards $, Credit Suisse 260 milliards $, BNP-Paribas 175 milliards $, Dresdner Bank 135 milliards $, Société Générale 124 milliards $). Le fait que ce financement des banques européennes via la Fed se soit tari (notamment sous la pression du Congrès américain) a constitué une des raisons pour lesquelles les money market funds états-uniens ont commencé eux-mêmes à fermer le robinet de leurs prêts aux banques européennes à partir de mai-juin 2011.


Quels ont été les effets de l’octroi aux banques de 1 000 milliards d’euros à 1% par la BCE ?


En 2012, les banques abreuvées de liquidités ont acheté massivement des titres de la dette publique de leur pays. Prenons l’exemple de l’Espagne. Les banques espagnoles ont emprunté à la BCE pour 300 milliards d’euros à 3 ans au taux de 1% dans le cadre du LTRO [9]. Avec une partie de cette somme, elles ont augmenté fortement leurs achats de titres de la dette émis par les autorités espagnoles. L’évolution est tout à fait frappante : fin 2006, les banques espagnoles détiennent des titres publics de leur pays pour seulement 16 milliards d’euros. En 2010, elles augmentent leurs achats de titres publics espagnols, elles en détiennent pour 63 milliards. En 2011, elles accroissent encore leurs achats, les titres espagnols en leur possession représentent 94 milliards. Et grâce au LTRO, leurs acquisitions explosent littéralement, le volume qu’elles détiennent double en quelques mois pour atteindre 184,5 milliards d’euros en juillet 2012. [10] Il faut dire qu’il s’agit d’une opération très rentable pour elles. Alors qu’elles ont emprunté à 1%, elles peuvent acheter des titres espagnols à 10 ans avec un intérêt qui varie entre 5,5 et 7,6 % au second semestre 2012.


Prenons ensuite l’exemple de l’Italie. Entre fin décembre 2011 et mars 2012, les banques italiennes empruntent à la BCE pour 255 milliards d’euros dans le cadre du LTRO [11]. Alors que fin 2010, les banques italiennes détenaient des titres publics de leur pays pour 208,3 milliards d’euros, ce montant passe à 224,1 milliards fin 2011, quelques jours après le début du LTRO. Ensuite, elles utilisent massivement les crédits qu’elles reçoivent de la BCE pour acheter des titres italiens. En septembre 2012, elles en détiennent pour la somme de 341,4 milliards d’euros [12]. Comme dans le cas espagnol, il s’agit d’une opération très rentable pour elles : elles ont emprunté à 1% et en achetant des titres italiens à 10 ans, elles obtiennent un intérêt qui varie entre 5 et 6,6% au second semestre 2012.


Le même phénomène s’est produit dans la plupart des pays de la zone euro. Il y a eu relocalisation d’une partie des actifs des banques européennes vers leur pays d’origine. Concrètement, on constate qu’a augmenté très sensiblement au cours de l’année 2012 la part des dettes publiques d’un pays donné qui est en possession des institutions financières du même pays. Cette évolution a donc rassuré les gouvernements de la zone euro, en particulier ceux d’Espagne et d’Italie, car ils ont constaté qu’ils éprouvaient moins de difficultés à vendre aux banques les titres publics qu’ils émettaient. La BCE semblait avoir trouvé la solution. En prêtant massivement aux banques privées, elle les a sauvées d’une situation critique et elle a épargné à certains Etats de se lancer dans de nouveaux plans de sauvetage bancaire. L’argent prêté aux banques était en partie utilisé par celles-ci pour acheter des titres de la dette publique des Etats de la zone euro, ce qui a enrayé la hausse des taux d’intérêt des pays les plus fragiles et même produit une baisse des taux pour un certain nombre de pays.


On comprend très bien que, du point de vue des intérêts de la population des pays concernés, il aurait fallu adopter une approche tout à fait différente : la BCE aurait dû prêter directement aux Etats à moins de 1% (comme elle le fait à l’égard des banques privées depuis mai 2012) ou encore sans intérêt. Il aurait également fallu socialiser les banques sous contrôle citoyen.


Au lieu de cela, la BCE a mis sous perfusion les banques privées en leur ouvrant une ligne de crédit illimité à très bas taux d’intérêt (entre 0,75 et 1%). Celles-ci ont fait différents usages de la manne de financement public. Comme on vient de le voir, d’une part, elles ont acheté des titres souverains de pays qui, sous leur pression comme l’Espagne et l’Italie, ont dû leur concéder une rémunération élevée (entre 5 et 7,6% à 10 ans). D’autre part, elles ont placé une partie du crédit qui leur était octroyé par la BCE à la … BCE ! Entre 300 et 400 milliards sont déposés par les banques au jour le jour auprès de la BCE à un taux de 0,25 % au début 2012 et à 0 % depuis mai 2012. Pourquoi font-elles cela ? Parce qu’elles doivent montrer aux autres banquiers et aux autres fournisseurs privés de crédit (money market funds, fonds de pension, compagnies d’assurance) qu’elles disposent de cash en permanence afin de faire face à l’explosion des bombes à retardement qui se trouvent dans leurs comptes. Si elles n’avaient pas ce cash disponible, les prêteurs potentiels se détourneraient d’elles ou leur imposeraient des taux très élevés. Poursuivant le même objectif de rassurer les prêteurs privés, elles achètent également des titres souverains d’Etats qui ne présentent aucun risque à court ou moyen terme : l’Allemagne, les Pays-Bas, la France… Elles en sont tellement friandes que ces Etats peuvent se permettre de leur vendre des titres à 2 ans à un taux de 0% ou même avec un rendement légèrement négatif (sans prendre en compte l’inflation). Les taux payés par l’Allemagne et les autres pays considérés comme solides financièrement ont baissé considérablement grâce à la politique de la BCE et à l’aggravation de la crise qui touche les pays de la Périphérie. On a assisté à une fuite de capitaux de la Périphérie européenne vers le Centre. Les titres allemands sont tellement fiables qu’en cas de nécessité de cash, ils peuvent être revendus du jour au lendemain sans perte. Les banques les acquièrent non pas dans la perspective de gagner de l’argent, mais pour avoir, à la BCE ou sous forme de titres tout à fait liquides, une quantité d’argent disponible en permanence de manière à offrir une impression (souvent fausse) de solvabilité et à faire face à d’éventuels imprévus. Elles font des profits en prêtant à l’Espagne et à l’Italie, cela contrebalance certaines pertes qu’elles peuvent enregistrer avec des titres allemands. Il est très important de souligner que les banques n’ont pas augmenté leurs prêts aux ménages et aux entreprises alors qu’un des objectifs officiels des prêts de la BCE consiste à accroître de tels crédits afin de relancer l’économie.


Quel est le bilan de la BCE du point de vue des élites ?


Mettons-nous un instant à la place du 1% le plus riche afin d’apprécier l’action de la BCE. Le discours officiel martèle que la BCE a réussi la transition entre son ancien président le français Jean-Claude Trichet et le nouveau, Mario Draghi[13], ancien gouverneur de la Banque d’Italie et ancien vice-président de Goldman Sachs Europe. La BCE et les dirigeants des principaux pays européens sont parvenus à négocier une opération de réduction de la dette grecque en convainquant les banques privées d’accepter une décote de leurs créances d’environ 50% et en obtenant du gouvernement grec qu’il s’engage dans un nouveau plan d’austérité radicale comprenant des privatisations massives et qu’il accepte de renoncer à une partie très importante de la souveraineté du pays. A partir de mars 2012, des envoyés de la Troïka se sont installés de manière permanente dans les ministères à Athènes afin de contrôler de près les comptes de l’Etat. Les nouveaux prêts à la Grèce passent dorénavant par un compte directement contrôlé par les autorités européennes, qui peuvent donc le bloquer. Cerise sur le gâteau, les nouveaux titres de la dette grecque ne sont plus de la compétence des tribunaux grecs, les nouvelles obligations émises dans le cadre de ce programme sont de droit anglais et les litiges entre l’État Grec et les créanciers privés seront arbitrés au Luxembourg [14].


Ce n’est pas tout : sous la pression de la BCE et des dirigeants européens, le gouvernement Pasok de Georges Papandréou, très soumis mais de plus en plus impopulaire, a été remplacé sans élection par un gouvernement d’unité nationale Nouvelle Démocratie – Pasok, avec une place clé attribuée à des ministres provenant directement des milieux bancaires.


On peut compléter le tableau de la situation par trois autres bonnes nouvelles pour la BCE et les dirigeants européens : 1. Silvio Bersluconi a été contraint à la démission et a été remplacé par un gouvernement de techniciens, à la tête duquel figure Mario Monti, ancien commissaire européen très proche des milieux bancaires et capable d’imposer aux Italiens un approfondissement des politiques néolibérales[15]. 2. En Espagne, le chef du gouvernement en place depuis quelques mois, Mariano Rajoy, du Parti populaire, est prêt à radicaliser lui aussi la politique néolibérale de son prédécesseur, le socialiste José Luis Zapatero. 3. Les dirigeants européens[16] sont arrivés à se mettre d’accord sur un pacte de stabilité qui va couler dans le marbre l’austérité budgétaire, l’abandon par les Etats membres d’un peu plus de leur souveraineté nationale et une dose supplémentaire de soumission à la logique du capital privé. Enfin, le Mécanisme européen de stabilité (MES) va bientôt entrer en action et permettra de mieux venir en aide aux Etats et aux banques[17] dans les prochaines crises bancaires qui ne manqueront pas de se produire ainsi qu’aux Etats membres peinant à se financer.


Ces différents exemples montrent que les dirigeants européens au service du grand capital réussissent à marginaliser un peu plus le pouvoir législatif en passant outre les choix des électrices et des électeurs. Par ailleurs, où est la démocratie si les électrices et les électeurs qui souhaitent refuser massivement l’austérité n’ont plus la possibilité de l’exprimer par leur vote, ou lorsque le sens politique du vote exprimé est annulé au motif que le choix n’est pas celui des gouvernants, comme en 2005 en France et aux Pays-Bas après le non au Traité pour une constitution européenne, comme en Irlande et aux Portugal après les élections de 2011, comme en France et aux Pays-Bas, de nouveau, après les élections de 2012. Tout est mis en place pour que la marge de manœuvre des gouvernements nationaux et des pouvoirs publics soit limitée par un cadre contractuel européen de plus en plus contraignant. Il s’agit là d’une évolution très dangereuse, à moins bien sûr que des gouvernements appuyés par leur population décident de désobéir.


Si on se met ainsi un instant à la place de Mario Draghi, des principaux dirigeants européens et des banques, on peut dire qu’en mars-avril 2012, ils ont de quoi être heureux. Tout semble réussir.


Les limites des succès de la BCE et des gouvernants européens


Les nuages noirs arrivent ensuite. Cela se complique à partir de mai 2012 quand Bankia, la 4e banque espagnole dirigée par l’ancien directeur général du FMI Rodrigo de Rato, se retrouve en faillite virtuelle. Selon les sources, les besoins des banques espagnoles en termes de recapitalisation varient entre 40 et 100 milliards d’euros, et Mariano Rajoy qui ne veut pas faire appel à l’aide de la Troïka est dans une posture très difficile. S’ajoute à cela le fait que sur le plan international se succèdent plusieurs scandales bancaires. Celui concernant la manipulation du Libor, le taux interbancaire à Londres, est le plus retentissant et implique une douzaine de grandes banques. Il vient s’ajouter aux agissements coupables de HSBC en matière de blanchiment d’argent de la drogue et d’autres négoces criminels.


En France, une majorité des électeurs ne veut plus de Nicolas Sarkozy. François Hollande est élu le 6 mai 2012, mais ce n’est pas vraiment inquiétant pour la finance internationale car on peut compter sur le pragmatisme des socialistes français comme des autres partis socialistes d’Europe pour poursuivre l’austérité. Même s’il faut toujours se méfier du peuple français, très enclin à divers débordements et susceptible de croire qu’il faut un véritable changement.


En Grèce, la situation est plus contrariante pour la BCE car Syriza, la coalition de gauche radicale qui promet d’abroger les mesures d’austérité, de suspendre le remboursement de la dette et de braver les autorités européennes, risque de remporter une victoire électorale. Pour les tenants de l’austérité européenne, il faut empêcher cela à tout prix. Le soir du 17 juin 2012, c’est le soulagement à la BCE, au siège des gouvernements européens et dans les conseils d’administration des grandes entreprises : le parti de droite Nouvelle Démocratie devance Syriza. Même le nouveau président socialiste français se réjouit du résultat du scrutin. Et le lendemain, les marchés respirent. On peut continuer la route de l’austérité, de la stabilisation de la zone euro et de l’assainissement des comptes des banques privées.


