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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 20:05

 

Depuis six ans que je réside à Toulouse, la rue de la Faourette est en travaux chaque année, pendant un ou deux mois. Cette rue n’est pas la plus passante de la ville. Mais quand elle est bloquée, cela oblige les automobilistes à faire un détour d’un bon kilomètre. Ce qui est toujours bien agréable quand on part au travail ou quand on en revient.

Dans une précédente note, j’avais signalé des travaux inutiles, prétentieux et dangereux concernant un croisement dans cette même rue (link).

Cette fois-ci, la municipalité a fait très fort. Poursuivant sa politique générale de gêne des automobilistes, elle a décidé d’élargir les trottoirs de cette rue et, par conséquent, de rétrécir la chaussée. J’emprunte souvent la rue en tant que piéton pour me rendre à la station de métro la plus proche (je suis un adepte des transports en commun). Et je puis dire que ses trottoirs sont presque tout le temps déserts. La municipalité vient donc de nous infliger deux mois de travaux (à quel coût ?) pour rien. Ou plutôt si : les piétons disposent de 7 mètres de largeur de trottoir tandis que les automobilistes doivent se contenter de 4m 50 de chaussée.

On notera sur la photo ci-après (prise vers 15 heures) l’élégance des chevaux de frise limitant l’accès aux trottoirs pour les automobilistes. Le réaménagement n’aurait pas été toulousain si la rue n’avait pas été parsemée de quelques volumineux dos d’âne qui vous broient les vertèbres quand vous les franchissez à vélo et qui vous font changer un peu plus souvent vos amortisseurs de voitures.

IMG_4452.JPG

Je profite de ce billet courroucé pour signaler une autre initiative des services de la voirie, aberrante, mais tellement politiquement correcte. La photo ci-dessous montre la route d’Espagne. De droite à gauche : un trottoir (à droite des voitures garées), une belle contre-allée, un large trottoir parsemé d’arbres, la chaussée – étroite – en sens unique avec une piste cyclable, un autre large trottoir, puis la chaussée en sens unique, puis un trottoir. Sur cette photos prise vers 16 heures, on observe qu’il n’y a pas de gosses difficultés de parking. Les clients de la petite zone commerciale des Oustalous disposent de places privatives, dont une pour handicapés. J’habite à deux pas et j’emprunte cette portion de rue quatre ou cinq fois par jour. En six ans, je n’ai jamais vu une seule voiture garée à l’endroit où la municipalité vient d’aménager deux places pour handicapés. Nous avons eu droit à trois semaines de travaux (pour quel coût ?). Pas une âme handicapée qui vive ne s’est garée sur ces zones bleues depuis que les travaux sont terminés.

 

IMG_4432.JPG

L’opposition de droite a beau jeu de dénoncer les « cohenneries » (du nom du maire, Cohen) de la majorité municipale.

Quant à nous qui osons encore utiliser nos voitures pour circuler en ville, nous nous préparons à envisager d’autres stratégies pour contourner d’autres travaux inutiles.

 

PS : je pars demain faire un grand reportage à Vernet, un petit village situé à 25 km au sud de Toulouse (l'Afghanistan, c'est trop loin désormais pour moi). Il y a encore plus aberrant que ces deux exemples.

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 06:56
Picarde.jpgC'est un de mes textes préférés sur le vélo et la pratique du cyclisme.

Je regardais, il y a peu, sur Arte, un fort joli film consacré à Éric Tabarly. Le grand marin y parlait de l’amour pour ses bateaux, le légendaire Pen Duick I en particulier, et il expliquait pourquoi il était devenu quasiment muet face aux journalistes neuneux qui lui posaient des questions ineptes du genre « Vous ne vous ennuyez pas pendant ces longues traversées ? » De fait, je me suis souvenu avoir assisté à une conférence donnée, il y a une trentaine d’années, au Centre culturel français d’Abidjan durant laquelle Tabarly s’était montré prolixe en réponse à des questions pertinentes posées par des gens concernés.

 

Le film d’Arte nous donna l’occasion de voir Olivier de Kersauzon jeune, plus drôle que ronchon, et ayant encore une peau de bébé, de retrouver Alain Colas et tous les autres champions formés par Tabarly. Mais il nous permit surtout de côtoyer un monde fascinant quand on lui est totalement étranger, celui des gens de la mer, avec son discours, ses codes, ses valeurs.

