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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 06:35

J'aime beaucoup la couverture de la version anglaise d'Au revoir là-haut. Très belle illustration, bien en rapport avec l'esprit du livre. Et le titre, “ La grande escroquerie ”, rend parfaitement compte du contenu de l'ouvrage. Avec l'utilisation de “ great ”, qui marque l'admiration.

 

La traduction littérale, “ Good Bye, Up There ” aurait senti, justement, sa traduction à plein nez. “ Au revoir ” ne signifie pas “ salut ”, “ good bye ”, “ ciao ” mais “ nous nous reverrons, nous nous retrouverons ” (au ciel). Une vraie traduction littérale aurait été “ We'll meet again up there ”. Mais elle aurait pesé deux tonnes.

Au revoir là-haut chez les Grands-Bretons
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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 06:41

En 1869, Dumas est malade. Il part se reposer en Bretagne. Il s'engage tout naturellement (!) dans la rédaction d'un Dictionnaire de cuisine, un dictionnaire qu'il est difficile d'utiliser comme livre de cuisine car n'y figurent ni temps de cuisson ni proportions. Le grand-père d'Alexandre Dumas était aubergiste, sa mère cuisinait des haricots de mouton pour “ protéger la vertu des dames ”. Toute sa vie, Dumas accueillit à sa table de nombreux convives : écrivains, amis, maîtresses etc. Il mourra avant d'avoir vu son dictionnaire publié.

 

Pour accompagner une salade, j'ai un jour essayé la sauce vinaigrette “ Dumas ”. De quoi nourrir deux villages éthiopiens :

 

Ingrédients : 6 pers

4 jaunes d'oeufs (cuits durs)
3 cuil à soupe d'huile d'olive
1 cuil à soupe de thon écrasé (au naturel)
1 cuil à soupe de pâte d'anchois
1 cuil à soupe de cerfeuil finement haché
6 cornichons très finement émincés
2 cuil à soupe de vinaigre de vin
1 pointe de paprika / sel et poivre

Dans un grand bol, mélanger les jaunes d'oeufs durs écrasés
avec le sel, poivre, le vinaigre et l'huile.

Ajoutez-y le thon, la pâte d'anchois, le cerfeuil haché et les
cornichons émincés. Parsemez d'une pointe de paprika.

 

 

 

 

DÎNER DE TRENTE-DEUX COUVERTS
 SERVI LE

19 JANVIER 1864

Chez

ALEXANDRE DUMAS

***

Potages

Printanier à la royale
Viennoise

Hors-d'œuvre

Petites bouchées à la Cancale
Caisses à la marquise

Relevés

Turbots à l'amirale
Selles de venaison à l'anglaise

Entrées

Poulardes à la Rozolio

Filets de bécasses à la Favorite


Quenelles de rouget au velouté


Chauds-froids d'alouettes

Extra

Punch à l'ananas

Rôts

Faisans truffés sauce Périgueux
Chapons rôtis au cresson

Entremets

Salade suédoise


Asperges en branches


Petits soufflés aux mandarines


Gâteau Marie-Louise
Dessert

 

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 06:05
Point n'est besoin d'être catholique pratiquant, ni même abstinent, pour savoir que les symboles comptent beaucoup et qu'un pape qui vit dans deux pièces au Vatican ne se croit pas sorti de la cuisse de Jupiter. Son prédécesseur avait le charisme de la pierre sur laquelle Jésus a bâti son église. François semble se faire apprécier des fidèles par sa simplicité.
 
Nathalie, vite, ma haire, je te prie, et ferme bien les portes d'Hadès !
 
 
1. Il a changé le trône d'or pour une chaise en bois... quelque chose de plus approprié pour le disciple d'un menuisier.
 
2. Il ne veut pas l'étole rouge brodée d'or, héritier de l'empire romain, ni la cape rouge.
 
3. Il utilise les mêmes vieilles chaussures noires, pas le rouge classique.
 
4. Il porte une croix en métal, pas de rubis, ni d'or, ni de diamants.
 
5. Son anneau papal est en argent, pas en or, il est fait avec les 2 alliances de ses parents.
 
6. Il porte toujours le même pantalon noir sous la soutane, pour se rappeler qu'il est un prêtre comme les autres...
 
 
7. Il n’y a pas de tapis rouge. Il n'est pas intéressé par la gloire et les applaudissements.
 
 
D'un pape ... l'autre
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9 janvier 2016 6 09 /01 /janvier /2016 06:11

 

Florence Bouas et Frédéric Vivas. Du fait de cuisine. Traité de gastronomie médiévale de Maître Chiquart. Actes Sud, 2008.