( à suivre )


La première partie de la série est intitulée « 2007-2012 : 6 années qui ébranlèrent les banques » a été publiée le 19 novembre 2012, voir http://cadtm.org/2007-2012-6-annees-qui-ebranlerent


La partie 3 de cette série portera sur les deux objectifs principaux poursuivis par les dirigeants européens : Mener à bien la plus grande offensive contre les droits sociaux depuis la seconde guerre mondiale et éviter un nouveau krach financier / bancaire qui pourrait se révéler pire que celui de septembre 2008


Eric Toussaint


Eric Toussaint, maître de conférence à l’université de Liège, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org) et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il a écrit, avec Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, Paris, 2012.


http://www.cadtm.org

 

[3] La Banque d’Angleterre et d’autres banques centrales suivent grosso modo la même politique.

[4] Dès août 2011, j’ai décrit cette situation à un moment où très peu de commentateurs financiers en parlaient. Voir la série intitulée « Dans l’œil du cyclone : la crise de la dette dans l’Union européenne » : « Elles (= les banques européennes) ont financé et elles financent encore leurs prêts aux Etats et aux entreprises en Europe via des emprunts qu’elles effectuent auprès des money market funds des Etats-Unis. Or ceux-ci ont pris peur de ce qui se passait en Europe (…). A partir de juin 2011, cette source de financement à bas taux d’intérêt s’est presque tarie, en particulier aux dépens des grandes banques françaises, ce qui a précipité leur dégringolade en Bourse et augmenté la pression qu’elles exerçaient sur la BCE pour qu’elle leur rachète des titres et donc leur fournisse de l’argent frais. En résumé, nous avons là aussi la démonstration de l’ampleur des vases communiquant entre l’économie des Etats-Unis et celle des pays de l’UE. D’où les contacts incessants entre Barack Obama, Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, la BCE, le FMI… et les grands banquiers de Goldman Sachs à BNP Paribas en passant par la Deutsche Bank… Une rupture des crédits en dollars dont bénéficient les banques européennes peut provoquer une très grave crise sur le vieux continent, de même qu’une difficulté des banques européennes à rembourser les prêteurs états-uniens peut précipiter une nouvelle crise à Wall Street. » (http://cadtm.org/Dans-l-oeil-du-cyclone-la-crise-de, 26 août 2011). Une étude récente de la banque Natixis confirme la détresse qu’ont connue les banques françaises pendant l’été 2011 : Flash Economie, « Les banques françaises dans la tourmente des marchés monétaires », 29 octobre 2012. On y lit : « De juin à novembre 2011, les fonds monétaires américains ont subitement retiré la plus grande part de leurs financements aux banques françaises. (…) C’est jusqu’à 140 Mds USD de financements à court terme qui ont fait défaut aux banques françaises à fin novembre 2011, sans qu’aucune ne soit épargnée. » (http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=66654). Cette fermeture de robinet a touché également la plupart des autres banques européennes, comme le montre également cette étude publiée par Natixis.

[5] GAO, “Federal Reserve System, Opportunities Exist to Strengthen Policies and Processes for Managing Emergency Assistance”, juillet 2011, http://www.gao.gov/assets/330/321506.pdf. Ce rapport de la Cour des Comptes (GAO = United States Government Accountability Office) a été réalisé grâce à un amendement à la loi Dodd-Frank (voir plus loin) introduit par les sénateurs Ron Paul, Alan Grayson et Bernie Sanders en 2010. Bernie Sanders, sénateur indépendant, l’a rendu public (http://www.sanders.senate.gov/imo/media/doc/GAO%20Fed%20Inve... ). Par ailleurs, selon une étude indépendante de l’Institut Levy auquel collaborent des économistes comme Joseph Stiglitz, Paul Krugman et James K Galbraith, les crédits de la Fed auraient atteint un montant plus élevé que celui révélé par le GAO. Ce ne serait pas 16 000 milliards de dollars, mais 29 000 milliards de dollars. Voir James Felkerson, “$29,000,000,000,000 : A Detailed Look at the Fed’s Bailout by Funding Facility and Recipient »,www.levyinstitute.org/pubs/wp_698.pdf

[6] “The CEO of JP Morgan Chase served on the New York Fed’s board of directors at the same time that his bank received more than $390 billion in financial assistance from the Fed. Moreover, JP Morgan Chase served as one of the clearing banks for the Fed’s emergency lending programs.”,http://www.sanders.senate.gov/newsroom/news/?id=9e2a4ea8-6e7...
[7] Michel Rocard et Pierre Larrouturou, : « Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ? », Le Monde, 3 janvier 2012 http://www.larrouturou.net/2012/01/pourquoi-faut-il-que-les-...

[8] Voir notamment le rapport du GAO mentionné plus haut à la page 196 qui atteste de prêts à Dexia pour un montant de 53 milliards de dollars, ce qui représente seulement une partie des prêts dont a bénéficié Dexia de la part de la Fed. http://www.gao.gov/assets/330/321506.pdf

[9] Financial Times, “Banks plot early repayment of ECB crisis loans », 15 novembre 2012, p. 25.

[10] D’après le quotidien financier espagnol El Economista,http://www.eleconomista.es/espana/noticias/4252377/09/12/La-...

[11] Financial Times, ibid.

[12] Voir http://www.bancaditalia.it/statistiche/stat_mon_cred_fin/ban..., tableau 2.1a.

[13] Mario Draghi est devenu président de la BCE le 1er novembre 2011.

[14] Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_de_la_dette_publique_grec.... Voir aussi Alain Salles et Benoït Vitkine, « Fatalisme face à un sauvetage échangé contre une perte de souveraineté », Le Monde, 22 février 2012,http://www.forumfr.com/sujet448690-fatalisme-face-un-sauveta....

[15] Mario Monti, premier ministre depuis le 13 novembre 2011, a été nommé sénateur à vie par le Président de la République Giorgio Napolitano. À l’occasion de sa nomination, il a quitté différents postes de responsabilité : la présidence de la plus prestigieuse université privée italienne, la Bocconi, et celle du département Europe de la Trilatérale, un des plus importants cénacles de l’élite oligarchique internationale, sa participation au comité de direction du puissant club Bilderberg et la présidence du think tank néolibéral Bruegel. Monti était conseiller international de Goldman Sachs de 2005 au 2011 (en qualité de membre du Research Advisory Council du Goldman Sachs Global Market Institute), il a été nommé commissaire européen au Marché intérieur (1995-1999) puis commissaire européen à la Concurrence à Bruxelles (1999-2004). Il a été membre du Senior European Advisory Council de Moody’s, conseiller de Coca Cola, il est encore un des présidents du Bussiness and Economics Advisory Group de l’Atlantic Council (un think tank américain qui promeut le leadership US) et fait partie du præsidium de Friends of Europe, think tank influent basé à Bruxelles.

[16] A l’exception du Royaume-Uni et de la République tchèque.

[17] Lors d’un sommet européen réuni le 21 juin 2012, il a été décidé que le MES serait également utilisé pour sauver des banques. A l’époque, cela a été présenté par Mariano Rajoy comme une victoire permettant à l’Espagne d’échapper à de nouvelles conditionnalités imposées par la Commission européenne ou par la Troïka. Rajoy a expliqué que l’aide qui serait octroyée par le MES aux banques espagnoles ne serait pas comptabilisée dans la dette publique espagnole, ce que les dirigeants de plusieurs pays de la zone euro (Allemagne, Pays-Bas, Finlande…) ont contesté, tout comme le FMI. A la fin novembre 2012, il n’y avait toujours pas de consensus sur cette question.

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 17:10

http://www.lefigaro.fr/medias/2012/08/21/d5526130-eba9-11e1-8fa1-af07da5b6ebf-493x328.jpgJe publie ci-dessous de larges extraits d'un article de Philippe Alain pour Mediapart :

 

La France ordonne l'extradition d'une enfant Rom  

Mercredi 5 décembre 2012, la « justice » française a ordonné la remise aux autorités roumaines de Bianca qui a été condamnée en Roumanie à 3 ans et demi de prison ferme pour un vol.

Peu importe que Bianca ne soit âgée aujourd’hui que de 17 ans, peu importe sa petite fille de un an, peu importe qu’elle-même et toute sa famille soient installés en France.

Peu importe la disproportion de la peine pour un délit qu’elle aurait commis à 15 ans et qu’elle nie.

Peu importe la Convention Internationale des Droits de l’Enfant de l’ONU et notamment son article 3 qui précise que l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale dans toute décision de justice.

Ce qui importe par dessus tout c’est que Bianca soit Rom.

Lors de l’audience publique qui s’est tenue à Grenoble le 22 novembre, le représentant de l’Etat français avait en effet réclamé l’extradition immédiate de l’adolescente en expliquant que « ces gens là ont vocation à retourner chez eux, en Roumanie ».

[…]

Amis européens, vous souhaitez que la France vous livre un citoyen que vous voulez enfermer en prison, même français ? Accusez le de faits gravissimes ou condamnez le à des peines totalement disproportionnées sans rapport avec les faits reprochés. Vous pouvez toujours avancer le terrorisme comme prétexte, ça marche très bien, demandez à Aurore Martin.

La France accepte maintenant le vol pour exécuter le mandat d’arrêt européen… Attention, ce dernier motif ne sera accepté que si la personne incriminée est Rom. Condamner à 3 ans et demi de prison ferme un enfant âgé de 15 ans au moment des faits, c’est un peu gros. Mais si l’enfant est Rom, ça passe.

Ca passe d’autant mieux que depuis l’élection de François Hollande, les socialistes et Manuel Valls n’ont qu’un seul objectif en ce qui concerne les Roms : en renvoyer le plus grand nombre possible chez eux.

[…]

Comme Sarkozy, Les socialistes n’ont pas compris que c’est le Front National et lui seul qui récoltera les fruits de cette politique. Les électeurs préfèrent toujours l’original à la copie.

Quand on renonce à son âme pour gagner des élections, on perd les deux.

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 10:26

TabarotBlog.jpgLes récents déboires de l’UMP nous ont fait connaître de nouveaux éléments de la garde rapprochée de Jean-François Copé : Jérôme Lavrilleux, Geoffroy Didier, ou encore Guillaume Peltier. Des individus qui ne font pas dans la dentelle. La nuit de la rocambolesque élection de Copé, Lavrilleux a intoxiqué les médias en chiffres et en rumeurs sur les fraudes du camp Fillon. Ancien « bébé Hortefeux », Geoffroy Didier a un regard d’aigle et une moue méprisante. Il a lancé la Droite forte, à égalité avec Guillaume Peltier qui, au pouvoir, supprimerait le droit de grève des fonctionnaires.


Parce qu’un élément de sa biographie m’a ramené vers un moment de mon adolescence (pourquoi pas ?), je m’intéresserai ici plus longuement à Michèle Tabarot, femme de ménage – au sens où elle sait faire LE ménage là où Copé le lui demande. Il se trouve qu’elle est né en 1962 à Alicante, en Espagne. Exactement au même moment, j’ai passé six semaines avec mes parents dans cette ville. En 1962, je suis en classe de 3ème dans un grand lycée lillois. Le recrutement est petit et moyen-bourgeois. En début d’année, la grande majorité des élèves de ma classe est pour l’indépendance de l’Algérie. Quelques semaines après la rentrée, nous accueillons un camarade pied-noir. Fils de commissaire de police. Extrêmement sympathique. Il a été indéniablement traumatisé par un départ brusqué de son pays natal et a beaucoup de mal à s’habituer aux brouillards automnaux du nord de la France. Il surmonte son mal-être par l’humour. On l’adopte sans peine. On sympathise avec lui. Au point qu’en fin d’année nous ne sommes plus que deux, dans la classe, à être en faveur de l’Algérie algérienne tandis que tous les autres ont adopté la cause de l’OAS.

 

Cette évolution m’avait quelque peu traumatisé. Mais à Alicante, que vis-je ? Des dizaines de « réfugiés politiques » (comme ils se nommaient), membres actifs, activistes, de l’OAS, tous plus ou moins interdits de séjour en France. Parmi ces vaillants : le père de Michèle Tabarot. Avec sa fille copénisée, nous sommes donc en présence d'un certain refoulé national, c’est-à-dire de la réaction colonialiste.


Papa Robert Tabarot était surnommé le Rocher. Ancien champion d’Afrique du Nord de boxe, il est le neveu de Pierre Tabarot, propriétaire du journal Oran républicain, plutôt de gauche. Il est l’un des chefs de l’OAS en Oranais. C’est à Oran qu'ont lieu, malgré un accord entre l’OAS et le FLN, les affrontements les plus meurtriers entre Français et Algériens dans les semaines qui précédent les accords d’Évian. Du 22 au 26 juin 1962, Oran brûle. « On ne leur laissera rien », proclament Tabarot et les siens.


Le 27 juin, Tabarot quitte l’Algérie précipitamment et se réfugie à Alicante où il ouvre une pizzeria et où il devient le chef officieux des Pieds-Noirs oranais d’Espagne. À Alicante, la communauté pied-noire a sa propre école privée où la petite Michèle commence sa scolarité. Amnistié en 1968, Tabarot s’installe à Cannes en 1969. Il est élu conseiller municipal et préside la maison du Pied-Noir.