 

Nous éprouvons toujours la même sensation quand nous nous approchons brièvement d’un groupe mu par une même passion. Pensons aux alpinistes, aux collectionneurs de vieilles voitures qui se retrouvent le dimanche matin sur des aires d’hypermarchés, aux numismates, aux aéromodélistes etc. J'ai un jour rencontré un groupe de fanatiques de cactus nains. J’avais trouvé cela, à première vue, complètement surréaliste, avant de me dire que cette activité avait autant de sens que la philatélie.

 

Pour ce qui me concerne, à mon modeste niveau, c’est le vélo.

 

D’avoir effectué à bicyclette au moins deux fois le tour de la terre depuis que je suis né (ça a l’air considérable, et pourtant cela n’a rien d’exceptionnel) a permis au citadin que je suis d’entendre le chant des oiseaux et m’a donné l’occasion de croiser quelques champions, beaucoup d’amateurs de haut niveau, des « professionnels de la profession ». Parce que j’ai toujours roulé un peu, j’ai pu franchir des cols, dans les Pyrénées, et surtout dans les Alpes. J’en suis peut-être à une trentaine. Les cols et autres ascensions que j’ai aimés, je les ai répétés deux, trois, quatre fois. Mon préféré : la Cayolle parce que la pente est à 3% pendant les dix premiers kilomètres, ce qui me permet de chauffer doucement mes vieilles jambes. J’ai toujours fait les vingt derniers kilomètres sans m’en rendre compte. Et puis j’adore le petit hameau d’Uvernet, juste avant les gorges du Bachelard. J’aime bien aussi son jumeau, le col d’Allos, souvent emprunté par les coureurs du Tour de France, mais il est plus pentu, avec des passages à 11%. Le col que je déteste – et dont je n’ai jamais répété l’ascension – c’est celui de Restefond, la fameuse route de la Bonnette. Ce n’est pas parce que il est le plus haut d’Europe, mais parce qu’il n’y a pas un mètre de plat (on ne s’en rend pas compte en voiture, mais dans les cols il y a souvent du plat et – j’y reviendrai – des descentes) et parce qu’il se termine vicieusement, après 23 kilomètres à 6%, par mille mètres à 10%, avec généralement le vent dans le nez.

 

Quand on monte, on fait des rencontres. J'ai été doublé dans la “ Montagne de Reims ” (courte mais bonne) par Zoetemelk qui, alors que je ahanais, aurait très bien pu se faire un shampooing et se curer les ongles de pied. Il me passa tellement vite que je lâchai un cri de surprise. Il se retourna, me sourit gentiment et continua sa route. Lors d’une de mes deux ascensions du Galibier, je montai en compagnie d’un père quarantenaire très musclé qui poussa littéralement sa fille de 15-16 ans pendant les huit kilomètres les plus durs en répétant « Allez mon bébé, allez mon bébé, on va y arriver ». Dans Aspin, j’ai doublé (ça m’arrive de doubler) un unijambiste. Après l’ascension de la Montagne Noire, dans le Tarn, j’ai roulé sur le plat, pendant quelques kilomètres, avec de bons amateurs quadras qui m’ont raconté que, lorsqu’ils étaient bien meilleurs, vers l’âge de 25 ans, ils avaient été lâchés sans rémission à l’entraînement par un gosse de 14 ans qui les avaient d’abord rattrapés. Il s’appelait Jalabert. Dans le haut niveau, il n’y a pas de secret. J’effectuais une petite ascension pyrénéenne en juillet 1998 en compagnie de deux bons amateurs qui avaient bien voulu m’escorter, quelques heures après l’arrestation par la douane du soigneur de Festina. Alors que je ne connaissais même pas le sigle EPO, j’appris tout en deux ou trois kilomètres : combien ça coûtait, qui en prenait (individuellement ou en équipe), qui n’en prenait pas, comment s’en procurer.