 

Pour ne rien vous cacher, les auteurs (je connais l’un d’eux) m’ont offert ce livre, qui date de 2008, et qui m'a confirmé que ce qu’il y a de bien avec les éditions Actes Sud, c’est qu’on pourra lire leurs productions d’aujourd’hui dans 200 ans sans perdre son temps. Elles auront toujours la saveur des repas concoctés par Maître Chiquart.

 

En 1420, maître Chiquart écrit pour le duc de Savoie un traité intitulé Du fait de cuisine. C’est la seule version connue à ce jour de l’organisation d’un banquet au Moyen Age. En l’honneur d’Amédée VIII de Savoie, le maître réalisera en trois jours de réjouissances près de quatre-vingts recettes. Pour vous mettre l’eau à la bouche, je vous donnerai à la fin de cette chronique le repas prévu pour les convives malades. Il vous dégoûtera à jamais des tambouilles d’hôpital.

 

Amédée VIII qui, depuis que je l’ai rencontré dans cet ouvrage, me plait beaucoup, fut un temps antipape. Pas antimoine, vous l’aurez relevé. Il vécut au château de Ripaille (l’expression vient de là), près de Thonon-les-Bains. A son niveau, il contribua au génie culinaire français au Moyen Âge. On a longtemps cru – n’est-ce pas Brillat-Savarin (La Physiologie du goût) et Alexandre Dumas (Mon dictionnaire de cuisine) ? – qu’entre Horace et Scarron la cuisine française n’exista que par la quantité aux dépens de la qualité. Que nenni ! Tout comme dans le domaine de la médecine d’ailleurs, le Moyen Âge culinaire se montra fort inventif et raffiné.

 

 

Ce livre nous donne à comprendre le discours, la syntaxe de la cuisine de cette époque, à l’image d’une société codée et hiérarchisée. Bouas et Vivas citent l’historienne étasunienne Barbara Ketcham Wheaton, autrice de L'office et la bouche: étude des mœurs de la table en France, 1300-1789 (Paris: Calmann-Lévy, 1984) – Savourer le passé, dans l’édition originale – : « l’étiquette médiévale est fondée sur le principe que tout homme se situe à un rang social précis, relatif à celui de toutes les autres personnes présentes. »

 

Pour les seigneurs, le repas est « mis en Cène », dans la mesure à il a une fonction ludique, religieuse et politique. C’est pourquoi Chiquart demande à son maître des « finances à grand foison ». Comme le dira plus tard Marcel Mauss, le repas est « un fait social total ». Amédée est un fin diplomate : dans le tourbillon guerrier de l’époque, il saura préserver la paix en ses terres grâce à des repas à l’image de la prospérité et la tranquillité de sa chère Savoie. Un blanc-manger bien placé vaut mieux qu’un duel bravache, même à fleurets mouchetés.

 

Après avoir confié le duché à son fils Louis (l’aînée masculin de ses neuf enfants), Amédée se retira à Ripaille où il vécut de manière quasi monacale, donc en mangeant bien, j’imagine.

 

LES METS POUR MALADES

 

Selon l’ordonnance des seigneurs médecins

 

Restaurant

Ressise*

Beurre d’amandes

Ecrevisses farcies

Porée verte d’épinards et persil

Coings en pâté

Coulis de chair

Poires cuites sans braise ni eau

Emplumeus** de pommes

Blanc-manger de chapons

Blanc-manger de perdrix

Avenat ( ?)

Syseros ( ?)

Semoule

Orgeat

 

 

 

*Préparation pour un malade qui consiste à laisser prendre son rassis à une solution de farine et d'eau.

** Compote de pommes avec amandes et raisins secs.

 

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5 janvier 2016 2 05 /01 /janvier /2016 06:39

Le blog savoirsdhistoire  se propose de nous instruire en matière de sexualité. Si vous voulez savoir qui m'a transmis le lien, ne cherchez pas : il s'agit bien sûr de ma compatriote ch'tie Ida.