 Michèle Tabarot ne rejoint pas le Front national, mais Démocratie libérale, dirigée alors par Alain Madelin, ancien d’Occident. À l’intérieur de l’UDF, ce petit parti accepte les alliances avec le FN. Aux élections de 1998, Soissons, Blanc, Million, Baur sont élus présidents de région avec des voix lepénistes.


À vingt et un ans, Michèle Tabarot est adjointe au maire du Canet. En 2002, elle est élue députée UMP. Elle devient vice-présidente du groupe de travail parlementaire sur les rapatriés.


En février 2005, des enseignants lancent une pétition contre la loi qui les oblige à souligner les aspects positifs de la colonisation. Michèle Tabarot réagit vertement : « Je ne peux accepter que cet hommage à la présence française outre-mer soit aujourd’hui attaqué par une minorité d’enseignants, (…) les mêmes qui nous ont enseigné pendant toutes ces années que les modèles communistes de Moscou, Pékin ou Phnom Penh permettaient à l’être humain de s’épanouir dans une société juste, égalitaire, et dans le respect des droits de l’homme, les mêmes qui, aujourd’hui, désemparés de ne plus pouvoir enseigner leur modèle de démocratie, font quotidiennement à leurs élèves le procès de la colonisation (…). La France coloniale a permis d’éradiquer des épidémies dévastatrices, grâce aux traitements dispensés par les médecins militaires. Les Français d’outre-mer ont permis la fertilisation de terres incultes et marécageuses, la réalisation d’infrastructures que les Algériens utilisent encore aujourd’hui. La France a posé les jalons de la modernité en Algérie, en lui donnant les moyens d’exploiter les richesses naturelles de son sous-sol. »


Le 3 février 2006, le député de la droite dure Lionnel Luca organise à Saint-Laurent-du-Var un rassemblement d’hommage à «  l’œuvre colonisatrice des Français d’outre-mer ». Des milliers de pieds-noirs chantent à pleins poumons “ C’est nous les Africains ”. Michèle Tabarot déclare à France 3 : «  Faire repentance de quoi ? D’avoir créé 126 hôpitaux, éradiqué des endémies, fertilisé des terres incultes, d’avoir bâti 23 ports et 4 aéroports ? Pieds-noirs et harkis n’ont à faire repentance devant personne.  »


Avec Tabarot, Luca, Copé, l’OAS revient au premier plan. L’Algérie française s’affiche « sans tabous » dans un parti qui se réclame du gaullisme.


En politique, tout est possible, y compris la victoire de Copé lors d’une élection présidentielle. Nous sommes prévenus.

 

 

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 06:29

MargerideLa Margeride, c'est beau, mais c'est un peu perdu. C'est justement dans ces coins sauvages et perdus qu'on a terriblement besoin de vrais services publics. Bien plus qu'au centre de Neuilly. La privatisation de la poste fut une décision purement idéologique. Administration de l'État, la poste était financièrement autonome et faisait des bénéfices. Aucune directive européenne n'a jamais obligé la France a privatiser ce service. La privatisation fut soutenue par la Cfdt, notre grande confédération syndicale d'accompagnement.

Je reprends ci-dessous un témoignage parmi cent autres. Il est signé des Aliboffis.

 

 

Ah ! La poste… Dany Boon en a fait, du temps du service public, une charge désopilante. Depuis, cette vieille dame un peu coincée mais chère au cœur de tous les Français a été privatisée. On a supprimé les barrières et les hygiaphones, on a repeint en jaune, on a mis plein de choses inutiles à vendre, on a remplacé moult employés par des machines rutilantes censées vendre des timbres, recharger un monéo, affranchir un colis, etc. Seulement, lorsqu’elles ne sont pas en panne, ces machines requièrent de l’usager (pardon, du « client »), un stage de trois mois de formation avec deux ingénieurs pour en maitriser l’emploi… Au fait, madame Sécurité sociale, pour combler ton trou (si j’ose coucher sur l’écran cette image osée !), pourquoi ne pas taxer ces robots qui, à la poste, aux péages d’autoroute, maintenant dans les hypermarchés et demain partout, prennent la place et jettent dans les bras radins de monsieur Paul Emploi autant d’employés en chair et en os ?

 

Bon, ça nous éloigne de mon propos. J’y reviens. J’ai la chance de pouvoir, chaque année, vivre l’été en Margeride, à 1200 mètres d’altitude, au milieu des vaches, des grandes gentianes, des jonquilles, des ruisseaux à truites et des grandes forêts à cèpes ; et l’hiver, je réintègre mes pénates provençales autour d’Avignon. Du 15 mai au 15 novembre, je fais donc réexpédier mon courrier d’une adresse à l’autre. Cette année, comme il faisait très beau, je suis resté une semaine de plus « en haut » de façon à pouvoir récupérer mes derniers courriers réexpédiés. Or, surprise, cette réexpédition à continué de se faire après la date d’arrêt du 15 novembre.  Dans ma grande naïveté, j’ai pensé résoudre facilement ce problème en donnant un coup de téléphone à mon bureau de poste provençal. Donc internet, pages jaunes et voilà un numéro genre 36 quelque chose. Voix anonyme puis musiquette entrecoupée de pubes pour les divers produits maison. Dix minutes… Les aliboffis remontent et commencent à gonfler, à gonfler… Je vais donc au village le plus proche où se trouve un bureau de poste. J’explique mon problème, demandant à la préposée de téléphoner elle-même au bureau émetteur pour régler le problème. « Hou la la ! J’ai pas le numéro mon pauvre monsieur. Téléphoner à la ville dont on dépend. Tè ! Je vous fais le numéro ». Nouvelle explication auprès d’une autre brave dame me renvoyant…au numéro de téléphone musiquette. Les aliboffis arrivent au bord de l’explosion.

 

Bref. Je transhume vers la Provence et, hier matin, je vais au bureau responsable pour résoudre la question, c'est-à-dire suspendre le renvoi erroné de courrier. Premier contact avec un petit jeunot. « Bon, ce n’est pas de mon ressort, je vais chercher quelqu’un ». Après quelques minutes, arrive une brave dame, celle du grade au dessus. « Bou ! Nous, on ne peut rien, ça dépend d’Avignon » - « Ben, téléphonez leur ! » - « C’est pas possible » (je ne vous dis pas l’état de gonflement des aliboffis). Le ton monte un peu et la dame va chercher un « chef ». Re-belote, re-explication, re-refus de faire quoi que ce soit ni de reconnaitre l’erreur du service et, évidemment engueulade du genre « Monsieur, vous êtes un service public, donc au service du public. Ce n’est pas le prix de vos timbres qui vous paie mais mes, nos impôts… » Bla bla bla bla et voilà que la « chef » va chercher un autre « chef », probablement le « grand chef ». Re re explication et…voilà que le grand chef reconnait l’erreur, va dans les services et deux minutes plus tard m’assure que le problème – pour lequel on ne pouvait rien faire - est résolu !

link

 

Photo : BG


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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 11:24
Jacques RICHAUD (repris du Grand Soir)
 

Préambule :

Le langage libéral, cette ‘novlangue’ au service du capitalisme et de la neutralisation de la langue des travailleurs et du socialisme , est parvenu a glisser dans le mental et dans les propos de nombreux commentateurs ou acteurs de la vie économique et politique , ce concept dépourvu de sens :’licenciement boursier’.

Il convient de ‘déconstruire’ cette expression, comme doivent l’être aussi d’autres impostures sémantiques qui visent à désarmer le monde du travail de sa capacité à comprendre les processus qui participent à son aliénation et son exploitation.

Ces impostures ont déjà transformé le ‘travailleur’, (seul producteur de richesses), en ‘salarié’, (dont l’appellation même occulte sa fonction et le résume à son ‘coût’ pour l’employeur) ! A aussi été ‘adopté’ le concept ‘d’état providence’ qui a transformé une conquête sociale exemplaire, (celle de la création de la Sécurité Sociale), en une prérogative étatique qui en outre serait placée sous le signe d’une bienveillante providence… (1) Le langage de la lutte des classes est remisé dans les grimoires accessibles aux historiens mais il est oublié des travailleurs eux-mêmes, aussi souvent de leurs représentants syndicaux , qui usent du langage de leurs adversaires. Ils sont parfois fiers de l’appellation‘partenaires sociaux’ qui leur a été concédée, mais englobe un présupposé de connivence plus que de confrontation…

Le licenciement est la situation faite aux ‘perdants’ de ce ‘partenariat social’ , lorsque la ‘providence’ de l’état s’interdit d’intervenir dans les conflits, et lorsqu’il est demandé à chaque ‘salarié’ de comprendre que le coût de son travail est le premier obstacle à la productivité… Le ‘choc de compétitivité’ est l’objectif nouveau qui exige des sacrifices dont la répartition est bien asymétrique… La faute à qui ? A la bourse ! Vraiment ?

La bourse licencie ? Vraiment ? Depuis quand ? C’est quoi la bourse ?

Nous ne parlons pas de cette particularité anatomique réservée au ‘genre’ dominant qui y dissimule ses gonades. Nous parlons de cet objet ancien et de son évolution. Dans le passé la bouse était ‘un petit sac destiné à contenir de l’argent, de la monnaie…’. Un sac dont chacun pouvait ‘tenir le cordon’… Plus tard le mot désigna le lieu matériel, l’édifice construit dans ce but, où se rencontrent les négociants, agents de change et courtiers, pour traiter ‘d’affaires’. La bourse est donc liée avec la possession et les échanges, elle en est le temple, celui où les possédants tentent de faire fructifier leur propriété privée, y compris celle des moyens de production. Le capitalisme mondialisé a fondé les ‘bourses de valeurs’ (New York ; Londres, Tokyo, Paris…etc.) ou se négocient les ‘titres’ des sociétés les plus importantes ; celles qui sont ‘cotées en bourse’

Ceux qui y réalisent des transactions le font parce qu’ils reçoivent de la part des ‘possédants’ des instructions, des‘ordres de bourse’, déterminés par les sociétés qui veulent y protéger et faire prospérer leurs intérêts . La bourse n’est que cela !
Elle est une structure du capitalisme mondialisé. Ses acteurs en sont les serviteurs.
Il existe depuis 1967 des ‘Commissions des opérations de bourse’ qui veillent au bon fonctionnement des opérations et à la régularité des informations diffusées. Mais la bourse est au service exclusif du capitalisme.

Elle ne possède aucun règlement, aucune charte, aucune morale, aucune éthique, qui l’obligerait à considérer les conséquences sociales et humaines des opérations réalisées. La bourse est aveugle sourde et muette, inductrice de fortune ou de faillite, de richesse ou de misère, selon la seule volonté des donneurs d’ordres. Les acteurs boursiers ne sont pas des représentants du monde du travail mais des commis de ceux qui l’exploitent ! Rien n’oblige ‘la bourse’ à prendre en compte le facteur humain ou la sauvegarde de la planète ; seul l’argent circule, seul ‘signifiant’ de ceux qui ordonnent les opérations. L’argent roi ici est bien loin des réalités sociales…

Qui licencie ?

Alors ne nous trompons pas. Il n’y a pas de ‘licenciement boursier’. La bourse, cette entité presque abstraite pour chaque citoyen n’a ni ce rôle ni ce pouvoir.
Pourtant ce qui se joue en bourse a des effets sociaux indiscutables.

Mais ces effets ne résultent pas de la bourse elle-même, ils résultent de stratégies et décisions prises par ceux qui donnent les ‘consignes’ aux opérateurs boursiers, ceux qui donnent les ‘ordres en bourse’ !

Ceux là sont ailleurs. Ils ont chacun une identité, ce sont des personnes physiques en charge d’intérêts capitalistes. Leurs décisions ‘d’ordre en bourse’ sont prises sous la double contrainte de l’accumulation espérée du capital et de la fidélisation souhaitable des actionnaires qui ne connaissent que leur rémunération par dividendes. Le Capital comme les dividendes ne sont qu’un détournement d’une partie, (de plus en plus importante) des fruits du travail humain. Les travailleurs ne voient pas ici défendus leurs intérêts. Même à l’origine des richesses produites, ils restent la ‘variable d’ajustement’ qui permet, à leur dépens, de majorer les profits ou les dividendes ! Cela se fait par la pression salariale, la flexibilité et précarité de l’emploi, un ‘management’ de plus en plus inhumain s’accommodant de pousser jusqu’au suicide parfois des exploités ; a l’extrême les licenciements sont le moyen ultime de réduction de ce que les employeurs nomment ‘la charge’ salariale…

Un licenciement est ‘toujours’ décidé par un employeur ! Il n’existe pas de licenciement boursier. La décision est humaine, elle est patronale même si elle est prise parfois sous pression actionnariale.

Alors pourquoi parler de licenciement ‘boursier’ ?

Cette formule sémantique est scandaleuse et mystificatrice :

Scandaleuse car mensongère et exonérant de leurs responsabilités les seuls décideurs de chaque licenciement. La formule utilisée a pour effet de reporter la responsabilité de la décision prise sur une entité abstraite, lointaine, désincarnée, sans visage, inaccessible … La bourse !