 

Il y a quelques semaines, je me suis trouvé, par raccroc, invité dans un colloque scientifique de haut niveau. J’y repérai un collègue quinqua très athlétique. Je lui demandai quelle activité sportive il pratiquait. Il me répondit : le vélo. Ce colloque devint aussitôt beaucoup plus passionnant. Lors d’un repas, nous nous lançâmes dans une conversation pour initiés, écoutés par cinq ou six collègues éberlués. On parla des vertus de l’aluminium et du carbone (il roulait, ce qui n’est pas fréquent sous nos cieux, sur un Raleigh), de braquets, des livres de Jean Bobet ou de Paul Fournel, du Perjuret qu’il avait descendu la peur au ventre en pensant à Roger Rivière. On se raconta quelques-unes de nos ascensions (il en avait au moins 300 à son actif et ne roulait qu’en montagne : le plat le barbait). Plus nous sentions nos collègues largués, plus nous en rajoutions à l’unisson de nos souvenirs, en parfaite connivence :

 

- Dans le Granon, entre le km 11 et le km 13, j’ai failli vomir, me dit-il.

 

- Ca m’est arrivé dans le Ventoux, répondis-je. Et pourtant, j’avais mis tous les atouts de mon côté : j’étais parti à sept heures du matin, par Sault (moins difficile), par beau temps, sans me conditionner.

 

- Je me suis gelé au sommet du col Agnel à 2700 mètres, alors qu’il faisait 25° au départ de Molines.

 

- Moi de même. Pourtant, les habitants du coin m’avaient prévenu. La descente fut un enfer à partir du Rocher d’Annibal.

 

- Le col de Vars, il est pénible : je hais cette succession de faux-plats, de petites descentes casse-pattes, suivies de remontées sur un bitume mal entretenu.

 

- Puisque tu parles de descente, rétorquai-je, pense au kilomètre de l’Izoard où une descente nous assassine littéralement dans la casse déserte avant les 1500 derniers mètres à 9%.

 

- Oui, mais l’Izoard, il a tous les droits, prononça-t-il péremptoirement.

 

De fait, il avait raison : pour tous les cyclistes, de Koblet à celui qui se traîne à 10 à l’heure, l’Izoard c’est le mythe.

 

Un mythe collectif et individuel. C’est le col de Bobet et de Coppi (certains saluent ou se signent en passant devant la stèle érigée en leur souvenir par les lecteurs de L’Équipe). Ce n’est pas l’ascension la plus dure, mais quand on arrive dans la casse déserte, on est ailleurs, sur la lune et dans la lune, tels des extra-terrestres. On ne respire plus le même air.

 

J’effectuai ma première ascension après une grave maladie, deux lourdes opérations. Me lancer à partir de Châterau-Queyras signifiait pour moi que j’étais de nouveau du côté des vivants. Jusqu’à Arvieux, j’ai douté. Lorsque j’entamai la route droite, à 10%, de La Chalp à Brunissard, j’ai pensé que je n’y arriverais pas. Heureusement, je fus rejoint par une enfant de 14 ans, une Picarde qui voulut bien m’accompagner au long de ces trois kilomètres terribles. Bizarrement, j’effectuai les six derniers kilomètres sur un nuage.

 

Au sommet, j’avais tous les droits…

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 07:15

http://actumed.ma/wp-content/uploads/depression2.jpgEn rangeant de vieux papiers, j’ai retrouvé un article que j’avais publié il y a quarante-deux ans dans Le Canard Enchaîné. Plus exactement, j’avais alerté l’hebdomadaire sur un drame qui m’avait fortement ébranlé, le suicide d’un ami d’enfance. La rédaction du Canard  avait repris mon texte in extenso. Sous la signature de Valentine de Coin-coin, qui était en fait un homme, le journaliste libertaire Pierre Châtelain-Tailhade.

 

Cela s’est passé le samedi 8 novembre au soir, à B-M. Un jeune homme soudainement frappé de dépression nerveuse s’échappe du logis familial en déclarant son intention de mettre fin à ses jours. Son père (à demi impotent) et sa sœur se lancent à sa poursuite, mais pressentant qu’ils ne parviendront pas à le maîtriser,  demandent l’aide de deux policiers au commissariat de la ville.

 

Réponse des fonctionnaires : « Oh ! il faudrait qu’on lance un appel radio. Et puis il faudrait faire une déposition… »

 

Écœurés mais aiguillonnés par l’angoisse, le papa et la sœur (jumelle) repartent à la poursuite du fugitif. Entre Hénin-Liétard et Lille, une silhouette dans la nuit qui disparaît. Aucun de ceux qui l’aime ne le reverra vivant. Après avoir erré dans le froid de rues banales et sans violence, le jeune homme, vers minuit, sur un trottoir de Lille, se tire une balle dans la tête.

