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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 05:36

Il est suédois, il travaille à Berlin. Photoshop lui mange dans la main. Il y a du Magritte chez cet artiste pour qui le monde est une illusion qui finira dans une photo (je paraphrase Barthes). Il ne s'agit, selon sa démarche, de « capturer des moments mais de capturer des idées ».

 

 

L'œuvre d'Erik Johansson
L'œuvre d'Erik Johansson
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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 05:31

Au XVIIIe siècle, la langue de la classe dirigeante française devient la langue de la diplomatie internationale, tout autant que des cours européennes (Madrid exceptée). Le roi de Prusse, le tsar de Russie parlent français comme ils respirent. Comme poète, le roi de Prusse rivalise avec Voltaire en expliquant qu’il parle allemand à ses soldats et français avec ses pairs. Les éminences portent des toasts en français avant de rédiger des traités en français. On apprend encore le latin, non pour le parler quotidiennement, mais pour y trouver des idées, des structures et des phrases toute faites. On dit que l’italien est la langue de l’amour et l’anglais la langue des chevaux. Quand on pense que le français avait été la langue des rois d’Angleterre jusqu’à Henri VIII ! Que les devises royales étaient exprimées en français : « Dieu et mon droit », « Honni soit qui mal y pense » ! Environ 70% du lexique anglais vient du français, du normand et du latin. Le paysan saxon dit sheep pour mouton tandis que le seigneur francophone dit mutton. Même chose pour ox (Oxford : le gué où passent les bœufs) et beef, calf et veal, pig (ou swine) et pork (swinish, porcine). « There’s no French word for entrepreneur », pensait se moquer Bush, l’ignoramus.

 

Quand Rivarol écrit son Discours sur l’universalité de la langue française en 1784, il y croit. Ce discours avait été commandé par l’Académie de Berlin. Vingt-et-un candidats avaient répondu à la question « Qu’est-ce qui a rendu la langue française universelle. Pourquoi mérite-telle cette prérogative ? est-il à présumer qu’elle la conserve ? » Pour le pamphlétaire royaliste d'origine piémontaise (le nom de la famille était Rivaroli), la France et sa langue éclairent le monde : « L'Angleterre, témoin de nos succès, ne les partage point. Sa dernière guerre avec nous la laisse dans la double éclipse de la littérature et de sa prépondérance, et cette guerre a donné à l'Europe un grand spectacle. On y a vu un peuple libre conduit par l'Angleterre à l'esclavage, et ramené par un jeune monarque à la liberté. L'histoire de l'Amérique se réduit désormais à trois époques : égorgée par l'Espagne, opprimée par l'Angleterre et sauvée par la France ». Le français est un phare pour l’humanité, selon, Rivarol, car « Ce qui distingue notre langue des langues anciennes et modernes, c'est l'ordre et la construction de la phrase. Cet ordre doit toujours être direct et nécessairement clair. Le français nomme d'abord le sujet du discours, ensuite le verbe qui est l'action, et enfin l'objet de cette action : voilà la logique naturelle à tous les hommes ; voilà ce qui constitue le sens commun. Or cet ordre, si favorable, si nécessaire au raisonnement, est presque toujours contraire aux sensations, qui nomment le premier l'objet qui frappe le premier. C'est pourquoi tous les peuples, abandonnant l'ordre direct, ont eu recours aux tournures plus ou moins hardies, selon que leurs sensations ou l'harmonie des mots l'exigeaient ; et l'inversion a prévalu sur la terre, parce que l'homme est plus impérieusement gouverné par les passions que par la raison ». Il justifie sa proposition par l’exemple suivant : « Tout le monde a sous les yeux des exemples fréquents de cette différence. Monsieur, prenez garde à un serpent qui s'approche, vous crie un grammairien français ; et le serpent est à vous avant qu'il soit nommé. Un Latin vous eût crié : serpentem fuge ; et vous auriez fui au premier mot sans attendre la fin de la phrase. En suivant Racine et La Fontaine de près, on s'aperçoit que, sans jamais blesser le génie de la langue, ils ont presque toujours nommé le premier l'objet qui frappe le premier, comme les peintres placent sur la première terrasse le principal personnage du tableau ».

 

Cela dit, les parlers régionaux ont résisté. Malgré la sentence de mort de L’Encyclopédie : le patois est un « langage corrompu tel qu’il se parle presque dans toutes les provinces. On ne parle la langue que dans la capitale. » Mais, d’un autre côté, à l’époque des Lumières, l’État et l’Église estimaient que l’instruction était dangereuse pour le peuple. C’est pourquoi, vers 1760, le français était enseigné à dose homéopathique, aux garçons du peuple. Les instits’ étaient encore plus mal payés et considérés qu'aujourd'hui. Dans les lycées et l’université, l’enseignement se faisait principalement en latin. L’abbé Grégoire, qui réclamera l’abolition totale des privilèges et de l’esclavage, estime, à l’époque de la Révolution française, que 10% des Français ont une bonne connaissance de la langue.