Mystificatrice car transposant sur un ‘outil’ du capitalisme la responsabilité de ses méfaits, résultant pourtant toujours de décisions humaines. Il s’agit ici de dissimuler le caractère prédateur et antisocial par essence du processus d’accumulation privée des richesses. Il s’agit d’évoquer ici comme l’existence d’un ‘grand tout’ au dessus des hommes et du patronat lui-même, l’existence d’une ‘bourse’ qui aurait quelques pouvoirs maléfiques, qui serait a elle seule responsable des méfaits du capitalisme. Il s’agit d’inventer comme une sorte de ‘fatalité’ à l’origine de ces effets indésirables ; alors que ces effets résultent de stratégies et décisions parfaitement élaborées, avec des acteurs clairement identifiables !

Que nous enseignent ces réflexions ?

- Elles nous permettent d’observer en premier que le capitalisme n’est pas la seule invention humaine à se doter d’une sorte de ‘transcendance’ qui mériterait à la fois respect et soumission. Toutes les croyances, religieuses ou profanes, sont des modes d’entrée dans les formes diverses de la servitude et de l’aliénation. Le dieu ‘TINA’ (There is no alternative) est adoré chaque jour dans les temples de la Bourse.

- Elles nous disent ensuite que dans tous les cas, les mots sont choisis, pour induire le sentiment d’une autorité, d’une fatalité, d’une nécessité, d’une évidence, dont résultera le sentiment d’impuissance le plus répandu, même chez ceux que la soumission indispose. Qui pourrait s’opposer à un ‘licenciement boursier’ ? C’est qui la bourse ? Où est le bureau des réclamations ? Les locaux de la Bourse sont vides et seulement protégés par quelques vigiles entre les séances ; ces locaux n’abritent aucun chef, aucun maître, aucun imperator dominant qui distribuerait l’or ou la misère…

- Elles nous disent enfin qu’il ne se produit en ces lieux que des actes commis par les valets et mercenaires du capitalisme. Pas plus qu’une cathédrale n’est responsables des crimes des croisades ou de l’inquisition prêchées sur son autel par des évêques, la bourse n’est responsable des conséquences des actes commis par les ‘bolcheviques du marché’ comme les nommait le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz stigmatisant le comportement des capitalistes, même s’il ne franchit pas le pas de préconiser la sortie du ‘système’. (2)

En quoi cela nous est il utile de démasquer l’imposture sémantique des ‘licenciements boursiers’ ?

- Cela nous permet de comprendre que cette expression appartient au langage de l’oppression, de la fatalité et du renoncement.

- Cela nous permet de faire tomber les masques des donneurs d’ordres qui prennent les décisions responsables de la dégradation des conditions de vie des travailleurs et parfois de leur licenciement. (3-4)

- Cela nous indique que cette expression ‘licenciement boursier’, comme d’autres expressions dictées par nos adversaires (1), doit être exclue du langage de la gauche, politique ou syndicale, car elle induit un sentiment d’impuissance en même temps qu’elle dissimule la responsabilité patronale.

- Cela nous permet de démasquer qui sont les donneurs d’ordres et ceux qui les influencent par la pression actionnariale, comme seuls responsables des conséquences de leurs actes.

- Cela nous permet en dernière analyse d’identifier la responsabilité du capitalisme lui-même et donc d’écarter toute option ‘réformiste’ qui en conserverait l’hégémonie des acteurs et la propriété privée des moyens de production.

- Cela ne nous dit pas ce que seraient ces lieux consacrés aux échanges dans un socialisme du XXI me siècle. Mais dans le changement espéré, sans aucun doute et après expropriation des prédateurs des fruits du travail, ce serait les travailleurs eux-mêmes qui devront s’approprier la gestion des moyens de production et la répartition des richesses.

Jacques Richaud

21 novembre 2012

 

(1) 24 février 2009 Note sur quelques dépossessions sémantiques -Social - Santé : les mots sont importants. Jacques Richaud http://www.legrandsoir.info/Social-Sante-les-mots-sont-impor...

(2) 30 décembre 2010, par Frédéric Joignot « LE TRIOMPHE DE LA CUPIDITE » DE JOSEPH. E. STIGLITZ, PRIX NOBEL D’ECONOMIE PUBLIÉ EN FRANCE EN POCHE. UNE LEÇON DE CHOSEShttp://fredericjoignot.blog.lemonde.fr/2010/12/30/le-triomph...

(3) 8 avril 2012 Salaire minimum ou esclavage. Jacques Richaud
http://www.legrandsoir.info/salaire-minimum-ou-esclavage.htm...

(4) 6 juillet 2010 « FIN DE DROIT ! »……L’ULTIME DEPOSSESSION Jacques Richaudhttp://www.npa31.org/tribune/fin-de-droit-%E2%80%A6%E2%80%A6...

 


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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 16:40
Repris du blog "Soyons sérieux"
Un dessin de : 

Un policier menace de son arme une fillette

En 2011, la pirate âgée de 9 ans avait téléchargé un album de la popstar scandinave Chisu. Le père de la fillette avait refusé de payer une amende de 600 euros pour un règlement à l'amiable.

Dernièrement la police est venue au domicile du père avec un mandat de perquisition et est repartie avec l'ordinateur portable «Winnie l'ourson» de la fillette…«On aurait dit des membres de la mafia venant me racketter chez moi» a déclaré le père.

La chanteuse a affirmé qu'elle était contre une procédure judiciaire. «J'espère qu'une solution sera trouvée. Je me sens mal pour cette petite fille de 9 ans».

«Ce n'est dans l'intérêt de personne que des fillettes soient harcelées au nom du copyright. Cela montre une absence de discernement du CIAPC (centre finlandais anti-piraterie) et de la police» a réagi Ville Okasen, le vice-président finlandais de l'Electronic Frontier Foundation.

Le comble de l'histoire, c'est que l'album téléchargé n'avait jamais fonctionné; le père avait quand même acheté le CD à sa fille…

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 14:06

http://a400.idata.over-blog.com/600x386/2/48/74/19/Societe-medias/camera-de-surveillance.jpgLe Sunday Times et la presse britannique ont relayé cette nouvelle plus que préoccupante : outre-Manche, le gouvernement a suscité la création d'une base de données pour ficher huit millions d’enfants.

On ne dira jamais assez à quel point Orwell fut visionnaire dans sa dénonciation du totalitarisme latent dans un pays qui avait en horreur les cartes nationales d'identité et où les bobbies déambulaient dans les rues sans arme. Il y a près de soixante-cinq ans, il instruisit le procès du stalinisme et du nazisme avec 1984, mais il prit bien soin de situer l’action en Angleterre, pays appartenant à un continent soumis à une implacable dictature.

Le capitalisme financier, c’est l’écrasement définitif des pauvres (et des moins pauvres) par les riches, dans le cadre d’un État fort, très régalien, archi-fliqué. Les caméras de vidéo, omniprésentes dans Londres (et ailleurs), n’ont pas empêché les cinquante-six morts et les sept cent blessés, victimes des poseurs de bombes islamistes en 2005. Elles n’étaient pas là pour cela. Le monde de Big Brother est un monde de conditionnement, où l’on doit prouver à tout instant que l’on est innocent, et s’interroger sur sa propre culpabilité. Un enfant fiché comprendra très vite qu’il n’est pas censé être libre.

Selon le Sunday Times (par ailleurs plutôt acquis au chien de garde du capitalisme anglais Cameron), la compagnie privée Capita (link) vient de créer une base géante pour fliquer les enfants. Capita intervient dans 22 000 écoles au Royaume-Uni (pas en Écosse qui a un système d’éducation autonome) à qui elle fournit de l’information et classe celle que les établissements possèdent déjà. Grâce aux logiciels de Capita, les écoles ont, en temps réel, une vue très précise et très diversifiée sur les emplois du temps des élèves et des professeurs, sur l’état de leurs finances, des feuilles de paie, des carrières, de l’évaluation pédagogique, de l’avancement des projets. Et aussi sur leur adresse, leurs photos, les absences ou l’absentéisme. Ces données peuvent être conservées sans limites de temps. Apparemment, les parents n’ont pas été informés de ce progrès dans le fichage.

  Et pendant ce temps-là (tout se tient), le gouvernement de Sa Majesté vient de nommer un ancien de Goldman Sachs à la tête de la Banque d'Angleterre (link). Il parait qu'il connaît très bien le français. C'est donc un homme de grande qualité. On respire.

 

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 06:23

 

http://dvdtoile.com/FILMS/5/5205.jpgDans Le Sarcophage (La vie est à nous) n° 33, Paul Ariès glorifie le droit à l’expérimentation : « Le gouvernement, en choisissant de nommer Louis Gallois Commissaire général à l’investissement puis en lui confiant une mission sur la compétitivité, savait ce qu’il faisait. Les propositions de Gallois, si elles reprennent en partie, celles de la Fabrique de l’industrie et celles du Club de pensée Confrontations Europe, épouse aussi celle de feu la commission Attali.

 

Noël Mammère établit un lien entre mariage homo et « ignorance et peur de soi » : « Nous sommes du côté de l’émancipation humaine, pour l’égalité des droits, contre toute forme d’obscurantisme ! »

 

Raoul-Marc Jennar estime que l’Union européenne agit contre les peuples : « Les gauches antiproductivistes ont perdu une nouvelle bataille avec l’adoption du traité budgétaire européen, avec les seules voix de la gauche gouvernementales inféodée à Hollandréou. Le traité Merkozy est donc subitement devenu défendable avec l’arrivée au pouvoir des écolo-socialistes de marché. »

 

Gynécologue, Claude Eguillon souhaite repenser le rôle des maternités en France : « Tout comme nous repensons déjà celui de la restauration scolaire, des transports en commun urbains, de l’eau vitale. […] Le regroupement en très grands centres favorise l’application indiscriminée de protocoles standardisés. »

 

France Flipo a des doutes sur la « conférence environnementale » : « L’impression générale est que le gouvernement semble découvrir le secteur, et ne pas avoir fait d’analyse bien poussée des obstacles et des moyens à mettre en œuvre pour les surmonter. »

 

Pour Catherine Bourgain, l’ADN échappe aux prévisions : « La gauche antiproductiviste est spontanément contre le flicage. Nous n’aimons ni les caméras dites de sécurité ni les prélèvements d’ADN. Sommes-nous des irresponsables ?

 

Toujours sophiste, Laurent Paillard réfléchit au verbe « réguler » : « Cette prescription apparente permet de passer pour un défenseur des droits des travailleurs ou même de l’environnement sans se mettre à dos ceux qui sont prêts à toutes les exactions pour augmenter leurs marges. En effet, réclamer de la “ régulation ” est un bon moyen e faire oublier la nécessité de la réglemention en matière économique et sociale. »

 

Toujours très bon, le biologiste Jacques Testard voit dans les jeux paralympiques « le comble de la compère » : « Devions-nous nous taire parce qu’on organise des jeux paralympiques au moment même où la situation des handicapés s’aggrave en Grande-Bretagne ? […] Un participant au 5000 mètres en fauteuil (le seul énoncé de cette épreuve est surréaliste !) a ainsi fait remarquer : “ Je suis le plus handicapé, je suis le seul à être paraplégique donc je n’ai ni abdos ni fessiers ? ” [… Mais pourquoi un handicapé devrait-il se réaliser sur le terrain de son handicap plutôt que sur des objectifs communs à toute l’humanité comme dans la peinture ou la poésie ? Michel Petrucciani était magnifique au piano et l’on se réjouit qu’il n’ait pas choisi le stade pour se dépasser. […] L’obscénité de la compétition se confirme quand on apprend que le dopage est encore plus répandu aux jeux paralympiques, où la détection des fraudes est compliquée par le traitement médical des handicaps autant que par l’usurpation de la qualité d’handicapé comme il est arrivé pour les déficients mentaux. »

 

Paul Ariès était présent au 2e Forum national de la désobéissance : « Ce forum s’est tenu dans un climat maussade car nous n’avons pas sorti Sarkozy pour voir le nouveau gouvernement poursuivre la même politique, pour faire la chasse aux Roms, pour déclarer que le nucléaire et la voiture électrique seraient l’avenir de la France, pour adopter le traité Merkozy, pour imposer par la force NDDL. »

 

Laurent Paillard revient sur les conclusions anti-OGM de Gilles-Éric Séralini. Cet épisode illustre « les problèmes de conflits d’intérêts posés par la privatisation de la recherche scientifique dans un contexte de soumission des médias aux investisseurs. »

 

Maxime Vivas, qui est partout, explique pourquoi les pseudos anticonspirationnistes ont gagné. Je suis habituellement contre le mélange des genres, mais je déroge ici. Dans Rue 89, une « Caro » (toujours ces pseudos du courage) s’en prenait récemment à Maxime en ces termes : « Juste pour dire que Maxime Vivas est une nana qui règne sur Le Grand Soir avec son ami Victor Dedaj. Ils produisent des textes très violemment antisionistes et parfois négationnistes »

J’ai répondu ceci : « Maxime Vivas n’est pas une nana. Croyez bien que je le regrette. C’est un vieux monsieur (encore plus vieux que moi), très drôle, très humain. Il est d’origine espagnole, issu d’une famille d’ouvriers immigrés. J’ai le grand bonheur de participer à une émission de radio qu’il anime chaque semaine sur les ondes de Radio Mon Païs, proche (comme on dit) de la CGT (dont je ne suis pas membre mais où je n’ai aucun ennemi). Dans cette émission culturelle, la parole est libre. Jamais Maxime n’a demandé aux collaborateurs de l’émission, ne serait-ce que de jeter un œil sur leur papier avant le passage à l’antenne.

