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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 06:48

http://a6.idata.over-blog.com/2/48/74/19/Dessins-de-presse-2/dessins-de-presse-3/Dessins-4/Large-copie-2.jpgPour Paul Ariès, il faut évidemment battre Sarkozy, mais sans se faire trop d’illusions : « À ceux qui nous accusent de ne pas soutenir le Parti socialiste et de créer un risque d’éparpillement des voix et donc un nouveau 21 avril, à ceux qui nous reprochent de ne pas partir la fleur au fusil avec les candidats de la « vraie gauche » (oui, mais laquelle ?), nous répondrons que la responsabilité ultime leur en incombe. C’est à eux de donner envie de voter pour un projet. Ne reprochez pas au peuple sa lassitude. Tout le reste est, comme disait Marx, du Trade-Unionisme… »

 

Pour Jean Gadrey, il est possible de « faire payer les riches » : « En trente ans de rapport de forces en leur faveur, les dominants ont fait basculer de leur côté, sous des formes multiples, d’énormes montants de richesses économiques, privant de ce fait l’État et les collectivités locales de recettes très importantes. »

 

En spécialiste de George Orwell, Jean-Claude Michéa, dans “ Le trésor perdu du socialisme ”, analyse la contribution essentielle de l’auteur de 1984 à l’étude des valeurs morales dont font preuve les peules, le sens commun et la décence ordinaire, parmi d’autres.

 

Yvon Quiniou met en garde contre “ la menace du social-libéralisme ”. Pour le PS, plus question de changer de société. Mais est-il seulement encore question de changer la société ?

 

Pour Jacques Testart (link), la droite est l’ennemi du peuple. Il cite en conclusion de son article l’humoriste Christophe Alévêque :  « A quoi sert de violer les gens quand on peut les baiser ? » (Politis, 22 décembre 2011). Des élections périodiques comme nec plus ultra de la démocratie et des concertations comme dérivatifs entre deux périodes électorales, voilà la recette d’un système qui s’oppose aux intérêts des gens sans les violenter ! »

 

Yann Fiévet relie les notions d’affaires de clan et de clan des affaires : « L’heure n’est pas encore venue de dire si le sarkozysme n’aura été qu’une parenthèse dans l’histoire politique de la France. En revanche, nous pouvons d’ores et déjà affirmer que de tous les présidents de la cinquième République M. Nicolas Sarkozy est celui qui est allé le plus loin dans l’étroite imbrication de la vie politique et du monde des affaires. »

 

Pour Florent Bussy et Catherine Hanot, « le narcissisme et le divertissement l’ont emporté sur la constitution de soi par la culture » (“Facebook, le portable et l’école ou la culture du narcissisme ”).

 

Selon Raoul-Marc Jennar, les gauches sont concernées par le procès des dirigeants khmers qui ont réduit leur peuple en esclavage.

 

Paul Ariès (“ À cause du peuple ! ”) revisite le concept deleuzien du « peuple qui manque » et celui du socialisme « en souffrance » inspiré de Lyotard.

 

Philippe Pignard se demande où en est le NPA : « La vague d’espoir qu’avait faite naître sa fondation semble bien loin. La faiblesse électorale n’est qu’un symptôme de quelque chose de plus lourd. »

 

Dans “ Communisme et société ”, Pierre Zarka (philosophe, ancien directeur de L’Humanité), se demande ce qu’il en est de la gauche en tant que contre-société.

 

Tulay Umay se demande sur quelles images de la femme a été fondée la décision parlementaire visant à criminaliser la prostitution.

 

Le pasteur Stéphane Lavignotte se demande quant à lui si les questions LGBT sont importantes pour la gauche, si le respect des LGBT est une question de respect des droits humains.

 

Un article intéressant de Juliette Volcler sur la “ domestication sonore ” : « Les dispositifs sonores coercitifs se multiplient sur les champs de bataille ou dans les rues des villes. Ils viennent compléter l’arsenal dit non létal qui, sous des airs inoffensifs, étend le champ de la répression. »

 

Jérôme Piolat (“ Le génie collectif ”), constatant que l’Amérique latine est le seul continent où le socialisme se conjugue toujours au présent, revient sur le Chiapas, cette guérilla apparue au moment où l’on pensait que le temps des guérillas semblait révolu.

 

Le sophiste Laurent Paillard explique avec humour pourquoi il ne faut pas dire « TVA sociale » mais « protectionnisme financé par les pauvres ».

 

Enfin Claude Quémar (président du Collectif pour l’annulation de la dette du tiers-monde) exige un “ audit citoyen de la dette publique ”.

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 15:25

 

jpeg.jpgJe ne vais pas revenir sur le martyre d’Alfred Nakache, ce grand nageur français des années trente et quarante, déporté à Auschwitz où il parvint à survivre en s’obligeant à nager chaque jour dans de l’eau glacée et boueuse sous le regard narquois des SS (link).