 

 

Talleyrand propose d’éradiquer les dialectes (« dernier reste de la féodalité ») à l’école. Pour Grégoire, il est possible de généraliser l’usage du français : « […] on peut uniformiser le langage d’une grande nation […]. Cette entreprise qui ne fut pleinement exécutée chez aucun peuple, est digne du peuple français, qui centralise toutes les branches de l’organisation sociale et qui doit être jaloux de consacrer au plus tôt, dans une République une et indivisible, l’usage unique et invariable de la langue de la liberté ». En 1863, Victor Duruy qui, en tant que ministre de l’Instruction publique, avait obligé chaque commune de plus de 500 habitants à construire une école de filles, lance une grande enquête qui montre que 25% des Français sont des patoisants monolingues. Quatre ans plus tard, cette proportion tombe à 10%.

 

E la nave va ...

 

 

Fin

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 05:24

La première édition du Dictionnaire de l’Académie est achevée en 1694. Mais l’accueil fait à ce dictionnaire sera toujours poli, pour ne pas dire hostile. Pour Richelieu, fin diplomate, le prestige de la langue française doit égaler, voire supplanter celui de la langue italienne. Mais le cardinal persécutera bien plus systématiquement les protestants que les patoisants ! Selon le philologue Jean-Pierre Seguin, auteur d’un magistral L'invention de la phrase au XVIIIe siècle : contribution à l'histoire du sentiment linguistique français, la question du respect de l’orthographe ne se posera en France qu’à la fin du XVIIIe siècle. Cette notion de « sentiment linguistique » est importante : la quête de la précision et de la beauté va instiller dans les esprits que la langue française est celle de la raison. Elle sera ainsi un medium idéal pour la Révolution française. Pour la première fois, on associe la langue et la nation. Une langue pour une République unie et indivisible. Dès l’article 2 de la Constitution, les choses sont claires : « La langue de la République est le français. » Il ne saurait y avoir d’« égalité » dans une Tour de Babel (Bertrand Barrère, membre du Comité de salut public, assimile justement l’Ancien régime à la Tour de Babel). La Révolution va se montrer hostile aux dialectes, aux patois « barbares et grossiers ». Un décret exige « l’établissement d’un instituteur de langue française, dans chaque commune de campagne des départements où les habitants ont l’habitude de s’exprimer en bas-breton, italien, basque et allemand. » Les citoyens, ignorants du français standard, sont donc incapables de contrôler le pouvoir.

 

Le Français ne devient réellement technique qu’avec la grande Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1758-1872), que les auteurs qualifient de « dictionnaire raisonné ».

 

 

 

Dans l’esprit de Diderot, la démarche scientifique est clairement au service de la démocratie : « Cet ouvrage produira sûrement avec le temps une révolution dans les esprits, et j’espère que les tyrans, les oppresseurs, les fanatiques et les intolérants n’y gagneront pas. Nous aurons servi l’humanité. » Le bon usage de la langue doit se répandre dans le plus grand nombre, mais pas à la manière de Vaugelas et de son entre soi qui voit dans la “ bonne ” langue : « La façon de parler de la plus saine partie de la Cour, conformément à la façon d’écrire de la plus saine partie des auteurs du temps. » L’Encyclopédie donne en exemple le cas italien : « C'est moins à cause de la souveraineté de la Toscane, qu'à cause de l'habileté reconnue des Toscans, que leur dialecte est parvenue au point de balancer la dialecte romaine ; et elle l'emporte en effet en ce qui concerne le choix et la propriété des termes, les constructions, les idiotismes, les tropes, et tout ce qui peut être perfectionné par une raison éclairée ; ».

 

(à suivre)

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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 05:38

Montaigne écrit ses Essais en français, par feinte modestie. Il écrit pour ses contemporains, tels qu’ils sont. Pour la postérité, il eût choisi le latin, un « langage plus ferme » : « Qui peut espérer que [la forme présente du français] soit en usage d’icy à cinquante ans ? » A l’époque, les grands auteurs latins sont systématiquement traduits en français. En 1549, Joachim Du Bellay avait publié sa Deffence et Illustration de la Langue Francoyse, dix ans après l’ordonnance de Villers-Cotterêts imposant l’usage exclusif du français dans l’administration. Pour Du Bellay, le français est aussi « digne » que le latin et le grec. Mais il ne préconise pas la traduction, source, pour lui, d’appauvrissement. Dès lors, de nombreux grands auteurs issus de l’aire occitane, vont publier en français. Outre Montaigne, Pierre de Bourdeille (Brantôme) et le poète gascon Pierre du Bartas.