J’ai publié plus de 400 articles dans les colonnes du Grand Soir. Je n’ai jamais fait l’objet du moindre commencement de censure de sa part ou de celle de l’autre responsable du site. Je ne suis pas né de la dernière pluie : si j’avais détecté chez Maxime une once d’antisémitisme ou un centimètre carré de couleur brune, j’aurais non seulement interrompu ma collaboration avec le Grand Soir, mais aussi mes relations amicales et militantes avec lui. Maxime Vivas est par ailleurs écrivain. Son premier ouvrage publié fut couronné par un prix littéraire prestigieux. J’ai lu une bonne partie de ses livres. Vous n’y trouverez jamais la moindre trace de brunisme ou d’antisémitisme.

Tout cela pour dire que j’ai été absolument sidéré par les procès imbéciles qui lui ont été intentés par des gens aux méthodes méprisables. Ceux qui, comme moi, le connaissent d’un peu près savent à quel point il a été profondément blessé par ces jets de boue. »

 

Ce témoignage ne l’a évidemment pas convaincue, mais l’a un peu calmée.

 

Pour Frédéric Dehez, l’homme est « menacé » : « En raison de nos modes de vie. Attention à ne pas idéaliser les modes de vie des peuples du Sud. Attention à ne pas alimenter les peurs et tous ceux qui en vivent. Comment combattre efficacement ces fléaux sans tomber pour autant dans un renforcement du biopouvoir ?

 

À lire un article intéressant d’Olivier Canal sur les minorités ethniques en Chine : les Chinois sont des Hans à 91%, mais « 55 minorités ethniques sont reconnus par le pouvoir de Pékin. Ces minorités constituent 9% de la population totale, mais se répartissent sur plus de 50% du territoire. »

 

Pour Haud Guéguen et Frédéric Porcher, la reconnaissance est un « enjeu des luttes sociales » : « Les gens sont moins bêtes qu’angoissés, moins manipulés que désespérés. Posture salutaire qui nous interdit de donner des leçons. Posture fructueuse car elle nous permet aussi de redevenir des voyants et de découvrir la richesse des milieux populaires dont témoigne déjà le droit à la reconnaissance contre une société du mépris. »

 

Joëlle Fontaine se demande si la Grèce a jamais été un État souverain : Au XXe siècle, la réponse est non. « Questionner l’histoire grecque, c’est mieux comprendre ce qui permet la mise sous tutelle d’un État, d’un peuple. »

 

« Keynes, reviens », nous dit Jean Gadrey qui écrit au génie anglais de l’économie, « ils sont devenus fous ! » : « Une distribution de la richesse produite fait une part nettement plus réduite aux salaires, pour favoriser ceux dont tu souhaites l’euthanasie : les rentiers. » Gadrey cite cette phrase cinglante de Keynes [qu’il n’a jamais écrite mais qui aurait pu être de lui, si n on e vero e bene trovatto] : « Le capitalisme est cette croyance stupéfiante que les pires des hommes feront les pires choses pour le plus grand bien de tout le monde. »

 

 

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 12:06

Ci-dessous, un très bon article de Pierre Deruelle, trouvé sur Twitter. À lire et à faire partager d'urgence.

 

 


Bon, c’en est assez. Moi ça me fait peine. Beaucoup trop de contre-vérités sont énoncées quotidiennement sur l’affaire d’Aéroport Grand-Ouest, appelé vulgairement NDDL par les supporters de la bande de squatteurs basanés polygames crypto-anarchistes néo-staliniens qui ne se lavent même pas tous les jours. Il est peut-être temps de prendre UN PEU de hauteur, de dépassionner le débat, et de ramener UN PEU de sérieux sur ce sujet de haute voltige.


Un peu d’histoire(s)

Le site de Notre-Dame-Des-Landes fut choisi en 1967 (selon les normes européennes environnementales et de préservation de la biodiversité qui devaient à l’époque déjà probablement être les mêmes qu’aujourd’hui) par le Service technique des bases aériennes, puis validé en 1970 par le Comité Interministériel d’Aménagement du Territoire pour remplacer le “déjà” actuel aéroport de “Nantes Atlantique” notamment pour y développer le fret, et aussi un peu pour pouvoir accueillir fièrement le tout nouveau Concorde. Mais si, vous savez, cet avion qui a eu un petit souci le 25 juillet 2000, tuant 113 personnes, et qui ressemblait à un burn-out de cigogne sous extasy avec une paire de Ray-Ban.

S’il semble aujourd’hui – mais je m’avance un peu peut-être – que le projet n’accueillera finalement pas le Concorde, dès mai 1967, les autochtones du crû les plus civilisés pouvaient déchiffrer dans la presse locale avec leurs quelques rudiments de langue française que “La métropole Nantes-Saint Nazaire pourrait devenir le Rotterdam aérien de l’Europe par la création d’un aéroport international de fret au nord de la Loire”. Les hommes politiques et leurs experts avaient parlé. Et tout le monde sait ça, ils tiennent toujours leurs promesses.


En 1971, une vague histoire de choc pétrolier mit semble-t-il un peu de sable d’embargo de pays arabes de l’OPEP dans le moteur du projet de nouvel Aéroport à Notre-Dame-Des-Landes. Enfin, comme ces problèmes de pétrole sont définitivement derrière nous, ne vous inquiétez pas, l’histoire peut reprendre son cours.

Après ces quelques années de trafic stagnant, dans les années 80 la CCI qui gérait Nantes Atlantique posa la question totalement saugrenue de construire une nouvelle piste perpendiculaire à l’existante, qui eu permis aux avions de ne plus survoler Nantes. C’était sans compter sur l’avis du Conseil général de l’époque qui considéra qu’importaient peu trajectoires rectilignes, sens des vents dominants, et beaucoup moins de nuisances sonores sur la population : “Faisons au plus simple, de toutes façons, après, il y aura Notre Dame des Landes”.

La solution retenue par les experts fut donc de prolonger la piste existante, très mal orientée selon les pilotes et par voie de conséquence selon les riverains qui ne comprennent décidément rien aux expertises des experts agrées par des hommes politiques experts dans l’art d’agréer les experts des expertises.

Les même experts de prévisions de trafic de l’époque annonçaient donc entre 5 et 9 millions de passagers pour l’an 2000, et comme vous l’avez compris puisqu’ils ne se trompent jamais, l’aéroport de Nantes Atlantique en accueille aujourd’hui 3,2 millions par an.

Heureusement, en 2000, sous le gouvernement Jospin, parce qu’on peut être de gauche et moderne, le projet ressortit enfin des cartons.

Mieux qu’un aéroport de fret, un aéroport international ! Il remplacerait partiellement l’existant restant en fonctionnement pour la société Airbus, qui heureusement pour les riverains ne fait jamais décoller d’avion. Quel rêve merveilleux pour les hommes politiques locaux de s’imaginer accueillir à bras fiscaux ouverts les hommes d’affaires du monde entier apportant la croissance et la mondialisation dans leurs valises en descendant de gros aéronefs sur deux pistes neuves ! Et quel argumentaire économique merveilleux pour un programme de réélection à un mandat local ! Faire décoller et atterrir des avions c’est un peu magique non, vous ne trouvez-pas ?

L’actuel aéroport de Nantes Atlantique .

La France compte plus de 156 aéroports, contre 44 en Allemagne et 43 en Grande-Bretagne. S’il faut bien qu’on les batte sur quelque chose, c’est fait.

L’aéroport actuel de Nantes-Atlantique s’étend sur 320 hectares. Sa piste mesure2.900 mètres par 45 mètres, et a été bétonnée en 1939, parce que l’herbe, c’est quand même plus pratique pour jouer au golf que pour faire atterrir mamie qui rentre des Seychelles. Cette piste permettrait d’absorber 35 avions par heure, même s’il n’y en a que 10 à 12 actuellement, mais c’est un argument de gauchiste en tongs pas rasé.

Le décret n° 2001-705 du 31/07/2001 a inscrit l’aéroport de Nantes Atlantique parmi ceux sur lesquels l’Autorité de Contrôle des Nuisances Sonores Aéroportuaires (ACNUSA) a des compétences élargies (10 aéroports en France). Traduction : il casse les oreilles à 42 000 personnes, mais comme  le nouvel aéroport va arriver, on ne va surtout pas construire une nouvelle piste orientée correctement, ni même régler les questions de gestion du trafic aérien.

Forcément, il a toujours un collectif de crypto-anarchistes pilotes de lignes doutant de la pertinence du projet de Notre-Dame-des-Landes pour affirmer que “30 % des avions qui survolent le centre-ville pourraient l’éviter en passant par le sud de l’agglomération”. Comment croire Thierry Masson, cet officier-pilote de ligne de 50 ans basé à Nantes qui a tout du conspirationniste notoire quand il déclare : “Deux tiers du trafic transitent par le sud-est de l’agglomération. J’aimerais bien savoir pourquoi, en arrivant de Limoges, de Poitiers ou de Bordeaux, il faut faire un détour par le nord-est de l’agglomération et survoler le centre de Nantes

Par sa superficie, Nantes-Atlantique a déjà la dimension d’un aéroport international.

En 2011, pour 60 800 mouvements (les décollages/atterrissages sont un peu les pompes/abdos du contrôleur aérien) l’aéroport à reçu 3,2 millions de passagers.

Sa surface est plus grande que celle de l’aéroport de Londres-Gatwick, qui, par comparaison, assure 280 000 mouvements par an et reçoit 31 millions de passagers, et quasi-égale à celle  de l’aéroport de San Diego, en Californie (USA) qui voit passer annuellement 223 000 mouvements et achemine17 millions de passagers. L’aéroport de Genève, qui ne possède qu’une seule piste, accueille 10 millions de passagers par an, 170 000 mouvements d’avions, et occupe 340 hectares.

En fait, ce qui sature un aéroport ce n’est pas le nombre de passagers mais bien évidemment le nombre de décollages/atterrissages, et sur ce point Nantes Atlantique est passé de 54 858 mouvement en 2007 à 60 800 mouvements en 2011. En suivant cette courbe, Nantes Atlantique devrait atteindre les 200 000 mouvements en 2750 après la troisième apocalypse, quand Nantes sera devenue la capitale du monde.

Du coup, Nantes-Atlantique a reçu le trophée ERA Award 2011-2012 du meilleur aéroport européen, ce qui est donc une excellente raison pour en construire un nouveau.


Cerise on the cup-cake, il y a donc une usine Airbus en bordure de la piste de Nantes-Atlantique qui emploie 2300 salariés à la fabrication notamment des radômes (extrémités avant des avions) et des caissons centraux de voilure de toute la gamme Airbus, pièces qui partent pour assemblage à bord du Beluga, l’avion-cargo d’Airbus. Que se passera-t-il pour Airbus si Nantes-Atlantique ferme ? Airbus ne va quand-même pas délocaliser sa production ? La piste sera donc privatisée pour son bénéfice ? A moins – idée lumineuse – qu’on refile l’un des aéroports européens les mieux notés aux bons soins de Vinci, qui saura bien en faire quelqu’usage rentable : les bâtiments de l’aéroport seront peut-être transformés en skate-park, en agence Pôle-Emploi, ou en crèche pour les futurs pilotes de ligne.

Suite à une enquête publique conclue fin 2006, la Commission d’enquête remit en avril 2007 un rapport au préfet de la région Pays de la Loire.

C’est monsieur Bernard Boucault qui était le préfet en poste à l’époque à la préfecture de la région Pays de la Loire. Il avait à peine eu le temps de lire le rapport et de reconnaître le projet d’utilité publique qu’il fut nommé en juin 2007 directeur de l’ENA, jusqu’à 30 mai 2012 où il fut nommé au poste de préfet de police de Paris. Comme quoi même faire les grandes écoles n’empêche pas de finir au poste.


C’est monsieur Bernard Hagelsteen qui lui succèda le 20 juin 2007 au poste de préfet de la région Pays de la Loire et préfet de la Loire-Atlantique. Une carrière à talonnettes que celle de monsieur Bernard Hagelsteen : en 1984 il devint secrétaire général de la préfecture des Hauts-de-Seine, puis obtint entre 1989 et 1992 le poste de directeur de la police générale à la préfecture de police de Paris, et plus récemment celui de secrétaire général du Comité interministériel de prévention de la délinquance. Proche collaborateur du ministre de l’Intérieur de l’époque, un certain Nicolas Sarkozy, Bernard Hagelsteen avait eu pour tâche de préparer et de défendre la loi sur la prévention de la délinquance, promulguée en mars 2007.

