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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 06:28

Ce secret concerne Nicolas Sarkozy (article de Rue 89, 13 janvier 2008) :



 

"Pour qu'un livre soit présenté, comme ce fut le cas mercredi dernier, par la ministre des Affaires étrangères grecque Dora Bakoyannis, accompagnée de son prédécesseur socialiste Théodore Pangalos, en présence de l'ex-Premier ministre conservateur Costas Mitsotakis et des ambassadeurs de France et d'Israël, il faut bien qu'il ait une importance diplomatique majeure.



 

"Ego, o eggonos enos ellina" ("Moi, le petit-fils d'un Grec") n'est pourtant pas un savant traité géopolitique, mais une histoire des racines judéo-grecques de Nicolas Sakozy. Rédigé par deux chercheurs et un journaliste grecs, il décrit la destinée de sa famille maternelle, qui appartenait à la communauté juive de Salonique.

Une famille séfarade venue d'Espagne, via la Provence.

 



Edité par la prestigieuse maison Kastaniotis à Athènes, cet ouvrage, dont le titre fait référence à un des premiers discours que Nicolas Sarkozy a tenu le 27 mai 2007 au Havre, évoque l'histoire des juifs de Grèce à la fin du XIXe et au XXe siècle, à travers la saga de la grande famille sépharade des Mallah, établie à Salonique à la fin du XVIe siècle et dont est issue la mère de Nicolas Sarkozy.

Après avoir longuement dépouillé les archives locales, les auteurs ont établi qu’en des temps reculés, la famille de la mère de Sarkozy est arrivée à Salonique – sous domination ottomane jusqu’en 1912, après avoir quitté la Provence où la famille Mallah s’était installée après avoir été chassée d’Espagne par Ferdinand le Catholique.



 

 

 

Le grand-père de Sarkozy part pour la France et se convertit

. L’arrière-grand-père de Sarkozy, Mordechai Mallah, était artisan et il s’imposera rapidement comme un bijoutier talentueux ayant pignon sur rue. Il eut sept enfants de son épouse, Reina. Un des enfants de Mordechai affichera des ambitions politiques (centre-droit) et cherchera à se faire élire au Parlement grec en 1915. Il échouera en raison de ses opinions sionistes qui furent peu appréciés des électeurs de Salonique. Un autre, Aaron (surnommé Benico), deviendra le grand-père de Nicolas Sarkozy. À l'âge de quatorze ans, Aaron et sa mère se sont rendus en France où, quelques années plus tard, il entame des études de médecine.

Lors du premier conflit mondial, Aaron exerce en tant que médecin pour l’armée française. Pendant une permission à Paris, il y rencontre une infirmière, Adèle Bouvieux, et se convertit au catholicisme en prenant le nom de Bénédict pour pouvoir l'épouser en 1917.



 

Vient la Seconde Guerre mondiale. La famille se réfugie dans les Pyrénées pour échapper aux persécutions du régime de Vichy. Après 1945, Aaron s’engage résolument dans le camp gaulliste. Une des deux filles, Andrée Mallah, épouse un réfugié hongrois du nom de Paul Sarkozy.

Le couple va avoir trois enfants, dont un est nommé Nicolas. Mais en 1960, Paul Sarkozy fait faux bond à sa famille alors que Nicolas n’a que 5 ans, et le jeune garçon est en grande partie pris en charge par son grand-père, dont il est dit qu’il avait l'habitude d’entretenir ses petits-enfants sur l’histoire de Salonique.

 

 



Un passé enfoui, jusqu'au décès de "Benico"

. Mais Nicolas Sarkozy et ses frères n'ont rien su de leurs racines juives jusqu'au décès de leur grand-père en 1972. Les auteurs du livre affirment que Bénédict ne leur a rien dit à ce sujet afin de les protéger. Traumatisé par l’antisémitisme européen d’avant-guerre, il aurait craint la malédiction d’un nouvel Holocauste (plusieurs membres de la famille Mallah ont été tués). 

À 20 ans, Sarko part en Grèce vendre la propriété familiale

. Douloureux réveil pour l’adolescent Sarkozy, qui découvre ce trou noir dans son histoire. Les auteurs révèlent – photocopies de documents notariés à l’appui – qu'à l'âge de 20 ans, il s’est rendu à Salonique pour vendre la propriété familiale afin de résoudre des problèmes financiers auxquels sa famille était confrontée. 

Nicolas Sarkozy aurait caché l’argent de la vente dans la doublure de sa veste pour échapper aux douanes grecques.



 

7000 exemplaires vendus, un relatif succès

. "Le fait que le président français ait des racines juives et grecques suscite un fort intérêt des Grecs", nous a déclaré Christos Raptis, l'un des trois auteurs du livre, avec Georges Anastasiadis et Léon Nar. "Plus de 7 000 exemplaires ont déjà été vendus depuis sa parution il y a deux semaines, un chiffre important en Grèce." L'ouvrage en est à sa troisième impression.

Ce "succès" s’explique par le fait que "les Grecs manifestent un vif intérêt pour l’histoire de la communauté juive de Salonique, longtemps surnommée 'la Jérusalem des Balkans', dont l'histoire a été occultée par les Grecs pendant de longues années", souligne Christos Raptis.

Une communauté massacrée par les nazis

. Avant la Seconde Guerre mondiale, la population de confession juive de Salonique était estimée à 53 000 personnes (Raoul Hilberg, La Destruction des juifs d’Europe). De 1942 à 1945, environ 50 000 membres de cette communauté vont être massacrés par l’occupant nazi. La communauté juive de Grèce ne compte plus aujourd'hui que quelque 6 000 personnes. 