 

S'il fallait une énième preuve que les catholiques, comme les adeptes de toutes les religions révélées ne pensent qu'à ça, ce qui suit donnera peut-être quelques regrets aux athées. A titre personnel, le poisson dans le vagin, ça m'a scié.

 

 

[Les Heures de Dunois, c. 1440 - c. 1450 (après 1436), Yates Thompson 3, f. 143v, The British Library. (clique, si tu l'ose)]
[Les Heures de Dunois, c. 1440 – c. 1450 (après 1436), Yates Thompson 3, f. 143v, The British Library.]

Aujourd’hui je vous propose un article foutrement intéressant, on va parler de cul, de fornication contre-nature et du godemiché médiéval, alors attachez vos ceintures…

Je suis passionnée de vieux manuscrits et au cours de mes errances littéraires je suis tombée sur le pénitentiel de Burchard de Worms : le Corrector sive Medicus (le Correcteur ou le Médecin). Burchard est un célèbre évêque de l’Église impériale allemande, mon histoire se passe donc en Allemagne dans la petite ville de Worms, aux alentours de l’an mil. Le pénitentiel, c’est le guide utilisé par le confesseur lors du sacrement de pénitence, il comprend donc une série de péchés brièvement décrits suivis du tarif expiatoire, selon la gravité de la faute. Mais celui de Burchard est plutôt conséquent puisqu’il est composé de 159 chapitres abordant divers péchés et autres transgressions aux valeurs chrétiennes. Le pénitent doit répondre à un questionnaire de 194 questions afin d’avouer puis d’absoudre ses péchés (homicide, adultère, ainsi que les pratiques et croyances païennes ou diaboliques).

Si j’ai décidé de vous parler de Burchard, c’est parce que c’est un gars cool, un humaniste, il prêche une justice modérée et vise à l’édification des mœurs. D’ailleurs Georges Duby dit de son Corrector sive Medicus que « cet ouvrage est monumental : une sorte de cathédrale dont le plan repose sur l’idée d’un progrès vers le salut » [Georges Duby, Le chevalier, la femme et le prêtre, Paris, Hachette, 1981, p. 69]. Pour laver les souillures de l’âme des pécheurs, Burchard emploi une casuistique bien précise, avec des termes choisis, des situations concrètes… Du coup, lire son pénitentiel nous donne un bel aperçu des croyances populaires, des vices et des mœurs du XIe siècle et ça me permet d’aborder le sujet qui me préoccupe aujourd’hui : vous démontrer que la sexualité médiévale est bien moins austère que ce que laisse penser la grande majorité des représentations littéraires et picturales timorées qui nous sont parvenues, généralement d’ailleurs issues de la plume ou du pinceau d’ecclésiastiques.

D’ailleurs, coupons immédiatement court aux billevesées qui tendent à faire croire que le clergé médiéval était prude et abstinent. Oui, d’accord, l’abbé Odon de Cluny1, au Xe siècle, assimilait la femme à un sac de fiente. Mais vous allez voir qu’en vérité, l’Église était bien plus portée sur la chose qu’on ne veut l’admettre. Les parties de jambes en l’air au sein des monastères étaient connues et Burchard y fait également référence dans son pénitentiel lorsqu’il demande :  « As-tu forniqué avec une moniale, c’est-à-dire avec une épouse du Christ? Si oui, tu feras pénitence quarante jours, ce qu’on appelle carême, au pain et à l’eau, pour les sept années suivantes; et tant que tu vivras, tu observeras tous les vendredis au pain et à l’eau » (question 46).

 

''Le Roman de la Rose'' Ms. Fr 25526, fol. 111 v °, Bibliothèque Nationale de France, Paris.
[« Le Roman de la Rose » Ms. Fr 25526, fol. 111, BNF, Paris.]

On va voir que Burchard avait pensé à tout, et qu’il avait une imagination débordante…


La question 106 en est un bon exemple : « Si, en l’absence de ta femme, sans que tu le saches et ta femme l’ignorant aussi, la sœur de ta femme est entré dans ton lit, et tu as pensé qu’elle était ta femme et tu as couché avec elle, si tu as fait cela, tu pourras avoir ta femme légitime une fois la pénitence accomplie. Mais la femme adultère cependant devra subir le juste châtiment et être privé de mariage pour l’éternité ». Ou alors la question 107 « As-tu forniqué avec deux sœurs, l’une ne sachant pas que tu avais souillé l’autre et toi ignorant que la deuxième était la sœur de la première? Si oui, tu feras pénitence sept ans aux jours établis et après tu pourras avoir un mariage légitime ».

