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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 07:20

http://www.master272.com/images/pfe_cover.jpgDans Le Monde Diplomatique de Janvier 2012 (excellente livraison), Serge Halimi compare les responsables politiques européens à des canards sans tête : « Les sommets de dirigeants européens se suivent et échouent ; la Maison Blanche et le Congrès se querellent sans résultat. « Les marchés » l’ont compris, et traitent dorénavant les élus comme des canards sans tête, simples jouets des forces qu’ils ont eux-mêmes enfantées et qu’ils ne savent plus maîtriser. Au même moment pourtant – en France, en Russie, aux Etats-Unis et ailleurs –, des élections présidentielles se préparent. Elles saturent l’espace civique et médiatique, créant un sentiment irréel de déconnexion entre le dire et le faire. Car même si on n’attend pas grand-chose des candidats, voire plus rien du tout, au moins ils sont connus – leur parcours, leurs défauts, leurs alliés, leur entourage, leurs réseaux. L’attention de la population se porte donc plus volontiers sur MM. Barack Obama et Newton Gingrich, sur MM. Nicolas Sarkozy et François Hollande, que sur les fonds spéculatifs et les institutions de crédit. Mais à quoi servent-ils encore ? »

 

Le mensuel a retrouvé un texte inédit de Pierre Bourdieu sur la « fabrique des débats publics » : « D’un côté, une situation économique et sociale inouïe. De l’autre, un débat public mutilé, réduit à une alternative entre austérité de droite et rigueur de gauche. Comment se délimite l’espace des discours officiels, par quel prodige l’opinion d’une minorité se transforme-t-elle en « opinion publique  ? »

 

Pour François Pradal, l’Égypte se situe à la croisée des chemins entre le salafisme et la révolution : « Les violences de la place Tahrir, au Caire, ont consommé le divorce entre l’armée égyptienne et les révolutionnaires. A Suez, les salafistes, qui ont triomphé aux législatives, devront tenir compte des revendications de justice sociale et de liberté. »

 

L’école peut-elle vraiment tout, demande John Marsh ? « Les candidats à la présidentielle française multiplient les propositions visant à réformer le système éducatif. Il en irait de la lutte contre le chômage, de la résorption des inégalités, parfois même de l’unité de la nation. En France comme aux Etats-Unis, à gauche comme à droite, la salle de classe se voit parée des plus grandes vertus politiques. Mais l’école peut-elle vraiment tout ? »

 

Thomas Frank explique comment la droite américaine a détourné la colère populaire : « Impuissant face au chômage et au gouffre de la dette publique, M. Barack Obama sort affaibli de son premier mandat. Les conservateurs, bien placés pour remporter l’élection présidentielle de 2012, peinent à trouver un candidat crédible. Mais ils sont d’ores et déjà parvenus, après une mauvaise passe, à faire oublier le naufrage idéologique que constitue pour eux la crise financière. »

 

La country music est-elle désormais de droite et de gauche ? Sylvie Lauren répond : « Longtemps perçue – à tort ou à raison – comme réactionnaire et méprisée des élites progressistes, la musique country séduit désormais le pays entier.

 

Maurice Lemoine décrit les dérives de l’Internationale socialiste : « En 1951, l’Internationale socialiste (IS) rétablit ses activités en vue de « libérer les peuples de leur dépendance face aux détenteurs des moyens de production ». Soixante ans plus tard, ses dirigeants préfèrent parler de « régulation judicieuse des effets néfastes de la mondialisation ». Une lente dérive qu’illustre leur attitude face aux socialistes latino-américains. »

 

Avec ironie, Antoine Schwartz explique que, dans les rédactions, la nostalgie pour l’euro n’est plus ce qu’elle était : « Le 1er janvier 2002, la monnaie unique (créée en 1999) entrait en circulation. L’atmosphère de jubilation qui caractérisa la célébration de l’événement dans la presse tranche avec les doutes que suscite désormais une devise rêvée à Paris, conçue à Bruxelles et frappée à Francfort. Au point qu’investisseurs et entreprises s’interrogent : l’euro soufflera-t-il sa onzième bougie ?

 

Pour Bernard Cassen, la monnaie unique est devenue la créature de Frankenstein : « Dans le film de Stanley Kubrick 2001, l’Odyssée de l’espace (sorti en 1968), l’ordinateur HAL 9000, merveille d’intelligence artificielle, embarqué dans le vaisseau Discovery en route vers Jupiter, se libère du contrôle des astronautes. Il réussit à les éliminer, à l’exception d’un seul, qui parvient à le déconnecter. Si l’on revient sur Terre, et plus précisément en Europe, en 2012, on peut rétrospectivement comparer l’euro, électron libre sans autorité politique qui le pilote, à l’ordinateur. En créant, en janvier 1999, cette monnaie unique dans les pays satisfaisant aux critères de convergence du traité de Maastricht (1992), dans une atmosphère d’allégresse générale, ses concepteurs étaient loin d’anticiper que la créature pourrait n’en faire qu’à sa tête. Au risque d’ébranler l’architecture de l’Union européenne (UE) dont elle était pourtant le fleuron. »

 

Wolgang Streek explique pourquoi les responsables politiques n’ont pas intégré que la crise politique avait commencé il y a quarante ans : « Utilisée sans relâche pour décrire l’aggravation de la situation économique et financière depuis 2008, la notion de crise sous-entend le dérèglement intempestif d’un système pérenne. Il suffirait alors de corriger les excès pour que les affaires reprennent. Et si le capitalisme démocratique mis en place dans les pays occidentaux après la seconde guerre mondiale comportait un déséquilibre indépassable ? »

 

Gilles Ardinat nous met en garde contre le danger de l’abus de statistiques : « En période de crise plus encore que d’ordinaire, la vie publique ploie sous une avalanche de chiffres, taux, notes et autres pourcentages censés quantifier la réalité objective. Instrument de gouvernement, arme suprême de la preuve, l’argument statistique fait autorité. Mais qu’indiquent réellement les indicateurs ? Certains ont manifestement pour vocation d’interdire la discussion… »

 

Anne-Cécile Robert établie un lien entre les inégalités, la protection sociale et celle de l’environnement : « C’est ce que constatent le Programme des Nations unies pour le développement et l’Organisation internationale du travail, qui proposent des solutions. »

 