Lors du dernier sommet européen de Bruxelles, le Premier ministre Costas Caramanlis a remis un exemplaire du livre au président français en lui promettant qu’il serait traduit en français pour le printemps. Nicolas Sarkozy a pu prendre connaissance de certains passages, les auteurs lui en ayant fait parvenir une traduction partielle. Lors de la présentation du livre à la presse, Dora Bakoyiannis, la ministre grecque des Affaires étrangères, a rapporté que le président français s'était déclaré "très content" de l’ouvrage.

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19 mars 2014 3 19 /03 /mars /2014 06:24

L’ouvrage d’Anne Muxel, Individu et mémoire familiale, publié en 1996 et réédité en 2007, et auquel je consacrerai une note de lecture prochainement, est fort novateur. Il est le résultat d’enquêtes de terrain, d’études de cas fort bien menées. En le lisant, je ne pouvais me départir du sentiment que, comme tous les chercheurs, Anne Muxel était à la recherche d’elle-même, ce dont elle finit par informer le lecteur, très honnêtement, dans la conclusion de l’ouvrage. Je n’ai donc pas été étonné qu’elle nous livre, non pas un, mais deux secrets de famille, du côté paternel et du côté maternel.

 

Je cite ici son ouvrage :

 

« Je sais par exemple que mon arrière-grand-père paternel, jeune émigré allemand de la région de Baden-Baden, est venu en Suisse chercher du travail en tant que cuisinier. Je crois, je veux croire qu’il a séduit la fille de son employeur et lui a fait un enfant. Qu’il l’a épousée et de ce fait a demandé sa naturalisation suisse. Il est mort relativement jeune, à cinquante-quatre ans. Peut-être l’alcool. Problème d’argent, de déconsidération sociale, de maladie mentale ? Un suicide ? La mémoire collective de la famille l’a en tout cas condamné puisque l’on a toujours évité d’en parler, puisque la parole de ses petits-enfants bute sur un silence complet de leurs propres parents à son sujet. […] Je voudrais en savoir plus (l’exercice oblige !), mais en vain. […] Ce sont ces questions sans réponse qui expliquent peut-être qu’il est un personnage manquant de ma propre mémoire familiale.

 

 

[…] Du côté maternel, les trouées s’agrandissent. […] La lignée paternelle de ma mère est complètement obscure. […] Estelle, mon arrière-grand-mère, mourut à l’âge de trente-six ans, emportée par une pleurésie en 1916, alors que son mari était à la guerre. Ma grand-mère avait sept ans, et cette mort qu’on lui cacha jusqu’à lui faire croire, alors qu’on l’emmenait à l’enterrement de sa mère, qu’il s’agissait de l’enterrement d’une cousine inconnue, fut un événement traumatique. ] Ce drame est très présent à ma mémoire. Je ne connais de mon arrière-grand-père qu’une réputation de gentillesse mais de relative impuissance, notamment devant l’ingratitude et la méchanceté de sa seconde épouse, devenue une véritable marâtre pour ma grand-mère et son frère. Je ne connais pas son prénom. Je ne sais que très vaguement qu’il était commerçant grossiste de produits alimentaires dans la région de Nice. Je peux mentionner encore cette sorte de légende que l’on retrouve sous une version ou sous une autre dans bien des histoires de famille. Je serais née jour pour jour et heure pour heure exactement cent ans plus tard que la mère d’Estelle, Geneviève, ma trisaïeule. »

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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 07:19

Contrairement à beaucoup d’autres, ce secret ne tourne pas autour d’une naissance illégitime, mais d’un enrichissement exceptionnel et d’une ruine rapide et spectaculaire.

 

Il était une fois, dans les années trente, un couple bourgeois résidant dans le département du Nord. Lui était ingénieur, et elle femme au foyer. Ils avaient trois enfants (je tiens ce secret du fils de l’un de ces enfants). Ils vivaient dans une grande et belle maison (un peu celle des Le Quesnoy du film), héritée par le mari. Comme l’épouse avait des loisirs, elle décida de se lancer dans des acquisitions immobilières. Sa mise de fonds de départ était symbolique. Elle acheta un premier appartement, qu’elle loua, puis une petite maison d’ouvrier, puis un pas-de-porte de petit magasin, puis deux garages, puis une nouvelle maison, puis deux ou trois appartements etc. En quelques années, elle se retrouva à la tête d’un matrimoine d’environ 200 logements loués. La guerre écorna à peine cette petite fortune, peu des propriétés de la dame ayant été détruites dans les bombardements. L’après-guerre s’annonçait mirifique. Les enfants ne savaient rien (ou faisaient comme si) de l’activité très lucrative de leur mère qui, peut-être, devait éprouver quelque honte à pratiquer ce commerce.

 

Peu de temps après la fin des hostilités, le mari mourut brutalement d’une crise cardiaque. En principe, la veuve pouvait voir venir. Mais ce qu’elle vit surtout venir, ce fut un immigré italien d’un genre un peu particulier. Bel homme, beau parleur, il vivait du commerce de ses charmes. La veuve en devint éperdument amoureuse. Il s’installa dans la belle maison “ Le Quesnoy ” et, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il dilapida toute la fortune de son amoureuse : il fréquenta un casino voisin, il entretint royalement deux ou trois jeunes maîtresses, fit quelques voyages en Amérique, joua en bourse. Bref, il vécut comme dans un scénario de film de série B, un film auquel, officiellement du moins, les enfants de sa bienfaitrice ne comprirent rien.

 

 

La pauvre dame ne garda que la maison familiale, pour partie propriété de ses enfants. Née vers 1900, elle mourut en 1965 après s’être fracturé le col du fémur. Le séduisant “ gentiluomo ” l’avait quittée depuis longtemps.

 

Dans les années soixante-dix, l’un de ses petits-fils acheta, par hasard (mais le hasard existe-t-il en la matière ?) une des maisons qui avait appartenu à ses grands-parents. Il découvrit dans l’étude notariale fréquentée par la famille l’histoire de ce bien, et comme il exprimait une vive surprise, le notaire sortit des dossiers dont la lecture le laissa pantois.

