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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 06:28

 

Radio Mon Païs a sûrement relaté ce jugement antisyndical, mais j’y reviens grâce à L’Humanité :

 

Distribuer un tract est-il un délit ? Oui, pour le Parquet de Lyon qui continue de s’attaquer à deux syndicalistes plus de trois ans après une distribution de tracts non-déclarée en Préfecture, et malgré deux décisions de justice leur donnant gain de cause.

Après avoir fait appel de la relaxe des cinq syndicalistes de Roanne pour refus de prélèvement ADN début janvier, le ministère public entend obtenir un pourvoi en cassation contre la relaxe de Pierre Coquan, secrétaire général de l’UD CGT du Rhône, et Michel Catelin, membre du bureau de l’union locale CGT de Villefranche-sur-Saône.

« C’est une décision liberticide et ridicule », a réagi Pierre Coquan, qui voit derrière ce pourvoi, l’action du gouvernement qui poursuit la « logique de contrôle du mouvement social impulsée par Nicolas Sarkozy » et un « combat de classe rétrograde ».

 

Le Monde Diplomatique s’est intéressée à l’entreprise Amazon :

 

A travers le monde, cent mille personnes s’affairent au sein de quatre-vingt-neuf entrepôts logistiques dont la surface cumulée totalise près de sept millions de mètres carrés. Depuis son introduction en Bourse, en 1997, son chiffre d’affaires a été multiplié par quatre cent vingt, atteignant 62 milliards de dollars en 2012.

En Europe, Amazon a choisi l’Allemagne comme tête de pont. Le groupe y a implanté huit usines logistiques et en construit une neuvième. Au volant de son automobile, Mme Sonia Rudolf emprunte une avenue nommée Amazon Strasse – la municipalité a subventionné l’implantation de la multinationale à hauteur de plus de 7 millions d’euros. Derrière une rangée de fils de fer barbelés, l’entrepôt surgit. « Il n’y a aucune fenêtre, aucune ouverture, et pas de climatisation. L’été, la température dépasse les 40 °C, et les malaises sont alors très fréquents. »

En France, c’est le froid qui, en 2011, a frappé les salariés de l’entrepôt de Montélimar (Drôme), obligés de travailler avec parkas, gants et bonnets, jusqu’à ce qu’une douzaine d’entre eux entament une grève et obtiennent l’allumage du chauffage.

Le Syndicat de la librairie française a mesuré que, à chiffre d’affaires égal, une librairie de quartier engendre dix-huit fois plus d’emplois que la vente en ligne. Pour la seule année 2012, l’Association des libraires étasuniens évalue à quarante-deux mille le nombre d’emplois anéantis par Amazon dans le secteur.

En outre, tout oppose les postes disparus et ceux créés dans les entrepôts logistiques. D’un côté s’évanouit un travail qualifié, diversifié, durable, situé en centre-ville, mêlant manutention, sociabilité, contact et conseil. De l’autre émergent en périphérie urbaine des usines à vendre où la production continue de colis en carton échoit à une main-d’œuvre non qualifiée, recrutée au seul motif qu’elle coûte actuellement moins cher que des robots. Mais Amazon prépare la mise en service d’automates roulants : des hexaèdres de trente centimètres de hauteur capables de se glisser sous une étagère pour déplacer des charges allant, selon les modèles, de quatre cent cinquante à mille trois cents kilos.

Pour finir, je voudrais évoquer un petit travers langagier de nos amis journalistes et parfois de nos amis syndicalistes.

 

Je viens de lire que le secrétaire général de la CFDT avait dénoncé le "syndicalisme bashing" à propos de l’affaire Gautier-Sauvagnac (la “ disparition ” de 16 millions et demi d’euros des caisses de l’UIMM).

 

Le mot “ bashing ”, on l’entend à toutes les sauces. Par exemple, l’agrégé de français Ali Baddou introduit la chronique (désopilante) de Pierre-Emmanuel Barré sur Canal+ par : « Et maintenant, l’actualité sévèrement bashée par Pierre-Emmanuel Barré ».

 

De la part de Laurent Berger, cela n’est guère surprenant : un vrai patron de la Cfdt ayant par définition de la bouillie dans la tête, il est normal qu’il utilise – par effet de mode – mais surtout par inconsistance idéologique, un mot dont il ne connaît pas vraiment le sens.

 

Ce vocable date du XVIIe siècle. C’est un mot-valise constitué de bang et de dash ou smash véhiculant l’idée de frapper avec violence et célérité. Le mot a connu son heure de gloire en Angleterre dans les années soixante avec l’expression « Paki-bashing ». Il s’agissait d’un des passe-temps favoris des skinheads, qui s’organisaient des séances gratuites de cassages de Pakistanais. Un équivalent linguistique, et aussi sociologique en français, serait bien sûr « ratonnade », un terme forgé dans les années trente pour désigner les violences physiques commises à l’encontre de Nord-Africains (les « ratons »).

 

Nous sommes donc en présence d’expressions odieuses, mais dont le sémantisme s’est affadi aussi fortement que l’ardeur de la Cfdt à défendre les travailleurs. D’une certaine manière, ce fait de langue nous ramène dans le passé puisque, jusqu’au XVIe siècle, to bash avait le sens de déconcerter, de consterner et que, par ailleurs, avant la mode du Paki-bashinga bash signifiait, entre autres, une surboum.

Revue de Presse (85)
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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 06:15

 

Zweig n'était pas un homme de gauche. Disons, de manière sûrement réductrice, un conservateur éclairé.

 

En août 1916, il publia, dans le journal viennois libéral Neue Freie Presse, un portrait de Jaurès. Un bel hommage.

 

 » C’est il y a huit ou neuf ans, dans la rue Saint-Lazare, que je le vis pour la première fois. Il était 7 heures du soir, l’heure à laquelle la gare, cette masse d’acier noire avec son cadran étincelant, se met à attirer la foule, tel un aimant. Les ateliers, les maisons, les magasins déversent d’un seul coup l’ensemble de leurs occupants dans la rue et tous affluent, sombre fleuve impétueux, en direction des trains qui les emportent, loin de la ville enfumée, vers la campagne. Accompagné d’un ami, avec peine, je me frayais lentement un passage à travers la vapeur suffocante et oppressante dégagée par ces hommes, quand soudain il me poussa du coude : « Tiens! v’là Jaurès ! » Je levai les yeux, mais il était déjà trop tard pour saisir la silhouette de celui qui venait de passer devant nous. Je ne vis de lui qu’un dos large comme celui d’un portefaix, d’imposantes épaules, une nuque de taureau courte et massive, et ma première impression fut celle d’une force paysanne que rien ne saurait ébranler. La serviette sous le bras, le petit chapeau rond posé sur sa tête puissante, un peu courbé à l’image du paysan derrière sa charrue, avec la même ténacité, il progressait peu à peu, de son pas lourd et imperturbable, à travers la foule impatiente. Personne ne reconnaissait le grand tribun, des jeunes gens filaient devant lui en jouant des coudes, des gens pressés le dépassaient, le bousculant dans leur course ; son allure restait la même, fidèle à son rythme pesant. La résistance de ces flots noirs et houleux venait se briser comme sur un bloc de rocher devant ce petit homme trapu qui suivait son propre chemin et labourait son champ personnel : la foule obscure, inconnue de Paris, le peuple qui se rendait à son travail et qui en revenait. De cette fugitive rencontre je ne gardai que la sensation d’une force inflexible, solidement terrienne, allant droit au but.