 

 

La grammaire de la langue française évolue, en particulier au niveau de la subordination et de ses conjonctions : on emploie de plus en plus « alors que », «afin que ». A l’écrit naturellement, dans un pays qui compte au moins 90% d’illettrés. Un peu par snobisme, il est fait appel à une graphie inspirée du latin : on écrit doigt à cause de digitus (alors que le mot s’écrivait doi  au XIIIe siècle), doubter à cause de dubitare (alors que le mot s’écrivait doter au XIe siècle, faict à cause de factum. Les grammairiens commencent à édicter des règles de prononciation. On doit dire « de l’eau » et non de l’iau. Il faut faire la différence entre vain et vin, pain et pin (on ne l'entend guère plus aujourd'hui). On ne doit pas dire un’onte, un’arpe. Les Allemands, dont le pays n’est pas du tout une nation, sont beaucoup moins normatifs. Mais en 1521 et 1534, Luther traduit en allemand le Nouveau Testament, puis l’Ancien Testament, ce qui contribue à implanter l’allemand standard dans les écoles. Cela dit, jusqu’au XIXe siècle, de nombreux Allemands apprendront le Hochdeutsch comme une langue étrangère. Les premières règles grammaticales et orthographiques n’apparaîtront qu’en 1880 dans le dictionnaire Duden.

 

En France, pendant la Renaissance, nous sommes en pleine distinction bourdieusienne : ceux qui appartiennent au haut du panier se distinguent, par la langue, du reste de la population. Ceux qui souhaitent les rejoindre doivent avoir une connaissance parfaite des règles du « bon français ». Malherbe et, plus encore, Vaugelas, vont cadrer le français écrit, mais aussi oral. Ce dernier sera l’auteur en 1647 de Remarques sur la langue française, utiles à ceux qui veulent bien parler et bien écrire, où il s’inspire de la langue parlée à la cour du roi. L’Académie française, fondée en 1634, a pour fonction principale (statut XXIV) de « travailler avec tout le soin et toute la diligence possible à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences. » Belle et pure, telle doit être la langue. Une langue pour des hommes et des femmes qui ne travaillent pas de leurs mains. Une langue souvent déconnectée du réel du peuple, que Molière parodiera jusqu'à l'excès. Une langue qui compensera son manque de précision technique par des trouvailles alambiquées, « précieuses et ridicules », quand les fauteuils sont les « les commodités de la conversation » et quand les dents sont « l’ameublement de la bouche ». Ces précieux « savent tout sans avoir jamais rien appris ». Un peu comme aujourd’hui,  (« hyper méga top, stratosphérique »), on abuse de la boursouflure : dans Les Précieuses ridicules, des gants sentent « terriblement » bon. Dans Les Femmes savantes, Philaminte aime «superbement et magnifiquement ».

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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 05:28

En 2003, le romaniste autrichien Hans Goebl publie ses Regards dialectométriques sur les données de l'Atlas linguistique de la France (ALF): relations quantitatives et structures de profondeur (Estudis Romànics XXV) : 1421 cartes de l’Atlas linguistique de la France qui délimitent clairement tous les groupes et sous-groupes du français. Il montre, par exemple, la scission entre le français-sud-champenois-berrichon et le normand-angevin-gallo.

Du français (IV)

 

Le français de Paris émerge au XIIIe siècle comme l’idiome dominant avec un statut particulier. Le linguiste et alchimiste anglais Robert Bacon, auteur d’une grammaire du grec et d’une grammaire de l’hébreu qui remodela la distinction entre signe naturel et signe construit, qualifie le français de Paris de puros (« En France, on rencontre plusieurs dialectes entre les Picards, les Normands, les purs Français, les Bourguignons et les autres »). Dans la conscience collective, la langue maternelle étant, comme son nom l’indique, la langue de la mère, celle apprise à la maison, elle jouit d'un statut bien inférieur à celui du français de Paris et à celui du latin. Le françois cesse d’être simplement le français de l’Île de France : la « vraie langue » est le français du roi. Ce qui n’était pas gagné dans la mesure où, durant le Haut Moyen Âge, Paris avait été une bourgade comparée à Lyon, Bordeaux, Arles ou Autun (dont le théâtre pouvait contenir 20 000 personnes). Paris ne deviendra la ville la plus peuplée d’Europe du Nord qu’au XIIe siècle. Au sud du pays, le parler de la classe dirigeante de Toulouse n’aura jamais un statut aussi élevé que celui du français du roi. Mais l’occitan comme langue administrative se développa aux XIIIe et XIVe siècles. La langue possédait un lexique original. A mi-chemin entre le gallo-roman et l’ibéro roman, l’occitan comprenait plusieurs centaines de mots issus du latin qui n’existaient ni dans la langue d’oïl ni dans le franco-provençal. Par ailleurs, du VIe au XIIIe siècle, l’Occitanie connut une réelle unité politique sous l’autorité des comtes de Barcelone (on se souvient de Guifred le Velu, Guifré el Pilós en catalan, père de la lignée dont le nom signifie “paix victorieuse” et qui a donné Joffre en français, comme quoi tout se tient), branche cadette des ducs d’Aquitaine. Ces comtes régnèrent sur la Catalogne, le Languedoc, le Roussillon, le Rouergue, le Velay, la Provence. La littérature courtoise des troubadours occitans enrichit une langue qui devint à la fois poétique et savante (le fin’amor consistant à séduire une dame de qualité, généralement mariée, en lui récitant des poèmes). En tant que langue administrative, l’occitan ne commença à reculer devant le français qu’à partir du XVe siècle.