 

Quand je lui demandai s’il avait eu des doutes, s’il avait flairé l’existence d’un “ squelette dans le placard ”, si, inconsciemment, il avait senti qu’on lui cachait quelque chose, il me répondit qu’il n’avait jamais vraiment compris comment les gens le regardaient dans la rue de cette sous-préfecture du Nord. Il ajouta que ses parents soupiraient parfois de manière énigmatique au souvenir de ses grands-parents. Et comme je souhaitai savoir s’il pensait que le secret l’avait personnellement travaillé, il estima que, peut-être, le poids du silence l’avait empêché de s’exprimer, au sens propre (il était peu disert), comme au sens figuré (il s’était volontairement coupé les ailes dans sa profession).

 

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 07:07

C’est l’histoire d’un secret de famille qui a duré moins dun an.

 

Nous sommes dans une famille à la structure très classique : le père, la mère, deux fils de onze et neuf ans. Un jour, il se passa quelque chose d’aussi étrange qu’inattendu : le fils aîné devint anorexique, tandis que le cadet se mit à chaparder des objets sans valeur (petites cuillers, paires de lacets…) chez ses parents ainsi que dans des foyers amis. On découvrira après coup que les deux enfants ne s’étaient pas concertés pour exprimer leur mal-être, et qu’ils ne savaient pas consciemment pourquoi  ils avaient soudain adopté de tels comportements.

 

Les parents réagirent très bien. Ne prenant pas le problème à la légère et sachant qu’ils n’arriveraient à rien par eux-mêmes, ils décidèrent d’aller consulter un psychologue, seul capable de porter un regard objectif sur cette situation très problématique. Recevant d’abord les deux garçons, puis la famille nucléaire, il ne fallut pas plus de dix minutes au professionnel pour résoudre l’énigme.

 

Quelques mois auparavant, le grand-père maternel des enfants était décédé dans sa ville de résidence, c’est-à-dire à plusieurs centaines de kilomètres de l’endroit où vivait cette famille. Les parents avaient expliqué aux deux gosses que, pour des raisons matérielles, il valait mieux qu’ils ne les accompagnent pas à l’enterrement, mais que, l’année suivante, ils iraient tous ensemble se recueillir sur la tombe du grand-père. Ce qui fut fait. Quelques semaines après la visite au cimetière, ressentant confusément qu’on leur cachait quelque chose, les enfants adoptèrent ces comportements par lesquels ils exprimaient de l’agressivité vis-à-vis de leurs parents.

 

De fait, le grand-père s’était tué d’une balle en plein cœur (lorsque la famille me raconta ce secret, je me remémorai la mort du père biologique de Maurice Druon dans des circonstances que le futur écrivain découvrirait des années plus tard). Croyant bien faire, voulant protéger leurs deux enfants, les parents avaient décidé de cacher les vraies raisons de la mort du grand-père qui s’était suicidé après avoir fait faillite et ruiné la personne avec qui il avait refait sa vie.

 

 

En prime, le secret de famille de Hergé, vu par Serge Tisseron (entretien de 1999). Il n'est pas impossible que le dessinateur descende, de manière indirecte, certes, d'un roi des Belges ! 

 

Il y a dans “Tintin” beaucoup de choses étranges : la ressemblance de Dupond et Dupont, qui ne sont pourtant pas frères ; la transformation de Haddock au fil des albums ; le dénouement pratiquement incompréhensible de certaines histoires, comme “le Trésor de Rackham le Rouge”… En étudiant toutes ces bizarreries, j’ai finalement acquis la conviction qu’une seconde histoire secrète courait derrière le déroulé " officiel " des personnages de Hergé, et que ce mystère masquait les souffrances d’un garçon né de père inconnu, mais illustre. J’ai également émis l’hypothèse que Hergé – pour avoir si bien bâti ce niveau souterrain tout au long de son œuvre – devait avoir vécu quelque chose de semblable. Ce secret n’était pas proprement le sien, mais l’auteur y avait été confronté enfant, et son œuvre témoignait des questions qui en découlaient pour lui. Sur tout cela, j’ai écrit “Tintin chez le psychanalyste”.

 

 

 

Tintin, ou comment réinventer sa vie

Quand j’ai émis cette hypothèse, en 1981, on ne savait rien de la vie de Hergé. Tout cela aurait pu rester sans suite, mais des journalistes ont découvert, quelques années plus tard, que ce secret avait vraiment existé dans la famille de Hergé ! Son père, Alexis Remi, était, en effet, né de père inconnu, mais d’origine probablement illustre ! En plus, la réalité révélait grand nombre de rebondissements : le père de Hergé avait un frère jumeau, Léon, et tous deux – élevés au sein d’une modeste famille – avaient eu leurs études et leurs vêtements offerts par une comtesse vivant dans un véritable château !

D’un côté, on a donc des faits historiques dont on n’aura jamais la clef. Même si, un jour, des enquêtes génétiques révèlent l’identité du grand-père de Hergé, on ne connaîtra jamais précisément l’enfance d’Alexis et Léon, l’éducation qu’ils ont reçue, ce qui leur a été dit et ce qu’ils ont eux-mêmes raconté à Hergé. Puis, d’un autre côté, on a l’œuvre que Hergé a construite à partir de ce secret, qui était à l’origine celui de sa grand-mère, mais qu’il s’est approprié à partir de ce qu’il en a entendu lorsqu’il était enfant. On pourrait dire qu’il l’a réinventé à partir de tout ce qu’il a pu imaginer. Mais n’est-ce pas toujours le cas quand on est soumis à un secret de famille ?