Pour Vincent Doumayrou, la mise en concurrence entre Anvers et Rotterdam peut avoir des conséquences dramatiques : « Anvers, Rotterdam : ports rivaux de la façade nord-européenne où transitent des flux de marchandises destinées aux supermarchés du continent ou, au contraire, en partance pour le large. Dans les terres, la concurrence portuaire se mue en lutte régionale pour l’offre d’infrastructures de transport. Et dégénère parfois en incident diplomatique entre la Belgique et les Pays-Bas… »

 

Excellent rappel historique d’Aurel et Pierre Daum sur ce qui s’est passé à Oran le 5 juillet 1962 : « Il y a cinquante ans, le peuple algérien accédait à l’indépendance. En juillet 1962, les journées de liesse ne furent entachées d’aucune violence envers les Français encore présents. Sauf à Oran, où des dizaines de pieds-noirs furent tués par la foule. Depuis un demi-siècle, les principaux récits de ce massacre ignorent des témoignages essentiels. »

 

Un autre texte prémonitoire et inédit de Pierre Bourdieu : « Au moment où des Etats abandonnent leur souveraineté budgétaire à des instances supranationales — notamment européennes —, la sociologie historique rappelle ce que les dynamiques d’intégration comportent de violence et de dépossession. »


Pour Élisabeth Rush, l’histoire s’accélère en Birmanie : « Depuis que le pouvoir birman se donne des allures de gouvernement civil, tout se précipite : légalisation du parti de l’opposante Aung San Suu Kyi, libération de prisonniers politiques, visite d’un dirigeant américain pour la première fois depuis un demi-siècle… »

 

L’entrepreneur Lagardère est-il en train de boire le bouillon dans le sport (David garcia) ? « Entre le rachat en mai dernier du club de football Paris Saint-Germain par un fonds d’investissement qatari et l’implication d’Al-Jazira dans le marché des droits de retransmission télévisée de la Ligue des champions, le sport hexagonal stimule les appétits financiers. Pourtant, la tentative du groupe français Lagardère d’investir dans ce secteur connaît un échec retentissant. »

 

Pour Antoine Champagne, les révolutions arables ont été fliquées par internet : « Quand une dictature s’effondre, on peine à comprendre comment elle pouvait se maintenir. En Libye, en Egypte ou en Tunisie, la réponse se trouve pour partie dans la surveillance systématique des communications. A l’aide de matériel fourni par des sociétés américaines et européennes trouvant là des clients décomplexés, ainsi qu’un terrain où tester leurs techniques à grande échelle. »

 

Une intéressante évocation de Maurice Maeterlinck et de la formation de la Belgique par Frank Venaille : « Longtemps intégrée aux Pays-Bas, soumise à l’autorité des Habsbourg d’Espagne et convoitée par la France, la Belgique conquiert son indépendance en 1830. Entre tensions linguistiques et sociales, certains mettront en doute son identité. Mais artistes et écrivains sauront la rendre manifeste. Parmi eux, Maurice Maeterlinck, Flamand d’expression française, Prix Nobel de littérature en 1911, né il y a cent cinquante ans. »

 

Pour finir, William Prendiville se demande si Shakespeare était bien Shakespeare (je m’autorise ma réponse : oui) : « A la fin du XIXe siècle, Orville Owen, médecin à Detroit, achève l’appareil sur lequel il travaille depuis plusieurs mois : deux larges cylindres disposés sur des tréteaux de bois, actionnés par une manivelle. Entre les deux tambours, une toile de quelques centaines de mètres sur laquelle il a disposé les œuvres complètes de William Shakespeare et de plusieurs de ses contemporains. Son projet ? Faire tourner le ruban de mots à une vitesse suffisante pour qu’apparaisse le code secret qui lui permettra de découvrir la véritable identité du barde anglais. » J’ajouterai que depuis, thèses, synthèses et foutaises n’ont pas cessé.

 

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 11:50

http://medias.lepost.fr/ill/2008/03/26/h-20-1172639-1206549605.jpgPas parce qu'il mesure 1m12, 52, ou 62. On connaît tous des hommes plus petits que lui et qui assument. Mais, justement, parce que les talonnettes qu'il porte pointent sa petitesse. Et puis surtout pour la raison suivante (source : nouvelobs.com) :

 

Nicolas Sarkozy a décoré de la Légion d'honneur, le 28 septembre à l'Elysée, la psychanalyste Julia Kristeva et a entrepris de citer ses maîtres à penser. L'assistance a ri aux éclats lorsque le chef de l'Etat a fait référence à Roland Barthes... en prononçant "Bartesse" au lieu de "Barte". L'histoire ne dit pas s'il pensait à l'ancien footballeur Fabien Barthez, à l'ex-tennisman Pierre Barthès ou au présentateur du "Petit Journal" Yann Barthès.

 

Je n'adresse vraiment pas mes félicitations à Julia Kristeva, décorée par l'homme du Fouquet's à l'Élysée. Dans l'entre-deux-guerres, un collaborateur du Canard Enchaîné disait que refuser la Légion d'honneur, c'était bien, mais que ne pas la mériter, c'était mieux. Accepter un tel colifichet d'un tel régime, c'est se commettre, c'est flirter avec le déshonneur.

 

Roland Barthes est mort des suites d'un accident, rue des Écoles à Paris. Par inattention, il a été heurté par une voiture qu'il n'avait pas vu venir. Il sortait d'un restaurant où il venait de déjeuner avec François Mitterrand, candidat à l'élection présidentielle de 1981. Nous sommes loin du yacht de Bolloré.

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 07:28

http://www.velo-club-brignais.com/JPG/p-anglade-05.jpgJacques Augendre est une sommité en matière de culture cycliste. Il a commenté le Tour de France dès 1949. Il fut responsable de la rubrique cyclisme au Monde pendant 25 ans et au Midi Libre pendant 40 ans.

 

Son dernier ouvrage est un "abécédaire insolite" du Tour de France (chez Solar). Comme souvent chez Augendre, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Ainsi, l'article consacré au dopage est-il totalement insignifiant. Et le livre n'est pas racoleur pour deux sous. Par exemple, la note consacré à Michel Drucker, formidable champion à qui la profession doit beaucoup est-elle aussi longue que celle consacrée à André Darrigade, célébrissime producteur de télévision qui s'est mis au vélo à l'âge de 50 ans. Et elle est nettement plus longue que celle de Federico Bahamontes, petit grimpeur de rien du tout qui fut par hasard et sans le faire exprès le meilleur Espagnol durant les années cinquante et soixante.