 

À mon témoignage, Valentine de Coin-coin avait ajouté les réflexions suivantes :

 

« Responsables qui ne l’êtes pas, tout en l’étant ; responsables aux mains blanches de la mort sanglante de ce jeune homme et de tant d’autres dont nous ne saurons jamais le drame ; vous êtes trait pour trait les représentants de cet ordre qui vous appointe pour déguiser ses fautes, ses faiblesses, ses carences sous l’uniforme ou sous l’intitulé de vos fonctions. Car l’ordre n’est lui-même qu’indifférence à l’égard de tout ce qui ne le menace pas. L’ordre est à la foi dieu, table de la loi – et cuvette.

 

Mains blanches accusés, lavez-vous ! »

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 06:37

 

http://2.bp.blogspot.com/-uZiHkYjCeIQ/TeDlhMpLurI/AAAAAAAADkU/crIiqI5XHpc/s1600/justice_injustice.jpgJ’ai sous les yeux une ordonnance d’une Cour d’appel. Il s’agit d’un document instructif et édifiant.

 

L’affaire oppose le client d’un avocat à son conseil. Dans ce litige, le client s’est d’abord adressé au bâtonnier de l’Ordre des avocats qui a donné entièrement raison à son confrère. Le client a donc porté l’affaire devant la Cour d’appel du lieu.

 

Le client avait formulé des griefs très sérieux à l’encontre de l’avocat dont il avait utilisé les services dans deux affaires :

 

-       L’avocat n’a jamais évoqué le montant des honoraires qu’il comptait lui réclamer.       

-       Dans la première affaire, l’avocat ne l’a pas informé d’une décision défavorable de la juridiction qui avait statué.      

-       L’avocat ne l’a pas informé de la radiation de l’affaire et de la possibilité d’ester de nouveau en justice.       

-       L’avocat a demandé pour son client 5000 euros de dommages et intérêts alors que ce client avait expressément stipulé qu’il ne réclamait aucun argent.      

-       Dans la seconde affaire, l’avocat s’est lancé, contre l’avis de son client, dans une procédure lourde, en adressant, au nom et à l’insu de ce client, un courrier revêtu de sa signature numérisé, donc en commettant un faux en écriture.

-       L’avocat n’a jamais pris la peine de répondre  aux courriels de son client et de faire suivre des factures d’huissier le concernant.

 

Pour ces motifs, le client, qui avait versé une provision pour honoraires, demandait de ne pas verser le reliquat et la restitution de la provision.

 

Le bâtonnier de l’Ordre des avocats (pour qui le faux en écriture ne relevait pas d’un manquement à la déontologie) refusa d’accéder à ses demandes, se contentant d’accorder aux clients une ristourne de quelques dizaines d'euros.

 

En lisant l’ordonnance de la Cour d’appel, la connivence, l’esprit de corps sautent aux yeux, ne serait-ce que dans la forme (qui n’est rien d’autre que le fond qui remonte à la surface, comme disait Victor Hugo). Lorsque le magistrat reprend, en discours indirect libre, les dires du client, il utilise systématiquement le conditionnel. Selon le client (qui « ne justifie pas ses dires »), l’avocat (qui, lui, n’a pas à justifier ses propos) « aurait diligenté une procédure », « il aurait subi de multiples renvois », « cette procédure aurait fait l’objet d’une procédure d’incompétence » (et le condamné à mort « aurait eu » la tête tranchée). Lorsque, par miracle, l’indicatif est utilisé, le magistrat commet des inexactitudes : il évoque des « poursuites » de la part d’huissiers alors qu’il s’agissait de « rappels ». Selon le magistrat, l’avocat a « mené à leur terme » les deux procédures, ce qui est faux puisque, dans l’une d’entre elles, l’avocat, « réputé et diligent » selon la Cour, avait porté l’affaire devant une juridiction incompétente, ce que n’aurait peut-être pas fait un étudiant en droit en deuxième année. Cela devient comique lorsque, évoquant un même fait, le magistrat utilise le conditionnel pour le client (« Me X aurait diligenté une procédure ») et l’indicatif pour le conseil (« Me X a conduit une procédure »).