Plus prosaïquement, je me suis aperçu, en me promenant sur Wikipédia, que les deux derniers présidents de la Fédération française de natation (FFN) avait été condamnés à des peines de prison et, pour l'un, à une forte amende. En 2009, Henri Sérandour meurt d’une embolie pulmonaire consécutive à un cancer de la prostate. Trois ans plus tôt, le Tribunal correctionnel de Paris l’avait condamné à trois mois de prison avec sursis et 20000 euros d’amende pour prise illégale d’intérêt. Il avait été accusé d’avoir favorisé le travail de sa femme (ancienne championne de brasse) en fournissant à la société Pléyades, spécialisée dans la communication, où elle travaillait, deux marchés concernant une fresque photographique et la rénovation du site internet du Comité national olympique et sportif français (COSNF). Il reçut un blâme du Comité international olympique (CIO) mais continua à présider le comité français et la Fédération française de natation.


En 2009, Francis Luyce (toute mon adolescence, ma génération, un ch’ti comme moi !) fut condamné par le Tribunal correctionnel de Paris à deux mois de prison avec sursis, également pour prise illégale d’intérêt pour avoir privilégié une société dans laquelle travaillait son fils lors de l'attribution d'un marché concernant les contrats d'adhésion à la fédération et le système de fidélisation.


Le pire, dans cette histoire, c’est que la natation, en tant que discipline de masse (plus de 200000 licenciés) est un des sports qui brasse le moins d’argent (12 millions d’euros annuels).


Petit rappel en passant. En 2005, le même tribunal avait condamné Guy Drut (médaillé olympique sur 110 mètres/haies, un ch’ti, lui aussi, décidément !) à quinze mois de prison avec sursis et 50000 euros d’amende pour avoir bénéficié d’un emploi fictif dans l’affaire des marchés publics d’Île-de-France. Il fut évincé du Comité international olympique, mais Jacques Chirac lui accorda sa grâce présidentielle afin que la France ne soit pas absente de cette instance prestigieuse.

 

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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 06:45

 

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/theatre/salle-de-spectacle/spectacle/on-va-tous-mourir/15519697-4-fre-FR/On-va-tous-mourir_theatre_fiche_spectacle_une.jpgEn allemand, vivre comme un coq en pâte se dit vivre comme dieu en France. Tout cela est bien gentil, mais comment meurt-on outre-Rhin ? Selon L’Humanité (link), l’espérance de vie des pauvres a reculé de deux ans entre 2001 et 2010. Dans l’ancienne République Démocratique Allemande, cette espérance à chuté de près de quatre ans (78/74 ans). Il y a dix ans, les pauvres mouraient plus vieux en Allemagne de l’Est qu’en Allemagne Fédérale. Selon le quotidien communiste,

Le lien est patent entre ce recul dûment enregistré de l’espérance de vie des plus pauvres et la formidable 
entreprise d’écrasement des coûts salariaux, qu’ont constitué les réformes antisociales mises en œuvre durant la décennie par Gerhard Schröder puis par l’actuelle chancelière. Les mesures adoptées ont conduit à de terribles déclassements et ont fait grossir d’autant plus vite le nombre de travailleurs pauvres qu’il n’existe pas de salaire minimum légal outre-Rhin.

Ces réformes votées par les socio-démocrates, les Verts et la droite allemande font saliver François Hollande pour qui « elles ont trop tardé en France ». De fait, elles n’ont fait qu’augmenter le nombre de travailleurs pauvres en créant toujours plus de précarité. Par ailleurs, le report de l’âge de la retraite augmente – comme en France où c’est un peu moins visible pour l’instant – le nombre de travailleurs quittant la vie active en chômage complet ou partiel. Seul un quart des Allemands âgées de 60 à 64 ans occupait en mars 2011 un emploi soumis à cotisations sociales. En Allemagne ou ailleurs, relever l’âge de la retraite, c’est, automatiquement, réduire les retraites. C’est aussi épuiser les travailleurs qui occupent les emplois les plus pénibles. Inversement, c’est parce qu’en France, il y a trente ans, on a baissé l’âge de la retraite que l’espérance de vie a continué à grimper plus vite qu’ailleurs en Europe, en particulier pour les hommes.

 

 

 

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 15:59

http://sosenfants.info/photos/tg-yope1.jpgSur certains taxis en Afrique de l’Ouest, on peut lire « Pauvre a tort ! » Cette devise signifie une chose et son quasi contraire : le pauvre a tort d’être pauvre parce qu’il vaut mieux être riche et, d’un autre côté, il n’est qu’un « salaud de pauvre », comme le disait le personnage joué par Gabin dans La traversée de Paris. Pour l’hyperbourgeoisie, les 4 millions de bénéficiaires de la CMU ont tort, tout comme les 9 millions de personnes atteinte d’une affection de longue durée.

Lorsque le gang du Fouquet’s réduit des millions de Français à la grande pauvreté, il les prive de leur bien le plus précieux : la santé. Au risque de lasser, il faut reprendre les statistiques qui signifient le malheur.

Se soigner coûte de plus en plus cher. Chaque année, il reste désormais à la charge d’un jeune 255 euros à débourser pour se soigner. Pour un adulte, il s’agit de 570 euros. Pour une personne âgée (celle, justement, qui a voté dans l’enthousiasme Sarkozy en 2007) 910 euros.