 

Mais c'est l'entrée consacrée au coureur Henri Anglade qui m'a le plus choqué.

 

Né en 1933, Anglade fut une personnalité atypique dans le monde du cyclisme. Cet homme qui devint un très bon dessinateur et peintre, ainsi qu'un maître verrier de talent, fut un authentique chamion qui cumula les places d'honneur dans le Tour de France. Il pâtit de l'impérialisme de Jacques Anquetil qui l'empêcha de gagner la grande boucle, alors que lui-même ne pouvait triompher, en favorisant par exemple la victoire de l'espagnol Bahamontes.

 

Dans son entrée consacrée au champion, Augendre écrit ceci : "Son éloquence, autant que sa passion pour le cyclisme, lui avait ouvert les portes de la télévision en 1968".

 

Cette phrase sidérante a provoqué chez moi un véritable haut-le-coeur. Lors des "événements" de 1968, l'ORTF est en grève à 99%. Même Zitrone et Thierry Rolland font grève. Au plus fort du mouvement, une poignée de continuateurs ultra gaullistes et gaullistes ultras du service public (dont le réalisateur Lazare Iglésis) se sont retranchées au sommet de la Tour Eiffel pour que les téléspectateurs français puissent regarder la mire !

 

Il faut, malgré tout, commenter le Tour. Robert Chapatte compte parmi les grévistes (il sera renvoyé peu après de l'ORTF). Pour le remplacer, il est fait appel au "consultant" Henri Anglade, qui fera le jaune, à la fois avec gêne et aplomb. Je le revois comme si c'était hier.

 

 

C'est ainsi que s'écrit l'histoire du cyclisme.

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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 15:36

Qui fut le premier roi d'Angleterre ?

 

Aethelstan, petit-fils d'Alfred le Grand. Alfred ne régna que sur le Wessex (le Sud-Ouest du pays, capitale Winchester). Surnommé "le Glorieux", il régna sur l'Angleterre unifiée, après avoir soumis le roi d'Ecosse, de 924 à 939. Cet homme très pieux se fit enterrer dans une abbaye. Sa tombe existe toujours, mais pas ses restes.

 

http://www.historytoday.com/sites/default/files/aethelstan.jpg

 

 

 

D'où viennent les chapeaux Panama ?

 

Pas du tout. Ils viennent d'Equateur. Très en vogue vers 1900 chez les ouvriers pour se protéger du soleil. Le Panama est généralement de couleur ivoire avec un ruban marron ou noir. Il est entièrement réalisé en fibres naturelles et confectionné à la main. La technique de tissage vient peut-être de Polynésie.

 

Il existait des chapeau de paja toquilla 4000 ans avec Jésus-Christ. Lorsque les Espagnols les découvrirent au XVIe siècle, ils crurent, les sots, qu'ils étaient fabriqués avec la peau des ailes de chauve-souris.

 

Un Panama de qualité supérieure nécessite cinq mois de travail et coûte environ 1500 euros.

 

http://rebobine.files.wordpress.com/2008/10/sean_connery_pouis_vuitton.jpg

 

 

 Irlandais, saint Patrick ?

 

Pour sûr, non.

 

Il naquit dans le Penbrokeshire, au Sud-Ouest du Pays de Galles. Ou peut-être dans le Somerset, un comté bien anglais. Voire en Cumbrie, dans le Nord-Ouest de l'Angleterre. En vieil-irlandais, Patrick se dit Qatrikias. Son père était diacre, son grand-père prêtre (à l'époque du non célibat).

 

Vers l'âge de 15 ans, il est enlevé et emmené comme esclave en Irlande. Six ans plus tard, il s'évade vers le continent, se fait moine, a une vision et retourne en Irlande pour évangéliser l'île. Il meurt  en 461, âgé d'environ 75 ans.

 

Ci-dessous : le kit coiffure saint Patrick.

 

 

http://www.boutiquedelingeri.fr/317-778-large/kit-saint-patrick.jpg

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 15:21

Le langage politique est destiné à rendre vraisemblable les mensonges, respectables les meurtres et à donner l'apparence de la solidité à ce qui n'est que du vent. (George Orwell).

 

Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! (Denis Kessler, vice-président du Patronat français)

 

L'affirmation selon laquelle la démocratie fleurit là où paraît une presse nombreuse est une duperie : mille journaux qui mentent valent moins qu'une feuille de choux qui rapporte les faits réels. (Maxime Vivas)

 

 

Fin de cette rubrique tonique, réalisée à l'aide de 200 citations pour comprendre le monde, passé présent et à venir, de Viktor Dedaj et Maxime Vivas.

 

 

 

http://www.lesamisdecuba.com/Library/huma%202011/maxime-vivas_viktor-dedaj.jpg

 

 

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 06:57

http://farm1.static.flickr.com/50/404462618_560c17bd0c.jpgCeux qui se sont sagement limités à ce qui leur paraissait possible n'ont jamais avancé d'un seul pas. (Mikhaïl Bakounine)

 

On dit d'un fleuve emportant tout qu'il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l'enserrent. (Bertolt Brecht)

 

La provocation est une façon de remettre la réalité sur ses pieds. (Bertolt Brecht)

 

Le succès ou l'échec d'une révolution peut toujours se mesurer au degré selon lequel le statut de la femme s'en est trouvé rapidement modifié dans une direction progressiste. (Angela Davis)

 

La misère ne rassemble pas, elle détruit la réciprocité. (Wolfgang Sofsky)

 

Ceux qui ne bougent pas ne sentent pas leurs chaînes. (Rosa Luxembourg)

 

El sueño de la razon produce monstruos. (Goya)

 

Rien n'est moins innocent que le laissez-faire. (Pierre Bourdieu)

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 14:57

Ci-dessous, un article de Santiago Alba Rico repris et traduit par Le Grand Soir.