 

L’affaire était donc entendue. Il n’y eut pas mort d’homme, heureusement.

 

Un dernier petit point de topographie : dans la juridiction où se sont déroulés ces faits, les bureaux de l’Ordre des avocats sont situés à dix mètres de la salle de la Cour d’appel.

 

Contiguïté incestueuse, quand tu nous tiens…

 

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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 15:27

 

http://unairneuf.typepad.fr/photos/exports/depression_4.jpg

 

La scène se passe dans un hôpital du Sud-est de la France. Gérard, 58 ans, père d’une fille de huit ans, a appris récemment que sa femme allait le quitter.

 

Il gare sa voiture sur le parking de l’hôpital. Il se dirige vers les bureaux administratifs, demande et remplit les formulaires pour don d’organes.

 

Il retourne à sa voiture et se tire une balle dans la tempe.

 

L’hôpital récupère les organes de Gérard.

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 15:14

Ida

Communiquer dans la blogosphère, c'est bien.

Parler dans la vraie vie, c'est mieux. Même dans un cimetière. Surtout dans un cimetière...

 

 

Ida.jpg

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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 15:00

 

Il a marché sur la lune il y a quarante ans et a ramené de son voyage héroïque une caméra qu'il aurait dû abandonner sur notre satellite. En bon cupide aliéné par le système capitaliste, il a bêtement tenté de vendre cet objet aux enchères pour 45000 dollars.

 

La justice le poursuit.

 

Pour DSK (Banon) : prescription. Pour Mitchell : pas prescription. Et vive la justice étatsunienne !

 

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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 06:00

 

Merci, Luciole.

 

 

photos, poésie, tafs

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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 06:21

Bien sûr, ce texte ne me (nous) concerne pas, mais tout de même...


http://a35.idata.over-blog.com/500x375/2/40/94/41/Th-mes/vieillesse_2539_w560.jpg

 

 

Il me semble qu'ils fabriquent des escaliers plus durs qu'autrefois.
 Les marches sont plus hautes, il y en a davantage. En tout cas, il
 est plus difficile de monter deux marches à la fois. Aujourd'hui, je
 ne peux en prendre qu'une seule.
 À noter aussi les petits caractères d'imprimerie qu'ils utilisent
 maintenant. Les journaux s'éloignent de plus en plus de moi quand je
 les lis : je dois loucher pour y parvenir. L'autre jour, il m'a
 presque fallu sortir de la cabine téléphonique pour lire les
 chiffres inscrits sur les fentes à sous.



Il est ridicule de suggérer qu'une personne de mon âge ait besoin
 de lunettes, mais la seule autre façon pour moi de savoir les
 nouvelles est de me les faire lire à haute voix – ce qui ne me
 satisfait guère, car de nos jours les gens parlent si bas que je ne
 les entends pas très bien.

Tout est plus éloigné. La distance de ma maison à la gare a
 doublé, et ils ont ajouté une colline que je n'avais jamais
 remarquée avant.
 En outre, les trains partent plus tôt. J'ai perdu l'habitude de
 courir pour les attraper, étant donné qu'ils démarrent un peu plus
 tôt quand j'arrive.
 Ils ne prennent pas non plus la même étoffe pour les costumes.
 Tous mes costumes ont tendance à rétrécir, surtout à la taille.
 Leurs lacets de chaussures aussi sont plus difficiles à atteindre.
 Le temps même change. Il fait froid l'hiver, les étés sont plus
 chauds. Je voyagerais, si cela n'était pas aussi loin. La neige est
 plus lourde quand j'essaie de la déblayer. Les courants d'air sont
 plus forts.
 Cela doit venir de la façon dont ils fabriquent les fenêtres
 aujourd'hui.
 Les gens sont plus jeunes qu'ils n'étaient quand j'avais leur âge.



Je suis allé récemment à une réunion d'anciens de mon université,
 et j'ai été choqué de voir quels bébés ils admettent comme
 étudiants. Il faut reconnaître qu'ils ont l'air plus poli que nous
 ne l'étions ; plusieurs d'entre eux m'ont appelé « monsieur » ; il y
 en a un qui s'est offert à m'aider pour traverser la rue.
 Phénomène parallèle : les gens de mon âge sont plus vieux que moi.
 Je me rends bien compte que ma génération approche de ce que l'on
 est convenu d'appeler un certain âge, mais est-ce une raison pour
 que mes camarades de classe avancent en trébuchant dans un état de
 sénilité avancée? Au bar de l'université, ce soir-là, j'ai rencontré
 un camarade. Il avait tellement changé qu'il ne m'a pas reconnu !