 

 

Le secret familial

“Les Aventures de Tintin” reprennent donc, de façon souterraine, toutes les hypothèses que Hergé échafaudait, enfant, autour de ce secret familial. Dans son œuvre, il a probablement repris, pour une part, ces questions de façon consciente ; mais aussi, pour une grande part, de façon inconsciente. Dans les deux cas, le dessin a été une manière, pour lui, de garder ses questions vivantes. La Castafiore représente à la fois la mystérieuse comtesse et la grand-mère de Hergé, Marie Dewigne. Les Dupond(t) incarnent Alexis et Léon, le père et l’oncle du dessinateur. Quant à Tintin, Haddock et Tournesol, ils symbolisent trois aspects de la personnalité de Hergé – comme de tout enfant – confronté au secret familial : Tintin s’acharne à résoudre toutes les énigmes, Haddock désespère et s’enfonce dans l’alcoolisme, Tournesol se replie sur lui-même par sa surdité et la solitude de son travail.

 

 

 

LES DUPOND(T)

La ressemblance des Dupond(t)

 

Les Dupond(t) sont le père et l’oncle de Hergé, Alexis et Léon. Ils sont inspecteurs de police, autrement dit enquêteurs professionnels. Ils cherchent quelque chose, semblent approcher la vérité mais ne la trouvent jamais. Les Dupond(t) échouent toujours quand il s’agit de découvrir ce qu’ils voudraient savoir. De ce point de vue, ils sont donc tout à fait comme Alexis et Léon, qui ont toujours dû se demander quelle était l’identité de leur père sans jamais la découvrir.

 

Là encore, Hergé crée des coïncidences troublantes. Le nom des jumeaux d’abord. Sont-ils frères ? Pourtant, ils ne portent pas le même nom. L’un s’appelle " Dupond " avec un " d " et l’autre, " Dupont " avec un " t " ? Alors, s’ils sont jumeaux, comment se nomme leur père ? S’appelle-t-il " Dupond " avec " d " ou " Dupont " avec " t " ? Les Dupond(t) auraient-ils deux pères ?… Le jeu de l’orthographe traduit une mise en scène par Hergé du mystère familial des " deux pères " d’Alexis et Léon : le géniteur secret – l’homme qui a mis Marie Dewigne enceinte – et l’ouvrier appelé Remi, qui a donné son nom aux jumeaux quand ils avaient 11 ans. Les vêtements jouent ici un rôle essentiel : ils rappellent l’importance qu’a eue, pour Alexis et Léon, le cadeau annuel d’habits neufs de la comtesse de Dudzeele. Les Dupond(t) confondent toujours le vêtement porté quotidiennement par les habitants d’une région avec leur costume folklorique.

En revêtant ce dernier, ils attirent tous les regards sur eux, leur accoutrement révélant l’identité qu’ils veulent cacher. Les Dupond(t), ainsi montrés du doigt, ne sont-ils pas les jumeaux Alexis et Léon également montrés du doigt à cause de leurs " beaux vêtements " ?

 

Car ceux-ci, en contrastant avec une origine modeste, pouvaient les faire désigner comme " bâtards ", enfants naturels d’un père prestigieux… Tels Alexis et Léon, les Dupond(t) sont donc condamnés à errer sans jamais découvrir ce qu’ils cherchent, à se tromper toujours, à subir les quolibets…

 

 

LA CASTAFIORE Clé du secret

La Castafiore est la gardienne du secret, c’est-à-dire à la fois la grand-mère de Hergé et la fameuse comtesse, du moins telles qu’il les imaginait à partir des récits familiaux puisqu’il ne les avait bien sûr jamais vues. La Castafiore est une grande dame, une diva qui, très souvent, se transforme en Marguerite, l’héroïne de “Faust” dans l’opéra de Gounod. Hergé n’a certes pas choisi cet opéra par hasard. En effet, Marguerite, issue d’un milieu modeste, s’éprend d’un homme d’une condition sociale très supérieure à la sienne… comme la grand-mère de Hergé, Marie Dewigne. Mais la comparaison ne s’arrête pas là. Marguerite accepte la séduction de Faust et tombe enceinte en dehors de tout lien marital ! Marguerite séduite, Marguerite enceinte, Marguerite abandonnée, c’est aussi le destin de Marie Dewigne…

 

 

 

HADDOCK

Le nom du capitaine

 

La dynamique du secret explique aussi la relation entre les personnages.

Par exemple, la Castafiore parle sans arrêt pour ne rien dire, comme tous ceux qui ne veulent pas risquer d’être interrogés sur un sujet délicat auquel ils ne veulent pas répondre. Elle répond toujours à côté. Or, justement, n’est-ce pas là ce que fait toute personne qui garde un secret et désire ne pas en parler ? Enfin, s’il y a bien un domaine particulier dans lequel elle s’entend à créer la confusion, c’est sur le nom du capitaine. Dès leur première rencontre, dans “l’Affaire Tournesol”, la Castafiore hésite.

 

Vignette : " Mais si je ne me trompe… C’est Tintin ! Bonjour mon jeune ami !...Quelle joie de vous revoir ici !..." Puis : " Ah ! petit flatteur, vous êtes venu me féliciter de même que ce… ce pêcheur… Monsieur ?… Monsieur ? " La chanteuse ne parviendra ensuite jamais à donner au capitaine son vrai nom. Dans le seul album des “Bijoux”, elle l’appelle successivement Kappock (p. 8), Koddack (p. 9), Mastock, Kosack (p. 10), Kolback, Karbock (p. 22), Karnack (p. 23), Hablock (p. 34), Maggock (p. 55), Medock et Kapstock (p. 56) !

 

Mais revenons à l’histoire de Hergé. Il a dit souvent que Haddock le représentait. Or ni sa grand-mère ni la fameuse comtesse n’ont en effet jamais confié à personne le nom du père d’Alexis et Léon… Nom qui aurait dû être celui de Hergé lui-même si son père avait été reconnu. En ne donnant pas au capitaine Haddock son véritable patronyme, la Castafiore incarne bien la gardienne du secret.