 

 

Je ne devais pas tarder à le voir de plus près et à découvrir que cette force était un simple élément de sa personnalité complexe. Des amis m’avaient invité à leur table, nous étions quatre ou cinq dans un espace exigu. Soudain il entra, et de cet instant tout fut à lui : la pièce qu’il remplissait de sa voix ample et sonore, et notre attention tant visuelle qu’auditive, car si grande était sa cordialité, si éclatante, si brûlante de vitalité sa présence que chacun, stimulé malgré soi, sentait sa propre vigueur s’accroître. Il arrivait directement de la campagne ; son visage large, ouvert, dans lequel de petits yeux enfoncés lançaient néanmoins des éclairs vifs, avait les couleurs fraîches du soleil, et sa poignée de main était celle d’un homme libre, non pas polie, mais chaleureuse. Jaurès paraissait alors d’humeur particulièrement joyeuse ; il avait, en travaillant au-dehors, piochant et bêchant son bout de jardin, à nouveau transfusé dans ses veines une énergie et une vivacité qu’à présent, avec toute la générosité de sa nature, il prodiguait en se prodiguant lui-même. Il avait à l’intention de chacun une question, une parole, un geste affectueux avant de parler de lui-même, et c’était merveilleux de voir comment, à son insu, il commençait par créer chaleur et vie autour de lui pour pouvoir ensuite, dans ce climat, laisser libre cours à sa vitalité créatrice. Je me souviens encore nettement de l’instant où, tout à coup, il se tourna vers moi, car c’est alors que je plongeai pour la première fois mes yeux dans les siens. Petits, et malgré leur bonté éveillés et perçants, ils vous assaillaient sans que cela fût douloureux, ils vous pénétraient sans être importuns. Il prit des nouvelles de quelques-uns de ses amis socialistes viennois ; à mon grand regret je dus avouer que je ne les connaissais pas personnellement. Il me posa ensuite des questions au sujet de Bertha von Suttner [pacifiste autrichienne, prix nobel de la paix en 1905], pour laquelle il semblait avoir une très grande estime, et il voulut savoir si chez nous elle avait une influence effective, vraiment sensible, dans les cercles littéraires et politiques. Je lui répondis et je suis aujourd’hui plus que jamais certain de ne pas avoir exprimé simplement mes propres impressions, mais de lui avoir dit la vérité – que chez nous on n’avait que peu de réelle considération pour le merveilleux idéalisme de cette femme d’une noblesse exceptionnelle. On l’estimait, mais avec un léger sourire de supériorité, on respectait ses convictions, sans pour autant se laisser convaincre dans son for intérieur et, tout compte fait, on trouvait quelque peu lassant son entêtement perpétuel à défendre une seule et même idée. Et je ne lui cachai pas combien je déplorais de voir justement les meilleurs de nos écrivains et de nos artistes la considérer comme une insignifiante marginale. Jaurès sourit et dit : « Mais c’est précisément comme elle qu’il faut être : opiniâtre et coriace dans son idéal. Les grandes vérités n’entrent pas d’un seul coup dans la cervelle des hommes, il faut les enfoncer, sans relâche, clou après clou, jour après jour ! C’est là une tâche monotone et ingrate, et pourtant ô combien nécessaire ! »

 

On passa à d’autres sujets et la conversation ne cessa d’être animée tant qu’il resta parmi nous car, quelle que fût la nature de ses propos, ils venaient de l’intérieur, ils jaillissaient, brûlants, du fond de sa poitrine, de son coeur ardent, de toute cette plénitude de vie accumulée, amassée en lui, d’un prodigieux mélange de culture et de force. Le large front bombé conférait à son visage importance et sérieux, le regard franc et clair ajoutait au sérieux une touche de bonté, une atmosphère bienfaisante de jovialité presque bonhomme émanait de cet être puissant, même si l’on ressentait toujours en même temps que, sous l’effet de la colère ou de la passion, il serait capable de cracher le feu comme un volcan. Une impression ne me quittait pas : sans toutefois jouer la comédie, il contenait la force qui était en lui, le contexte était trop insignifiant pour qu’il pût s’épanouir (quelle que fût la part qu’il prît à la conversation), nous étions trop peu nombreux pour le pousser à donner toute sa mesure et l’espace trop exigu pour sa voix. Quand il riait, la pièce se mettait en effet à vibrer. Elle était comme une cage pour ce lion.

 

A présent, je l’avais approché, je connaissais ses livres – un peu à l’image de son corps par leur ampleur ramassée, leur côté massif -, j’avais lu beaucoup de ses articles qui me permettaient de deviner l’impétuosité de ses discours et cela ne faisait qu’augmenter mon désir de voir et d’entendre également un jour dans son univers à lui, dans son élément, cet agitateur, ce tribun du peuple. L’occasion ne tarda pas à se présenter. Le climat politique était redevenu étouffant, ces derniers temps les relations entre la France et l’Allemagne avaient été chargées d’électricité. Un nouvel incident s’était produit, la susceptibilité française avait saisi une vague raison pour s’enflammer une fois de plus comme une allumette. Je ne me rappelle plus si c’était le Panther à Agadir, le zeppelin en Lorraine, l’épisode de Nancy, mais l’air était plein d’étincelles. A Paris, dans cette ambiance de perpétuelle effervescence, on ressentait alors ces signes météorologiques avec infiniment plus d’intensité que sous le ciel d’Allemagne, d’un bleu idéaliste. Les vendeurs de journaux, par leurs cris perçants, divisaient les esprits sur les boulevards ; avec leurs paroles bouillantes, leurs manchettes fanatiques, les journaux fouettaient l’opinion, ils contribuaient à accroître l’excitation à grands coups de menaces et de persuasion. Certes les manifestes fraternels des socialistes français et allemands étaient collés sur les murs, mais à la vérité ils y restaient rarement plus d’un jour : la nuit, les camelots du roi les arrachaient ou les salissaient de leurs sarcasmes.

 

 

En ces journées de trouble je vis annoncé un discours de Jaurès : à l’instant du danger il était toujours présent. Le Trocadéro, la plus grande salle de Paris, devait lui servir de tribune. Ce bâtiment absurde, ce mélange saugrenu de style oriental et européen, reste de l’ancienne Exposition universelle, qui, avec ses deux minarets, fait signe par-delà la Seine à un autre vestige historique, la tour Eiffel, offre à l’intérieur un espace vacant, sobre et froid. Il sert le plus souvent à des manifestations musicales et, en de rares occasions, à l’art oratoire, car le vide absorbe presque entièrement les mots. Seul un Mounet-Sully, de sa voix tonitruante, pouvait lancer ses paroles de la tribune jusqu’en haut des galeries comme un câble au-dessus de l’abîme.

 

C’était là que cette fois Jaurès devait parler et la salle gigantesque commença tôt à se remplir. Je ne sais plus si c’était un dimanche, mais ils avaient revêtu leurs habits de fête, ceux qui d’ordinaire sont à l’oeuvre en blouse bleue derrière une chaudière, dans les usines, les ouvriers de Belleville, de Passy, de Montrouge et de Clichy, pour entendre leur tribun, leur guide. Bien avant l’heure, l’espace immense était noir de monde ; point de trépignements d’impatience ainsi que clans les théâtres à la mode, de ces cris scandés avec accompagnement de canne : « Le rideau! Le rideau ! » réclamant le début de la représentation.

 

La foule ondoyait simplement, puissante, agitée, pleine d’espoir et pourtant parfaitement disciplinée – spectacle déjà en lui-même inoubliable et lourd de destin. Puis un orateur s’avança, la poitrine barrée par une écharpe, et annonça Jaurès.
On l’entendit à peine mais aussitôt le silence se fit, un immense silence habité. Et il entra. De son pas lourd et ferme que je lui connaissais déjà, il monta à la tribune et, tandis qu’il montait, le silence absolu se transforma en un grondement de tonnerre extasié en signe de bienvenue. La salle entière s’était levée et les acclamations étaient bien plus que des sons émis par des voix humaines, elles exprimaient une reconnaissance tendue, accumulée depuis longtemps, l’amour et l’espoir d’un monde ordinairement divisé et déchiré, muré dans son silence et sa souffrance. 
Jaurès dut attendre plusieurs longues minutes avant que sa voix puisse se détacher des milliers de cris qui faisaient rage autour de lui. Il dut attendre, attendre encore, avec constance, grave, conscient de l’importance du moment, sans le sourire aimable, sans le feint mouvement de recul propre aux comédiens en de pareilles circonstances. Alors seulement, lorsque la vague s’apaisa, il commença à parler. Ce n’était pas la voix de naguère qui mêlait amicalement au cours de la conversation plaisanterie et propos sérieux ; c’était à présent une autre voix, forte, mesurée, nettement marquée par le rythme de la respiration, une voix métallique qu’on aurait dite d’airain. Il n’y avait en elle rien de mélodique, rien de cette souplesse vocale qui, chez Briand, son redoutable camarade et rival, séduit tellement, elle n’était pas lisse et ne flattait pas les sens, on ne sentait en elle qu’acuité, acuité et résolution. Parfois il arrachait, telle une épée, un mot de la forge ardente de son discours et le jetait dans la foule qui poussait un cri, atteinte au coeur par la violence de ce coup. Aucune modulation dans cette emphase ; peut-être manquait-il à cet orateur à la nuque courte un cou souple qui pût affiner la mélodie de son organe. On avait l’impression qu’il avait la gorge dans la poitrine, et cela expliquait aussi pourquoi on ressentait à un tel point que ses paroles venaient de l’intérieur, puissantes et agitées, issues d’un coeur non moins puissant et agité, souvent encore haletantes de colère, tressaillant toujours sous l’effet des battements vigoureux auxquels était soumis son large thorax. Et ces vibrations se propageaient dans toute sa personne, elles manquaient presque le chasser de la tribune ; il marchait en long et en large, levait un poing fermé contre un ennemi invisible puis le laissait retomber sur la table comme pour l’écraser. Toute la pression accumulée en lui montait de plus en plus dans ce va-et-vient de taureau furieux et, sans qu’il le veuille, le rythme acharné de cette formidable exaltation s’imposait à la foule. Des cris de plus en plus forts répondaient à son appel et quand il serrait le poing beaucoup d’autres peut-être suivaient son exemple. La vaste salle froide et nue se trouvait d’un seul coup remplie par la fièvre apportée par ce seul homme, cet homme vigoureux, vibrant sous l’effet de sa propre force. Inlassablement sa voix stridente résonnait, pareille à une trompette, au-dessus des sombres régiments de travailleurs et les entraînait à l’action. J’écoutais à peine ce qu’il disait, mon attention n’était attirée, au-delà du sens de ses propos, que par la violence d’une telle volonté et mon sang se mettait à bouillir en moi, si étranger que je fusse, moi l’étranger, à cette affaire. Mais je ressentais la présence d’un homme avec une intensité jusque-là inconnue de moi, je ressentais sa présence et la formidable puissance qui émanait de lui. Car derrière ces quelques milliers de gens en ce moment sous son charme, soumis à sa passion, il y en avait encore des millions à qui sa puissance parvenait, transmise par l’électricité d’une volonté inlassable, la magie de la parole – les innombrables légions du prolétariat français, mais aussi leurs camarades par-delà les frontières : les ouvriers de Whitechapel [quartier de Londres], de Barcelone et de Palerme, de Favoriten [quartier de Vienne] et de St. Pauli [quartier de Hambourg], de tous les horizons, des quatre coins du monde, confiants en celui qui était leur tribun et prêts à chaque instant à fondre leur volonté dans la sienne.