 

http://4.bp.blogspot.com/_NS6vIGqahjA/TM9Uj84D4HI/AAAAAAAAACA/bgmWAxHcP6o/s1600/nike-luxe-or.jpgIl a peu de temps, j’ai lu l’information suivante : dans un des palais de Ben Ali, le dictateur déchu, sa femme, Leila Trabelsi, gardait mille paires de chaussures des griffes les plus prestigieuses et les plus chères. Mille paires de chaussures ! Non, Madame Trabelsi n’est pas un monstre polypode obligé de marcher sur deux mille tentacules, comme pourrait peut-être l’imaginer un archéologue des temps futurs qui tomberait sur les vestiges matériels de son palais. Comme la plupart des humains, Madame Trabelsi est parfaitement constituée et elle aurait dû avoir 1.998 pieds supplémentaires — ainsi que leurs respectives jambes — pour pouvoir porter tous ses souliers. Avait-elle trop de souliers ? Ou bien avait-elle juste le pouvoir qu’il faut avoir, ni plus ni moins, pour faire fi de la relation qui existe entre un corps et un objet ? C’était là le privilège de longues années de corruption et de pillage : si Leila Trabelsi ne pouvait pas avoir plus de pieds que les autres Tunisiens, elle pouvait, par contre, avoir beaucoup plus de souliers.

Le top-model Irina Shayk, la fiancée de Cristiano Ronaldo, n’a pas non plus un nombre plus grand d’oreilles ou de poignets que les autres humains, mais elle peut arborer des boucles d’oreilles et des bracelets en diamants, cadeaux de son amoureux, pour une valeur de 117.000 euros. Ici, ce n’est pas le nombre de bijoux qui nous laisse pantois, mais le prix, et la dépense de Cristiano exige la collaboration des journalistes et des médias sans qui personne ne serait au courant de l’existence de ces trésors. Un maçon ou un comptable, éprouvent-ils moins d’amour envers leur fiancée ? Probablement non ; mais ce qu’ils ne possèdent pas c’est précisément l’argent qu’il faut, cette quantité d’argent et pas une autre, pour se distinguer d’un maçon ou d’un comptable. Si Irina et Cristiano ne peuvent avoir plus de reins ou plus de foies que les autres humains — ni les étaler sur eux — au moins ils peuvent faire pendre à leurs oreilles et à leurs poignets, comme des sujets d’une peuplade primitive, des milliers de billets de banque.


L’écart entre ce que nous sommes et ce que nous pouvons s’appelle « luxe », mot qui signifie littéralement « excès ». Nous tous nous ne sommes presque rien et, pourtant, tous nous pouvons un peu plus que ce que nous sommes, même si nous ne possédons que très peu de biens : le plus misérable des humains peut mettre une fleur derrière son oreille, il peut se sécher au soleil après une giboulée de printemps. Mais lorsque cette disproportion est déterminée par la position sociale ou économique dans un régime fondé sur l’inégalité, le « luxe » est alors une monstrueuse « équivalence ». Je m’explique : le luxe n’a rien en trop ni en moins. Il ne manque pas de pieds pas plus qu’il n’a trop de souliers ; il ne manque pas de reins pas plus qu’il n’a trop de billets de banque. Le luxe a exactement le pouvoir qu’il faut pour faire la démonstration qu’on a du pouvoir ; il a exactement la quantité d’argent qu’il faut pour bien montrer qu’on a de l’argent.


Pour le bon sens populaire, le luxe est associé à l’idée de dépense non nécessaire ou somptuaire, ce qui, à dire vrai, est une redondance puisque « somptuaire » vient du Latin « sumptus » qui signifie, littéralement, « coût », « dépense » ou « dégat » qui veut dire « destruction ». On parle par exemple des « dégâts » ou des « coûts d’une guerre  ». Je me souviens d’un passionnant philosophe français que j’ai beaucoup lu dans ma jeunesse, Georges Bataille, qui s’efforçait d’élaborer une théorie libératrice à partir de ce qu’il appelait la « dépense improductive  ». En combinant de façon provocatrice Marx, Nietzsche et Sade, il revendiquait toutes ces formes de destruction sans but, sans profit ou bénéfice, qui semblent nous situer en marge d’une logique purement économique : l’art, l’orgie, la guerre et le luxe.


Ce que Georges Bataille oubliait c’est que, sous le capitalisme, la « dépense improductive », la « destruction anti-économique », joue un rôle économique fondamental. C’est la destruction en marge de toute rationalité comptable — depuis le remplacement programmé et systématique des marchandises par des modèles nouveaux jusqu’à la doctrine du « shock », depuis la destruction des excédents jusqu’à l’usage des armes mortelles — qui reproduit le système dans son ensemble. Pour le capitalisme, ce qui est véritablement productif c’est la dépense, les dégâts, la destruction. Et cela est également vrai en ce qui concerne le luxe. Pensons, par exemple, au fait suivant : alors que nous vivons une crise sévère, le marché des produits de luxe non seulement ne connaît pas une forte inflation des prix, mais c’est celui qui voit sa demande augmenter le plus fortement. Alors qu’en Espagne le chômage ne cesse de croître de jour en jour, (il y a plus de 4.300.000 chômeurs), alors que les gens perdent leur maison et les travailleurs leurs droits, on nous informe de la création de Luxury Spain, l’Assocation Espagnole du Luxe, présidée par Beátrice d’Orléans qui nous apprend que ce secteur a représenté un chiffre d’affaires de 170.000 millions d’euros dans le monde entier, en 2010 ; « Le luxe est très difficile à combattre  » et, en outre, « il crée des emplois et il développe l’activité  », dit-elle.


Mais si nous définissons le « luxe » comme « une dépense improductive » ou comme la « différence entre ce que nous sommes et ce que nous pouvons », nous devons conclure, paradoxalement, que ce que le capitalisme ne permet pas ce sont précisément les luxes. Luxe équivaut à Humanité. La spectaculaire queue du paon royal est tout le contraire d’un luxe ou d’une dépense improductive : elle est la garantie de l’accouplement et, donc de la reproduction de l’espèce. Il en va de même des 1.000 paires de chaussures de Leila Trabelsi ou des 170.000 euros qu’Irina Shayk fait pendre à ses oreilles : ce n’est pas qu’ils soient excessifs, c’est qu’ils collent parfaitement — comme l’exhibition de paon mâle — à leur propos reproductif. Pour qu’une dépense soit réellement improductive, il faut que ce soit un investissement fait en dehors du système, un investissement en humanité. L’humanité est un luxe. C’est précisément la différence entre le rien que nous sommes et le peu que nous pouvons ; tous ces gestes non indispensables pour vivre, mais absolument nécessaires pour nous définir face à la nature, face aux paons royaux, face aux Leila Trabelsi et aux Cristian Ronaldo, en tant qu’êtres humains. Nous possédons tous, par exemple, un corps qui n’est pas seulement un ensemble de fonctions organiques qu’il nous faut conserver, mais aussi un territoire, une surface, un crochet ; nous pouvons le marquer, le peindre, lui accrocher des fanions comme pour une nation ou un décor de fête. L’ornement est ce qui définit la culture humaine, un droit de sa dignité sur-naturelle. Accrocher 170.000 euros à une oreille est un geste de barbarie et d’animalité ; accrocher une baie colorée c’est revendiquer notre humanité.