 

Pour sa part, la langue d’oïl se généralisa dans la littérature à partir du XIIe siècle et dans l’administration à partir du XIIIe. L’augmentation des échanges entre les différentes régions intensifia les emprunts entre les différents dialectes, ce qui renforça la richesse et l’unité de la langue. C’est au XIIIe siècle également que l’écriture oïl remplaça progressivement le latin dans le domaine administratif. Ainsi, en 1510, le roi Louis XII (le « Père du peuple ») exige l’emploi du « vulgaire et langage du pays » (“vulgaire” n'est à l'époque nullement péjoratif) dans la rédaction des documents de justice, jusqu’alors promulgués, selon les cas, en français, en latin et en occitan. Ce processus durera deux bons siècles. Il ne s’acheva dans le sud de la France que vers 1700 (en Catalogne). En 1530, avec la fondation du Collège de France par François Ier et Guillaume Budé, la langue française est utilisée pour la première fois dans une classe d’enseignement. Le barbier-chirurgien Ambroise Paré, qui n'était pas docteur et qui ne connaissait ni le latin ni le grec, publie ses traités en français : « Je n'ai voulu escrire en autre langaige que le vulgaire de nostre nation, ne voulant estre de ces curieux, et par trop supersticieux, qui veulent cabaliser les arts et les serrer soubs les loix de quelque langue particulière ». Le protestant Calvin écrit en français au roi Edouard VI.

 

 

 

Du français (IV)

 

Son grand œuvre subversif, Le Traité des reliques, est rédigé dans un français très moderne qui démystifie la bondieuserie : « Il y a puis après ce qui touche au corps de notre Seigneur : ou bien tout ce qu'ils ont pu ramasser pour faire reliques en sa mémoire, au lieu de son corps. Premièrement, la crèche en laquelle il fut posé à sa nativité, se montre à Rome en l'église Notre-Dame la Majeure. Là même, en l'église Saint-Paul, le drapeau dont il fut enveloppé : combien qu'il y en a quelque lambeau à Saint-Salvador en Espagne. Son berceau est aussi bien à Rome, avec la chemise que lui fit la vierge Marie sa mère. Item, en l'église Saint-Jacques, à Rome, on montre l’autel sur lequel il fut posé au temple à sa présentation, comme s'il y eût eu lors plusieurs autels, ainsi qu'on en fait à la papauté tant qu'on veut. Ainsi en cela ils mentent sans couleur. Voilà ce qu'ils ont eu pour le temps de l'enfance de Jésus-Christ. Il n'est jà métier de disputer beaucoup où c'est qu'ils ont trouvé tout ce bagage, si longtemps depuis la mort de Jésus-Christ. Car il n'y a nul de si petit jugement, qui ne voie la folie. Par toute l'histoire évangélique, il n'y a pas un seul mot de ces choses. Du temps des apôtres, jamais on n'en ouït parler. Environ cinquante ans après la mort de Jésus-Christ, Jérusalem fut saccagée et détruite. Tant de docteurs anciens ont écrit depuis, faisant mention des choses qui étaient de leur temps, même de la croix et des clous qu'Hélène trouva ! De tous ces menus fatras ils n'en disent mot. Qui plus est, du temps de saint Grégoire, il n'est point question qu'il y eût rien de tout cela à Rome, comme on voit par ses écrits. Après la mort duquel Rome a été plusieurs fois prise, pillée et quasi du tout ruinée. Quand tout cela sera considéré, que saurait-on dire autre chose, sinon que tout cela a été controuvé pour abuser le simple peuple ? »

Du français (IV)

 

 

(à suivre)

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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 05:50