 

 

 

 

 

 

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 07:01

Dans les années quatre-vingt, j’avais comme collègue, en Côte d’Ivoire où j’enseignais, un professeur de français dont le nom était aussi courant que Dupont ou Durand. Il était passionné par sa matière, ne parlait que de littérature. Il lisait quatre à cinq romans par semaine, et on pouvait le voir régulièrement attablé à la terrasse d’un café de Cocody, le nez plongé dans un livre, vers dix-huit heures, alors qu’il venait d’acheter ce même ouvrage dans une librairie voisine.

 

Un jour, je m’assis d’autorité à sa table et l’entrepris en raillant gentiment cette activité obsessionnelle.

 

— Connais-tu la pétanque ou la planche à voile, lui demandai-je ? Tu sais qu’il y a de la vie en dehors des livres…

 

Il devint soudain très sombre et me dit, bizarrement : « la littérature m’a donné la vie avant de me la reprendre ».

 

Cette phrase était aussi incompréhensible que prometteuse.

 

— Tu en as trop dit, ou pas assez, avançai-je prudemment.

 

— Comme dans la chanson de Bécaud, me dit-il, j’ai une croix dans la tête, très lourde à porter.

 

Je nous commandai deux Flag©, cette excellente bière ivoirienne fabriquée sous licence de Stella Artois©, et mon collègue me raconta son secret de famille.

 

— J’ai découvert à l’âge de seize ans que mon père ne s’appelait pas M…, mais Cohen. Un jour, ma passion des livres me propulsa au grenier de la maison familiale. Mes parents étaient absents. J’étais seul avec ma grand-mère paternelle. Je tombai sur la collection des classiques Vaubourdolle de mon père. Il y en avait une bonne vingtaine, tous poussiéreux. Sur chaque première page figurait le nom de mon père : “ André M… ”. Je remarquai que le M… avait été systématiquement écrit sur un nom gommé. En arrivant au dernier exemplaire, je lus un nom que mon père avait omis de biffer: “ André Cohen ”. A priori, cette bizarrerie ne signifia rien pour moi. Mais mon inconscient me rappela très vite à l’ordre et m’incita à demander à ma grand-mère une explication. Ce qu’elle m’accorda avec soulagement.

 

 

— Nous sommes une vieille famille de Montpellier, me dit-il. Mon grand-père avait épousé une non juive, tout comme mon père, d’ailleurs. Ni l’un ni l’autre, totalement laïcs, n’ont jamais mis les pieds dans une synagogue. Pour les Juifs, ils n’étaient pas juifs, mais pour les nazis et les pétainistes, ils l’étaient. Par miracle, aucun membre de la famille ne fut inquiété pendant la guerre. Certes, tous durent porter l’étoile jaune, mais ils ne furent pas expropriés de leur maison, ils purent continuer à avoir une activité professionnelle, et aucun ne fut déporté.

 

En 1945, l’histoire ne repassant jamais les plats, mon père pensa que, comme, de toute façon, il n’éprouvait strictement aucun lien avec la judéité, il valait mieux donner à sa famille, dont la présence était attestée dans la région depuis au moins sept cents ans, un nom bien français. Comme la France avait beaucoup à se faire pardonner à cette époque, le changement de nom fut une formalité. Les classiques Vaubourdolle m’ont donc donné la vie en m’apprenant que j’étais juif, et me l’ont repris par un coup de gomme de mon père.

 

Comme je lui demandai s’il s’était douté du secret, il me répondit que, avant la découverte du grenier, il avait toujours ressenti qu’il y avait trop de bonheur sous le toit parental, que tout semblait trop lisse, trop joyeux. Sauf quand son père avait refusé qu’il prenne allemand en seconde langue. Il en voulut pendant longtemps à ses parents de lui avoir caché la vérité. « C’est un peu comme s’ils m’avaient coupé une main, me dit-il, la main avec laquelle je tiens les livres que je lis tous les jours… »

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 06:32

Je vais être très occupé ces jours-ci. Par un déménagement. Je quitte Toulouse pour Lyon. Je ne suis ni Toulousain ni Lyonnais. Tout le monde me dit : “ Tu n'y perdras pas au change. Lyon est une ville formidable ”. À voir. À vivre.

 

Comme je ne veux pas décevoir l'attente inextinguible et insatiable des lecteurs les plus fidèles de ce blog – et aussi des occasionnels (vous êtes environ 750 actuellement, vous lisez un article et demi et vous passez deux à trois minutes chaque fois que vous me rendez visite), je vous propose – pendant que je suis dans les cartons – une solution de facilité pour moi mais, pour vous, je l'espère, un agrément : une série de textes sur le secret de famille. En espérant que la manip' “ programmer ” d'overblog sera pleinement opérationnelle.

 

J'ai publié ces textes, de 2007 à 2011, sur mon ancien blog hébergé par nouvelobs.com jusqu'à ce que je quitte cette fine équipe pour cause de censure. Je pars donc du principe que peu d'entre vous les ont lus.

 

À très bientôt.

 

Il se trouve que, depuis une bonne vingtaine d’années, un certain nombre de personnes m’ont raconté leur secret, après que je leur ai eu raconté le mien. J’ai découvert le secret de ma famille au début des années quatre-vingt, sans grand mérite : je n’avais eu qu’à me baisser pour le ramasser. Comme pour environ quatre familles sur cinq, il s’agissait d’une banale histoire d’enfant illégitime. J’appartenais à la troisième génération porteuse du secret, donc, comme c’est presque toujours le cas, à la génération qui, au niveau de sa conscience claire, ne sait rien mais peut souffrir énormément sans savoir de quoi, pourquoi, et pour quoi elle souffre.