Entre ce que nous sommes et ce que nous pouvons, l’humanité est toujours somptuaire et somptueuse. Nous pouvons imaginer un grand nombre de gestes luxueux, improductifs, qui « montrent » seulement le pouvoir que nous possédons comme simples humains. Le geste d’une mère qui emmitoufle son enfant qui n’a pas froid, n’est-il pas littéralement un luxe ? Regarder dans les yeux la bien-aimée dans laquelle nous nous perdons dans le plaisir, n’est-ce pas, littéralement, un luxe ? Graver sur l’écorce d’un arbre le prénom adoré, n’est-ce pas, littéralement, un luxe ? Faire une tresse, laisser sa place assise à une personne âgée, ajouter un adjectif, pardonner à un ennemi, mettre une nappe sur la table, caresser une pensée, marcher très lentement, veiller un malade, raconter une histoire à un enfant, avoir pitié d’un assassin, tous ces « gestes » ne sont-ils pas des « luxes » ?


Le capitalisme nous interdit tous les luxes.


À bas les luxes ! Rien d’autre que ce qui est strictement nécessaire : la dilapidation, l’incendie, la destruction, la mort.


Santiago Alba Rico


http://www.rebelion.org/noticia.php?id=141519


Traduit par Manuel Colinas Balbona pour Le Grand Soir

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 07:00

http://s3.static69.com/m/image-offre/9/9/8/5/9985dbe99f398dd69089e9163d26b8bf-300x300.gifC’est la meilleure de l’année : Axel Kahn sera candidat aux prochaines élections législatives contre Fillon et/ou Dati, sous les couleurs du parti socialiste, à la demande des militants de la circonscription !

 

S’il est des universitaires, des étudiants qui pouvaient encore imaginer qu’en cas de victoire à l’élection présidentielle François Hollande reviendrait sur les mesures scélérates de l’homme du Fouquet’s (la loi LRU au premier chef), ils savent désormais que ce ne sera pas le cas. Dans une interview accordée au Journal du Dimanche juste après sa décision, le toujours modeste Axel Kahn se qualifiait lui-même de candidat très emblématique, « le plus emblématique » par rapport à Fillon et Dati (link). Si Kahn est emblématique de quelque chose, c’est bien du ralliement à la politique universitaire de droite d’un homme qui n’est même pas capable de louvoyer avec habileté.

 

Il faut toujours se méfier des gens qui aiment tout le monde, qui admirent tous azimuts. Kahn a servi Fillon qu’il « connaît très bien » : « Je l’ai aidé à mener les états généraux de la recherche lorsqu’il était ministre. Nous avons sympathisé. Je l’ai revu lors des grands mouvements de grève de 2009, quand je suis allé déjeuner à Matignon pour parler en particulier du problème de la formation des maîtres. » Son frère Jean-François soutient Bayrou. Allez, vas-y, Axel : « J’aime personnellement beaucoup François Bayrou. D’abord, c’est un homme de cheval, comme moi. Il a même posé des questions au généticien que je suis pour savoir comment favoriser les saillies de ses juments! Il a des valeurs humanistes incontestables et elles me sont sympathiques. »

 

Axel Khan a dirigé de la manière la plus mandarinale qui soit une université parisienne, utilisant toutes les ressources antidémocratiques de la LRU qu’il a combattue très mollement pour la forme. En mai 2011, Pécresse et Kahn publiaient ensemble Controverses - Université, Science et Progrès, un livre de 250 pages où ces deux comparses dialoguaient furieusement. C’est ainsi que l’éditeur présentait les deux auteurs : « En tant que président de l’université Paris-Descartes, Axel Kahn se place à la pointe de la mise en oeuvre de cette réforme qu’il approuve dans sa philosophie tout en en contestant certains aspects et certaines méthodes. C’est à un dialogue parfois vif que nous invite ainsi cet ouvrage, où plusieurs sujets de fond sont abordés : réformes, diplômes, emplois, révoltes, recherche… En cette période où la notion de progrès est souvent attaquée, ces deux responsables s’interrogent sur l’avenir de nos enfants, à travers l’éducation poussée qui pourra leur être donnée… ou non. Et s’affrontent sur certains objectifs de cette éducation. » Que de violence !

 

Je reproduis ci-dessous des extraits d’une chronique des Ravages de la LRU de mai 2011 où, avec d’autres, je mettais en garde mes lecteurs contre les agissements d’Axel Kahn (link) :

 

 

La LRU est une arme de guerre conçue par l’hyperbourgeoisie internationale pour privatiser l’enseignement supérieur français et sortir ses personnels de la Fonction publique en une génération. Ont lutté contre cette ignominie, outre, évidemment, toutes les bonnes volontés individuelles, le Snesup, la CGT, Sud, une partie du syndicat autonome (droite), le Parti communiste, le NPA, le Parti de gauche, ainsi que deux associations d’universitaires : Sauvons l’Université ! et Sauvons la Recherche !. Le SGEN-CFDT, l’UNSA, le Parti socialiste (très tardivement) se sont fort mollement opposés à Pécresse. Les deux confédérations syndicales participent désormais à la gestion de l’Université de manière plutôt zélée. Le Parti socialiste, qui n’a jamais condamné globalement la logique de la LRU, ne prévoit pas de faire abolir cette loi en cas de victoire aux prochaines élections présidentielle et législatives.

 

Un psychodrame vient tout récemment de se dérouler autour de la personne de Bertrand Monthubert, ancien animateur de Sauvons l’Université !. Scientifique de premier plan, Monthubert a joué un rôle déterminant dans le combat contre la LRU. Membre du Parti socialiste, il a choisi d’accepter, après s’être retiré de la direction de SLU, des fonctions éminentes dans ce parti.