Comme la santé se déglingue à cause du chômage, de la pauvreté, de la nourriture « pas chère », le budget consacré aux soins pèse aujourd’hui plus lourd qu’il y a deux ans pour 68% des Français. 47% des Français demandent désormais un devis avant d’engager des soins. En 2010, la moitié des Français ont été contraints de repousser l’achat de lunettes ou de lentilles, ou d’y renoncer. 35% des Français ont décalé une consultation chez le dentiste, ou y ont renoncé. 26% ont décalé ou abandonné l’achat de médicaments. 15% ont remis à plus tard une visite à un généraliste, ou y ont renoncé.

92% des consultations chez le généraliste donnent lieu à prescription contre 50% aux Pays-Bas. Cette différence importante est simplement due au fait qu’en France les médecins sont payés à l’acte. Comme, par ailleurs, ils sont débordés et ne peuvent recevoir leurs patients très longtemps, ils ont tendance à prescrire plus qu’il ne faut pour se prémunir et pour rassurer le patient.

Pendant que le nombre des Français sans soin augmente, le montant des dépassements des praticiens est passé de 900 millions d’euros en 1990 à 2,5 milliards en 2010 (21100 euros en moyenne par médecin ; 80000 euros pour les chirurgiens. Comme l’assurance maladie ne prend pas en charge ces surcoûts), il revient aux malades de raquer.

 

PS : Même la page d'accueil d'Orange.fr, qui n'est pas une officine gauchiste, a repris cette info ! Pas bon signe pour le kleiner Mann, tout ça.

 

Source Sofinscope et Céline Waldberg pour Métro.

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 07:11
Ma pharmacienne, qui est de gauche (si, si !), vient de m’expliquer le petit cafouillis suivant. Certains malades doivent prendre un cachet par jour pendant un ou plusieurs mois. Hormis février, les mois comportent 30 ou 31 jours. La sécurité sociale a exigé de plusieurs laboratoires qu’ils fournissent des boîtes de 28 cachets. Ce qui signifie que les patients sont sans médicaments pendant deux à trois jours. Des pilules contraceptives faisant partie de ce paquet social, biture de relations sexuelles trois jours par mois. Ce qui repose, il est vrai.

Pendant un an, ma pharmacienne, qui est de gauche (encore si, si !), est passée en force : elle a renouvelé les ordonnances de ses clients au bout de 28 jours. Elle vient d'être contrainte de mettre un terme à ces scandaleuses largesses car le médecin-conseil de la Sécu vient de lui infliger une amende de 8600 euros.

 

http://www.tresorslegendaires.com/image_506.jpg

 

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 16:17

 

 

71125161Morano.jpg

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 07:13

Par Philippe Arnaud

 

http://titanic.pagesperso-orange.fr/images1/nauf_stoewer.jpgOn a dit, il y a quelques années, que la catastrophe de Tchernobyl était  un symbole de l'état de l'URSS à cette époque et qu'elle préfigurait la  catastrophe qui attendait le régime à peine 5 ans plus tard (et même  trois ans, si l'on fait remonter le naufrage à la chute du Mur de Berlin).

 

A partir de cette observation, il m'a semblé que le naufrage du Costa Concordia, sur le rivage d'une île toscane, pouvait être vu comme une  parabole (ou une métaphore) du naufrage actuel de l'économie capitaliste.

 

1. A l'instar des entités financières (banques, assurances, fonds de  pension, fonds de placement), les moyens de transport et de  communication deviennent de plus en plus gigantesques (comme des  pyramides de La Grande-Motte sur l'eau). Là où les uns entassent les  milliards, d'autres entassent les passagers - ce qui est d'ailleurs  également observable pour les avions. Là où la première version de  l'avion Caravelle, en 1958 (il y a 54 ans) emmenait 80 passagers,  l'Airbus A-380, en 2012, dans sa version charter A-380-800, emmène, lui,  853 passagers et 20 membres d'équipage.

 

1 bis.  Et notons que la logique à l'oeuvre est la même : comme les  milliards placés en Bourse ou prêtés aux Etats ou aux particuliers ne  servent qu'à engranger d'autres milliards, la course au gigantisme de  moyens de transport (avions ou bateaux), par l'économie d'échelle  qu'elle permet, ne sert aux croisiéristes ou compagnies aériennes qu'à  engranger le maximum d'argent.

 

2. Dans les deux cas, lorsqu'il arrive une catastrophe, elle est donc à  proportion des moyens engagés. Lorsqu'une Caravelle s'écrasait, c'était  80 morts. Lorsqu'un Airbus A-380 s'écrasera (car, hélas, cela arrivera),  ce sera près de 900 morts. Lorsqu'une crise financière avait lieu jadis,  elle était fonction des sommes engagées, qui, elles-mêmes, dépendaient  des instruments financiers. Aujourd'hui, ces instruments financiers ont  été démultipliés par les combinaisons mathématiques et les ordinateurs à  un niveau où ils n'existaient pas il y a un demi-siècle (par exemple à  l'époque de la Caravelle) : les dégâts sont donc à la mesure des sommes  engagées.