[...]

C’est pourquoi peu à peu une angoisse s’était emparée de lui, une pensée avait dominé son existence : empêcher la guerre entre ces deux puissances, et son activité au cours des dernières années avait eu un seul but : rendre cet instant impossible. Il n’avait cure des invectives, acceptait avec patience qu’on l’appelât le « député de Berlin », l’émissaire du kaiser Guillaume. Il laissait les soi-disant patriotes le railler et réservait ses attaques impitoyables à ceux qui ourdissaient la guerre, qui excitaient les esprits, qui attisaient la haine. Il ne nourrissait ni l’ambition de l’avocat socialiste Millerand d’avoir la poitrine bardée de décorations ni celle de son camarade d’autrefois, Briand, le fils d’aubergiste, qui passa du rôle de meneur à celui de dictateur ; à aucun moment il ne voulut emprisonner sa large poitrine dans un habit chamarré. Son unique ambition fut de préserver un prolétariat confiant en lui, et la terre entière de la catastrophe qu’il entendait se préparer, creusant mines et galeries sous ses propres pieds, dans son propre pays.

 

Tandis que, avec tout l’élan d’un Mirabeau, l’ardeur d’un Danton, il pourfendait les provocateurs, il était obligé en même temps de faire barrage dans son propre parti au zèle excessif des antimilitaristes, surtout à celui d’un Gustave Hervé appelant alors à la révolte par des cris tout aussi perçants que ceux par lesquels il réclame actuellement, jour après jour, la « victoire finale ». Jaurès les dominait tous, il ne voulait pas la révolution, car elle aussi ne pouvait être gagnée qu’en versant le sang, ce dont il avait horreur. En bon disciple de Hegel il croyait à la raison, à un progrès sensé, fruit de la persévérance et du travail. Pour lui le sang était sacré et la paix des nations était son credo. Le travailleur vigoureux et infatigable qu’il était avait pris sur lui la charge la plus lourde : rester pondéré dans un pays saisi par la passion, et à peine la paix fut-elle menacée qu’il se dressa comme d’habitude, sentinelle sonnant l’alarme dans le danger. Le cri destiné à réveiller le peuple de France était déjà dans sa gorge quand il fut jeté à terre par ces gens de l’ombre qui connaissaient sa force inébranlable, et dont il connaissait les projets et l’histoire. Tant qu’il montait la garde, la frontière était sûre. Ils le savaient. Il fallut qu’il ne fût plus qu’un cadavre pour que la guerre se déchaîne et que sept armées allemandes s’enfoncent sur le territoire français. 

 

Texte trouvé sur ce site.

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 07:05

Je viens de lire que Laurent Berger (CFDT) avait dénoncé le "syndicalisme bashing". À propos d’une affaire peut-être gravissime. L’une des têtes du Medef, Denis Gautier-Sauvagnac, vient d’être condamné à un an de prison ferme. Après des années d’enquête et de procédure, il n’a pu justifier de la “ disparition ” de 16 millions et demi d’euros des caisses de l’UIMM, la plus puissante fédération de l’organisation patronale.

 

L’affaire a été révélée en 2007 par, je vous le donne en mille, Le Figaro. Et il n’est pas exclu, selon des gens bien informés (pas moi, je n’ai aucune opinion en la matière) qu’une bonne partie de ces sommes considérables ait atterri, en liquide, dans les caisses des (de ?) grandes centrales syndicales. Si cela était avéré, les syndicats auraient l’air malin. Comme l’a souligné perfidement l’avocat de Gautier-Sauvagnac,

 

« La réalité, c'est qu'avec cette affaire, on a froissé le mythe, le concept selon lequel les syndicats doivent être dans l'opposition au patronat. Et qu'ils ne sauraient reconnaître qu'ils existent grâce au fric des patrons, alors qu'on sait que la France est sous-syndiquée et que les organisations syndicales ne peuvent assurer plus de 20 % de leur budget !

 

Parce que si les damnés de la terre apprenaient que leurs dirigeants syndicaux touchent de l'argent des patrons, l'Internationale leur resterait dans la gorge ! »

 

Mais revenons-en au terme utilisé par Laurent Berger – et quantité d’autres aujourd’hui par effet de mode, cela cessera bientôt je vous le promets – le célèbre « bashing ». On l’entend à toutes les sauces. Par exemple, l’agrégé de français Ali Baddou introduit la chronique (désopilante) de Pierre-Emmanuel Barré sur Canal+ par : « Et maintenant, l’actualité sévèrement bashée par Pierre-Emmanuel Barré ». En plus, « sévèrement » est un calque de « severely ».

 

 

De la part de Laurent Berger, cela n’est guère surprenant : un vrai chef de la Cfdt ayant par définition de la bouillie dans la tête, il est normal qu’il utilise – par effet de mode – mais surtout par inconsistance idéologique, un mot dont il ne connaît pas vraiment le sens et qui, dans sa bouche, dit tout et à peu près le contraire de tout.

 

Ce verbe date du XVIIe siècle. C’est un mot-valise constitué de bang et dedash ou smash véhiculant l’idée de frapper avec violence et célérité. Ce verbe, usité assez moyennement pendant deux siècles, a connu son heure de gloire en Angleterre dans les années soixante avec l’expression « Paki-bashing ». Il s’agissait d’un des passe-temps favoris des skinheads, déjà connus pour leur finesse et leurs facéties au troisième degré, qui s’organisaient des séances gratuites de cassages de Pakistanais. Un équivalent linguistique, et aussi sociologique en français, serait bien sûr « ratonnade », un terme forgé dans les années trente pour désigner les violences physiques commises à l’encontre de Nord-Africains (les « Ratons »).

 

Nous sommes donc en présence d’expressions odieuses, mais dont le sémantisme s’est affadi aussi fortement que l’ardeur de la Cfdt à défendre les travailleurs. D’une certaine manière, ce fait de langue nous ramène dans le passé puisque, jusqu’au XVIe siècle, to bash avait le sens de déconcerter, de consterner et que, par ailleurs, avant la mode du Paki-bashinga bash signifiait, entre autres, une surboum.

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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 06:54

 

Jean-Louis Legalery, dans Mediapart, rend hommage à Pete Seeger, grand chanteur et formidable militant, récemment décédé :

 

A l’été 1951, le FBI et la commission des activités anti-américaines le firent interdire de télévision, interdiction qui dura plus de dix ans. Convoqué par cette même commission au Congrès, Pete Seeger, nullement impressionné, déclara : Je ne vais répondre à aucune des questions sur mes activités associatives, mes choix politiques, religieux ou philosophiques ou vous dire comment j’ai voté ou répondre à quelque autre question sur ma vie privée. Je pense que, pour n’importe quel Américain, ces questions sont impropres surtout dans de telles conditions.