 

Burchard, propose donc diverses sentences pour expier les copulations illégitimes et on pourrait presque jouer au jeu des 7 familles. Ainsi, question 119, « As-tu forniqué avec ta tante paternelle ou maternelle, ou avec la femme de ton oncle paternel ou maternel? Si oui, tu feras pénitence dix ans aux jours établis, l’une d’elles au pain et à l’eau; tant que tu vivras, tu ne seras jamais plus sans pénitence et tu demeureras sans espoir de prendre épouse, excepté si l’évêque te concède quelque miséricorde ». Ensuite, avec la belle-fille, la belle-mère et la fiancée de ton fils, c’est la pénitence jusqu’à la mort.

Mais Burchard combat aussi les plaisirs solitaires, et au passage, prends bien le temps de décrire ce qu’il ne faut pas faire : « As-tu forniqué seul avec toi-même, comme certains ont l’habitude de faire, en prenant dans ta main ton membre viril, et tirant ton prépuce et remuant ta propre main, de sorte que par ce plaisir tu as projeté ta semence? Si oui, tu feras pénitence dix jours au pain et à l’eau»(123ème question).

Et sinon, comme à l’époque ils avaient pas pensé à la tarte aux pommes, il y a le péché du bout de bois percé, très rustique, très médiéval : « As-tu forniqué, comme certains ont l’habitude de faire, en mettant ton membre viril dans un morceau de bois perforé ou quelque chose de cette sorte, et par ce mouvement et ce plaisir tu as projeté ta semence? Si oui, tu feras pénitence vingt jours au pain et à l’eau »(question 124).

Passons maintenant au péché de pédérastie qui, comme nous allons le voir, n’était pas aussi réprimé qu’on essaye toujours de nous le faire croire, du moins, pas durant les premières décennies du XIème siècle, au moment où Burchard rédige son pénitentiel. J’en profite pour vous dire que le vocable «homosexualité» est apparu seulement au XIXe siècle, ce n’était donc pas en ces termes qu’on parlait de l’amour entre Gauvain et Lancelot, par exemple. L’homosexualité était très liée à l’univers féodal et à l’initiation au pouvoir du jeune chevalier par son seigneur. De son côté, Jacques Le Goff, dans un chapitre intitulé Chevalerie et sodomie (j’adore la rime), reconnaît l’existence d’une homosexualité cléricale et monastique largement répandue durant tout le XIIe siècle. C’est seulement à partir du XIIIème siècle que se propage une littérature anti-sodomique faisant allusion à la destruction de Sodome et Gomorrhe et que l’amour charnel entre hommes, considéré comme une hérésie, condamnera ses adeptes au bûcher.

 

Liber Gomorrhianus (Book of Gomorrah) , .c.1048-54
Liber Gomorrhianus (Book of Gomorrah by Saint Peter Damian), c.1048-54

Pour Burchard, pas de bûcher, dix à quinze ans de pénitence suffisent, comme le démontre la question 120 : « As-tu forniqué comme les Sodomites font, c’est-à-dire que tu as introduis ta verge dans le derrière d’un homme, t’accouplant ainsi avec lui suivant l’usage des Sodomites? Si tu as une femme et que tu as fait cela une ou deux fois, tu devras faire pénitence dix ans aux jours établis, l’une d’elles au pain et à l’eau. Si tu as l’habitude de faire cela, tu devras faire pénitence douze ans aux jours établis. Si tu as perpétré le même crime avec ton frère de sang, tu devras faire pénitence quinze ans aux jours établis ».