 

3. Comme dans l'économie boursière, c'est le "pilotage" de l'instrument,  toujours aux limites de l'équilibre ou de la flottaison, qui provoque le  naufrage. Dans le cas des placements en Bourse, chacun spécule sur la  montée de ses actions, en essayant de grappiller "le" dernier centime  (un "dernier petit sou", comme dit Grezillo - remarquablement interprété  par Michel Piccoli - dans Le Sucre), avant que la conjoncture ne se  retourne. Et c'est précisément cette attente du dernier centime, cette  avidité à ne rien laisser perdre, qui provoque la catastrophe – car,  comme les spéculateurs sont moutonniers, personne ne veut vendre le  premier. Et tout le monde se casse la figure en même temps. De même aux  États-Unis, les banques ont prêté à des emprunteurs à chaque fois moins  solvables, elles ont titrisé le plus qu'elles ont pu, pour essayer de  "fourguer" à d'autres banques ou à d'autres "investisseurs" le maximum  de leurs actions et obligations pourries avant que quelqu'un ne siffle la fin du jeu.

 

3 bis. Dans le cas du Costa Concordia, le capitaine du navire, qui avait  l'habitude de naviguer très près des côtes, a voulu naviguer encore plus  près, pour montrer ce qu'il savait faire, pour que les passagers "en  aient pour leur argent" (donc pour qu'ils fassent de la publicité de  bouche-à-oreille et touchent de nouveaux clients, qui rapporteront  encore plus d'argent). Mais il n'a pas su distinguer où était la limite  du fond...

 

4. Comme dans la crise financière, ce sont les gros qui se sauvent en  premier. Des passagers rescapés témoignent que des hommes ont bousculé  femmes et enfants pour embarquer les premiers dans les canots de  sauvetage, certains allant même jusqu'à crier : “ I am a V.I.P. ! ” [Very  Important Person], pour (tenter de) justifier leur muflerie et leur  sauvagerie. De même, dans la crise financière, les mesures de rigueur,  réclamées ici et là à cor et à cri, ne toucheront que les passagers des  cabines du bas, pas ceux des suites princières.

 

5. Comme dans le cas de la crise financière, les dégâts sont socialisés  (comme les bénéfices antérieurs avaient été, eux, privatisés). Après le  naufrage du Costa Concordia, ce sont les services publics italiens  (police, carabiniers, pompiers, plongeurs, hôpitaux...) qui sont venus  au secours des passagers, les membres d'équipage, s'étant eux, défilés,  en particulier le capitaine. [De la même façon que Papandréou,  Berlusconi ou Madoff avaient été "débarqués"].

 

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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 06:54

 

 

http://www.rue89.com/sites/news/files/assets/image/2007/10/20071004Expulsionsinside_0.jpgMonsieur le Ministre,

 

La sous-direction de l'accès à la nationalité française du ministère que vous dirigez vient de signifier à madame S. Boujrada, ma mère, le classement de son dossier et un refus d'attribution de nationalité. «Vous ne répondez pas aux critères», est-il écrit dans un courrier sans âme que l'on croirait tout droit sorti de l'étude d'un huissier ou d'un notaire.

 

Ma mère est arrivée en France en 1984. Il y a donc vingt-huit ans, monsieur le ministre, vingt-huit ans ! Arrivée de Casablanca, elle maîtrisait parfaitement le français depuis son plus jeune âge, son père ayant fait le choix de scolariser ses enfants dans des établissements français de la capitale économique marocaine.

 

Elle connaissait la France et son histoire, avait lu Sartre et Molière, fredonnait Piaf et Jacques Brel, situait Verdun, Valmy et les plages de Normandie, et faisait, elle, la différence entre Zadig et Voltaire ! Son attachement à notre pays n'a cessé de croître. Elle criait aux buts de Zidane le 12 juillet 1998, pleurait la mort de l'abbé Pierre.

 

Tout en elle vibrait la France. Tout en elle sentait la France, sans que jamais la flamme de son pays d'origine ne s'éteigne vraiment. Vous ne trouverez trace d'elle dans aucun commissariat, pas plus que dans un tribunal. La seule administration qui pourra vous parler d'elle est le Trésor public qui vous confirmera qu'elle s'acquitte de ses impôts chaque année. Je sais, nous savons, qu'il n'en est pas de même pour les nombreux fraudeurs et autres exilés fiscaux qui, effrayés à l'idée de participer à la solidarité nationale, ont contribué à installer en 2007 le pouvoir que vous incarnez.

 

La France de ma mère est une France tolérante, quand la vôtre se construit jour après jour sur le rejet de l'autre. Sa France à elle est celle de ces banlieues, dont je suis issu et que votre héros sans allure ni carrure, promettait de passer au Kärcher, puis de redresser grâce à un plan Marshall qui n'aura vu le jour que dans vos intentions. Sa France à elle est celle de l'article 4 de la Constitution du 24 juin 1793 qui précise que « tout homme – j'y ajoute toute femme – né et domicilié en France, âgé de 21 an accomplis, tout étranger âgé de 21 ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année, y vit de son travail, ou acquiert une propriété, ou épouse un Français ou une Française, ou adopte un enfant, ou nourrit un vieillard tout étranger enfin, qui sera jugé par le corps législatif avoir bien mérité de l'humanité, est admis à l'exercice des droits de citoyen français ».

 

La vôtre est celle de ces étudiants étrangers et de ces femmes et hommes que l'on balance dans des avions à destination de pays parfois en guerre.