 

Avec un cran louable et une ironie mordante, Seeger informa les membres de la commission qu’il n’avait plus l’intention de parler, mais qu’il voulait bien leur chanter une chanson, ce qui déclencha l’hilarité générale. Mais la commission n’avait aucun penchant pour l’humour. En 1957, dix chefs d’inculpation furent retenus contre lui et, en 1961, il fut condamné à un an de prison, sentence jamais appliquée parce qu’elle fut annulée dans les mois suivants pour vice de forme.

 

Pete Seeger fut de tous les combats, antifascistes pendant la seconde guerre mondiale, anti impérialistes pendant la guerre du Viet Nam, et ses chansons et ses interprétations appartiennent depuis longtemps à la mémoire américaine. Pendant les années 1960 et les nombreuses manifestations contre la ségrégation, il a popularisé “ We Shall Overcome ”.

 

Jean-Emmanuel Ducoin, sur son blog, propose une remarquable analyse des récentes manifestations de Paris, de Lyon et de Madrid :

 

Lumières ou ombres: deux visions du monde se sont opposées dans des défilés si différents que rien, absolument rien, ne peut les rapprocher. Samedi, à Paris, à Madrid et dans toute l’Europe, des dizaines de milliers de progressistes ont dénoncé les atteintes aux libertés des femmes et défendu le droit à l’IVG – et bien plus que cela en vérité. Hier, à Paris et à Lyon, des milliers d’illuminés de dieu et autres adulateurs d’obscurantisme, propagateurs de peurs en tout genre et de rejets de l’autre ont de nouveau souillé le pavé avec leur « Manif pour tous » et leur « Jour de colère », comme ils disent. Une fois encore, ce mouvement de revanchards fidèles aux vieux principes de la réaction nous lasse autant qu’il nous inquiète…

 

Rongés par la haine de l’esprit, de la raison et des principes même d’égalité, les tenants d’une vision de la France identitaire et éternellement figée dans un moule traditionaliste réactivent les bas instincts et entravent l’à-venir. Par un mouvement d’involution qu’on croyait inenvisageable, jamais depuis la guerre certains Français n’ont à ce point engendré une logique de bouc émissaire dont les ressorts, probablement, nous ramènent en partie aux années 1930 et sur lesquels se greffent les ressentiments d’une époque dont la conscience démocratique, en tant que projet collectif, a vacillé sous les assauts du libéralisme globalisé. Le repli identitaire n’est que désespérance. Mais la montée des pulsions ultraréactionnaires et d’extrême droite ne se nourrit pas seulement de l’inculture crasse, du rejet de la différence et de vrais débats de civilisation, du goût de l’ordre et de la baisse de l’idéal républicain. Elle tient aussi à l’accroissement spectaculaire de la crise économique et sociale, et à la détresse qu’elle produit en particulier dans les couches populaires…

 

Philippe Arnaud, dans les colonnes du Grand Soir, en appelle à la révolte contre la France réac qui a fait plier Hollande :

 

On pouvait donc s’attendre à ce que sur les sujets de société – “ qui ne mangent pas de pain ” – où il n’y a risque ni de fuite des capitaux, ni de spéculation contre la dette, ni d’amendes de la Commission européenne, ni de mesures de rétorsion de puissances étrangères, ni de boycott de multinationales, que le gouvernement garde au moins la nuque raide !

 

On aurait tort de croire que cette droitisation de la société ne nous affectera qu’à la marge : c’est partout, en Europe et aux Etats-Unis, que l’on attaque les avancées des années 1960 et suivantes (interdiction de l’avortement en Espagne et une grande partie des Etats des Etats-Unis).

 

Et - même si l’on n’est pas responsable de son nom - il est lourdement symbolique que le combat réactionnaire soit, en France, mené par des Béatrice Bourges ou des Ludovine Dutheil de la Rochère (née Ludovine Mégret d’Etigny de Sérilly). Après les Valéry Giscard d’Estaing, les Dominique Galouzeau de Villepin, les Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa et autres Ernest-Antoine Seillière de la Borde, n’en avons-nous pas soupé des ci-devant ?

 

Contre cette droite qui "n’a rien appris et rien oublié", contre cette droite "cul béni" et revancharde, j’en appelle à la révolte, à la résistance et au blasphème, j’en appelle à la mutinerie, au sacrilège et à l’insurrection. Contre cette gauche couchée (mais est-on encore de gauche quand on se couche ?), j’en appelle à une gauche debout...

Revue de Presse (84)
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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 06:15

C'était au temps où la classe ouvrière n'était pas écrasée, niée, comme aujourd'hui.

 

C'était au temps où les 200 familles étaient moins puissantes que celles du CAC 40.

 

C'était au temps où Hollande (cet homme “ sans couleur, sans regard et sans voix ”) n'avait pas encore percé sous Blum.

 

C'était au temps où les jeunes, qui profitaient pour la première fois des congés payés (je hais le mot “ vacances ” qui fait comme si les conquêtes du Front populaire n'avaient pas existé), croyaient – à tort malheureusement – en un avenir lumineux.

 

Lumineux, comme les photos magnifiques de Pierre Jamet (futur membre des Quatre Barbus, ah “ La Pince à linge... ”, écoutez ces voix magnifiques, même Beethoven aurait aimé la contribution géniale de Francis Blanche !) publiées récemment par Mediapart.

 

À lire également également le portrait de Pierre Jamet brossé par Edwy Plenel.

 

Au temps du Front Populaire
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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 10:08

Au moment où l’extrême droite, les fascistes de tout poil font plus que relever la tête en Europe et dictent les ordres du jour, le fait que le président du Conseil européen, le chrétien-démocrate flamand Van Rompuy ait osé, en 2007, publier sur son site – sans le retirer –  un poème (daté de 1909) d’un prêtre flamand nazi, antisémite, condamné à mort par contumace à la Libération, et ce dans l’indifférence totale des opinions publiques, est extrêmement préoccupant.

 

Un ami belge (wallon) me dit qu’il a toujours pris soin de ne pas tenter le diable du nationalisme flamand, mais que, à partir du moment où la question est posée, quand le président du Conseil européen prend comme référence un curé nazi qui a été condamné à mort par contumace en Belgique et qui n’a jamais été réhabilité, il n’est plus possible d’éluder le débat.

 

Né en 1874, Cyriel Verschaeve devient vicaire en 1911. Durant la Première Guerre mondiale, , il est conseiller spirituel du mouvement intellectuel nationaliste flamand le Frontbeweging. Après l’Armistice, la condamnation de ce mouvement par les autorités belges convainc Verschaeve qu'il n'y a plus rien à attendre de la Belgique. Dans les années trente, il se détourne de la politique belge et de la démocratie. Il se rapproche du mouvement national-solidariste Verdinaso.

 

Durant l’été 1940, il affiche par écrit sa sympathie pour l’Allemagne nazie. Le 6 novembre 1940, il est nommé par l'administration militaire allemande à la tête du Conseil culturel flamand. En 1941, il soutient la Légion flamande SS, pour contrer le « bolchévisme satanique ».

 

 

 

Selon un historien belge, Verschaeve a même tenté de convaincre Himmler de renoncer au paganisme et se voyait déjà en pape du nazisme !

 

Fin août 1944, il devient consultant du « gouvernement flamand en exil ». Il s’enfuit en Autriche en 1945, où il résidera jusqu’à sa mort en 1949. Les Autrichiens ne l’extraderont donc pas, bien qu’il ait été condamné à mort. En 1973, une organisation flamande fasciste, le Vlaamse Militanten Orde, exhume son corps et le rapatrie illégalement en Flandre.

 

En pays flamand, Verschaeve a laissé son nom dans la toponymie de plusieurs rues. On trouve encore une Cyriel Verschaevelaan (avenue Cyriel Verschaeve) à Zoersel et à Kapelle-op-den-Bos ; une Cyriel Verschaevestraat (rue Cyriel Verschaeve) à Courtrai, à Lanaken (à deux pas de Maastricht, ainsi qu’à Puurs (près d’Anvers), à quelques centaines de mètres du camp de concentration de Breendonck.

 

Le poème a été publié en 2007. Il n'a jamais posé le moindre problème à l'homme politique belge de premier plan, pétri, n’en doutons pas, de valeurs européennes.

 

Reste que Van Rompuy n’est pas qu’un simple politicien flamand (indépendantiste « à titre personnel ») : il est censé incarner l’Europe. Est-il dès lors acceptable qu’il se livre à une telle réhabilitation d’un poète nazi, fût-il Flamand ? L’Union a-t-elle encore une quelconque légitimité à condamner le premier ministre hongrois Viktor Orban lorsque celui-ci se livre au même exercice avec l’écrivain nazi Jozsef Nyiro ?

 

Que dirait-on chez nous si Copé citait Brasillach ?