Un mois après l’élection de Nicolas, Sarkozy, il était donc nommé au poste de préfet de la région Pays de la Loire et préfet de la Loire-Atlantique, et héritait donc du dossier du décret d’utilité publique de l’aéroport.

Ce fameux décret d’utilité publique est finalement publié le 10 février 2008, suite à une enquête publique dans laquelle 80 % des contributions faites aux sept enquêteurs étaient opposées au projet. Mais comme on arrête pas le progrès, l’enquête s’est quand même avérée positive pour déclarer une DUP même si sur les sept enquêteurs qui ont fait le travail, deux ont abandonné leur position avant la fin de la commission d’enquête.

Et puisque la mode était à un truc médiatique appeléGrenelle de l’environnement, le décret comportait la réserve que cet aéroport soit de haute qualité environnementale (norme HQE).

Contesté par la suite devant le Conseil d’Etat, ce décret sera confirmé en 2009 et en 2010.

L’esprit mal tourné pourra s’indigner de ce que la présidente de la section des travaux publics au Conseil d’Etat fut Madame Marie Dominique Monfraix, épouse du préfet Bernard Hagelsteen en charge du décret en question, alors qu’il s’agit bien évidemment du fruit du hasard. Un hasard qui valait bien que Madame Monfraix-Hagelsteen fut élevée au grade de Commandeur de la Légion d’honneur le 13 Juillet 2009, ce qui n’a strictement rien à voir, nous ne salirons pas ici la mémoire une femme irréprochable, décédée depuis.


Le hasard total également si son époux désormais veuf monsieur Bernard Hagelsteen a pris sa retraite le 1er décembre 2011 pour devenir non pas conseiller à la Cour des comptes comme il l’avait annoncé initialement, mais conseiller auprès du DG de Vinci Autoroutespuis responsable des péages pour ASF, filiale de Vinci. Vinci en charge du projet du nouvel aéroport. Tout ne peut pas être dramatique, le hasard fait parfois bien les choses, n’en déplaise à la loi dite de pantouflage concernant les représentants de l’état.

Les scénarios d’optimisation de l’aéroport existant de Nantes-Atlantique n’ont pas été posés, les solutions alternatives n’ont pas été étudiées : aucun intérêt, puisqu’on fait l’aéroport Grand-Ouest de NDDL. Quand au Grenelle de l’environnement, qui préconisait l’étude de solutions alternatives pour les projets à fort impact environnemental, c’est de toute façon aujourd’hui un truc complètement dépassé, d’ailleurs on en parle même plus à la télévision. J’en ai discuté avec un lobbyste du bétonnage pas cher, on vous jure mordicus que la norme HQE ça sert à rien.


Alors certains viendront braire que la vraie motivation pour ce projet en 2000 a été de faciliter une opération de rénovation urbaine importante dont une partie se situait dans le périmètre des nuisances sonores de l’actuel aéroport. Et vont s’imaginer que pour ne pas s’embarrasser de contraintes d’insonorisation trop fortes, on préfère se débarrasser de l’aéroport et en construire un nouveau.

Et pourquoi pas aussi fantasmer sur les soit-disant appétits économiques des soit-disant lobbies du BTP, tout ça parce que les Président et Directeur général de VINCI ont pu faire ensemble quelques voyages au Cambodge avec monsieur Thierry Mariani.

Écoutez plutôt Jean-Marc Ayrault, un homme qui a eu une vision prophétique de la magnificence de Nantes et lui souhaite “un aéroport qui réponde aux défis de notre temps”. Mais si, vous savez, Jean-Marc Ayrault, l’homme qui a réussi à rendre François Fillon charismatique.

Nantes-sur-Ayrault la sublime, nouvelle capitale française : Pensez-donc, avec 1 650 hectares cet aéroport de Notre Dame des Landes sera donc plus grand que celui de Roissy Charles de Gaulle qui accueille, lui, sur 1 400 hectares, 540 000 mouvements d’avions et 55 millions de passagers par an. Si avec ça Nantes-sur-Ayrault ne devient pas Nantes-sur-Ayrault-la-magnifique …

 

Veni, Vidi, Vinci

Donc, le 30 décembre 2010, Thierry Mariani, secrétaire d’Etat chargé des transports, a paraphé le contrat de concession du nouvel aéroport Grand-Ouest. Signé par la société concessionnaire des aéroports du Grand Ouest, filiale de VINCI Concessions (85 %), en partenariat avec la Chambre de Commerce et d’Industrie de Nantes (10%) et Entreprise de Travaux Publics de l’Ouest(ETPO – CIFE) (5 %), il est entré en vigueur le 1er janvier 2011.

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, Vinci a obtenu la reprise de l’exploitation des aéroports de Nantes-Atlantique et de Saint-Nazaire Montoir, en plus de la conception, le financement, la construction, l’exploitation et la maintenance du nouvel aéroport du Grand Ouest Notre-Dame des Landes pour une durée de 55 ans.

Ce projet ultra-moderne déposé par Vinci présente deux pistes de 2.700 et 2.900 mètres : trop courtes pour y faire atterrir des A 380, mais comme les gros porteurs ne sont pas trop à la mode, on s’en dénoyaute la cerise.

Deux pistes pour 4 millions de passagers. Une bande de sauvages autochtones qui vit là-bas, l’ACIPA (Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d’Aéroport de Notre Dame des Landes) soutient qu’il n’existe aucune règle européenne allant dans ce sens. Peut-être, mais qu’est-ce qui leur dit que demain on ne va pas construire 8 pistes supplémentaires à Roissy, avec 60 millions de passagers sur 4 pistes ? Le bon sens n’est pas toujours près de chez vous, vous diront les experts.

Le projet devrait coûter 561 millions d’euros(aucun budget de dépassement n’a été prévu vu que ça n’arrive jamais sur des gros chantiers), ce qui heureusement en période de crise est une somme tout à fait modeste parfaitement employée. Ce n’est pas comme si avec 561 millions d’euros on pouvait créer des logements, financer des projets écologiques, faire de la recherche… Une paille donc, mais dans l’oeil.

La répartition de l’enveloppe globale s’établit comme suit :

  • Vinci apporte autour de 310 M€ des 441 M€ évalués pour la réalisation de la plateforme aéroportuaire qui se répartit comme tel :

- 100 millions d’euros c’est le résultat du bénéfice fait sur Nantes Atlantique entre 2010 et 2017 (sic!)
- 100 millions d’euros empruntés sur les marchés financiers cautionnés par les collectivités locales, noir sur blanc dans le cahier des charges (re-sic!)
- 100 millions d’euros des actionnaires de Vinci avec un rendement annuel de 12 % imposé.(re-re-sic!)

  • L’Etat (130,5 M€) et les collectivités publiques (115,5 M€) se sont engagés sur une contribution publique totale de 246 M€, financement partagé au travers d’un syndicat mixte comprenant :

- Les Conseils régionaux des Pays de la Loire (40,4 M€) et de Bretagne (28,9 M€),
- Le Conseil général de Loire-Atlantique (23,1 M€)
- Nantes Métropole (17,9 M€)
- La communauté d’agglomération de Saint-Nazaire (2,9 M€) et celle de La Baule-presqu’île de Guérande (2,3 M€)


Cinq enquêtes publiques se sont déroulées du 21 juin au 7 août 2012. Quelque 400 contributions ont été déposées ou envoyées aux commissaires enquêteurs, et certains viendront chicaner sur “la précipitation à organiser l’enquête pendant l’été, avant l’entrée en application de la réforme des enquêtes publiques, ce qui a permis à l’Etat d’organiser la procédure conformément à l’ancienne règle, alors que la nouvelle aurait permis une instruction plus longue”.

 

Il y aura bien des pisse-froid pour venir arguer également que les centaines d’hectares requis pour le nouvel aéroport sont des zones humides, en tête de deux bassins versants, que leur artificialisation est contraire aux dispositions du SDAGE Loire Bretagne.
Que normalement ce projet ne peut satisfaire aux exigences de la loi sur l’eau, mais heureusement l’Etat et Vinci proposent une solution, dit loi-du-contournement-de-la-loi, qui permettrait de passer outre : le concessionnaire Vinci-Aéroport du Grand Ouest aurait recourt à des « unités de compensation zones humides » calculées selon des coefficients de 0,25 à 2 pour évaluer l’intensité de la réponse compensatoire des mesures.

 


C’est un peu violer la loi française et la directive européenne cadre sur l’eau, parce que normalement une zone humide détruite doit être compensée par deux hectares construits sur le même bassin versant, or ici toute la zone du projet et ses alentours sont classés en zones humides. D’accord, il n’est pas donc pas possible de compenser, l’approche retenue par AGO en termes de fonctionnalités n’est pas viable, mais bon puisqu’on vous dit que tout ça c’est pour le développement économique. L’état a bien le droit de contredire ses propres directives, sans compter qu’en 2012, on s’en fout de l’eau, après tout.

Les indemnités proposées aux propriétaires qui sont priés de dégager illico de la zone avant l’arrivée des pelleteuses sont de 16 centimes par m². Quand on sait que l’un d’eux a par exemple acheté son terrain 24 centimes par m² en 1977, ça laisse rêveur.

Il paraîtrait aussi que le marché des émissions de CO², qui renchérit le coût de l’aviation, a été omis dans les études. Comme ces trucs de CO² sont encore de lubies de baba-cools avec des fleurs sur leurs sandales en cuir, on en tiendra évidemment pas compte.


D’autres empêcheurs de bétonner en rond viendront pérorer que la concurrence du TGV n’a pas été prise en compte. Mais qui prend encore le TGV entre Nantes et Paris de nos jours ?


Et comme si la nouvelle liaison TGV Rennes-Paris prévue pour 2020-2025 allait inciter beaucoup de Rennais à prendre l’avion à Paris plutôt qu’à Notre-Dame-des-Landes. N’importe quoi.

D’autres encore vous expliquerons que la construction du tram/train depuis Nantes, estimée à 150 millions d’euros, n’est pas prise en compte dans le projet, alors que ses effets sont inclus dans le calcul de bénéfices pour la société Vinci. C’est juste parce qu’ils ne savent pas anticiper sur les bénéfices que réalise le privé à partir des investissements des deniers publics. En attendant, vous viendrez à l’aéroport en voiture et vous paierez le parking, à Vinci bien sûr, qui a obtenu le passage dans le projet de 7 000 à 11 000 places de parking tandis que les pistes ont été revues à la baisse faute de moyens.

 

En terme d’emploi, de drôles de sbires contestent l’étude estimant que 1000 emplois sont crées par million de passagers tout ça parce qu’elle se base sur les statistiques des trois grands hubs internationaux qui comptent également le fret, alors qu’en France, pour les aéroport régionaux la norme est de 256 emplois par million de passagers. Les gens sont vraiment tatillons quand il s’agit de leur boulot, s’en devient pénible.

 

A contrario, l’étude de Déclaration d’Utilité Publique nous explique – c’est un ravissement sans égal quand on fait de la politique – que l’aéroport Grand-Ouest de Notre-Dame-des-landes rapportera entre 600 et 700 millions d’euros à la collectivité. N’en déplaise à l’étude du cabinet CE-Delft de 2011.


D’ailleurs qui s’intéresse à l’avis d’un cabinet hollandais, organisme indépendant de recherche et de conseil spécialisé dans les solutions innovantes aux questions environnementale, qui alerte sur les risques d’un déficit entre 90 millions et 600 millions d’euros selon les scénarios, et auteur il y a quelques années d’un rapport ayant contribué à l’abandon de l’extension de l’aéroport d’Heathrow à Londres ? Surtout quand il conclue que l’optimisation de Nantes-Atlantique apparaît plus génératrice de richesses pour la France que la construction d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

Franchement, on s’en fout un peu, qui va aller tenir compte de ça, sérieusement ?

 

Certainement pas Vinci, qui nous propose un monde merveilleux à Notre-Dame des landes :

De 4 millions de passagers à la mise en service, le trafic (actuellement 3,2 millions par an à Nantes-Atlantique) passera à “9 millions de passagers par an d’ici 2065” (ils sont aussi fins démographes). C’est promis. Vinci réduira aussi “la consommation d’énergie par 3 par passager”. Vinci utilisera des “techniques de construction innovantes pour l’ensemble du chantier”. Vinci aura un “bilan carbone positif sur la durée du projet en intégrant la construction”. Vinci est tellement balèze qu’à l’extérieur, “les jardins diffuseront les parfums spécifiques des essences locales” (si si, c’est dans le projet). Comment ne pas être émerveillé par l’odeur de la nature en patch ? Encore un peu de forcing et les agriculteurs du coin pourront même peut-être négocier des horaires de diffusion des odeurs de bouse de vache, ça leur rappellera le bon vieux temps.