 

Vous comprendrez, monsieur le ministre, que nous ayons du mal à accepter cette décision. Sa brutalité est insupportable. Sa légitimité évidemment contestable. Son fondement, de fait, introuvable. Elle n'est pas seulement un crachat envoyé à la figure de ma mère. Elle est une insulte pour des millions d'individus qui, guidés par un sentiment que vous ne pouvez comprendre, ont traversé mers et océans, parfois au péril de leur vie, pour rejoindre notre pays. Ce sentiment se nomme le rêve français. Vous l'avez transformé en cauchemar.

 

Malgré tout, monsieur le ministre, nous ne formulerons aucun recours contre la décision de votre administration. Nous vous laissons la responsabilité de l'assumer. Nous vous laissons à vos critères, à votre haine et au déshonneur dans lequel vous plongez toute une nation depuis cinq ans. Nous vous laissons face à votre conscience.

 

Quand le souffle de la gifle électorale qui se prépare aura balayé vos certitudes, votre arrogance et le système que vous dirigez, ma mère déposera un nouveau dossier.

 

Je ne vous salue pas, monsieur le ministre

 

Amine EL KHATMI, 23 ans, étudiant en droit (master 2), Français

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 06:49
http://aucoinducomptoir.files.wordpress.com/2011/11/agence-de-notation.jpg
Comme trois millions et demi de téléspectateurs, j’ai regardé la semaine dernière sur France 2 la dernière prestation de Jean-Luc Mélenchon. Un combat de deux heures, acharné, contre des journalistes antagonistes globalement hostiles ou peu sympathisants. Un combat remporté haut la main par le candidat de la gauche de gauche. La dernière séquence de l’émission m’a à peine surpris et un peu choqué : deux intervenants extérieurs à la chaîne ont entrepris de juger, d’évaluer la prestation du politique. Ça volait aussi haut que : « Je vous ai trouvé comme ceci, un peu comme cela ». Alors qu’avec Mélenchon, nous avions atteint de réelles hauteurs dialectiques, avec ce gus et cette gussette, nous sommes retombés dans le people, l’anecdotique, la com’, l’apparence, bref le pipi de chat du journalisme de convenance. Ce qui m’intéresse en l’occurrence, c’est que les gens des médias se permettent ce genre d’approche avec les politiques, alors qu’ils ne se l’autorisent pas avec les gens de la finance ou de la grande entreprise. Ces maîtres du monde bénéficient d’un brouillard d’anonymat : « les marchés », « les banques », « les chefs d’entreprise ». Seulement, derrière ces appellations génériques, il y a des gens. Et ces gens n’ont rien de désincarné : ils ont un passé, une éducation, des réseaux, des complicités. Ils sont les auteurs d’actions d’éclat et de coups bas. Ils sont responsables de drames humains à échelle planétaire. Mais à eux, on ne dit rien. Parmi ces « eux », il y a désormais les tristement célèbres agences de notation. En anglais, rating agencies. À noter que le deuxième sens de rating, comme dans a good rating, c’est une engueulade.

Depuis que, pour des raisons idéologiques et de classe, notre kleiner Mann a lié son sort à l’évaluation de ces agences (malgré les palinodies de ces dernières semaines et après avoir fait semblant de les critiquer en 2008), Standars and Poor’s, Moody’s et Fitch font la politique de notre pays qui n’est plus pour elles, contrairement à ce qu’affirme bêtement Valérie Pécresse, une valeur sûre. Autant savoir qui elles sont et qui est à l’œuvre derrière les luxueuses façades qui nous sont désormais familières.


Standard & Poor’s (S&P) est une filiale de McGraw-Hill. Il y a une quarantaine d’années, McGraw-Hill était une très respectable maison d’édition étatsunienne qui publiait des ouvrages scientifiques, culturels et de fiction de qualité. Peut-être que cela n’a pas suffisamment payé, en tout cas l’entreprise s’est reconvertie dans la publication d’analyses financières d’actions et d’obligations. S&P fut fondée par Henry Poor en 1860. Analyste financier, Poor fut surtout un industriel qui réussit pleinement dans la construction de réseaux ferrés. S&P publie depuis 1920 l’indice S&P 500 qui a récemment détrôné le Dow Jones (fondé en 1884 par Charles Dow) comme indice le plus représentatif du marché boursier étatsunien. Il existe également un S&P 500 en Australie et au Canada. S&P publie chaque semaine The Outlook, une lettre d’information et d’analyses.


Le 5 août 2011, S&P abaissait (en français, on baisse, on abaisse une note, on ne la dégrade pas) la note attribuée à la dette publique des États-Unis, ce qui n’était pas arrivé depuis 1917. Pour ce faire, elle s’était lancée dans des calculs très savants en commettant une simple erreur de 1000 milliards de dollars (l’équivalent du budget du pays au début des années 1970). Quand on pense que cette agence fait trembler le Conseil général du Cantal ou les hôpitaux publics d’Ombrie orientale ! Le 10 novembre 2011, elle annonçait « par erreur » à certains de ses abonnés que la note de la France allait être baissée. Réprimandé par l’Autorité européenne des marchés financiers, l’agence s’excusa de cette erreur et déclara ne pas avoir l’intention de toucher à la note de notre pays. Elle changea d’avis quelques semaines plus tard. En public, car en privé les dés étaient jetés depuis des mois.