Les lectures malsaines d’Herman Van Rompuy
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5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 06:23

Jean-Pierre Adami, universitaire à la retraite, ancien secrétaire national du snesup, analyse ci-dessous les réformes qui ont eu cours depuis 30 ans, leurs tenants et aboutissements.Un texte très complet.

 

 

L’évolution du Service Public de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche depuis 1984.

 

Après les déclarations du Président de la République, le 14 janvier 2014, il est indispensable de faire un retour en arrière pour apprécier la pertinence de ses propos. Celui-ci a officiellement reconnu son identité social-démocrate. Depuis, les « experts » médiatiques bien en cours, se félicitent de cet aveu pourtant tardif. Par une analyse des 30 dernières années, il apparait clairement que ce tournant social-démocrate a été endossé par les responsables du PS dès 83-84, et que depuis, il y a eu dérive social-libérale complètement aboutie et assumée en ce début d’année 2014.

 

Pour ne pas être taxé de faire un procès d’intention, je vais justifier mes propos sur cette dérive en revenant sur le début des années 80, en montrant que celle-ci s’est faite en parallèle à la transformation libérale de l’UE, impulsée par le PS et la droite. La connivence, à ce sujet, de ces deux forces politiques a influencé depuis 84 le Service Public de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (SPESR). Son évolution est en effet un bon marqueur idéologique de cette entente.

 

Vu le cadre contraint de cette tribune, je suis dans l’obligation d’être très synthétique, au risque d’être schématique, et de ne pas pouvoir aborder certains points pourtant importants.

 

 

Lors de son congrès à Metz en 79, le PS, veut accéder au pouvoir, et parce que le PCF a des résultats électoraux au-dessus de 15%, met en perspective des réformes radicales reposant sur l’idée du rôle déterminant de l’Etat sur le contrôle de l’économie, orientation déclinée en 80 dans les 110 propositions pour l’élection présidentielle. Après la victoire de François Mitterrand en mai 81, le rapport de forces découlant des résultats du premier tour s’est concrétisé par des réformes importantes, en particulier la Loi de Programmation du SPESR (Loi Savary). Cela dit, il faut noter que le socialisme de transformation sociale n’a pas duré longtemps. François Mitterrand, en renforçant la dimension présidentialiste des institutions de la Vème République, a imposé au PS le tournant social-démocrate dès 83-84. La cohérence du programme de 81 a été remise en cause profondément, la logique de marché a balayé la volonté politique d’encadrer le capitalisme. Mitterrand a astreint son gouvernement à une politique d’austérité en bloquant les salaires, en abaissant les charges des entreprises, en réduisant les dépenses publiques et sociales, pour soi-disant favoriser la compétitivité des entreprises et donc l’emploi, air repris aujourd’hui pour le Pacte de responsabilité. Dès cette époque, le tournant social-démocrate du PS est complet, après les fluctuations des gouvernements socialistes de 3ème force sous la IVème république.

 

On peut regretter qu’en 1983, deux ministres sur quatre (Anicet Le Pors et Marcel Rigout) n’aient pas accepté que les 4 ministres communistes claquent la porte du Gouvernement pour manifester leur désaccord sur cette dérive, qualifiée par P.Mauroy d’un « Bad Godesberg rampant » après son remplacement au poste de Premier Ministre, par Laurent Fabius. Ce tournant en 84 n’a plus eu pour objectif de bâtir un compromis entre le travail et le capital, mais d’accompagner, voire d’anticiper les transformations du capitalisme mondialisé.

 

Au même moment, François Mitterrand engage nettement la France dans la construction européenne. S’appuyant sur la Présidence française de l’UE, lors du premier semestre 84 et en imposant en 85 Jacques Delors à la tête de la Commission Européenne (CE), il participe activement à l’objectif du marché unique. Depuis, tous les textes de l’UE ont été votés par la droite et la majorité du PS. Au fil des cohabitations et des alternances politiques, il y a toujours eu accord sur le fond entre ces deux forces politiques, quant à l’évolution libérale de l’UE, avec deux moments symboliques : la Stratégie de Lisbonne signée par Jacques Chirac et Lionel Jospin en 2000 et le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (TSCG) en 2012, dit pacte « Merkozy », devenu pacte  « Merkollande ». La droite gaulliste des années 70 a dérivé vers l’ultra-libéralisme et la social-démocratie des années 80 vers le social-libéralisme. Cette connivence idéologique a eu des effets sur le SPESR avec deux moments également symboliques : la Loi Pécresse relative aux Libertés et Responsabilités des Universités (LRU) en 2007 et la Loi Fioraso relative à l’Enseignement Supérieur et la Recherche en 2013.

 

Avant de faire un survol rapide des 30 dernières années pour pointer les étapes significatives des réformes du SPESR, en parallèle avec la construction de l’UE, il est indispensable de dire quelques mots sur la Loi Savary du 24 janvier 84 qui abrogeait la Loi Faure. Acteur syndical, participant à l’élaboration de cette Loi, je peux attester que sa rédaction s’est faite dans de bonnes conditions : après la Loi Recherche de 82, les débats sur Loi Savary ont duré jusqu’en 84 sans aucune discrimination quant aux participants, sans sujet tabou, avec la volonté d’aboutir à un large consensus avec la communauté universitaire et les acteurs sociaux. Le résultat, malgré quelques limites, a été de qualité, avec référence explicite à la dimension nationale du SPESR avec toutes ses missions traitées à égalité, maillage universitaire du territoire par souci de démocratisation, crédits d’Etat et personnels titulaires à la hauteur des besoins, coopération entre établissements et renforcement de la vie démocratique par la collégialité….

 

 

Depuis, tous les gouvernements, de droite ou à majorité PS, ont transformé les valeurs et le rôle social du SPESR :

 

  • 86, pour mémoire, tentative avec le projet de Loi Devaquet, de mettre en concurrence les établissements. Projet retiré devant la mobilisation étudiante avec, en particulier, l’UNEF-SE en pointe. Il est regrettable que l’unification des deux UNEF en 2001 se soit soldée par un syndicalisme étudiant d’accompagnement des réformes libérales. A ce sujet, la présence de J-B.Prévost, (ex-Président de l’UNEF de 2007 à 2011), au cabinet de Geneviève Fioraso depuis 2012 est significatif de cette alliance tactique entre l’UNEF et le PS ;

  •  

  • 90, Lionel Jospin, avec son plan Université 2000 (U 2000) a permis au patronat de peser sur les formations, de dégager 7 grands pôles européens devenus en 2006, des PRES et enfin de permettre un transfert de l’État vers les régions, via les Contrats de Plan Etat Régions (CPER) ;

  •  

  • 96, François Bayrou, avec ses États Génaux du Supérieur, déboucha sur des stages diplômants en entreprise, sous la férule du CNPF, organisation patronale devenue le MEDEF en 98 ;

  •  

  • 99, Claude Allègre et son plan Universités du 3ème millénaire (U3M) a renforcé la logique U2000 avec la poursuite du désengagement de l’Etat, en augmentant la contribution des collectivités territoriales, entraînant des disparités importantes entre les régions ;

  •  

  • 99, Claude Allègre avec sa Loi Recherche et Innovation, avait comme objectif d’asservir le SP aux exigences des lobbies financiers et du patronat, au détriment des autres missions ;

  •  

  • 99, Claude Allègre, après la Déclaration de la Sorbonne, suite au rapport Attali (98), a impulsé le Processus de Bologne qui va modifier les valeurs du SPESR et la hiérarchie de ses missions, pour répondre aux exigences d’intégration à l’Europe libérale.

  •  

A ce stade de l’inventaire des répercussions négatives sur le SPESR des différentes réformes citées ci-dessus, il est indispensable de faire un détour par l’évolution de l’UE car tous ces textes ont été influencés par le cadre d’un libéralisme impulsé en 85 par Jacques Delors, Président de la CE, avec des choix institutionnels et macroéconomiques qui répondaient aux préconisations de l’OCDE et de la Banque Mondiale. Ces choix se sont traduits par la construction d’un « Espace européen de l’Education, de la Recherche et de l’Innovation » avec un discours considérant que ces secteurs ont une finalité essentiellement économique. L’« économie de la connaissance » débouchant sur une approche libérale des formations supérieures et de la recherche, avec un enfermement du SPESR dans des activités essentiellement marchandes.