La langue d’oïl est la langue romane qui s’est développée au nord de la Gaule, puis dans le sud de la Belgique et dans les îles anglo-normandes. L’appellation « langue d’oïl » vient de « oïl » qui a donné le français « oui ». Dans Vita Nuova, Dante repère deux groupes de langues : celui des langues germaniques dans lequel on dit « jo » et celui des langues romanes qu’il classe en trois langues : une dans laquelle on dit « oïl », l’ancien français, sorte de latin vulgaire où par exemple, l’accent tonique se place sur l’avant-dernière syllabe, avec un amuïssement progressif des voyelles post-toniques (calidus -> caldus), une dans laquelle on dit « oc », une dans laquelle on dit « sì » (l’italien ; à l'époque de Dante, on parlait quatorze dialectes en Italie). L’oïl se subdivise en plusieurs variétés. En Île de France, on parle le français ; à l’est, on parle le lorrain, le champenois, le bourguignon, au nord le picard et le wallon ; à l’ouest le gallo (parlé en Bretagne mais qui n’est pas apparenté au breton, langue celtique) ; au sud-est le franc-comtois ; au sud-ouest le poitevin-saintongeais (fortement teinté d’occitan et à qui les Québécois et les Acadiens doivent beaucoup); au sud le berrichon (« cagouille », « aga ! », « chagner », « ça pleut » ; qu'ont fait les oreilles de Chopin de ces berrichonnades ?).

 

Quand les Gaulois ont-ils cessé de parler latin ? Selon le linguiste britannique Anthony Lodge : jamais. Les historiens de la langue se sont néanmoins efforcés de différencier le « bas-latin » du « protoroman » (langue de transition par excellence) et de l’« ancien français » qui sera parlé du IXe au XIVe siècle. Les Serments de Strasbourg ont été prononcés en langue romane et en germanique (les rois Charles le Chauve et Louis le germanique étaient bilingues et ont juré dans la langue de l’autre) mais ils ont été écrits en langue romane (une langue quelque peu artificielle, le texte contenant des tournures juridiques calquées sur le latin). Les suites royales prêteront serment dans leur langue : celle de Louis en Allemand, celle de Charles en français. Les Serments constituent, selon les linguistes Bernard Cerquiglini et Claude Hagège, « l’acte de naissance de la langue française ». Frédéric Duval (Mille ans de langue française) ne parle pas de génération spontanée mais plutôt d’un lent continuum : « C’est plutôt de scissiparité qu’il s’agirait, d’une séparation progressive et graduelle entre un latin des lettrés et un latin vernaculaire ».

 

Du français (III)

 

En 813, le concile de Tours demande aux prêtres de prononcer leurs sermons dans le vernaculaire local ou dans la langue tudesque (« rusticam Romanam linguam aut Theodiscam »). Preuve que le latin n’est plus parlé ni compris par le peuple. La Séquence (ou Cantilène) de sainte Eulalie (880), qui raconte le martyre de cette jeune fille, fut le premier texte littéraire composé en langue romane.

 

Texte en roman   Adaptation française
Buona pulcella fut Eulalia.   Bonne pucelle fut Eulalie.
Bel auret corps bellezour anima.   Beau avait le corps, belle l'âme.
Voldrent la ueintre li d[õ] inimi.   Voulurent la vaincre les ennemis de Dieu,
Voldrent la faire diaule seruir.   Voulurent la faire diable servir.
Elle nont eskoltet les mals conselliers.   Elle, n'écoute pas les mauvais conseillers :
Quelle d[õ] raneiet chi maent sus en ciel.   « Qu'elle renie Dieu qui demeure au ciel ! »
Ne por or ned argent ne paramenz.   Ni pour or, ni argent ni parure,
Por manatce regiel ne preiement.   Pour menace royale ni prière :
Niule cose non la pouret omq[ue] pleier.   Nulle chose ne la put jamais plier
La polle sempre n[on] amast lo d[õ] menestier.   À ce la fille toujours n'aimât le ministère de Dieu.
E por[ ]o fut p[re]sentede maximiien.   Et pour cela fut présentée à Maximien,
Chi rex eret a cels dis soure pagiens.   Qui était en ces jours roi sur les païens.
Il[ ]li enortet dont lei nonq[ue] chielt.   Il l'exhorte, ce dont ne lui chaut,
Qued elle fuiet lo nom xp[ist]iien.   À ce qu'elle fuie le nom de chrétien.
Ellent adunet lo suon element   Qu'elle réunit son élément [sa force],
Melz sostendreiet les empedementz.   Mieux soutiendrait les chaînes
Quelle p[er]desse sa uirginitet.   Qu'elle perdît sa virginité.
Por[ ]os suret morte a grand honestet.   Pour cela fut morte en grande honnêteté.
Enz enl fou la getterent com arde tost.   En le feu la jetèrent, pour que brûle tôt :
Elle colpes n[on] auret por[ ]o nos coist.   Elle, coulpe n'avait : pour cela ne cuit pas.
A[ ]czo nos uoldret concreidre li rex pagiens.   Mais cela ne voulut pas croire le roi païen.
Ad une spede li roueret tolir lo chief.   Avec une épée il ordonna lui ôter le chef :
La domnizelle celle kose n[on] contredist.   La demoiselle cette chose ne contredit pas,
Volt lo seule lazsier si ruouet krist.   Veut le siècle laisser, si l'ordonne Christ.
In figure de colomb uolat a ciel.   En figure de colombe, vole au ciel.
Tuit oram que por[ ]nos degnet preier.   Tous implorons que pour nous daigne prier,
Qued auuisset de nos Xr[istu]s mercit   Qu'ait de nous Christ merci
Post la mort & a[ ]lui nos laist uenir.   Après la mort, et qu'à lui nous laisse venir,
Par souue clementia.   Par sa clémence.