 

- T'as un peu grossi, Georges, je lui ai fait remarquer.


- Ben, il m'a dit, c'est la nourriture actuelle, elle fait grossir.


- Il y a longtemps qu'on s'est vus, hein, Georges ?


- Ola, oui, il y a longtemps ! C'était quand la dernière fois ? Ca doit faire plusieurs années. La dernière fois c'était après les élections, je crois, hein ?


- Oui.... Quelles élections ?


- Ben, je sais pas. Celles de Vincent Auriol ?


- Ah oui, c'est possible, oui.


 

Et ce matin, en me rasant, je pensais à ce vieux Georges, et je regardais mon image dans la glace ; ils ne font plus les mêmes miroirs qu'autrefois, j'étais tout flou !

 

 

 

Corey Ford est un humoriste étatsunien, auteur d'une vingtaine d'ouvrages (1902-1969). (link)

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 15:00

Il y a peu, ma petite dernière, âgée de sept ans, me pose la question suivante :

 

 

      C’est quoi, papa, des homosexuels ?

 

 

C’est à ce type de questionnement d’enfant que l’on constate que, malgré tout, les choses évoluent. À son âge, en 1955, jamais je n’aurais posé cette question à mes parents, d’autant que le vocable m’était totalement inconnu.

 

Partant du principe qu’il faut toujours répondre aux questions des enfants, au niveau où elles sont posées, je lui explique que des homosexuels sont des hommes ou des femmes qui aiment les personnes du même sexe. Ils peuvent vivre ensemble, plus ou moins longtemps, comme les autres couples. L’un des membres de ma famille (anciennement hétéro et père d’une grande fille) vivant désormais avec un autre homme, ce qui n’a pas échappé à ma gamine, je me suis dit qu’il était inutile de tourner plus avant autour du pot.

 

Ce qui a changé, c’est que le statut d’homosexuel est désormais accepté, banal, légalement reconnu, dans pratiquement tous les secteurs de la société. Dans les années soixante-dix, un Premier ministre britannique était homosexuel. Ce n’était jamais dit en ces termes. Lorsque, très rarement, sa vie privée était évoquée, les médias le qualifiaient de célibataire (“ bachelor ”). Autres temps, autres mœurs, la presse, même populaire, n’excitait pas les lecteurs avec des allusions ou des faits plus ou moins croustillants le concernant (dans ce domaine, comme dans d’autres, l’offre et la demande, c’est l’histoire de la poule et de l’œuf).

 

Puisque nous sommes en pays anglo-saxon, restons-y un instant. Depuis quelques décennies, les Étatsuniens, puis les britanniques (puis la terre entière) ont remis au goût du jour le terme “ gay ”. Une manière de se réapproprier le stigmate, sans pour autant le faire disparaître, au contraire (comme pour “ Black ” ou “ Beur ”). “ Gay ” vient du français gai. Plus exactement d’un vocable de vieux provençal venant lui-même du latin “ vagus ”, appliqué aux personnes vivant très librement, sans contraintes (divaguer). À l’origine, plutôt péjoratif, le mot demeurera, au fil des siècles globalement positif : gai comme un pinson, le gai savoir (la poésie des troubadours), des couleurs gaies, « rien de plus gai que la vraie sagesse » (Montaigne), « gai, gai ! marions-nous », avoir le vin gai. En anglais, à la Renaissance, le terme était franchement positif, connotant une idée d’exubérance, de joie, de force physique. Très rapidement, “ gay ”en vint à qualifier des personnes aux mœurs dissolues. Dans le même temps, il fut utilisé pour des couleurs vives, mais aussi un accoutrement tape-à-l’œil. Le sens d’homosexuel (surtout pour les hommes) date des années 1930 et vient du monde carcéral. Il faudra attendre 1965-1970 pour que le français adopte cette acception.