 

Cette politique libérale s’est renforcée à l’époque de la « vague rose ». Celle-ci a concerné les principaux états de l’UE, avec des figures de proue du social-libéralisme : 96, R.Prodi, Italie ; 97, Tony Blair, Angleterre ; 98, Gerhardt Schröder, Allemagne,… La convergence social-libérale de 11 pays de l’UE sur 15 a permis l’adoption de la Stratégie de Lisbonne dans un large consensus. Elle décline une représentation libérale de la société où la recherche de compétitivité économique est le maitre mot. Elle ne propose, au-delà des discours généreux sur la cohésion sociale, rien de concret pour l’amélioration du volet social des salariés. La doxa d’une concurrence par la compétitivité économique est sensée constituer la base du progrès social, alors qu’elle provoque des désastres sociaux et écologiques.

Il faut rappeler que cette Stratégie a été signée lors du Conseil Européen des 23-24 mars 2000 par J.Chirac et L.Jospin. Trois jours plus tard, le 27 mars 2000, lors du premier remaniement du Gouvernement Jospin, il aurait été souhaitable que les 4 ministres communistes quittent ce gouvernement vu le contenu et les conséquences prévisibles de la Stratégie de Lisbonne. A ce sujet, lors de ce remaniement, J-L.Mélenchon a été nommé Ministre délégué à l’Enseignement Professionnel et lors d’un colloque de la FSU en octobre 2000 sur la Formation Professionnelle, parlant de cette Stratégie, il n’a pas formulé de critique de fond. Visiblement à l’époque « la radicalité concrète » n’était pas à l’ordre du jour.

A partir de 2000, les coups de boutoir de C.Allègre contre le SPESR vont provoquer un déferlement de réformes ultra-libérales de la droite et du PS, sous couvert d’harmonisation européenne :

  • 2002, J.Lang en application du Processus de Bologne, met en place la nouvelle organisation des cursus, Licence-Master-Doctorat (LMD), avec pour conséquence la disparition de la valeur nationale des diplômes, la disparité des formations sous la pression des milieux patronaux locaux (cf. Licence Pro) ;

  • 2004-2005, François Fillon concocte secrètement le projet de Loi d’Orientation et de Programmation pour la Recherche et l’Innovation (LOPRI) qui aurait fragilisé la Recherche publique, au profit du capital et du patronat, ainsi que le statut des chercheurs, augmenté les précaires et mis en perspective les pôles de compétitivité ;

  •  

  • 2006, Gilles de Robien promulgue la Loi de Programme pour la Recherche, texte qui reprend toutes les orientations de la LOPRI. De plus deux agences sont créées (ANR et AERES) qui fonctionnent dans l’opacité, concentrent les lieux de décision et imposent le financement de projets-contrats-crédits fléchés, comme le fait la CE, depuis plusieurs années avec ses Programmme-Cadre de Recherche et Développement Technologique (PCRDT) au seul bénéfice des grands groupes industriels ;

  •  

  • 2007, Valérie Pécresse impose la Loi LRU, qui sous-couvert d’une pseudo autonomie, fragilise les universités et les laboratoires de recherche, engageant ceux-ci vers une gestion managériale. Des principes fondamentaux comme l’égalité entre étudiants, la liberté académique, la gestion collégiale… sont mises en danger par la concurrence entre établissements et la répartition des moyens publics en fonction de critères de rentabilité à court terme. De plus, le patronat fait une entrée en force dans les conseils d’administration ;

  •  

  • 2008, Valérie Pécresse, avec son Plan Campus, poursuit la même logique que les deux plans précédents (U2000 et U3M), désengagement de l’Etat dans le financement du SPESR avec, en plus, le choix de faire appel à des Partenariats Publics/Privés (PPP), solution qui s’avère, à terme, catastrophique ;

  •  

  • 2008, forte augmentation du Crédit Impôt Recherche (CIR) au bénéfice des entreprises du CAC 40 et au détriment des PME/TPE, sans aucune évaluation et contrepartie, avec un effet d’aubaine évident ;

  •  

  • 2009, mise en place de la Stratégie Nationale de Recherche et d’Innovation (SNRI) qui oriente la Recherche vers des créneaux voulus par le MEDEF en remettant en cause l’indépendance des chercheurs ;

  •  

  • 2010, le Grand Emprunt, avec l’usine à gaz des Investissements d’avenir (IDEX …) ayant pour objectif d’asservir complètement le SPESR aux exigences du grand patronat, avec comme conséquence la mise en concurrence des territoires, des établissements et de tous les acteurs du SPESR ;

  •  

  • 2011, l’application de la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) aux organismes de recherche, fragilise les fonctions support et soutien dans les laboratoires et introduit une précarisation massive. Le dispositif de Modernisation de l’Action Publique (MAP) mis en place après la victoire de F.Hollande, a les mêmes effets « austéritaires » sur le SPESR ;

  •  

  • 2012, Geneviève Fioraso lance les Assises de l’ESR. A l’opposé des débats sur la Loi Savary, elles ont été corsetées par le ministère, à travers un comité de pilotage, composé d’anciens responsables de la CPU, imposant un cadre très contraignant des débats. Au niveau territorial, les Assises ont été organisées par les Préfets, les Recteurs et les Présidents de Région en marginalisant les acteurs de la Recherche et de l’Université, évacuant leurs revendications exprimées depuis plusieurs années ;

  •  

  • 2013, Fioraso impose sa Loi sur l’ESR, sans les voix du Front de Gauche. Sur le fond, pas de grand changement par rapport à la LRU et même sur certains points, une aggravation à la soumission d’une logique libérale européenne, avec la réduction des dépenses publiques et ses conséquences sur les établissements. Actuellement, plus d’1/4 d’entre eux sont en grande difficulté financière, avec des conséquences sur les formations et les personnels. La mise en place de grands complexes universitaires va mettre en concurrence encore plus les régions et faire disparaitre la cohérence nationale du SPESR, au profit d’une organisation régionale d’inspiration européenne. Dernière initiative de Geneviève Fioraso, qui confirme, s’il en est besoin, l’instrumentalisation du SPESR par le patronat, la création du Comité Sup’emploi, qui sous-couvert d’insertion professionnelle ouvre toutes grandes les portes des universités au MEDEF.

  •  

On peut constater une forme de schizophrénie du PS, car lorsqu’il est dans l’opposition, il exprime des désaccords sur les réformes de fond du SPESR, faites par la droite, alors qu’il les reprend en l’état ou même les aggrave, lorsqu’il est au pouvoir. Cette posture s’explique par sa connivence avec la droite sur la politique de l’UE. Les deux derniers traités ratifiés de concert sont révélateurs :

 

  • le Traité sur le Fonctionnement de l’UE (TFUE) dit Traité de Lisbonne, ratifié en 2007, après un déni démocratique suite au référendum de 2005, qui impose aux Etats l’application stricte du principe de la « concurrence libre et non faussée » qui impacte, en particulier, les SP ;

  •  

  • le TSCG, ratifié en 2012 avec sa « règle d’or », responsable de l’austérité actuelle, prive notre pays de sa souveraineté quant à ses choix budgétaires et notamment les crédits pour les SP, avec comme conséquences que leurs missions soient privatisées et permettent aux capitalistes d’amasser des profits.

  •  

Après cet inventaire des réformes de l’ESR sur 3 décennies, il est possible de faire une synthèse des principales conséquences du libéralisme sur ce SP (en sachant que les mêmes causes provoquent des effets comparables sur d’autres SP). Ces réformes ont pour effet de considérer les connaissances scientifiques comme une marchandise. Elles deviennent un outil de la concurrence au sein du capitalisme mondialisé et, de ce fait, sont limitées aux seuls rapports strictement économiques de l’innovation et de l’insertion professionnelle, au bénéficie quasi exclusif du capital et du grand patronat. Cela remet en cause toutes les autres missions du SPESR, notamment les questions d’émancipation, de citoyenneté et d’enrichissement culturel ainsi que le développement d’une recherche fondamentale détachée du principe de la concurrence et de la marchandisation sur le marché mondial de la connaissance. Ces orientations influencent les étudiants qui limitent souvent leurs choix aux seules formations rentables du point de vue des débouchés à court terme (logique « adéquationiste») en écartant des formations soi-disant inutiles sur le marché du travail actuel. Ce qui écarte toute évolution prospective des formations, et qui hypothèque l’avenir de notre pays.

 

Devant ce constat alarmant, il est urgent que le peuple de gauche se rassemble autour d’organisations, d’associations et de syndicats, porteurs de propositions alternatives. Bien que la situation soit difficile, deux échéances politiques cette année peuvent permettre à ces forces alternatives, en particulier le Front de Gauche, de changer réellement le court des choses. Les élections municipales de mars 2014 doivent être un moment de rassemblement du peuple de gauche, dans toutes ses sensibilités, chaque fois que le programme le permet. L’enjeu communal, dans sa dimension locale, peut-être un ferment, permettant de convaincre tous les citoyens qu’une autre politique est possible. Toutes invectives et diatribes sur les choix stratégiques de ce rassemblement sont contre-productives. Les élections européennes en mai 2014, seront également un moment crucial pour défendre le projet d’une « autre Europe ». Pour cela, il est important que les forces politiques et sociales, pour une alternative au plan européen, prennent des initiatives en France, mais aussi dans les autres pays de l’UE, afin de construire un rapport de force suffisant et créer un front de résistance le plus large possible contre les dérives libérales actuelles.