 

On note l'utilisation d'articles (li nimini : « les ennemis », lo nom : « le nom », la domnizelle : « la demoiselle », etc.), absents du latin. Certaines voyelles finales du latin sont désormais tombées (utilisation de e ou a pour rendre le son [ǝ] : pulcella : « pucelle (jeune fille) », cose : « chose » etc.). Certaines voyelles sont devenues des diphtongues (latin bona > roman buona : « bonne »). On trouve également dans ce texte le premier conditionnel de l'histoire (sostendreiet : « soutiendrait »), formé à partir du futur et la terminaison de l'imparfait. Pour l'anecdote, on relèvera le destin du mot ”empedementz”. La forme francisée “impediments” a disparu de la langue française. La forme “latine” “impedimenta” (bagages encombrants) est peu usitée. En revanche impediment (dans le sens d'obstacle) est très courant en anglais.

Du français (III)

 

(A suivre)

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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 05:22

Au IIIe siècle, la Gaule se germanise, tant au niveau des populations que de la langue. Les Alamans (gens de toutes sortes) pillent le pays, signent un traité avec l’empereur romain et n’acceptent la paix qu’en échange d'un statut de fédérés (foederati). En même temps que les Germains (Francs, Wisigoths, Burgondes dont les dialectes ne se ressemblent pas totalement), d’autres envahisseurs frappent à la porte : des Bretons, des Vikings. Le nord-ouest de ce qui fut la Gaule est conquis par des Saxons et par les Francs dominants qui donneront leur nom au pays (Francia). Les Francs (“ hommes libres ”, peut-être originaires du Danube – mais bon sang de bonsoir, où est donc notre souche ?) sont majoritairement des agriculteurs et non des marchands ou des artisans. Le savant Sidoine Apollinaire, qui les a connus, les décrit ainsi : « Ils ont la taille haute, la peau blanche, les yeux bleus, ils se rasent entièrement le visage, sauf la lèvre supérieure où ils laissent pousser deux petites moustaches ; leurs cheveux, courts derrière et longs devant, sont d'une blondeur admirable ; leur vêtement est si court qu'ils ne leur couvre même pas le genou, et si serré qu'il laisse voir la forme de leur corps ; ils portent une large ceinture où pend une lourde épée, très tranchante ». Chateaubriand, qui ne les a pas connus, les cauchemarde de la sorte : « Parés de la dépouille des ours, des veaux marins, des aurochs et des sangliers, les Francs se montraient au loin comme un troupeau de bêtes féroces. Une tunique courte et serrée laissait entrevoir toute la hauteur de leur taille, et ne leur cachait pas les genoux. Les yeux de ces Barbares ont la couleur d'une mer orageuse ; leur chevelure blonde, ramenée en avant sur leur poitrine, et teinte d'une liqueur rouge, est semblable à du sang et à du feu. La plupart ne laisse croître leur barbe qu'au-dessus de leur bouche, afin de donner à leurs lèvres plus de ressemblance avec le mufle des phoques et des loups » (Chant de guerre des Francs, 1809). Les Francs s’assimilent généralement à la population romane, mais parfois leur langue supplante la langue romaine, comme dans la région rhénane et dans l’actuelle Belgique. S’il est admis que la Gaule compte six millions d’habitants vers l’an 500, les Francs représentent environ 20% de la population. Avec une implantation très inégale. Au nord d’Amiens, l’ancienne Samarobrive, 70% des noms de lieu sont germaniques. Un pourcentage qui chute nettement dès le sud de la Seine.

 

 

 

Hugues Capet, qui régna de 987 à 996 (et qui imposa – le malin – la monarchie héréditaire, mais ceci est une autre histoire) fut le premier roi à s’exprimer en français. Les Francs abandonnèrent progressivement leur langue, estimant, à tort ou à raison, que la culture latine était supérieure à la leur. Néanmoins, le francique perdura dans la vie de tous les jours, ce qui explique que bien des mots du vocabulaire du féodalisme sont d’origine germanique, comme « marquis » ou encore « baron » (homme libre). Sans parler du vocabulaire guerrier (« adouber », «guetter»). La Provence (provincia en latin) fut la dernière province à résister – Arles ayant même été pendant quelques années la résidence de l’empereur de Rome, avant de rendre les armes aux Francs en 536.