 

Je garantis l’authenticité des histoires que je vais raconter. Je changerai simplement quelques détails et, bien sûr, les noms des personnes concernées pour garantir leur anonymat.

 

C’est le formidable travail de Serge Tisseron sur la famille d’Hergé, le créateur de Tintin qui m’a incité, il y a environ vingt-cinq ans, à m’intéresser, pour ma propre gouverne et de manière générale, à ce problème. Sans rien savoir de l’histoire de la famille du dessinateur, Tisseron était parvenu, par la simple (si je puis dire) lecture des albums, à reconstituer la généalogie de la famille d’Hergé, et donc à expliquer comment, par son génie, il avait pu créer cet (et non cette) œuvre magnifique à partir du non-dit familial et de sa souffrance personnelle.

 

Autant de nombreux psychologues, psychanalystes, psychiatres se sont, ces dernières années, penchés sur le secret de famille, autant, à ma connaissance, il n’existe pas de travaux sociologiques d’importance nous expliquant pourquoi, depuis dix ou quinze ans, les secrets sortent de partout. On me dira que dans un pays comme la France, ils concernent au moins quarante millions de personnes, mais cela a toujours été le cas. Je me permets d’avancer une hypothèse, en espérant qu’elle ne soit pas sans fondement. Je pense que l’intérêt porté au secret de famille est concomitant de la fin de la structure familiale traditionnelle. L’utilisation du terme “ traditionnel ” est d’ailleurs exagérée. En effet, je fais ici référence à la famille telle qu’elle a existé durant une cinquantaine d’années, après la fin de la Seconde Guerre mondiale : la famille composée du père, de la mère, et de deux ou trois enfants. Cette structure n’avait naturellement rien de naturel. Avant la guerre, dans la France rurale, trois générations vivaient communément sous le même toit, un toit qui accueillait bien souvent des cousins, des cousines, employés comme commis de ferme par exemple. Depuis dix ou quinze ans, la famille nucléaire à quatre ou cinq est en voie de disparition, s’effaçant progressivement derrière d’autres modèles : familles monoparentales, familles recomposées, couples homosexuels avec ou sans enfants etc. Les structures familiales actuelles n’ont plus besoin du ciment contraignant et douloureux du secret de famille pour exister dans la durée. D’où, me semble-t-il, la libération de la parole, partout, dans tous les milieux sociaux. Et plus seulement chez les créateurs.

 

Le secret de famille ne connaît bien sûr pas les frontières. Les Scandinaves ont été plus nombreux à aller voir le film Festen que le “blockbuster” Titanic. Il faut dire que, depuis Ingmar Bergman, on sait parfaitement qu’il se passe beaucoup de choses pendables et jamais résolues dans les crânes protestants de ces pays aux hivers interminables. Dans Festen, un personnage prend la parole au cours d’un dîner de famille. Il raconte que son père, maniaque de la propreté, le violait, lui et sa sœur, avant de prendre un bain. « Des bains été comme hiver, au printemps, en automne, matin et soir. » La sœur finira par se suicider. Festen illustre parfaitement le fonctionnement du secret de famille. Certains savent consciemment de quoi il retourne, les autres ne savent que par leur inconscient. Le silence s’installe durablement. Le savoir n’est pas partagé. Personne ne sait exactement qui sait quoi. Cela crée du non-dit, des conflits, des névroses sur plusieurs générations. Plus l’insistance est forte pour préserver le secret, plus la dynamique morbide est implacable et moins la parole est libérée.

 

 

Que s’est-il passé dans la tête d’Aragon, ou dans celle de Jack Nicholson, avant qu’ils ne découvrent que leur sœur aînée était en fait leur mère ? Comment le poète a-t-il réagi, qu’est-il advenu de son destin personnel quand il a su que son “ parrain ” était son père (un préfet) qui avait exigé que la vérité fût dite au jeune soldat en partance pour la guerre « parce qu’il ne voulait pas [qu’il puisse] être tué sans savoir [qu’il avait] été une marque de sa virilité ? »

 

Créatrice de la psychogénéalogie transgénérationnelle, Anne Ancelin-Schützenberger a travaillé sur les secrets, les répétitions, l’influence des patronymes. Il existe, selon elle, des séries d’événements qui ont tout de la malédiction. C’est le cas de Jean de Mortelac, un ingénieur de 45 ans venu la consulter parce qu’il avait été traumatisé par la mort de son petit frère. Le plus étrange, c’est que dans sa famille, depuis mille ans, à chaque génération, un enfant de moins de 3 ans mourait en se noyant. Cette menace sur sa propre progéniture l’angoissait tellement qu’il décida de ne pas avoir d’enfants.

 

Pensons aussi à la famille Kennedy qui, sur bientôt cent ans, a payé et paye encore les frasques et les crapuleries (plus ou moins cachées aux enfants) du père du président des États-Unis :

 

Joe et sa femme Rose ont eu neuf enfants.

 

• 1941 : Rosemary est internée après une lobotomie.

• 1944 : Joseph, le fils aîné, celui qui avait été programmé pour être président, est abattu en avion pendant un raid contre les Allemands.

• 1948 : Kathleen est tuée dans un accident d’avion

•1963 : en août, Patrick, le bébé de John et Jackie Kennedy, meurt trois jours après sa naissance. Trois mois plus tard, Kennedy est assassiné à Dallas.

• 1964 : Edward est gravement blessé dans un accident d’avion.

• 1968 : Robert Kennedy est assassiné pendant la campagne électorale.

• 1969 : Edward a un accident de voiture à Chappaquiddick qui entraîne la mort d’une jeune collaboratrice. Le bruit court qu’il a violé et étranglé cette personne (la presse forge le jeu de mots “ Chap acquitted ”).