L’ultra-libéralisme et le social-libéralisme, même combat contre les services publics ?
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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 08:45

 

Marianne aborde un sujet sensible, celui de la ou les langues que l’on peut, que l’on doit, que l’on pourrait parler en France si l’on suivait la directive européenne en la matière :

 

Procès, mariages, permis de conduire et de construire, déclaration d’impôts, dossier de chômage, etc, : tous les actes et démarches de la vie publique devraient alors pouvoir se faire dans la langue de son choix. Ce qui veut dire que l’administration soit obligée d’y répondre en se « bilinguisant », des formulaires aux guichets, avec batterie de traducteurs et de fonctionnaire bilingues.

 

En Corse, la langue locale (en fait de l’italien pisan) existe encore, parlée par plus du tiers de la population. Elle est quasiment obligatoire à l’école primaire (les parents doivent se faire remarquer en signant une demande pour que leur enfant ne suive pas les trois heures hebdomadaires de corse…) et quiconque veut suivre des cours de corse en secondaire le peut.

 

Le basque, autre langue régionale encore bien en vie est parlée par plus du quart du pays basque français. Bien que le basque reste très vivant, sa régression n’est pas enrayée par les filières bilingues de l’enseignement public ou le système en immersion du réseau « ikastola ».

 

Pour l’occitan, la situation est plus préoccupante. Cette langue n’est plus maitrisée que par moins de 5% des vieux midi-pyrénéens, bien que les élèves qui le souhaitent puissent aussi en suivre les cours dans leur scolarité.

 

La Riposte :

La lutte des habitants du quartier populaire, le Gamonal, à Burgos, a abouti à une victoire qui peut faire tache d’huile.

 

Les derniers mois en Espagne donnent une image différente de ce qu’on a vu ces dernières années. Pendant des mois, on a vu des mobilisations de masse avec des millions « d’indignés » qui manifestaient contre le système. À première vue, ces mobilisations n’ont abouti à rien.

 

La manière dont les habitants de ce quartier ouvrier de Burgos ont fait reculer la mairie aux mains du Parti Populaire et les promoteurs immobiliers, les tentatives de corruption et les mensonges des médias, est un modèle de lutte.

 

Sur ses 70 000 habitants, le quartier de Gamonal compte 18 000 chômeurs. L’école maternelle publique y est menacée de fermeture à cause d’une dette ridicule de 13 000 euros.

 

Le projet du « Bulevar » démontre encore une fois comment les politiques menées par les institutions publiques sont au service des intérêts des grandes entreprises, en l’occurrence celles de la construction.

L’explosion sociale de Burgos montre qu’il y a beaucoup de colère enfouie dans la société. La mobilisation des voisins de ce quartier a été réprimée d’une manière inouïe par la police. Un couvre-feu non déclaré a été imposé dans le quartier par la force des matraques et par la détention arbitraire de tout habitant se trouvant dans la rue.

 

Le succès de cette lutte est dû à l’unité du mouvement et de son haut niveau d’organisation. « Gamonal » est un quartier avec des traditions syndicales fortes et l’organisation du quartier reflète cela. Il y a eu aussi des manifestations de plus de 5 000 participants. Cette lutte renoue ainsi avec les meilleures traditions du mouvement ouvrier.

 

Cette lutte doit être placée dans le contexte de la victoire des éboueurs de Madrid en décembre. Par une grève illimitée, ils ont réussi à empêcher le licenciement de 1700 travailleurs. A nouveau, cette lutte a été qualifiée de « vandalisme » social par les politiciens de droite.

 

De nouvelles luttes ouvrières éclatent dans de nombreux endroits du pays. Elles apprennent des méthodes de lutte utilisées par les éboueurs et des habitants de « Gamonal » : la grève illimitée, une grande participation aux luttes, des piquets de grève, des caisses de solidarité et des collectes publiques pour financer la mobilisation, la solidarité, le caractère de masse des actions impliquant toute la population. C’est ainsi qu’il est possible de changer le rapport de forces. Des milliers de militants s’en rendent compte maintenant. Cela inquiète la droite et les capitalistes. La classe ouvrière par contre voit son moral remonter.

 

Nicole-Edith Thévenin (Res Publica) propose une réflexion sur la démocratie :

Ce que nous ne cessons de réclamer, l’”extension” de la démocratie, ne change pas la nature de la démocratie telle qu’elle s’exerce dans le système bourgeois, elle ne change pas la structure patriarcale telle qu’elle fonctionne en tant que structure. Se battre pour avoir sa place, des droits, une reconnaissance légale, vouloir ainsi élargir l’espace démocratique est nécessaire, indispensable. Mais lorsque cela crée l’illusion que nous gagnons du terrain et que le système va changer, alors c’est que nous avons perdu la bataille idéologique. Le recul des droits des femmes et de leur poids politique et social nous le signale.

 

Car le propre de la démocratie bourgeoise est de fluctuer sur les bases du rapport de forces dans la lutte des classes, et cette fluctuation, selon les tendances et contre-tendances, est toujours réappropriée en dernière instance au profit de la classe au pouvoir et du procès du capital, c’est-à-dire au profit de l’exploitation et de la marchandisation des êtres humains, de la destruction du monde. Analyser la reproduction du capitalisme, ce n’est pas s’en tenir à l’économique, mais c’est penser en même temps la fonction et le fonctionnement de la démocratie comme appareil idéologique et politique qui assure la reproduction des modes de soumission, en voilant les intérêts réels qui s’y jouent.

Revue de presse (83)
Revue de presse (83)
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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 06:20

Dans son éditorial, Serge Halimi nous dit qui sont les censeurs et les scélérats :

La liberté d’expression n’existe que quand on l’applique aux propos qu’on réprouve. Les atteintes à son principe survivent d’ailleurs très longtemps aux motifs qui les ont justifiées et aux gouvernants qui s’en sont emparés pour sévir. Le 25 octobre 2001, dans le climat de quasi-panique consécutif aux attentats meurtriers du 11 septembre, un seul sénateur américain, M. Russell Feingold, vota contre le Patriot Act, arsenal de dispositions liberticides que le prétexte du combat contre le terrorisme permit de faire adopter en bloc par les élus du Congrès. Treize ans et un président plus tard, ces mesures d’exception demeurent la loi des États-Unis.

On sait que les ministres de l’intérieur se soucient davantage d’ordre et de sécurité que de libertés. Chaque menace les encourage à exiger un nouvel attirail répressif qui rassemblera autour d’eux une population inquiète ou scandalisée. En janvier, la France a ainsi interdit à titre préventif plusieurs réunions et spectacles jugés contraires au « respect dû à la dignité de la personne humaine ». S’élevant contre les tirades antisémites de Dieudonné, qui « n’est plus un comique » et dont la démarche « ne relève plus de la création », M. Manuel Valls a menacé : « Je ne veux écarter aucune possibilité, y compris un durcissement de la loi (1). » Mais un État démocratique peut-il accepter sans frémir que le ministre de la police juge, ès qualités, l’humour et la création – y compris quand l’un et l’autre sont absents ?

 

Thomas Frank décrit la “ Révolte américaine contre les ogres du fast-food ” :

Le président Barack Obama a récemment fait de la réduction des inégalités l’objectif principal de son second mandat. Il devra pour cela augmenter le salaire minimum, dont la stagnation depuis plus de sept ans a conduit les employés de la restauration rapide à lancer un mouvement de grève dans plus de cent villes des États-Unis.

 

 

 “ La Corée du Nord se rêve en futur dragon ”, selon Patrick Maurus :

Souvent, les dirigeants de la République populaire démocratique de Corée s’acharnent à ressembler à leur caricature, comme lors des récentes purges au sein du Parti du travail ou de l’essai nucléaire de l’an dernier. Mais derrière ces actions spectaculaires se dessine un nouveau paysage économique. Pour longtemps ?

 

 

Vincent Descombes réfléchit sur le concept de “ Crises d’identités ” :

Selon le dictionnaire Larousse, l’identité désigne le « caractère permanent et fondamental » d’une personne ou d’un groupe. Or il n’est pas inhabituel aujourd’hui de considérer que nous avons des identités plurielles, produites par l’histoire, les rencontres, la multiplicité des liens que nous tissons. Que signifie alors cette notion paradoxale, tant pour l’individu que pour la collectivité au sein de laquelle il s’exprime ?