 

Le Parti socialiste avait décidé d’inviter à Toulouse (la ville où exerce Monthubert) Étienne Boisserie, l'actuel président de Sauvons l’Université !, à l’occasion d’une journée consacrée à l’université. Très choqué par le programme du Forum des idées du PS, Boisserie, dénonçant la manière dont ce parti accompagne les réformes de la droite en matière d’enseignement supérieur et de recherche, vient d’adresser une lettre ouverte à Monthubert ;

 

Cher Bertrand Monthubert,

Je vous remercie de votre invitation à venir assister aux débats du PS à Toulouse.

J'ai bien entendu regardé attentivement l'organisation de vos travaux, les thèmes abordés et les personnalités invitées. Pour vous dire les choses avec une franchise que je juge préférable, connaissant les combats que vous avez menés, je dois bien avouer une grande déception. De toute évidence, vous avez totalement oublié les représentants des personnels (toutes catégories confondues), un certain nombre de thèmes et de secteurs fondamentaux de nos universités, et particulièrement ceux qui souffrent déjà – et continueront de souffrir – des effets des “ réformes ” conduites depuis 2007. J'entends bien qu'un président d'université – a fortiori quatre – a une certaine expérience des RCE et de l'application de la loi LRU, mais cela ne vous aidera certainement pas à calibrer l'indispensable balayage des effets les plus délétères de la LRU et des graves dysfonctionnements introduits dans les structures universitaires par les différents « -ex » que nombre de vos invités ne manqueront d'ailleurs pas de louer. Au demeurant, l'idée d'inviter à vos travaux un « grand témoin » qui, la veille, aura présenté dans une librairie parisienne le livre qu'il cosigne avec la ministre, permettant ainsi à celle-ci de vanter urbi et orbi son miraculeux « bilan », est un pied de nez qui doit être apprécié à sa juste valeur.

 J'entends bien, par ailleurs, que « l'innovation » – qui se substitue bien trop à la « recherche » pour ne pas devoir susciter quelques interrogations – est une composante essentielle du discours ambiant, mais quid de pans entiers de l'université ? Des SHS ? Des IUT ? Quid des conditions de travail des personnels soumis à la RGPP – les Biatoss depuis un moment, les enseignants-chercheurs sous peu ?

 Beaucoup de « vedettes » et de discours convenus en perspective, un mauvais signal adressé à la communauté universitaire, une incapacité à poser un diagnostic autrement qu'avec ceux qui ont accompagné – ouvertement ou dans les faits, avec zèle ou toute honte bue – des transformations redoutables.

 Avez-vous oublié que votre groupe parlementaire avait, en plein mouvement de 2009, certes tardivement, mais clairement, pris position contre la loi LRU ? Avez-vous oublié que vous-même aviez pris une telle position au même moment ? Êtes-vous en train de vous préparer à annoncer au nom du Parti, comme M. Cambadélis l'a fait en son nom dans le JDD du 8 mai, que la réforme des universités est « peut-être » la seule réussite du quinquennat de Nicolas Sarkozy ? Votre idée de « la société de la connaissance » ne cache-t-elle pas une conversion définitive à « l'économie de la connaissance ? Et, enfin, pourquoi diable avoir pris la peine de consulter les associations SLR et SLU en décembre dernier si c'était pour produire un tel cadre de débat et de réflexion publique ?

 Je reconnais bien volontiers que ce courrier n'est pas une réponse courtoise à votre aimable invitation, mais comment un parti comme le vôtre peut-il à ce point évacuer autant de dimensions du problème de l'enseignement supérieur et de la recherche ? Comment peut-il aussi durablement éviter de tracer des priorités nouvelles pour un secteur gravement affecté depuis 2007. Or, il est consternant de constater qu'aucun de vos invités – à l'exception sans doute de votre élue régionale – n'a jamais pris la mesure de ces bouleversements et des effets néfastes des réformes en cours, quand il ne s'en est pas réjoui au nom d'une « excellence » qu'il est désormais convenu dans les cercles « réalistes » d'invoquer à tout bout de champ, comme jadis, en d'autres lieux, on en appelait aux mannes du « socialisme scientifique » ? Mesurez-vous vraiment – votre parti, pas vous-même – le degré de renoncement atteint, qui consiste à copier le discours de l'adversaire par crainte du discrédit ?

 Cela ne remet pas en cause mon estime pour le militant que vous fûtes, ni mon espoir d'une alternance politique. Mais cela ne sera pas à n'importe quel prix et vous devez prendre enfin la mesure du désarroi des femmes et des hommes sans lesquels l'université n'existe pas. Je ne doute pas que le programme de votre « Forum des idées » - certains d'entre nous y ont lu un « Forum des Idex » - provoquera chez beaucoup d'entre eux un sourire mi-las, mi-désabusé, chez d'autres une grande inquiétude.

 En espérant que votre parti saura un jour comprendre que ce n'est pas seulement d'une alternance dont l'Université et la Recherche ont besoin, mais bien d'une alternative aux politiques en cours, je vous prie de croire, cher Bertrand Monthubert, en mes sentiments les plus cordiaux.

 Étienne Boisserie

 Président de Sauvons l'université !

 

 Deux remarques explicatives avant de poursuivre. Le “ grand témoin ” dont parle Boisserie, qui a cosigné un livre avec Pécresse, n’est autre que le président de l’université Paris V, élu en 2007. Homme assoiffé de pouvoir et de reconnaissance, Axel Kahn eut, pendant la lutte contre la LRU, une attitude plus qu’ambiguë de soutien voilé aux agissements de la droite. Dans sa jeunesse, Kahn fut membre du Parti communiste puis, brièvement, du Parti socialiste. Il est vice-président des Amis du journal L’Humanité et fut membre – au titre de ses compétences en génétiques, peut-être – de la commission de révision de la Constitution française présidée par Simone Veil. Bref, l’homme navigue à la godille, un pied dans chaque camp. Heureusement, il n’y a que deux camps. Je n’ai aucune compétence pour évaluer le savant. Je note ceci dans la page Wikipédia qui lui est consacrée :

 