Et c’est limite si Burchard donne des idées à ses pénitents avec ses petites questions indiscrètes. Dans le genre, il y a la question 121 : « As-tu forniqué avec un homme entre les cuisses, comme certains ont l’habitude, en mettant ton membre viril entre les cuisses d’un autre et t’agitant ainsi jusqu’à déverser ta semence? Si oui, tu feras pénitence quarante jours au pain et à l’eau ». Ou encore, « As-tu forniqué, comme certains ont l’habitude de faire, en prenant dans ta main la verge d’un autre, et l’autre la tienne dans sa main, et ainsi en alternant vous avez remué vos mains, de sorte que par ce plaisir tu as projeté ta semence? Si oui, tu feras pénitence trente jours au pain et à l’eau » (question 122). Ce que je trouve sympa avec le bon Burchard c’est qu’il dédramatise un peu la faute en ponctuant ses interrogations de « comme certains ont l’habitude de faire »…

Et alors avec la question 154, j’ai découvert l’existence du gode ceinture médiéval, et là aussi je ne peut m’empêcher de penser que Burchard encourage presque la pratique en fournissant à son pénitent le mode d’emploi DIY, mais avec la mention  »ne faites pas ça chez vous » : « As-tu fait ce que certaines femmes ont l’habitude de faire : tu as fait un objet ou un instrument en forme de membre viril, de la taille que tu voulais; tu l’as lié avec une ceinture à la place de ton sexe, ou celui d’une autre; et tu as forniqué avec d’autres femmes, ou les autres avec toi, avec cet instrument ou un semblable? Si oui, tu feras pénitence cinq ans aux jours établis ». Sérieusement, Burchard…!

 

['Fieschi Psalter', Cambrai ca. 1290-1295 (Baltimore, The Walters Art Museum, Walters Manuscript W.45, fol. 166v)]
[‘Fieschi Psalter’, Cambrai ca. 1290-1295 (Baltimore, The Walters Art Museum, Walters Manuscript W.45, fol. 166v)]

Le coquin continue avec la version « petit poney », également destinée à la gent féminine : « As-tu fait ce que certaines femmes ont l’habitude de faire: tu t’es placée sous une bête de trait et l’as provoqué à l’accouplement par quelconque moyen, et ainsi elle s’est accouplée avec toi? Si oui, tu feras pénitence un carême, au pain et à l’eau, pour les sept années suivantes, et tu ne seras jamais plus sans pénitence » (question 158).

 

La Reine Pasiphaé embrassant le Minotaure. The Book of the Queen, c.1410-c 1414, Harley MS 4431, f.116r, The British library.
La Reine Pasiphaé embrassant le taureau. The Book of the Queen, c.1410-c 1414, Harley MS 4431, f.116r, The British library.

La malheureuse doit également se repentir si elle tente de séduire son homme en pimentant un peu la relation : « As-tu goûté la semence de ton mari, afin qu’il s’enflamme davantage d’amour pour toi grâce à tes agissements diaboliques? Si oui, tu feras pénitence sept ans aux jours établis » (question 166).

Sinon, pour les intéressées, une recette de philtre d’amour énoncée ingénument par notre Chef Burchard au détour de sa question 172 : « As-tu fait ce que certaines femmes ont l’habitude de faire: elles prennent un poisson vivant, l’introduisent dans leur vagin, et le tiennent là jusqu’à ce qu’il soit mort; et après avoir cuit ou grillé ce poisson, elles le donnent à manger à leur mari pour qu’il s’enflamme davantage d’amour pour elles? Si oui, tu feras pénitence deux ans aux jours établis ». Si parmi vous certaines testent ce procédé, tenez-moi au courant de son efficacité !

Enfin, Burchard est sur tous les fronts, et le voilà qui fait de la prévention contre la biture parce que l’alcool c’est le Mal. Alors, pour savoir si vous avez dépassé les bornes des limites, il suffit de répondre à la question 84 : « As-tu déjà tant bu que tu as vomi par ébriété? Si oui, tu feras pénitence quinze jours au pain et à l’eau ». Mais le pire, c’est de picoler avant la messe… Et la question 86 est là pour nous le rappeler : « As-tu vomi le corps et le sang du Seigneur par ébriété? Si oui, tu feras pénitence quarante jours au pain et à l’eau ».

 

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Une fois que le pénitent à répondu aux questionnettes et qu’il a dénombré ses divers péchés, il faut les expier. Et oui… « Faute avouée est à demie pardonnée », c’est pas le credo de Burchard. Et là, la pénitence peut être rude, notamment si vous les cumulez… Mais comme nous l’avons vu, le bon évêque impose généralement de simples jeûnes au pain et à l’eau, et donc la privation de mets tels que les viandes, poissons, fromages, hydromel et bière. Enfin, tout dépend du péché… Si jurer sur la tête de Dieu correspond à quinze jours de jeûne, pour un adultère vous prenez directement pour sept ans. S’ajoute à cela, selon la faute, d’autres châtiments tels que les mortifications corporelles, l’aumône, voir l’exil.