McGraw-Hill est présidée par Harold McGraw III (c’est comme pour les rois Louis, on les numérote). Né en 1948, ayant fréquenté de prestigieuses universités de la côte Est, Harold siège dans les instances dirigeantes de nombreux comités paragouvernementaux, comme le Conseil national pour l’enseignement économique. Parmi les vice-présidents, on compte Jack F. Callahan, financier de haut calibre, ancien de Pepsi Cola, lui aussi issu d’une université de la côte Est ; John Berisford, lui aussi ancien de Pepsi, spécialisé dans l’économie de la connaissance ; ou encore D. Edward Smith, ancien de Heinz, la très puissante entreprise agroalimentaire (la fayots sucrés, la sauce Ketchup).


Le conseil d’administration compte dans ses rangs Sir Winfried Bischoff, grand banquier allemand (Chase, Citicorps), annobli par la reine en 2001 ; l’Australien Douglas Neville Daft (le pauvre : “ daft ” signifie “ dingue ” en anglais), conseiller de la banque Rothschild, ancien patron de Coca Cola, un des dirigeants de Wal-Mart ; William D. Green, PDG d’Accenture, la plus importante société de consultants au monde, basée désormais en Irlande où les impôts sont doux ; sir Michael Rake (le pauvre, “ rake ” signifie au choix “ râteau ” ou “ roué ”, PDG de British Telecoms et membre de 36 conseils d’administration.


Les principaux actionnaires du groupe sont : Capital World Investors, l’un des plus grands fonds de pension au monde (né durant la crise de 1932) ; the Vanguard Group, société d’investissements étatsunienne qui possède 1000 milliards de dollars d’actifs.


Le tout nouveau PDG de Standard & Poor’s est Douglas Peterson. Cet ancien financier dut résoudre des problèmes bancaires comme seules les banques savent en créer, particulier s’attaquer aux malversations de la banque Citicorps au Japon. La banque fut contrainte de rembourser l’aide considérable que le gouvernement des États-Unis lui avait allouée lors de la « crise » de 2008. Deven Sharma, le prédécesseur de Peterson avait précédemment fermé les yeux sur les titres toxiques de banques soumises à son évaluation. Une procédure contre S&P est en cours aux États-Unis. Il est également reproché à S&P d’avoir longtemps sous-évalué les difficultés des maillons faibles de la zone euro.


Dans les sphères dirigeantes de ces agences, on trouve donc des financiers, des banquiers qui poursuivent un seul objectif : le leur. À la base : des jeunes âgés de 25 à 40 ans, issus des mêmes écoles, façonnés par les mêmes moules idéologiques, percevant de forts salaires. Du monde, ils ne connaissent que l’écran de leur ordinateur.


On a appris que Moody’s conservait son triple A à la France. Ça ou le contraire de ça, c'est du kif-kif pareil au même…


Un dernier petit mot sur la troisième sœur : Fitch Ratings. Fondée en 1913 à New York par John Fitch, elle a fusionné en 1997 avec la société IBCA Limited, basée à Londres. Ce faisant, elle est passée sous le contrôle de la holding Fimalac. Or Fimalac n’est autre que la financière Marc Ladret de la Charrière. Fitch est donc française, et l’on attend avec impatience son dernier rating nous concernant ! De la Charrière est un patron discret. Mais, outre la notation, les activités de son groupe sont centrés sur trois domaine : immobilier, hôtellerie de luxe et casinos, divertissement. Il possède 40% du groupe Barrière (ohé, le Fouquet’s !).


Il en est des agences de notation comme de la BCE : elles remplissent le vide laissé par les politiques. La banque européenne se permet des jugements politiques, mais les politiques n’ont pas le droit de la juger ou de l’influencer. Les agences, créées pour produire des analyses financières et budgétaires, nous abreuvent de considérations économiques et politiques. On relèvera à ce sujet la manière, pas totalement absurde dans la perspective du capitalisme financier, dont S&P a accompagné sa dernière volée de « dégradations » notes :


«Tous les pays se concentrent essentiellement sur des remèdes budgétaires en réduisant leurs déficits excessifs, en particulier dans les pays périphériques, mais la crise de la zone euro s'explique surtout par un écart de compétitivité qui n'a cessé de se creuser entre certains pays européens depuis le lancement de la monnaie unique» (...) S'il y avait eu une règle d'or budgétaire dans les pays auparavant, il n'est pas certain que la crise aurait été évitée. Les dirigeants européens n'ont pas réussi à trouver les solutions adaptées à l'ampleur de la crise qui touche la zone euro. »


Comme ses congénères, le kleiner Mann se fait donc tirer les oreilles. On est triste pour lui.

 

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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 15:23

Par Corentin Léotard pour Mémoire des Luttes

 

"Dehors  les Russes !"