 

Dans le sud de la France, les populations adoptent un latin vernacularisé. Selon un processus lent et complexe, cette langue va s’imposer aux parlers autochtones. La ligne de partage oc/oïl (les premiers emplois des expressions lingua d’oc et lingua d’oïl datent de la fin du XIIIe siècle) ne correspond à aucune frontière politique ou physique. On peut néanmoins considérer que la Méditerranée, l’Atlantique, le Massif Central, les Pyrénées, les Alpes furent des barrières naturelles. Tout comme les “ marches séparantes ” entre les zones sèches et les forêts épaisses du Nord et les marais et les zones moins fertiles du Sud. La zone occitane avait été peu celtisée (selon Pierre Bec, La Langue occitane) mais profondément romanisée. Et puis le pays d’oc connut une réelle unité politique du XIe au XIIIe siècle, les comtes de Barcelone régnant de Barcelone à Rodez.

 

(à suivre)

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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 05:14

L’histoire de la langue, c’est l’histoire du peuple. La langue est aussi complexe que le peuple, en synchronie, comme en diachronie. Il y a des formes de langue plus nobles que d’autres. Mes collègues anglicistes aiment à dire à leurs élèves et étudiants que toutes les catégories de la langue anglaise – régionales, sociales – se valent, mais tous s’efforcent de parler et d’enseigner l’anglais de la reine, en tout cas une prononciation standard (« received »). Allez passer l'oral de l’agrégation avec l’accent et le patois de Huddersfield, juste pour voir.

 

Quand on écoute du français de manière empirique, on se place dans une démarche identique en classant les divers français qui nous arrivent aux oreilles selon la culture dominante et selon notre propre histoire. Au sommet, on place le français écrit, peut-être pas celui de Chateaubriand, mais tout de même. Qu’on le veuille ou non, ce français est pour nous le “vrai” français. Plus bas, on trouve le français populaire, c’est-à-dire le français oral de tous les jours. L’autre jour, j’entendais un type dire à un autre : « Mon cher, je n’en ai strictement rien … à branler ». Il avait commencé comme du Roger Peyrefitte et sa phrase avait glissé dans ce qui eût été considéré il y a cinquante ans comme très vulgaire et qui n’est plus aujourd’hui que populaire. Autrement dit du relâché et du compris par tous. Plus bas dans la considération, on trouvera l’argot (on a tous entendu : « Ce n'est pas du français, c'est de l'argot », comme si l'argot n'était pas du français), le jargon. Comme le verlan des banlieues qu’utilisent de plus en plus les enfants de la bourgeoisie. Enfin, on éprouvera quelque commisération pour les patois, les dialectes régionaux. Si je dis, sur le ton de la plaisanterie, quelque chose comme « kinkcétikinkminche ? », à part Dany Boon qui comprendra spontanément cette formulation patoisante ? Pour les linguistes, ces distinctions ne reposent sur aucun critère précis.Quand on qualifie une expression de « vulgaire », on porte un jugement moral. Quand on parle de langue « populaire », on se réfère plutôt à un groupe social. 

 

L’écrit est roi, comme celui du latin qui est devenu progressivement la seule langue écrite de l’Europe occidentale, de l’Afrique du Nord, de l’Asie mineure et de plusieurs régions danubiennes. Outre l’Araméen, Jésus parlait certainement le grec, comme avec Pilate lors de son procès. Mais sûrement pas le latin, langue de l’occupant, des forces armées. Le latin était la langue du droit, de l’administration et des affaires, tout en cohabitant avec le grec. Même après la chute de l’Empire d’Occident au Ve siècle, les Germains adopteront le mode de pensée romain et la langue latine. Mais le latin n’écrasera pas pour autant les autres langues. Ainsi l’étrusque sera-t-il toujours utilisé au premier siècle de notre ère.

 

La langue gauloise restera à jamais une langue vernaculaire, c’est-à-dire une langue parlée au sein d’une seule communauté (contrairement à la langue véhiculaire qui sert à faire communiquer des populations qui n’ont pas la même langue maternelle). Parlé jusqu’au Ve siècle, le gaulois fut fort peu écrit (un peu tout de même). Jules César notait dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules que les vers appris au contact des druides ne devaient pas être écrits. Il nous reste des souvenirs dans la toponymie des arbres ou des outils agricoles. Le mot « chêne » vient du gaulois cassanus (un Cassen est un chêne qu'on n'abat pas). Tout comme « charrue » (carruca) «bief » (bedum). Ou encore « breuil » (brogilos). Une personne qui a pour patronyme « Dubreuil » est assurément bien de chez nous. Des fleuves (la Seine, l’Oise), certaines montagnes, comme les Cévennes, les villes de Lyon (Lug, rien à voir avec le roi des animaux), Brive, Rouen, Périgueux, Carpentras, portent des noms d’origine gauloise. Dans le vie de tous les jours, on a la « braguette » (braca), le « jarret » (garrito), la « ruche » (rusca, l'écorce où les Gaulois élevaient les abeilles) Et, forcément, le « béret » (birros). On sait que le gaulois avait une déclinaison à six ou sept cas, rappelant celles du grec et du latin. Les verbes étaient régis par cinq modes et trois temps.