Et je finirai ma modeste prose par une belle citation de Burchard, qui condamne la récidive : « si aujourd’hui tu as accompli quarante jours de pénitence au pain et à l’eau pour une faute quelconque, et que tu recommences cette faute, la pénitence que tu as faite n’est pas valide, selon ce qui est dit : « Tel un chien qui retourne à son vomi, et la truie à son bourbier » ainsi sera le pécheur qui retourne à sa faute confessée précédemment » (question 51).

Allez, tous au jeûne !

1.« Si les hommes voyaient ce qui est sous la peau, la vue des femmes leur soulèverait le coeur : cette grâce féminine n’est que saburre*, sang, fiel. Quand nous ne pouvons toucher du doigt un crachat ou de la crotte, comment pouvons nous désirer embrasser ce sac de fiente? » Odon, Abbé de Cluny. Cité par Jean-Pierre Albert, « Les belles du Seigneur », Communications, Paris, Seuil, 1995, p.71.

 

Matières jaunâtres amassées dans l’estomac à la suite de mauvaises digestions et déposées sur la langue.

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 07:06

 

 

Fabienne Boullier Cornaton. Grandeur et décadence d’une danseuse de flamenco. Paris : L’Harmattan, 2015.

 

Fabienne Boullier Cornaton narre dans ce livre des souvenirs vieux d’une quarantaine d’années. Nous sommes bien sûr en Espagne, et Franco est presque mort. Une jeune française formée à la rude école de la danse classique française (elle dansera chez Béjart) s’expatrie pour rejoindre les très nombreuses danseuses non espagnoles qui peuplent la scène flamenca tra los montes. La concurrence est rude, il faut accepter d’être traitée comme des « serpillères », un statut d’Intouchable, pour devenir un jour une flamenca accomplie et pour savoir, en fin de compte, comme tous les vrais artistes, ce que l'on n'a « pas envie de savoir ».

 

Pourquoi tant d’immigrées (françaises, nord-américaines, russes, australiennes) ? Parce que la bourgeoisie espagnole n’exhibe pas ses filles sur scène. Les danseurs sont souvent gitans, comme l’ange déchu Gabriel, au regard « voilé par les vapeurs d’alcool » et dont le couple bat de l’aile. Et qui, comme bien des Gitans, n’a que le flamenco pour manger.

 

Fabienne (je l’appelle « Fabienne » car nous fûmes amis il y a fort longtemps ; ma fille aînée fut son élève, encore subjuguée aujourd’hui) est douée d’une sensibilité rare qui s’appuie sur une grande culture artistique. Ecoutons-la voir littéralement la musique : « Il m’a fallu écouter le Tantum ergo de Duruflé. Je le connaissais et c’était même mon chant d’église préféré parce qu’il me faisait penser à des terres du Sud refroidies par la nostalgie du Nord, et qu’il aurait suffi de l’orner un peu pour l’arranger en fado portugais. Ce chant presque méditerranéen aux couleurs douces et chaudes, pour une célébration du soir douce et chaude où il ne se passe rien, rien que l’adoration, rien que le déclin du jour. » (Pardonne moi, Fabienne, je préfère celui de Verdi qui a peu à voir mais qui me rappelle la campagne parmesane ; ou encore celui de Schubert qui me vrille le cœur).

 

Fabienne a vécu l’inexorable transformation marchande du flamenco, de sa réalité au simulacre : « En se professionnalisant, en valorisant la performance et l’apparence, le flamenco perdait son âme, se vidait de sa substance […]. Il ne serait bientôt plus qu’une exploitation illimitée de pas, de figures et de rythmes, enfermées dans des formes sclérosées […]. »

 

Cet ouvrage m’a transporté « ailleurs », mais j’ai éprouvé un petit regret en le refermant, celui de ne pas avoir appris grand-chose sur la relation profonde – au delà de la quête personnelle – qui a pu unir cette danseuse à cette danse. Peut-être le parti pris d’une dérision modérée a-t-il fait écran. Je me suis plus approché de son mysticisme, de son amour exigeant à l’écriture, que de sa relation à Terpsichore.