La carrière d’un grand dirigeant politique débute souvent par un acte fondateur, un symbole fort sur lequel il va pouvoir bâtir sa « légende ». Pour Viktor Orbán, c’est le 16 juin 1989 qu’il a lieu. Ce jour-là, les jeunes cadres de la FIDESz - une association d’étudiants libéraux et anticommunistes dont il est l’un des membres fondateurs - sont invités à participer à la commémoration du "réenterrement des martyrs" de l'insurrection de Budapest de 1956, contre l’avis d’une partie des organisateurs qui entend ménager l’Union soviétique agonisante. La veille, les jeunes de la FIDESz ont manifesté devant l’ambassade soviétique aux cris de "Ruszkik haza!" (Dehors  les Russes !), le slogan des manifestants de 1956. Ils sont traités de « radicaux léninistes » et de « bolcheviks » par le parti communiste hongrois. Le jeune Orbán profite de la cérémonie pour prendre la parole sur la Place des Héros pour revendiquer le départ des troupes soviétiques et la tenue d’élections libres. Au moment de cette déclaration, attaquer l’URSS revient à affronter un lion sans dents et sans griffes car Gorbatchev a déjà annoncé son intention de se retirer des pays satellites d’Europe centrale et, de facto, l’armée rouge a déjà commencé à démobiliser et à rapatrier ses divisions basées en Hongrie. Qu’importe, ce geste restera dans les livres d’Histoire et Orbán assied avec son statut de résistant anti-communiste.

 

Au "Ré-enterrement des martyrs de 1956", le 16 juin 1989

Pourtant, la famille Orbán ne compte pas parmi les perdants de ce régime. Ses deux parents, partis de nulle part, ont obtenu des diplômes universitaires et ont pu envoyer leur fils Viktor dans les meilleures écoles. Lui-même a suivi des études de droit à l'Université Eötvös Loránd de Budapest, y obtenant son diplôme universitaire en 1987 et bénéficie l’année suivante d’une bourse de la Fondation Soros pour partir étudier l'histoire de la philosophie politique libérale britannique au Pembroke College d’Oxford. Le milliardaire hongro-américain (né György Schwartz en Hongrie) avait sans doute perçu en lui les qualités d’un futur dirigeant. Plus de vingt ans après, les fonds de la Fondation Soros pour le développement d’« une société ouverte et démocratique » financent plusieurs ONG de la société civile hongroise dont les rapports ont servi de base aux récentes critiques du département d’Etat américain et de Hillary Clinton elle-même à l’encontre du gouvernement hongrois.

Du libéralisme au conservatisme : le temps de la droitisation

En 1989, le Parti socialiste ouvrier hongrois MSzMP – parti unique au pouvoir depuis 1956 - se mue en parti socialiste hongrois MSzP et ses cadres se convertissent au social-libéralisme. Tout l’échiquier politique hongrois se recentre en glissant vers la droite. Naturellement, la FIDESz occupe le centre-droit. La stratégie n’est pas payante : Orbán, député dès 1990, perd les élections législatives de 1994. De manière opportuniste, il change d’orientation stratégique, vers la droite et d’un parti libéral et centriste, la FIDESz devient un parti conservateur. Il commence à agiter les sentiments nationalistes, en appelle à une histoire hongroise mythifiée. Les socialistes sont trop laxistes ? Lui va remettre les Tsiganes au travail. Les socialistes ignorent les Hongrois à l’extérieur des frontières ? Lui va les protéger.  En cela, il est l’un des principaux instigateurs de la "droitisation" qui s’est opérée en Hongrie à partir de la fin des années 1990. Dès lors, l‘avenir s'annonce prospère pour la FIDESz : elle supplante le grand parti de droite, le Forum Démocratique Hongrois (MDF) et s’impose comme la principale force de droite. Aidée par de grands scandales de corruption touchant la classe politique, elle prend le pouvoir en 1998 et Viktor Orbán devient à 35 ans le plus jeune premier ministre d’Europe. Son gouvernement renationalise à tout-va et rétablit les allocations familiales, mais sans oublier de soigner ses amis avec de l’argent public.

La Szent-Korona, symbole dépositaire de l'identité chrétienne de la Hongrie

L'animal politique

Sur son CV officiel diffusé par son cabinet, Orbán indique qu’il est « un sportif passionné depuis son enfance » et il chausse régulièrement les crampons le dimanche sur le terrain du FC  Felcsút pour le prouver, sous l’œil complaisant des caméras. L’homme est très populaire. Contrairement à ces socialistes perçus comme trop urbains, trop cosmopolites, il passe pour un homme simple et rassurant, un homme du cru. Même les militants des jeunesses socialistes évoquent avec nostalgie leur enfance politique marquée par ce jeune rebelle « cool comme le Che », avec une pointe de dégoût pour ce qu’il est devenu. En plus des classes moyennes et aisées qui ne comptent pas parmi les gagnants du communisme et rejettent naturellement leurs héritiers socialistes, c’est la Hongrie des « agrariens » qui vote pour lui, pas celle des « urbanistes », ces bourgeois occidentalistes, cosmopolites et même « enjuivés » (Sic !). Ces agrariens aussi appelés « populistes » sont en faveur d’un état paternaliste et autoritaire [Une opposition ancienne dans la société hongroise]. Ainsi, ce qui passe aujourd’hui pour un autoritarisme brutal à l’international est ressenti comme un paternalisme bienveillant par une partie de la population hongroise.