 

Le Château Du Breuil, grande maison de Calvados. En bon français : Dubois.

 

(A suivre).

 

PS qui n'a rien à voir. La Comtesse vient de contrepéter avec mon nom, dans Mediapart (grand honneur pour moi) : des rustres dans la noce rêvent de goûter au fond de gentiane. 

 

Je n'avais pas l'intention d'évoquer les contrepèteries dans ces articles. Juste un mot pour dire que la langue française se prête admirablement à cette discipline dont le père fondateur fut indéniablement Rabelais (dans Pantagruel), auteur des immortels “ folle à la messe ” et “ A Beaumont-le-Vicomte ”.

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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 07:39

Il y a trente ans, jour pour jour, mon ami, collègue et néanmoins lecteur Jean-Charles Khalifa remportait le premier prix du grand concours de jeux de mots du défunt L'Événement du Jeudi. Il m'a autorisé à publier ce texte dans ces colonnes.

 

À lire à haute voix, naturellement !

 

 

 

Sonnet du Perroquet

 

 

Rock Perrow le marin et son vieux perroquet

Du grand port de New York un jour se perd aux quais.

Le pasteur du quartier, le très saint Père Hockey

Lui montre son chemin. « Merci mon Père, OK ! ».

« De rien, c’est 10 dollars ». Et Perrow paie, rauque, et

S’éloigne furibond, lâchant des pets, rots. « Qu’est-

Ce donc que ce lieu, éructe le Perrow, qu’est-

Ce que ce grigou ? » Dans un super hoquet

Frappant un chien errant : « Fous-moi la paix, roquet !

Seul un vieux Pair d’écosse, l’infâme Pair O’Kay

Plus rapiat fut jamais ! » Il se repère au quai,

Mais tombe dans l’Hudson. Repose en paix, Rock, hé !

Tel fut le triste sort de cette paire, hauts quais,

Rock Perrow le marin et son vieux perroquet.

 

 

Angliciste, grammairien, linguiste, auteur de nombreux ouvrages scientifiques, Jean-Charles Khalifa est également un guitariste de blues très accompli et un traducteur recherché : les aventures du commissaire Brunetti n'ont pas de secret pour lui.

Sonnet du Perroquet
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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 05:46

Cette grave question me turlupine actuellement.

 

Un de mes proches a fait l’achat de 7 ou 8 petits poissons que l’on aperçoit sur la photo ci-dessous. Tous ont une vie normale de poissons d’aquarium : ils se promènent de droite à gauche et de bas en haut (en diagonale aussi), ils mangent et s'endorment du sommeil du juste poisson lorsque la lumière est éteinte. On dit – mais je n’y connais rien – que la vie leur est plus supportable qu’au prisonnier étasunien de Midnight Express parce qu’ils n’ont strictement aucune mémoire et qu’ils sont incapables de se souvenir de ce qu’ils ont fait 10 secondes auparavant. Alors envisager un destin …

Un poisson peut-il être aliéné mental ?

En tout cas, l’un d’entre eux a un comportement complètement dérangé, et dérangeant : il se tient droit debout, toujours au même endroit et frétille inlassablement. Je ne l’ai jamais vu se nourrir ni s’arrêter de frétiller. Il doit dépenser une énergie phénoménale. Apparemment, il n’est pas plus efflanqué, plus affûté que les autres. Je ne sais à quelle vitesse bat son cœur. Contrairement aux malades victimes de la danse de saint-Guy, il ne s’évanouit jamais. Je ne sais s’il est fiévreux, s’il a été affecté par un accident vasculaire cérébral, si son intellect est détérioré, s’il souffre de son mal depuis la naissance, si cette position debout est une marque de protestation contre la loi El Khomri.

 

Le fait est qu’aucune vie sociale n’est possible pour lui : les autres poissons l’ignorent et il est perpétuellement seul. Le diable étant, chacun le sait, dans les détails, est-il lui-même une manifestation du diable ?

 

Si j’osais un néologisme, je parlerais pour lui d’anautie dans la mesure où il ne nage jamais. Mais il fait bien chaud aujourd’hui à Lyon et trop de réflexions tuent la réflexion.

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