 

 

 

 

Fabienne Boullier Cornaton en compagnie de Jean Tardieu et de son épouse.

 

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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 06:47

 

L'Obs a publié un article passionnant du linguiste Sylvain Gatelais sur le nom de Noël :

 

La période des fêtes de Noël restent, même dans une société largement déchristianisée, l'un des temps forts qui rythment l'année.

 

Si la signification et les traditions varient d'un pays à l'autre, selon les individus ou les époques, personne ne contestera les origines chrétiennes de cette fête : il s'agit historiquement de la célébration de la naissance de l'enfant Jésus. Toutefois, les choses ne sont pas aussi simples.  

 

Les mots peuvent parfois considérablement fossiliser des pans entiers d'histoire humaine et culturelle. Ainsi, l'étymologie du mot "Noël" dans nos langues met moins au jour les racines chrétiennes de cette fête que de vieilles croyances ancestrales ou l'hégémonie culturelle et coloniale de l'Europe. Quelques surprises nous attendent. Bon voyage dans le temps ! 

 

Des origines latines : un mot qui célèbre la naissance

 

Dans toutes les langues romanes ("Navidad" en espagnol, "Natale" en italien, "Natal" en portugais, "Nadal" ou "Nadau" en occitan, "Nadal" en catalan et bien sûr "Noël" en français), le mot est issu de l'adjectif latin natalis qui signifiait "de naissance, relatif à la naissance" (de natus, "né").

 

À l'origine, il s'agissait d'une locution composée d'un nom et d'un adjectif (Dies Natalis : "jour de naissance"). C'est au latin (natalica : la fête célébrée pour une naissance) que l'on doit aussi les mots celtes : "Nollaig" en gaélique, "Nedeleg" en breton...

 

 

L'origine du mot célèbre donc clairement une naissance. On pense immédiatement à celle du Christ. Pourtant, certains historiens ont depuis le XVIIIe siècle émis l’hypothèse que le choix du 25 décembre par l'Église (on ignorait la vraie date de naissance du Christ) traduisait une volonté de concurrencer une autre fête romaine, cette fois païenne : la grande fête de la naissance du Soleil Invaincu (Dies Natalis Solis) qui mettait fin aux Saturnales (qui, comme leur nom l'indique, célébraient le dieu Saturne). On doit cette idée aux écrits du moine syrien Jacob Bar-Salibi (XIIe siècle) et, bien que toujours très populaire de nos jours, elle reste controversée. Ces fêtes des Saturnales commençaient le 17 décembre et s’achevaient le 24 : le barrières sociales disparaissaient durant quelques jours et les rôles étaient inversés (les esclaves jouissaient ainsi d'une relative liberté et dînaient même à la table des maîtres), on s'échangeait des cadeaux et on faisait bombance. 

 

Lire la suite ici.

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25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 07:10

Pour Marie-Antoinette. Et le bon Louis, il mangeait quoi pendant ce temps-là ? Cela se passait en 1788. Bientôt, la pilule serait plus dure à avaler que les dix plats de rôts.

 

QUATRE POTAGES

Le riz,

Le Scheiber,


Les croutons aux laitues,


Les croutons unis pour Madame.

 

DEUX GRANDES ENTRÉES

La pièce de bœuf aux choux, 
La longe de veau à la broche.

 

SEIZE ENTRÉES

Les pâtés à l'espagnol,


Les côtelettes de mouton grillées,


Les hatelets de lapereaux,

Les ailes de poulardes à la maréchale,


Les abatis de dindon au consommé,


Les carrés de mouton piqués à la chicorée,


Le dindon poële à la ravigote,


Le ris de veau au papillote,


La tête de veau sauce pointue,

Les poulets à la tartare,

Le cochon de lait à la broche,

La poule de Caux au consommé,

Le caneton de Rouen à l'orange,

Les filets de poularde en casserole au riz,


Le poulet froid,
 

La blanquette de poularde aux concombres.

 

QUATRE HORS-D'ŒUVRE

Les filets de lapereaux,


Le carré de veau à la broche,


Le jarret de veau au consommé,


Le dindonneau froid.

 

DIX PLATS DE ROTS

Les poulets,


Le chapon pané,


Le levraut,


Le dindonneau,


Les perdreaux,


Les lapreaux.