Libérer des terrains de l’aéroport Nantes-Atlantique, dans cette partie sud-ouest de l’agglomération répond surtout à une logique d’aménagement global (en fait l’aéroport nous emmerde un peu dans nos projets) : “Selon l’Insee”, répète le commandeur Jean-Marc Ayrault, “Nantes accueillera 150 000 habitants supplémentaires d’ici 2030”. En urbanisme, on appelle ça régler le problème par le vide. En politique et nombre de voix, on appelle ça régler le problème par le plein.

Et qui vient d’obtenir la concession de cinq aéroports de l’Ouest, et aura le droit de construire de nouveaux quartiers sur les terrains libérés par l’ancien aéroport de Nantes Atlantique ?
Vinci, bien sûr. (Vous aviez deviné ? vous avez gagné le droit de financer le projet NDDL).

Décidément, nos politiques sont des génies, mais les gens de chez Vinci, ils sont vraiment trop forts.

 

 

Ressources :

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 12:55

Par Éric TOUSSAINT

 

http://blogues.lapresse.ca/paquin/wp-content/uploads/2009/02/twin_towers_demotix_web.jpgArticle repris du Grand Soir

 

 

Eric Toussaint, maître de conférence à l’université de Liège, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org) et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il a écrit, avec Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, Paris, 2012.

 

 

2007-2012 : 6 années qui ébranlèrent les banques[1]

Depuis 2007-2008, les grandes banques centrales (BCE, Banque d’Angleterre, Fed aux Etats-Unis, Banque de Suisse) donnent la priorité absolue à tenter d’éviter un effondrement du système bancaire privé. Contrairement au discours dominant, le risque principal qui menace les banques n’est pas la suspension du paiement de la dette souveraine[3] par un Etat. Aucune des faillites bancaires depuis 2007 n’a été provoquée par un tel défaut de paiement. Aucun des sauvetages bancaires organisés par les Etats n’a été rendu nécessaire par une suspension de paiement de la part d’un Etat surendetté. Ce qui menace les banques depuis 2007, c’est le montage de dettes privées qu’elles ont progressivement construit depuis la grande dérèglementation qui a commencé à la fin des années 1970 et qui s’est achevée au cours des années 1990. Les bilans des banques privées sont toujours bourrés d’actifs[4] douteux : cela va d’actifs carrément toxiques qui constituent de véritables bombes à retardement à des actifs non liquides (c’est-à-dire qui ne peuvent pas être revendus, écoulés, sur les marchés financiers) en passant par des actifs dont la valeur est tout à fait surfaite dans les bilans bancaires. Les ventes et les dépréciations d’actifs que les banques ont jusqu’ici enregistrées dans leurs comptes afin de réduire le poids de ces actifs explosifs ne suffisent pas. Un nombre significatif d’entre elles dépendent d’un financement à court terme (fournis ou garantis par les pouvoirs publics avec l’argent des contribuables) pour se maintenir à flot[5] et pour faire face à des dettes elles-mêmes à court terme. C’est ce qui a mis la banque franco-belge Dexia, véritable hedge fund de très grande taille, trois fois au bord de la faillite en 4 ans : octobre 2008, octobre 2011[6] et octobre 2012[7]. Au cours de l’épisode le plus récent, début novembre 2012, les Etats français et belges ont apporté une aide de 5,5 milliards d’euros (dont 53 % à la charge de la Belgique) pour recapitaliser Dexia SA, société financière moribonde, dont les fonds propres ont fondu. Selon Le Soir : « Les capitaux propres de Dexia maison-mère sont passés de 19,2 milliards à 2,7 milliards d’euros entre fin 2010 et fin 2011. Et au niveau du groupe, les fonds propres totaux sont devenus négatifs (-2,3 milliards d’euros au 30 juin 2012)  »[8]. Fin 2011, les dettes immédiatement exigibles de Dexia SA s’élevaient à 413 milliards d’euros et les montants dus au titre de contrats de dérivés à 461 milliards d’euros. La somme de ces deux montants représentait plus de 2,5 fois le PIB de la Belgique ! Pourtant les dirigeants de Dexia, le vice-premier ministre belge Didier Reynders et les médias dominants prétendent encore que le problème de Dexia SA est largement provoqué par la crise des dettes souveraines dans le sud de la zone euro. La vérité, c’est que les créances de Dexia SA sur la Grèce ne dépassaient pas 2 milliards d’euros en octobre 2011, soit 200 fois moins que les dettes immédiatement exigibles. En octobre 2012, l’action Dexia valait environ 0,18 euro, soit 100 fois moins qu’en septembre 2008. Malgré cela, les Etats français et belge ont décidé une fois de plus de renflouer cette société de défaisance en faisant du coup augmenter la dette publique de leur pays. En Espagne, la quasi faillite de Bankia a également été causée par des montages financiers douteux, et non pas par un quelconque défaut de paiement de la part d’un Etat. Depuis 2008, le scénario s’est répété une bonne trentaine de fois en Europe et aux Etats-Unis : à chaque fois, les pouvoirs publics se sont mis (et se mettent systématiquement) au service des banques privées en finançant leur sauvetage par l’emprunt public.

Retour sur le démarrage de la crise en 2007

Le montage gigantesque de dettes privées a commencé à s’effondrer avec l’éclatement de la bulle spéculative dans l’immobilier aux Etats-Unis (suivi par l’immobilier en Irlande, au Royaume-Uni, en Espagne,…). La bulle immobilière a éclaté aux Etats-Unis quand les prix des logements produits en trop grande quantité ont commencé à chuter car de plus en plus de constructions ne trouvaient plus d’acquéreurs.

Les explications tronquées ou carrément mensongères de la crise qui a éclaté aux Etats-Unis en 2007, avec un énorme effet de contagion vers l’Europe occidentale principalement, ont prévalu dans les interprétations données par les médias dominants. Régulièrement en 2007 et durant une bonne partie de 2008, on a expliqué à l’opinion publique que la crise avait démarré aux Etats-Unis parce que les pauvres s’étaient trop endettés pour acquérir des maisons qu’ils n’étaient pas en mesure de payer. Le comportement irrationnel des pauvres était pointé du doigt comme ayant provoqué la crise. A partir de fin septembre 2008, après la faillite de Lehman Brothers, le discours dominant a changé et a commencé à pointer les brebis galeuses qui au sein de monde de la finance avaient perverti le fonctionnement vertueux du capitalisme. Mais il n’en reste pas moins que les mensonges ou les présentations tronquées ont continué à circuler. On passait des pauvres responsables de la crise aux pommes pourries présentes dans la classe capitaliste : Bernard Madoff, qui a monté une arnaque de 50 milliards de dollars ou Richard Fuld, le patron de Lehman Brothers.

Les prémisses de la crise remontent à 2006 lorsque débute aux Etats-Unis la chute du prix de l’immobilier provoquée par la surproduction, elle-même provoquée par la bulle spéculative qui en enflant le prix de l’immobilier avait amené le secteur de la construction à augmenter exagérément son activité par rapport à la demande solvable. C’est la chute du prix de l’immobilier qui a entraîné l’augmentation du nombre de ménages incapables de payer leurs mensualités de crédits hypothécaires subprimes. En effet, aux Etats-Unis, les ménages ont la possibilité et la coutume, quand les prix de l‘immobilier sont à la hausse, de refinancer leur emprunt hypothécaire au bout de 2 ou 3 ans afin d’obtenir des termes plus favorables (d’autant que dans le secteur des prêts subprimes, le taux des 2 ou 3 premières années était faible et fixe, autour de 3%, avant de grimper très fort et de devenir variable à la 3 ou 4e année). Vu que les prix de l’immobilier ont commencé à baisser dès 2006, les ménages qui avaient eu recours aux prêts subprimes n’ont plus été en mesure de refinancer favorablement leur crédit hypothécaire, les défauts de paiement ont commencé à se multiplier très fortement dès le début de 2007 ce qui a provoqué la faillite de 84 sociétés de crédit hypothécaire aux Etats-Unis entre janvier et août 2007.

Comme très souvent, alors que la crise est expliquée de manière simpliste par l’éclatement d’une bulle spéculative, en réalité, il faut chercher la cause à la fois dans le secteur de la production et dans la spéculation. Bien sûr, le fait qu’une bulle spéculative ait été créée et ait fini par éclater ne fait que démultiplier les effets de la crise qui a démarré dans la production. Tout l’échafaudage des prêts subprimes et des produits structurés créés depuis le milieu des années 1990 s’est effondré, ce qui a eu de terribles retombées sur la production dans différents secteurs de l’économie réelle. Les politiques d’austérité ont par la suite encore amplifié le phénomène en débouchant sur la période récessive-dépressive prolongée dans laquelle l’économie des pays les plus industrialisés se trouve enlisée.

L’impact de la crise de l’immobilier aux Etats-Unis et de la crise bancaire qui lui succéda a eu un énorme effet de contagion internationale car de nombreuses banques européennes avaient massivement investi dans les produits structurés et dérivés états-uniens. Depuis les années 1990, la croissance aux Etats-Unis et dans plusieurs économies européennes a été soutenue par une hypertrophie du secteur financier privé et par une augmentation formidable des dettes privées : dettes des ménages[9], dettes des entreprises financières et non financières. En revanche, les dettes publiques ont eu tendance à baisser entre la deuxième moitié des années 1990 et 2007-2008.

Hypertrophie du secteur financier privé, donc. Le volume des actifs des banques privées européennes en rapport au produit intérieur brut a gonflé de manière extraordinaire à partir des années 1990 pour atteindre dans l’Union européenne 3,5 fois le PIB des 27 pays membres de l’UE en 2011[10]. En Irlande, en 2011, les actifs des banques représentaient 8 fois le produit intérieur brut du pays.

Les dettes des banques privées[11] de la zone euro représentent également 3,5 fois le PIB de la zone. Les dettes du secteur financier britannique atteignent des sommets en proportion du PIB : elles lui sont 11 fois supérieures tandis que la dette publique représente environ 80% du PIB.

La dette brute des Etats de la zone euro représentait 86% du PIB des 17 pays membres en 2011[12]. La dette publique grecque représentait 162% du PIB grec en 2011 tandis que les dettes de son secteur financier représentent 311% du PIB, soit le double. La dette publique espagnole atteignait 62% du PIB en 2011 tandis que les dettes du secteur financier atteignaient 203%, soit le triple de la dette publique.

Un peu d’histoire : la mise en place d’une réglementation financière stricte à la suite de la crise des années 1930

Le krach de Wall Street en octobre 1929, l’énorme crise bancaire de 1933 et la période prolongée de crise économique aux Etats-Unis et en Europe des années 1930 ont amené le président Franklin Roosevelt, et par la suite l’Europe, à fortement réglementer le secteur financier afin d’éviter la répétition de graves crises boursières et bancaires. Conséquence : au cours des trente années qui ont suivi la seconde guerre mondiale, le nombre de crises bancaires a été minime. C’est ce que montrent deux économistes néolibéraux nord-américains, Carmen M. Reinhart et Kenneth S. Rogoff, dans un livre publié en 2009 et intitulé Cette fois, c’est différent. Huit siècles de folie financière. Kenneth Rogoff a été économiste en chef du FMI et Carmen Reinhart, professeur d’université, est conseillère du FMI et de la Banque mondiale. Selon ces deux économistes qui sont tout sauf favorables à une remise en cause du capitalisme, la quantité très réduite de crises bancaires s’explique principalement « par la répression des marchés financiers intérieurs (à des degrés divers), puis par un recours massif aux contrôles des capitaux pendant bien des années après la seconde guerre mondiale »[13].

Une des mesures fortes prises par Roosevelt et par les gouvernements d’Europe (notamment sous la pression des mobilisations populaires en Europe après la Libération) a consisté à limiter et à règlementer strictement l’usage que les banques pouvaient faire de l’argent du public. Ce principe de protection des dépôts a donné lieu à la séparation entre banques de dépôt et banques d’investissement dont la loi américaine dite Glass Steagall Act a été la forme la plus connue mais qui a été appliquée également avec certaines variantes dans les pays européens.

Avec cette séparation, seules les banques commerciales pouvaient recueillir les dépôts du public qui bénéficiaient d’une garantie de l’Etat. Parallèlement à cela, leur champ d’activités avait été réduit aux prêts aux particuliers et aux entreprises, et excluait l’émission de titres, d’actions et de tout autre instrument financier. Les banques d’investissement devaient, quant à elles, capter leurs ressources sur les marchés financiers afin de pouvoir émettre des titres, des actions et tout autre instrument financier.

La dérèglementation financière et le virage néolibéral

Le virage néolibéral de la fin des années 1970 a remis en cause ces règlementations. Au bout d’une vingtaine d’années, la déréglementation bancaire et financière en général a été achevée. Comme le relèvent Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart, les crises bancaires et boursières se sont multipliées à partir des années 1980, elles ont également pris des formes de plus en plus aigües.

Dans le modèle traditionnel hérité de la période prolongée de règlementation, les banques évaluent et portent le risque, c’est-à-dire qu’elles analysent les demandes de crédit, décident ou non de les satisfaire, et, une fois les prêts consentis, les conservent dans leur bilan jusqu’à leur terme (on parle ici du modèle originate and hold, « octroyer et conserver »).