 

Génération suivante :

 

• 1973 : Joseph (fils de Robert), a un accident de voiture. La femme qui l’accompagne reste paralysée. Edward Jr (fils d’Edward) est amputé d’une jambe suite à une maladie.

• 1984 : David (fils de Robert) meurt d’une overdose.

• 1986 : Patrick (fils d’Edward) est traité pour dépendance à la cocaïne.

• 1991 : William Kennedy Smith (neveu d’Edward) est accusé de viol.

• 1997 : Michael (fils de Robert) se tue dans un accident de ski.

• 1999 : John (fils du président), sa femme Caroline et la sœur de celle-ci se tuent en avion.

• 2000 : Michael Shakel (neveu de Bob) est accusé d’un meurtre commis en 1975.

 

Bref, il y a du pain sur la planche. Je ne suis pas théoricien, je ne suis pas psychologue, mais je peux essayer de raconter des histoires vraies.

 

Lorsque j’étais en terminale dans un lycée amiénois, une de mes condisciples m’intriguait à double titre. Bien qu’étant affublée d’un patronyme on ne peut plus picard, elle avait un type méditerranéen très prononcé. Elle aurait pu être sicilienne, andalouse ou berbère. En outre – et je peux assurer que ce n’était pas fréquent en 1966 – elle “frayait”, comme on disait alors, avec des “vieux”, des types qui avaient le double de notre âge (donc 35 à 40 ans), mariés et pères de famille. Cela dit, cette camarade de classe menait au lycée une existence parfaitement normale (je crois me souvenir que nous l’avions élue chef de classe) et elle décrocha le bac sans problème. Je la perdis de vue au moment de l’entrée en fac. Je n’ai jamais osé lui demander quoi que ce soit sur sa vie privée.

 

Une quinzaine d’années plus tard, je la rencontrai tout à fait par hasard dans la rue principale d’Amiens. Peut-être étais-je plus assuré, et puis si elle avait commis quoi que ce soit de problématique, il y avait prescription, si bien que je l’invitai à boire un coup, décidé à lui sortir les vers du nez. Je ne parlai pas de ses coucheries, mais j’attaquai bille en tête sur son nom :

 

–  Pendant toute l’année de terminale, lui dis-je, j’ai eu envie de te demander pourquoi tu portais un nom picard alors que tu ne semblait pas picarde.

 

– Tu as bien fait de te taire alors car, comme je n’avais pas envie d’en parler, je t’aurais envoyé promener, me répondit-elle. Aujourd’hui, cela me fait très plaisir, cela me fait du bien quand on me pose la question. Elle me raconta donc le secret de ses origines.

 

Elle était en fait le fruit d’une très brève rencontre, en 1947, entre une femme picarde vivant à quelques kilomètres d’Amiens et un travailleur marocain de passage. Le géniteur n’était pas resté suffisamment longtemps en Picardie pour savoir qu’il avait enfanté. Immédiatement après l’accouchement, sa mère abandonna la nouvelle-née à l’Assistance Publique qui donna à l’enfant le nom du saint du jour (pas Fête Nat., heureusement !). Pour d’obscures raisons, l’AP confia la petite à un couple de tuteur et tutrice vivant à six kilomètres (!) de l’endroit où résidait la mère génétique. Bien entendu, dans le canton, tout le monde fut tout de suite au courant de tout. Sauf l’enfant, évidemment. Ne pouvant pas procréer, le couple fit une demande d’adoption pleine et entière, demande suivie d’effet deux ans plus tard. La petite fille eut enfin un vrai nom, celui de ses parents – picards – adoptifs.

 

Son enfance fut très heureuse. Quand elle eut douze ans, ses parents décidèrent de tout lui dire. Bien sûr, au fond d’elle-même, elle savait. En gros, depuis l’âge de huit ans.

 

Pendant six ans, elle se demanda si elle allait, ou non, tenter de nouer une relation avec sa mère biologique. “ Ce furent les pires années de ma vie ”, me dit-elle. Elle se décida en classe terminale. Avant cela, elle avait observé sa mère de loin, la suivant au supermarché, se risquant même à discuter anonymement avec son demi-frère et sa demi-sœur (sa mère avait convolé peu de temps après l’aventure marocaine), les jalousant, tout en sachant que leurs parents n’arrivaient pas à la cheville des siens.

 

Un beau jour, elle sonna donc à la porte fermée pour elle depuis dix-huit ans. Elle se présenta. Sa mère nia violemment tout lien entre elles deux. Puis elle lui asséna que cette histoire n’avait jamais existé, enfin qu’elle l’avait effacée de sa mémoire et qu'elle ne voulait plus jamais être importunée. Elle s’attendait à un refus, mais pas à une telle violence, que sa mère biologique avait jusqu’alors tourné contre elle-même, et qu’elle pouvait enfin adresser à l’objet du délit.

 

–  As-tu essayé de rechercher ton père biologique, lui demandai-je ?

–  Oui et non, me répondit-elle. Je suis allée passer huit jours au Maroc. J’ai traversé le pays dans tous les sens en autocar. C’est tout. En fait, j’ai voulu respirer l’air que mon père respirait.

 

Respirer l'air que son père respirait ! Je n'ai jamais oublié cette phrase.

 

Elle n’avait donc pas vraiment cherché. En 1947, il n’avait pas dû y avoir des foules d’ouvriers marocains dans ce canton rural proche d’Amiens. Cet homme n’avait certainement pas travaillé au noir. Elle aurait pu aisément retrouver sa trace dans les archives de l’administration.

 

In petto, je me dis que ses aventures amoureuses lui avaient fourni des pères de substitution, mais surtout des aventures sans lendemain, une interdiction de se construire un vrai avenir.