« Présenté parfois par les médias comme le « généticien français le plus renommé en Europe », Axel Kahn ne figure cependant pas dans la liste des 137 scientifiques français les plus cités, établie par l’Institute for Scientific Information. Cette liste comporte une bonne dizaine de généticiens français, parmi lesquels Pierre Chambon, Daniel Cohen, Jean-Louis Mandel, Marie-Geneviève Mattéï et Jean Weissenbach. Il a néanmoins publié plus de 500 articles dans des revues internationales. »

 

Dans sa lettre, Boisserie joue avec le suffixe “ ex ”. Il faut savoir que les inventeurs de la LRU et les nombreux universitaires qui la soutiennent se gargarisent désormais du concept d’excellence. Cette notion bidon sert à mettre les institutions universitaires en compétition les unes avec les autres, tout comme les personnes. C’est ainsi qu’ont été créés des “ laboratoires d’excellence ” ou Labex. Une minorité de labos pourra bénéficier de cette prestigieuse étiquette et des subventions afférentes. Mais à l’intérieur de ces labos remarqués, seuls 30% des personnels pourront se prévaloir de l’excellence. On imagine donc la lutte à couteaux tirés entre les labos et à l’intérieur même de chaque labo. Ce n'est pas le lieu de se demander ici combien de ministres pourraient bénéficier du label...

 

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 06:32

Je rappelle que c'est toujours sur les ondes délicieuses de la vigoureuse Radio Mon Païs que je propose cette revue de presse hebdomadaire différente de celle d'Ivan Levaï, dans l'émission de Maxime Vivas “ Excusez-moi de vous interrompre ” (99.1)RP2

 

Selon Bernard Cassen, dans Mémoires des Luttes, La mafia de la finance s’installe directement au pouvoir : Les gouvernements européens ne se donnent même plus la peine de le cacher : toutes leurs décisions ont pour seule et unique motivation de donner des gages aux marchés financiers, avec les agences de notation dans le rôle de distributeurs de bons et de mauvais points. À Athènes et à Rome, la finance a réussi un double exploit : non seulement elle a conforté la déconnexion entre la sphère économique et financière et la sphère politique, mais elle s’est carrément installée dans cette dernière. Jusqu’ici les banquiers avaient comme interlocuteurs politiques des élus, maintenant ils dialoguent avec d’autres banquiers.

J’ajouterai pour ma part que l’Europe est désormais dirigée par ce que Serge Halimi dans Le Monde Diplomatique appelle, sans malheureusement forcer le trait, des « juntes civiles ».

Une grave question posée par The Lancet : Faut-il prescrire la pilule aux bonnes sœurs ? Pour prévenir les cancers génitaux auxquels elles sont exposées du fait de leur chasteté, les religieuses catholiques devraient pouvoir bénéficier de contraceptifs hormonaux. On attend la réponse du Vatican.

 

Il y aura bientôt trois siècles (c’était en 1713), un médecin italien, Bernadino Ramazzini, observait que les sœurs catholiques présentaient ce que l’on n’appelait pas encore une maladie professionnelle: il avait noté que ces femmes (ayant fait vœux de célibat, de chasteté et de vie monacale) souffraient avec une fréquence anormalement élevée de cancers du sein.

Un entretien très intéressant d’Annie Ernaux avec Blandine Grosjean pour Rue 89. L'œuvre d'Annie Ernaux est très fortement marquée par une démarche sociologique bourdieusienne qui tente de « retrouver la mémoire de la mémoire collective dans une mémoire individuelle ».

Annie Ernaux revendique une écriture neutre, « sans jugement, sans métaphore, sans comparaison romanesque », et évoque un style « objectif, qui ne valorise ni de dévalorise les faits racontés »

Annie Ernaux : La coupure est à l'intérieur de moi. Ce sont deux mondes irréductibles. La lutte des classes est en moi. J'ai un mode de vie, une façon physique d'apparaître qui est celle de la classe dominante, je ne vais pas me le cacher. Mais je sais quelle était ma vision de petite fille, d'adolescente, et ce n'est pas réconciliable. Ma mémoire est dans un monde et ma vie est dans un autre et ça, c'est insupportable.

J'ai vu mon père travailler de ses mains, et pourtant je viens là, à Gallimard. Il n'y a pas de réconciliation, sinon sur un plan politique. Mais intérieurement, ce n'est pas possible.

Vous sentez-vous « traître » à votre classe ?

Je ne vais pas dire que je me sens traître, mais j'ai tout de suite conscience qu'il y a des mondes ennemis, des classes sociales, qu'il y a de la liberté d'un côté et de l'aliénation de l'autre. Oui, j'ose employer ce terme marxiste, et on va pas me la faire « Mais non, il est très heureux cet homme qui fait des choses de ses mains. »

Pendant que l’homme du Fouquet’s et ses gens organisent la misère au profit de la finance, des gens formidables comme Julien Lauprêtre et tous ceux qui militent avec lui au Secours populaire s’efforcent de panser quelques plaies.

 

Le dernier numéro de Convergence, l’organe su Secours populaire, évoque l’existence à La Rochelle de l’Escale, un établissement visant à accueillir dans la dignité les personnes âgées dépendantes, en grande pauvreté. Les maisons de retraite ne s’empressent pas d’accepter des personnes souvent atteintes de troubles du comportement et qui ont vieilli avant l’heure. Ces pauvres qui ont longtemps évolué en marge de la société éprouvent de réelles difficultés à investir les lieux. « Ayant toujours affirmé leur liberté », estime une infirmière, « ils admettent mal leur dépendance. Ils revendiquent leur marginalité, mais ont aussi sans cesse besoin de notre aide. » Ils ont réduit leur consommation d’alcool. Des diabétiques se passent désormais d’insuline. Ils craignent moins de mourir un jour seuls dans la rue.

 

Dans Siné Hebdo, Véronique Brocard évoque les conditions de travail des gardiens de musée, en lutte devant les Prud’hommes. Le métier n’est pas facile. Bien-sûr, il y a l’obligation de respecter une certaine tenue dans les salles – ne pas manger, ne pas boire, ne pas écouter de musique, ne pas mâcher de chewing-gum –. Il y a les pauses qui passent trop vite (vingt minutes le matin, une heure à midi, dix minutes l’après-midi). L’attitude des gardiens de musées est contrôlée en permanence par des responsables qui passent dans les salles. « La société nous fournit l’uniforme gris mais pas les chaussures qui doivent être obligatoirement noires. Gare à nous si elles ont un liseré blanc ou si nous mettons des chaussettes blanches. Gare à nous si nous fermons les yeux deux secondes, ils nous reprochent de dormir même si ce n’est pas vrai. Un jour, pour me punir, ils m’ont fait garder une rotonde vide. Pendant quatre mois, je n’ai vu personne, je fixais un petit morceau de carrelage pour tenir le coup ». Tout cela pour 1300 euros brut par mois.