Dans les anciens pays communistes, démocratie et religiosité vont de pair et il est de bon ton pour un politicien d’afficher sa foi. Peu porté sur la religion, le jeune et libéral Orbán choisi de faire baptiser Ráhel et Gáspár, les deux premiers de ses cinq enfants, mais par un pasteur méthodiste libéral, Gábor Iványi, alors dissident au sein de son Eglise. Au fil des années, Orbán fait de plus en plus référence à Dieu et à Szent István [Saint-Etienne, 1er roi apostolique et fondateur du Royaume de Hongrie] et affiche son intention de renforcer les liens entre les Eglises et l’Etat, ce qu’il s’empressera de faire une fois arrivé au pouvoir. Le pasteur Iványi compte aujourd’hui parmi ses opposants.

Les analystes politiques savent qu’ils ont affaire à un animal politique, un politicien de grand talent qui sent le peuple, qui comprend sa psychologie mieux que quiconque. Ses discours sont emprunts de paternalisme, il promet de protéger son peuple contre la mondialisation, de  faire reprendre en main son destin. Ces projets le  font, peut-être, sincèrement vibrer, lui qui veut marquer l’histoire de son pays à l’encre indélébile en restant comme celui qui a tourné la page du communisme [Une loi récemment adoptée tient pour responsable des « crimes communistes » le parti socialiste actuel qui lui a succédé], remis son pays sur sa voie « naturelle » et réunifié la nation hongroise [Le gouvernement encourage les 2,5 millions de Hongrois des pays voisins de la Hongrie à acquérir la citoyenneté hongroise grâce à des procédures simplifiées par une réforme du code de la nationalité. Mais la Fidesz ne mène pas une politique irrédentiste]. Cela masque en fait des politiques socio-économiques qui vont essentiellement dans le sens des classes aisées, qui n’ont que faire des classes moyennes [adoption d’un impôt sur le revenu à un taux unique de 16%] et qui criminalisent les pauvres.

Le 15 mars 2010 (crédit: Corentin Léotard / HU-lala)

Le temps de la révolte…et du pouvoir

Battu pour la seconde fois consécutive par les socialistes aux élections de 2006, il dénonce des fraudes électorales et refuse de reconnaître sa défaite. Au petit jeu des promesses intenables [la surenchère électoraliste à laquelle se livrent les deux grands rivaux inquiète au plus haut point Bruxelles], il est battu par les socialistes qui s‘empressent de mettre en place un grand plan d’austérité, à l’opposé de toutes les promesses électorales. Durant ces huit années dans l’opposition, son discours se fait de plus en plus radical, il agite la menace d’une révolution populaire. Les aveux involontaires du 1er ministre Ferenc Gyurcsány sur les mensonges socialistes pour remporter les élections de 2006 sont un cadeau inespéré pour la droite et jettent dans les bras de son leader des masses d’électeurs floués. La répression policière brutale des manifestations qui dégénèrent en émeutes scandalisent l’opinion publique.

Les années qui suivent sont celles des grandes manifestations contre Gyurcsány, le « traître » et le « menteur ». Harcelé sur sa droite par le Jobbik qui gagne de plus en plus de terrain [le mouvement pour une meilleure Hongrie obtient 15% aux dernières européennes puis 17% aux législatives de 2010], le ton se durcit encore. Il fustige les socialistes qui, selon lui, ont déroulé le tapis rouge aux multinationales, qui bradent le pays aux intérêts étrangers et se plient aux diktats de l’Union Européenne et du FMI. Il promet de rendre à la Hongrie son indépendance. Viktor Orbán est au-dessus de tout soupçon de racisme à l’égard des 700.000 Roms du pays et encore moins d’antisémitisme, mais par ses doubles discours sur la minorité tsigane notamment, il popularise et normalise les thèmes de l’extrême-droite.

Sa popularité ne va plus le quitter. Il la concrétise en avril 2010, en remportant les législatives avec une majorité écrasante. Avec cette majorité des 2/3 au parlement, le peuple lui signe un chèque en blanc pour chasser les socialistes, restaurer l’ordre, mettre fin à l’austérité et lui apporter, enfin, une réelle amélioration de ses conditions de vie. Viktor Orbán devient l’« homme fort » de la Hongrie et compte bien encaisser ce chèque pour convertir sa « révolution des urnes » et refonder le pays...à son image.

Quelle attitude Orbán va-t-il adopter face à l’Union Européenne et au FMI qui réclament le retrait ou la modification de lois jugées anti-démocratiques, mais bien plus encore le rétablissement de l’indépendance totale de la banque centrale et l’abrogation des mesures économiques hétérodoxes qui dérangent tant les marchés ? On dit de lui qu’il est ivre de son pouvoir et émotif. Un cocktail peu rassurant. Est-il concevable qu’il s’entête au risque de laisser son pays en proie à la vengeance des marchés ? Ce n’est pas le plus probable, mais comme le veut l’adage, « mieux vaut régner en enfer qu’être esclave au paradis ». Il ne s’agit que d’une formule, car la Hongrie n’a rien d’un enfer et l’UE n’a rien d’un paradis.

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