 

Lorsque je quittai ma camarade picardo-marocaine, elle me dit simplement qu’elle devait passer chez le pharmacien. Ses parents étaient malades. La vie continuait. À aucun moment, elle ne m’avait demandé quoi que ce soit sur ma propre vie.

 

Je ne l’ai plus jamais revue.

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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 07:53

Lorsqu'on va sur le site d'Orange, il doit falloir à peu près trois heures pour trouver où écrire pour signaler une tentative de piratage. Je n'ai pas ce temps précieux à consacrer à mon founisseur d'accès. Je dépose donc ici un courriel que je viens de recevoir par des petits malins qui connaissent moyennement l'usage du français.

 

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Nous avons l'immense regret de vous informer que Orange a eu quelques problèmes au niveau de sa base de données. En effet une partie de notre base de données contenant des informations de  connexion de certains de nos clients a été endommagée lors du transfert vers des nouveaux serveurs de mail. Malheureusement votre compte faisait partie des segments endommagés. Pour cela nous vous invitons à nous aider à reconstruire cette partie endommagée afin de vous assurer la continuité de l'utilisation de votre compte après la réinitialisation des nouveaux serveurs.
 
ATTENTION : VOUS DEVEZ NOUS ENVOYER LES INFORMATIONS DEMANDÉES DANS LES PLUS PROCHES DÉLAIS POUR ÉVITER DE PERDRE VOTRE COMPTE. Nous vous demandons de remplir le questionnaire suivant et de nous le retourner en cliquant sur "Répondre", puis sur "Envoyer", sans modifier le sujet du message.
 
 
 
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Nous vous remercions de nous avoir fait confiance et vous souhaitons un bon surf. 

A bientôt sur notre site. 
Le Service Clientèle de La Boutique Internet d′Orange
 
Cordialement,


Laurent Biojoux,
Directeur de la Relation Clients
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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 06:16

Pour animaux, ce coup-ci.

 

Il y en a pour chats, comme le kit Litter kwitter, dont voici la réclame (j'aime le “ DVD d'apprentissage inclus ”) :

 

Le kit de toilette Litter Kwitter est un kit d'apprentissage destiné à dresser votre chat à faire ses besoins dans vos toilettes et non plus dans un bac à litière ou une maison de toilette.

Ce système original est efficace. En seulement 8 semaines, votre chat sera capable de faire ses besoins comme les humains à l'aide d'un siège toilette WC pour chat qui s'encastre en 5 secondes sur la lunette des WC pendant toute la période de l'apprentissage.
Si votre chat est âgé ou s’il n’est pas entraîné à la litière, l’apprentissage peut prendre un peu plus de temps. De plus tous les chats n'ont pas les mêmes facultés et volontés d'apprentissage. Nous vous conseillons de prendre en compte le caractère de votre chat avant d'essayer la méthode Litter Kwitter.
 
La méthode Litter Kwitter a déjà fait ses preuves auprès de 100 000 chats dans le monde entier. DVD d'apprentissage inclus.

 

 

 

Il y en a aussi pour chiens, comme à l'aéroport de San Diego, selon le Huffington Post :

 

INSOLITE - L'aéroport de San Diego ne transige pas avec ses principes, et il semble que la lutte contre la discrimination soit en tête. Désormais le meilleur ami de l'homme aura accès à des toilettes privées!

Non ce n'est pas une blague, les maîtres et maîtresses de l'animal à quatre pattes pourront l'accompagner se soulager autrement que dehors avec un sac plastique pour les grosses commissions.

Et l'administration de l'aéroport a tout prévu: gazon, bouche d'incendie et lavabo pour que les propriétaires puissent se laver les mains.

Des toilettes (3)
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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 08:41

 

Une élève de CM2 a dû quitter son école en cours d’année. Ses camarades lui ont écrit les messages suivants (orthographe d’origine) :

 

Tu vas nous manquer.

 

On t’aime beaucoup.

 

J’espère que tu aura beaucoup d’amie et que tu seras bien l’abas tu va me manquer.

 

J’espère que tu te sentiras aussi bien que dans cette école. N’oublie pas tous ce que tu as appris.

 

Quand tu seras parti il n’y auras pas une seule seconde san versé une larme tu vas beaucoup me manqué san pensé à toi je serais triste.

 

On ne se conner pas très bien mais tu vas nous manquer à tous j’espère que tu va bien te sentir dans ta nouvelle école. Au revoir.

 

J’espère que tu te fera beaucoup d’amis. LOL MDR.

 

Tu es une fille en or ne change pas de caractère tu es la meilleurs personne que j’ai rencontrer je t’aime fort.

 

A chaque seconde tu vas me manquer. Je pleur de bonheur.

 

Je t’aime beaucoup chaque jour je penserais à toi je me demande comment nous allons faire sans toi.

 

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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 14:18

Overblog vient de m'écrire. Spontanément en anglais. Normal pour des Toulousains qui s'adresse à un Toulousain. Quelques heures plus tard, il m'envoie la même missive en Français. Naturellement, il est techniquement impossible de répondre. Même lorsque je les lis en français, je ne comprends pas ce qu'ils m'écrivent.

 

Je ne sais pas ce qu'est un "hub social". Je ne pense pas avoir importé de mes "réseaux sociaux" (je figure sur Twitter et Copains d'avant) le moindre article. Je ne vois donc pas ce qu'ils vont supprimer. S'ils suppriment la moindre ligne, je m'en vais.

 

En revanche, être membre Premium me coûterait plusieurs euros par mois (même avec la mirifique réduction de 10%).

 

Où bien ils ont ratissé large et ont envoyé le même message incompréhensible à leurs clients qui ne sont pas Premium, et alors là je dirai qu'ils n'ont pas fait preuve de finesse, ou bien j'ai été un utilisateur inconscient du fameux "hub social", et j'aimerais bien qu'ils me disent pourquoi et comment.

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