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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 16:13

http://im.quirao2.com/qimage/p/moy300/p1/automate-musical-lutece-creation-le-petit-marquis-au-002.jpg

Je reprends ici un article que Pierre Dubois vient de publier dans son fort utile blog (link) sur le dernier livre de Laurent Wauquiez

 

 

Laurent Wauquiez Le Prétentieux


Laurent Wauquiez, agrégé d’histoire, énarque et Conseiller d’Etat, ci-devant Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, délaisse les affaires courantes de son ministère. Il a le temps d’écrire. Il vient de publier un livre chez Odile Jacob, La lutte des classes moyennes.

Oser paraphraser le titre d’un ouvrage de Karl Marx qualifie bien le personnage : il a une prétention démesurée. Il veut s’imposer dans l’histoire des idées. ”Les classes moyennes, aspirées vers le bas de l’échelle sociale, luttent pour leur survie, trop souvent dans l’indifférence générale”. Laurent Wauquiez ne manque pas d’air. Enfant des classes supérieures, il a, à ce titre, bénéficié de tous les privilèges : accès aux écoles les plus prestigieuses et scolarité dans l’enseignement supérieur qui a coûté 230.000 euros à l’Etat. Pourquoi n’a-t-il pas plutôt écrit un ouvrage sur les moyens d’assurer la circulation des élites ? Une véritable mobilité sociale exige que les classes supérieures ne restent pas boulonnées au dernier étage de l’ascenseur social.

Laurent Wauquiez ne fait pas le job pour lequel il est payé. Il fait campagne pour Nicolas Sarkozy et court les médias. Hier soir, il était invité de l’émission de Laurent Ruquier, “On n’est pas couché”, pour y faire la promotion de son livre. Audrey Pulvar, journaliste et compagne d’Arnaud Montebourg, “a, selon le Figaro, ”méchamment épinglé son bouquin” ; le quotidien de droite monte au créneau  : le Ministre est tombé dans un “traquenard”. Visionner le débat.

 

Ce jeune Ministre du SUP me fait honte. Ce genre de débat à la télé, où tout le monde se connaît et s’appelle par son prénom, est par définition stérile. Seule importe la polémique. Plus la polémique est violente, plus Ruquier est content. Pas de débat de fond : qu’entend le 1er partout par “classes moyennes” ? Les ouvriers qualifiés et les employés de bureau - il les cite - en feraient-ils partie ? Livre scientifique ? Nenni : “il est uniquement fondé sur des exemples“. Wauquiez déstabilisé cherche un moment à se dédouaner : “je tape même sur les profiteurs d’en haut”. Près de deux millions de téléspectateurs. 

Ce jeune Ministre du SUP me fait honte. Il a un mépris surdimensionné pour les enseignants-chercheurs. Il les humilie : pas de problème pour lui pour faire éditer un livre par un éditeur patenté alors que bien des EC en sciences humaines et sociales ont un mal énorme à se faire publier ; pas de problème de comité de lecture ; pas de problème d’enquêtes, de documentation, de sources et d’administration de la preuve. Un livre qui n’est fondé que sur des exemples est un déni de la méthode scientifique. D’ailleurs, est-ce le Ministre qui l’a écrit ? Combien de petites mains ?

Ce jeune Ministre du SUP me fait honte. Pourquoi ne balaie-t-il pas devant la porte de son ministère ? Les enseignants-chercheurs vivent un déclassement continu depuis plusieurs décennies. Ils appartenaient aux classes supérieures de la Nation ; le descenseur social les projette aujourd’hui dans les classes moyennes. Le Ministre a-t-il des idées pour les faire remonter à l’étage le plus haut de l’ascenseur ? Non, le 1er partout est à court d’idées.

Les personnels BIATOS de l’enseignement supérieur vivent, eux aussi, un déclassement continu. Ceux qui sont fonctionnaires de catégorie B appartenaient aux classes moyennes. Titulaires d’un diplôme de bac+3 ou 5, le descenseur social les pousse aujourd’hui vers les classes populaires. Et que dire des personnels de catégorie C et des personnels précaires ?

Ce jeune Ministre du SUP me fait honte. Qui va oser porter plainte pour faute professionnelle contre un ministre qui ne fait pas le job pour lequel il est payé ? Qui passe plus de temps à courir les médias et à mettre en scène ses déplacements sur le terrain pour flatter telle ou telle université que de temps à résoudre les questions qui lui sont posées par ses personnels et par leurs représentants syndicaux.

Qui oserait ? Les syndicats étudiants qui ont obtenu les modalités de contrôle des connaissances les plus laxistes qui aient jamais existé ? La CPU, les Présidents d’université invités à sa table et qui se satisfont de maigres obolessur le GVT, la sécu étudiante et les primes sociales interministérielles ? Vivement mai 2012 ! Que Laurent Le Prétentieux crée alors un CLAM, un Centre d’analyse des CLAsses Moyennes ! Luc Ferry pourrait lui donner quelques conseils.

Ce jeune Ministre du SUP me fait honte. Laurent Wauquiez, vous et moi, nous sommes issus d’une famille textile du Nord de la France. Vos grands-parents étaient des patrons, les Wauquiez et les Motte. Mes grands-parents, mes parents, mes cousins et cousines étaient des ouvriers du textile. Votre famille a-t-elle subi un déclassement quand elle a fermé ses usines ? Bien sûr, vous n’avez pu entendre les conversations qui attristaient et révoltaient les réunions de ma famille à chaque nouvelle fermeture d’usine. Oui, Laurent Wauquiez, puisque vous reprenez le langage de la lutte, vous êtes pour moi un ennemi de classe ! Mon père aurait ajouté dans son patois tourquennois : “ce Ministre n’est qu’un p’tit péteux et j’en ai connu beaucoup des p’tits péteux devenus patrons parce qu’ils étaient fils de patrons” !

 

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