Profitant du profond mouvement de dérèglementation qu’elles ont suscité, les banques ont abandonné le modèle « octroyer et conserver » pour augmenter le rendement sur fonds propres. Pour ce faire, les banques ont inventé de nouveaux procédés, en particulier la titrisation qui consiste à transformer des crédits bancaires en titres financiers. L’objectif poursuivi était simple : ne plus conserver dans leurs comptes les crédits et les risques y afférents. Elles ont transformé ces crédits en titres sous la forme de produits financiers structurés qu’elles ont vendus à d’autres banques ou à d’autres institutions financières privées. On parle ici d’un nouveau modèle bancaire dit originate to distribute, « octroyer et céder », appelé également originate repackage and sell, « octroyer, restructurer et vendre ». Pour la banque, l’avantage est double : elle diminue son risque en sortant de son actif les crédits qu’elle a consentis et elle dispose de moyens supplémentaires pour spéculer.

La dérèglementation a permis au secteur financier privé et notamment aux banques de faire jouer fortement ce qu’on appelle l’effet de levier. Xavier Dupret décrit clairement le phénomène : « Le monde bancaire s’est beaucoup endetté, ces dernières années, via ce que l’on appelle les effets de levier. L’effet de levier consiste à recourir à l’endettement pour augmenter la rentabilité des capitaux propres. Et pour qu’il fonctionne, il faut que le taux de rentabilité du projet sélectionné soit supérieur au taux d’intérêt à verser pour la somme empruntée. Les effets de levier sont devenus de plus en plus importants avec le temps. Ce qui n’est évidemment pas sans poser problème. Ainsi, au printemps 2008, les banques d’investissement de Wall Street avaient des effets de levier qui oscillaient entre 25 et 45 (pour un dollar de fonds propres, elles avaient emprunté entre 25 et 45 dollars). Ainsi, Merrill Lynch avait un effet de levier de 40. Cette situation était évidemment explosive car une institution qui a un effet de levier de 40 pour 1 voit ses fonds propres effacés avec une baisse de 2,5% (soit 1/40) de la valeur des actifs acquis. »[14]

Grâce à la dérèglementation, les banques ont pu développer des activités impliquant des volumes gigantesques de financement (et donc de dettes) sans les prendre en compte dans leur bilan comptable. Elles font du hors bilan à un point tel qu’en 2011 le volume des activités en question dépasse 67 000 milliards de dollars (ce qui équivaut environ à la somme des PIB de tous les pays de la planète) : c’est ce qu’on appelle l’activité bancaire de l’ombre, le shadow banking [15]. Quand l’activité hors bilan aboutit à des pertes massives, cela se répercute tôt ou tard sur la santé des banques qui les ont initiées. Ce sont les grandes banques qui dominent de très loin cette activité de l’ombre. La menace de la faillite amène les Etats à se porter à leur secours notamment en les recapitalisant. Alors que les bilans officiels des banques ont enregistré une réduction de volume depuis le début de la crise en 2007-2008, le volume du hors bilan, le shadow banking, n’a pas suivi la même évolution. Après avoir décliné entre 2008 et 2010, il est revenu en 2011-2012 au niveau de 2006-2007, ce qui est un symptôme clair de la dangerosité de la situation des finances privées mondiales. Du coup, la portée de l’action des institutions publiques nationales et internationales qui sont en charge, pour reprendre leur vocabulaire, de ramener la finance à des comportements plus responsables est très limitée. Les régulateurs ne se donnent même pas les moyens de connaître les activités réelles des banques qu’ils sont censés contrôler.

Le Conseil de stabilité financière (CSF), l’organe érigé par le forum du G20 en charge de la stabilité financière mondiale, a livré les chiffres 2011. « La taille du ‘shadow banking’ échappant à toute régulation est de 67.000 milliards de dollars selon son rapport consacré à 25 pays (90% des actifs financiers mondiaux). Ce sont 5.000 à 6.000 milliards de plus qu’en 2010. Ce secteur ‘parallèle’ représente à lui seul la moitié de la taille des actifs totaux des banques. Rapportée au Produit Intérieur Brut du pays, la banque de l’ombre prospère à Hong-Kong (520%), aux Pays-Bas (490%), au Royaume-Uni (370%), à Singapour (260%) et en Suisse (210%). Mais, en terme absolu, les Etats-Unis restent en première position puisque la part de ce secteur parallèle représente 23.000 milliards d’actifs en 2011, suivi de la zone euro (22.000 milliards) et du Royaume-Uni (9.000 milliards).  »[16]

Une grande partie des transactions financières échappe totalement au contrôle officiel. Comme dit précédemment, le volume de l’activité bancaire de l’ombre représente la moitié de la taille des actifs totaux des banques ! Il faut également prendre la mesure du marché de gré à gré (OTC) – c’est-à-dire sans contrôle de la part des autorités des marchés - des produits financiers dérivés. Le volume des produits dérivés s’est développé de manière exponentielle entre les années 1990 et les années 2007-2008. Bien qu’elle ait un peu décliné au début de la crise, la valeur notionnelle des contrats de dérivés sur le marché de gré à gré a atteint en 2011 la somme astronomique de 650 000 milliards de dollars (650 000 000 000 000 $), soit environ 10 fois le PIB mondial. Le volume du 2e semestre de 2007 est dépassé et celui du premier semestre 2008 est en vue… Les swaps sur les taux d’intérêts représentent 74% du total tandis que les dérivés sur le marché des devises représentent 8%, les Credit default swaps (CDS) 5%, les dérivés sur les actions 1%, le reste se répartissant en une multitude de produits.

Depuis 2008, les sauvetages bancaires n’ont pas débouché sur des comportements plus responsables

La crise financière de 2007 a vu les banques, pourtant coupables d’agissements répréhensibles et de prises de risque inconsidéré, bénéficier de massives injections de fonds à travers de nombreux et coûteux plans de sauvetage. Dans une étude très documentée[17], deux chercheurs se sont attachés à vérifier « si les opérations de sauvetage public ont été suivies par une plus grande réduction de risques dans les nouveaux prêts consentis par les banques secourues par rapport à celles qui ne l’ont pas été ». Pour ce faire, les auteurs ont analysé le bilan et les prêts syndiqués (il s’agit des crédits consentis à une entreprise par plusieurs banques) accordés par 87 grandes banques commerciales internationales. Les auteurs ont relevé que « les banques aidées ont continué à signer des prêts syndiqués à risques » en observant que « les prêts syndiqués des banques qui avaient bénéficié d’un renflouement par la suite étaient plus risqués avant la crise que ceux des institutions non aidées ». Loin de constituer un remède et un garde-fou efficace contre les errements des banques, les plans de sauvetages des Etats ont au contraire constitué pour nombre d’entre elles un puissant incitateur à la poursuite et à l’intensification de leurs pratiques coupables. En effet, « la perspective d’un soutien de l’Etat peut entraîner un aléa moral et amener les banques à une plus grande prise de risque »[18].

En somme, une grave crise des dettes privées provoquée par les agissements irresponsables des grandes banques a ensuite poussé les dirigeants états-uniens et européens à leur venir en aide grâce aux fonds publics. La musique lancinante de la crise des dettes souveraines a alors pu être entonnée pour imposer des sacrifices brutaux aux peuples. La déréglementation financière des années 1990 a été le terreau fertile pour cette crise aux conséquences sociales dramatiques. Tant qu’ils ne materont pas la finance internationale, les peuples seront à sa merci. Ce combat doit être intensifié au plus vite.


http://cadtm.org/Banques-contre-Peuples-les-dessous

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[1] L’auteur remercie Patrick Saurin, Daniel Munevar, Damien Millet et Virginie de Romanet pour l’aide qu’ils ont apportée à l’élaboration de cet article.

[2] Eric Toussaint, maître de conférence à l’université de Liège, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org) et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il a écrit, avec Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, Paris, 2012.

[3] La dette souveraine est la dette d’un Etat et des organismes publics qui lui sont rattachés.

[4] En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (capitaux propres apportés par les associés, provisions pour risques et charges, dettes). Voir : http://www.banque-info.com/lexique-bancaire/a/

[5] De nombreuses banques dépendent d’un financement à court terme car elles éprouvent d’énormes difficultés à emprunter au secteur privé à un coût soutenable (c’est-à-dire le plus bas possible) notamment sous la forme d’émission de titres de dette. Comme nous le verrons plus loin, la décision de la BCE de prêter un peu plus de 1000 milliards d’euros à un taux d’intérêt de 1% pour une période de 3 ans à plus de 800 banques européennes a constitué une planche de salut pour un grand nombre d’entre elles. Par la suite, grâce à ces prêts de la BCE, les plus fortes d’entre elles ont de nouveau eu la possibilité d’émettre des titres de dette pour se financer. Cela n’aurait pas été le cas si la BCE n’avait pas joué le prêteur en dernier ressort et ce pour 3 ans.

[6] Sur l’épisode d’octobre 2011, voir Eric Toussaint, « Krach de Dexia : un effet domino en route dans l’UE ? », 4 octobre 2011, http://cadtm.org/Krach-de-Dexia-un-effet-domino-en
[7] Sur l’épisode d’octobre 2012 qui a abouti à un nouveau sauvetage sous la forme d’une recapitalisation, voir Eric Toussaint, « Fallait-il à nouveau injecter de l’argent dans Dexia ? », Le Soir, 2 novembre 2012, http://cadtm.org/Fallait-il-a-nouveau-injecter-de-l ; voir également : CADTM, « Pour sortir du piège des recapitalisations à répétition, le CADTM demande l’annulation des garanties de l’Etat belge aux créanciers du groupe Dexia », 31 octobre 2012, http://cadtm.org/Pour-sortir-du-piege-des ; CADTM, « Pourquoi le CADTM introduit avec ATTAC un recours en annulation de l’arrêté royal octroyant une garantie de 54 milliards d’euros (avec en sus les intérêts et accessoires) à Dexia SA et Dexia Crédit Local SA », 22 décembre 2011, http://cadtm.org/Pourquoi-le-CADTM-introduit-avec

[8] Pierre-Henri Thomas, Bernard Demonty, Le Soir, 31 octobre 2012, p. 19, http://archives.lesoir.be/dexia-sera-recapitalise-pour-le-7-...

[9] Les dettes des ménages incluent les dettes que les étudiants américains ont contractées pour payer leurs études. Les dettes des étudiants aux Etats-Unis atteignent le montant colossal de 1 000 milliards de dollars, c’est-à-dire plus que le total des dettes extérieures publiques de l’Amérique latine (460 milliards de dollars), de l’Afrique (263 milliards) et de l’Asie du Sud (205 milliards). Voir pour le montant des dettes de ces « continents » : Damien Millet, Daniel Munevar, Eric Toussaint, Les Chiffres de la dette 2012, tableau 7, p. 9. Téléchargeable : http://cadtm.org/Les-Chiffres-de-la-dette-2012

[10] Voir Damien Millet, Daniel Munevar, Eric Toussaint, Les Chiffres de la dette 2012, tableau 30, p. 23. Ce tableau se base sur des données de la Fédération européenne du secteur bancaire, http://www.ebf-fbe.eu/index.php?page=statistics. Voir également Martin Wolf, « Liikanen is at least a step forward for EU banks », Financial Times, 5 octobre 2012, p. 9.

[11] Les dettes des banques ne doivent pas être confondues avec leurs actifs, elles font partie de leur « passif ». Voir plus haut la note de bas de page sur « Actif » et « Passif » des banques.

[12] Voir Damien Millet, Daniel Munevar, Eric Toussaint, Les Chiffres de la dette 2012, tableau 24, p. 18. Ce tableau utilise la base de données de recherche de Morgan Stanley, ainsi que http://www.ecb.int/stats/money/aggregates/bsheets/html/outst... et

http://www.bankofgreece.gr/Pages/en/Statistics/monetary/nxi....

[13] Carmen M. Reinhart, Kenneth S. Rogoff, Cette fois, c’est différent. Huit siècles de folie financière, Pearson, Paris, 2010. Edition originale en 2009 par Princeton University Press.

[14] Xavier Dupret, « Et si nous laissions les banques faire faillite ? », 22 août 2012, http://www.gresea.be/spip.php?article1048
[15] Voir Daniel Munevar, « Les risques du système bancaire de l’ombre », 21 avril 2012, http://cadtm.org/Les-risques-du-systeme-bancaire-de

Voir aussi : Tracy Alloway, “Traditional lenders shiver as shadow banking grows”, Financial Times, 28 décembre 2011
[16] Voir Richard Hiault, « Le monde bancaire « parallèle » pèse 67.000 milliards de dollars », Les Echos, 18 novembre 2012, http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/...

[17] Michel Brei et Blaise Gadanecz, “Have bailouts made banks’loan book safer ?”, Bis Quaterly Review, september 2012, pp. 61-72. Les citations de ce paragraphe en sont issues.

[18] Ibid.

 

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