 

 

En Roumanie, Bruxelles évangélise les campagnes (Pierre Souchon) :

Des millions de Roumains vivent de l’agriculture de subsistance. Au nom de la compétitivité, l’Union européenne a décidé d’y mettre un terme. Rappelant des temps anciens, des « agents d’européanisation » parcourent le pays. Loin de leurs spots publicitaires, la population, qui subit l’austérité imposée par les institutions internationales, fait de la résistance.

 

 

Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin relient le malaise français à la colère bretonne :

Bastion électoral de la gauche de gouvernement, la BrÉtatgne fut longtemps le terrain d’expérimentation d’une social-démocratie centriste. Or, durant tout l’automne, les « bonnets rouges » ont animé une contestation aux formes les plus diverses. Ce mouvement traduit le malaise provoqué par le vacillement d’un modèle agricole fondé sur le productivisme et le libéralisme.

 

 

A Sotchi, on va produire de l’or blanc sur la mer Noire (Guillaume Pitron) :

« Plus vite, plus haut, plus fort. » La devise olympique s’applique aussi bien aux performances des skieurs qu’au budget des Jeux d’hiver organisés à Sotchi. Pour M. Vladimir Poutine, il s’agit à la fois de célébrer l’identité nationale et de réaffirmer la puissance de l’Étatt dans le Caucase du Nord. Mais les rebelles islamistes du Daghestan ont juré de saboter la fête.

 

Posée à un chef de chantier œuvrant sur les sites olympiques, la question du respect des droits humains et des réglementations environnementales nous vaut un regard incrédule, tant ce sujet paraît loufoque. S’il avait fallu commencer par éradiquer la corruption systémique et consulter la population à chaque décision administrative, nous répond-on en substance, les fondations de la patinoire olympique seraient aujourd’hui à peine sèches. « Le Comité international olympique a paralysé toute initiative démocratique en cautionnant la réalisation de travaux colossaux en un temps record ! », confirme Fedor Loukianov, rédacteur en chef de la revue de diplomatie Russia in Global Affairs. « Dès lors, par essence, ce qui se passe à Sotchi ne pouvait en aucun cas constituer un test pour l’Étatt de droit dans notre pays. »

 

 

Hicham Ben Abdallah El-Alaoui pense que “ le « printemps arabe » n’a pas dit son dernier mot ” :

Trois ans après le début d’un mouvement qui a emporté les dictatures de MM. Zine El-Abidine Ben Ali, Hosni Moubarak et Mouammar Kadhafi, la contestation dans le monde arabe, menacée par les ingérences étrangères et par les divisions confessionnelles, cherche un second souffle. Si la Syrie vit le pire des scénarios, la Tunisie confirme que l’aspiration à la citoyenneté et la recherche de compromis peuvent déboucher sur des avancées réelles.

 

 

Au Soudan du Sud, Gérard Prunier observe “ l’écroulement des espoirs démocratiques ” :

Une féroce guerre civile a éclaté fin 2013 au Soudan du Sud, moins de trois ans après l’indépendance du pays. Opposant les partisans du président Salva Kiir à ceux de son ancien vice-président, M. Riek Machar, elle menace la stabilité régionale. Un fragile cessez-le-feu a été annoncé le 23 janvier pendant que, de l’autre côté de la frontière, l’armée soudanaise provoque des déplacements massifs de populations.

 

 

Tandis que Jean-Baptiste Gallopin  est allé en reportage avec les réfugiés du Nil Bleu :

En ce matin de mai 2012, le village de Gabanit, au pied des monts Ingessana, dans l’Étatt soudanais du Nil Bleu, est sur le point de subir une offensive de l’armée. C’est un Antonov qui lance l’attaque. Volant à haute altitude, l’avion-cargo largue plusieurs bombes artisanales – des barils remplis d’explosifs et de métal, qui roulent hors de sa soute. Puis c’est au tour de l’artillerie, qui pilonne aveuglément le village et les collines avoisinantes, où se sont réfugiés les rebelles du Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan nord (Sudan People’s Liberation Movement/Army North, SPLM/A-N). Les civils s’enfuient, pris de panique, tandis que l’infanterie envahit le village, tirant à vue. Ceux qui sont trop lents ou trop faibles sont abattus ou brûlés vifs quand l’armée met le feu aux habitations. Il ne reste du village que son école, transformée en base de l’armée. Même la mosquée est en ruine.

 

 

“ Que viva Mexico ! ”, proclame Laurent Courtens :

Dans le sillage de la révolution mexicaine du début du XXe siècle, des artistes s’unissent afin de créer des œuvres qui rendent sensibles ses causes et ses aspirations. En choisissant la fresque, peinte sur les murs des lieux publics, ils offrent à tous la rencontre de la tradition et de la modernité, la transformation de la réalité commune en légende. Ils signent ainsi l’un des grands manifestes de l’engagement.

 

 

“ Pourquoi l’Uruguay légalise le cannabis ”, demande Johann Hari :

Le 23 décembre dernier, le président uruguayen José Mujica a approuvé un projet de loi visant à créer un marché réglementé du cannabis. Il devient ainsi le premier chef d’Étatt à autoriser la production et la vente – dans un réseau de pharmacies – d’une drogue interdite ailleurs.

 

 

Pendant que François Polet perçoit “ la fin de la « guerre contre la drogue » ” :

Longtemps, Washington a imposé sa solution au fléau des stupéfiants : la guerre, de préférence menée sur d’autres territoires que le sien. Depuis quelques années, toutefois, le consensus se fissure.

 

 

L’Agence France-Presse survivra-t-elle au déclin des journaux ?, se demande Marc Endeweld :

Membre du trio de tête des agences mondiales d’information, l’Agence France-Presse (AFP) subit de plein fouet la crise de la presse écrite française et la concurrence des réseaux sociaux ou des vidéos de particuliers. A l’heure où la plupart des médias sacrifient l’actualité internationale aux potins et aux faits divers, son maillage mondial la rend pourtant irremplaçable. Mais son équilibre économique n’est pas assuré.

 

 

Timour Muhidine est allé observer “ Les apaches d’Istanbul ” :

Le mouvement autour du parc Gezi d’Istanbul, au printemps dernier, a fait émerger les multiples visages d’une société turque volontiers contestataire. Surnommés « apaches », les jeunes banlieusards, en particulier, peuplent les récits d’une nouvelle génération de romanciers.

 

 

Enfin, Évelyne Pieiller nous invite à faire la sieste :

 

« Souffrant insomnie, échangerais matelas de plumes contre sommeil de plomb. » Cette petite annonce de Pierre Dac dans L’Os à moelle, en 1938, ne peut qu’aller droit au cœur, ou plutôt au réseau neuronal, du tiers des Français qui dorment mal. Et qui tentent d’y remédier en faisant un usage conséquent de psychotropes, ces substances qui agissent sur le système nerveux central et contribuent à modifier l’humeur. Le Français est le plus opiniâtre consommateur européen de cette chimie psychique, que dédaigne massivement l’Allemand, ce dont on ne saurait tirer de conclusion. Et il élit parmi ces molécules de secours les hypnotiques – ou somnifères – avec un enthousiasme qui le place dans le peloton de tête de leurs usagers, juste derrière le citoyen belge. Hypnotiques et antidépresseurs ont beaucoup en commun ; on peut donc supposer sans excès de hardiesse que ces nuits agitées ont plus à voir avec le souci qu’avec la qualité de la literie. Et, comme l’enquête qui a établi ce pourcentage date de 2012, il est à craindre que la proportion de bons dormeurs ne tende encore à se réduire.

 

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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 07:25

J'en ai un tout petit peu ras le bol de cette manie qu'ont les médias d'orthographier les noms d'origine étrangère dans leur graphie “ anglaise ”, pour le bien du bon peuple qui aime la simplicité.

 

Un exemple nous est donné ici par France 2 à propos de la ville des prochains JO d'hiver. Il s'agit de Sotchi et non de Sochi (Sot Chie ?).

 

On retrouve également cette tendance de plus en plus lourde dans la graphie des noms arabes. On voit fréquemment Musa au lieu de Moussa.

 

Je sais bien que le français aime à franciser les noms étrangers (Douvres, Munich, Anvers), mais les étrangers savent aussi s'occuper de nous comme il faut. Tenez : connaissez vous la ville française de Rijsel ? Facétieux Flamands qui sont partis de Ter Ijsel, équivalent de L'Isle, donc Lille.

 

Dans ce domaine comme ailleurs, le but du globish est d'éradiquer toutes les différences, la sédimentation des langues, donc l'Histoire.

 

Méprisons la langue française (10)
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