 

SEIZE PETITS ENTREMETS

 

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24 décembre 2015 4 24 /12 /décembre /2015 06:57

Louis XV, dit "le Bien-Aimé", avait un solide coup de fourchette lorsqu'il consomma ce repas ordinaire à l'âge de 47 ans.

 

A 34 ans, il fut sauvé d'une grave maladie par un médecin juif, ce qui était inacceptable. On renvoya l'excellent Isaïe Cervus Ullmann à ses chères études et on fit endosser la guérison par un obscure médecin chrétien. Louis XV fit de Jeanne Poisson, fille d'un financier, sa maîtresse la plus célèbre sous le nom de Madame de Pompadour. Il eut par ailleurs une quinzaine de maîtresses favorites (dont quatre sœurs) et une bonne fournée d'enfants adultérins.

 

Il mourut de la variole dans des souffrances effroyables, empuantissant le château de Versailles. Il ne fut pas embaumé, le seul roi de France à ne pas recevoir cet hommage. Lorsque sa dépouille fut profanée en 1793 à la basilique Saint-Denis, son corps nageait dans une eau infecte, en état de putréfaction avancée. Il fut jeté dans une fosse commune sur de la chaux vive.

 

Valéry Giscard d'Estaing descend de Louis XV par les soubrettes.

 

 

PREMIER SERVICE

 

2 Oilles : une au coulis de lentilles, une à la paysanne.

2 potages : un aux laitues, une chiffonnade

8 Hors d'oeuvre : Une galantine d'oseille, d'haricots à la bretonne, d'harengs servis à la moutarde, de maquereaux à la maître d'hôtel, une omelette aux croûtons, de morue à la crème, d'harengs frais à la moutarde, de petits pâtés.

 

DEUXIEME SERVICE

 

4 Grandes entrées : un brochet à la polonaise, une hure de saumon au four, une carpe au court bouillon, une truite à la Chambord

4 Moyennes : de soles aux fines herbes, de truites grillées sauce hachée, de perche à la hollandaise, de perches au blanc, de lotte à l'allemande, de raie au beurre noir, de saumon grillé,

 

TROISIEME SERVICE

 

8 plats de Rost : de soles, de filets de brochets frits, de limandes frites, de lottes frites, de truites, de carrelets au blanc, une queue de saumon, de soles.

4 salades

 

QUATRIEME SERVICE :

8 entremets chauds : de choux fleurs au parmesan, de pain aux champignons, de rotties aux anchois, un ragoût mêlé, d'artichauts frits, d'haricots verts, de choux- raves, d'épinards.

4 froids : un buisson d'écrevisses, un gâteau à la Bavière, un poupelin, une brioche

 

 

Ci-dessous Marie-Louis O'Murphy, dite Mlle de Morphise, maîtresse non officielle du roi. Les sœurs de cette belle, peinte par Boucher, furent des prostituées notoires.

 

A table ! (5)
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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 06:07

Repas offert à Catherine de Medicis en 1549. J'aurais bien essayé les hérons, les grues, les paons et les cygnes.

 

Est-ce parce qu'elle mangeait trop qu'il fallut dix ans à Catherine pour faire un enfant ? Elle en eut dix en douze ans, dont trois rois de France. Son rôle dans le massacre de la Saint-Barthélémy fait toujours l'objet de controverses. Excellente cavalière, elle imposa le caleçon aux dames de la cour lors des promenades à cheval. La maîtresse (platonique ?) de son mari, Diane de Poitiers, avait dix-neuf ans de plus qu'elle. Ah, les Poitevines du Dauphiné !

 

 

 

Brouet de cannelle –

Potage à la bisque de pigeonneaux

Huîtres frites - Grenouilles – Hochepot


Crêtes et rognons de coq aux fonds d'artichauts


Salmis de hérons - Chapons hachés
Grues et troubles rôtis


Paons flanqués de cygnes


Rognons au fenouil


Rille à la garbure gratinée à la purée de noisette


Petits poulets au vinaigre


Cochons et rennerons rôtis


Myrobolants confits –

Moëlle de bœuf au sucre candi


Gelée de bœuf au vin d'Alicante


Aigles rôtis


Poires à l'hypocras


Bécasses et perdreaux aux truffes


Oublies –

Echaudés –

Poussins à l'orange

 

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