 

La question de ma fille m’a remis en mémoire un épisode de mon enfance, vers 1956-57. J’avais huit ou neuf ans. Avec mes parents, nous étions allés à Orly pour nous retrouver exactement dans l’état d’esprit de la chanson de Bécaud “ Dimanche à Orly ” :

 

Je m'en vais le dimanche à Orly

Sur l'aéroport on voit s'envoler

Des avions pour tous les pays

Tout l'après-midi... y'a de quoi rêver (link

 

En ce temps-là, Roissy n’existait pas, le terrorisme dans les aéroports non plus. On pouvait se promener comme on voulait, accéder à la terrasse d’où l’on voyait les avions sur les pistes ou les aires de stationnement. Point de ces boyaux qui relient la chambre d’embarquement aux aéronefs, mais des passerelles (parfois télescopiques). Point de policiers ou de soldats déambulant par deux, armés jusqu’aux dents. Orly était un monde ouvert, accueillant, propice à la rêverie.

 

Nous étions donc une cinquantaine de personnes sur la terrasse, contemplant de tous nos yeux des passagers descendant d’une caravelle. Sous nos pieds, des amis, de la famille, pour les accueillir. Parmi eux, nous n’avions pas remarqué une personnalité très connue de l’époque, académicien, écrivain, cinéaste : Jean Cocteau. En revanche, nous reconnûmes instantanément Jean Marais, descendant de l’avion. Marais était alors, avec Gabin (link), l’acteur le plus célèbre de France. Belmondo et Delon n'étaient pas encore éclos. À mes côtés, deux ménagères de moins de cinquante ans, du Nord de la France, comme nous. L’une commença à s’époumoner et s’égosiller en hurlant : « Jean, Jean, regardez-nous, nous sommes là ! ». Le beau Jean (je l’imaginais plus grand), qui ressemblait un peu à mon père, sourit vers nous et poursuivit son chemin vers la porte d’entrée située à nos pieds. Il se précipita dans les bras de Jean Cocteau et les deux hommes échangèrent un patin, une pelle de cinéma. Magnifique.

 

Nous fûmes tous, chacun à notre manière, interloqués. Pas la Nordiste vociférante, qui continua à s’égosiller : « Jean, Jean ! ». Pour la faire taire, son amie lui dit alors – et cette phrase me poursuivra jusqu’à ma mort – « Tais-toi, il y a monsieur Marais qui dit bonjour à monsieur Cocteau ! »


Je n’avais vu Jean Marais que dans les bras de Viviane Romance ou Françoise Christophe. Plus tard, mes enfants le découvriraient dans le rôle d’un père incestueux dans Peau d’Âne avec Catherine Deneuve.

 

Je ne pense pas qu’il y ait aujourd’hui beaucoup plus d’homosexuels que quand j’étais gosse. Seulement, à l’époque, l’homosexualité n’était évoquée, tolérée que dans les milieux artistiques (un couple de mineurs de fond homosexuels vivant ensemble dans un coron d'Hénin-Liétard était aussi impensable qu'un voyage vers Jupiter). Dans le théâtre, en particulier, où la proportion était importante. Dans les années soixante, on savait tous que les acteurs Jacques Charon et Robert Hirsch (qui venait de la danse classique) étaient plus que des collègues de travail. De temps en temps, Paris Match s’amusait à publier des photos d’Anabelle Buffet en compagnie de sa copine Françoise Sagan. Anabelle avait épousé Bernard, le célèbre peintre, qui venait de quitter Pierre Berger. Tout cela était beaucoup plus compliqué que les frasques de l’inénarrable Jacques Chazot.

 

De retour à la maison, le soir, je demandai à mon père pourquoi Marais et Cocteau s’étaient donné « un baiser d’amour ». Fort gêné, mon père, qui était un instituteur moyennement coincé pour l’époque, me répondit : « Ce sont des invertis. »

 

Ce fut tout. Naturellement je compris « avertis ». Lorsque, quelques mois plus tard, je tombai sur l’expression « un homme averti en vaut deux », la confusion fut totale. Je ne sais plus trop ce que je fantasmai à l’époque, mais cela ne dut pas être triste ! Ce fut peut-être gai...

 

 

 

 

 

 

GPPortrait20ans.jpg

 

Mon père à 20 ans. Un petit air de Jean Marais, mais en mieux !

 

 


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