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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 07:03
Franco n'est pas tout à fait mort (Jacques Brel)
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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 09:07

Je note le bon score de la gauche de gauche à Fouquières-lès-Lens. La liste socialiste a été élue au premier tour. La droite totalise 30%.

 

Fouquières, c'est la petite sœur d'Hénin-Beaumont. Mais qui n'a pas mal tourné.

 

Les Poivre (qui ne sont pas plus d'Arvor que moi) sont originaires de Fouquières.

Listes autonomes de gauche : encourageant !
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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 07:14

Cher Monsieur Darchicourt,

 

Je sais bien que vous êtes mort en 1968, mais en cette lugubre soirée d’élections municipales, aussi sinistre que les commentaires sans intérêt, sans souffle, sans substance du Premier ministre Ayrault, je souhaite ardemment écrire au socialiste que vous fûtes – un peu poussé par le patron Guy Mollet, certes – à l’ouvrier, à l’ancien mineur devenu maire d’Hénin-Liétard, puis député, jamais battu dans une élection.

 

Votre femme et vous même étiez voisins de mes parents Boulevard Basly (Basly qui inspira à Zola le personnage d’Étienne Lantier). Ce boulevard, qui deviendra résidentiel, était situé dans le quartier qu’on appelait le « Vieux Hénin », célèbre pour sa fête annuelle, une fête populaire qui rassemblait les ouvriers et les petits bourgeois, ceux qui constituaient le common people cher à Orwell qu'il voyait porteur de la “ décence ” nécessaire à la démocratie et au progrès. Orwell qui, à la fin de sa vie, quand vous êtes entré en politique, soutiendra le parti travailliste parce qu’il avait créé une vraie sécurité sociale, démocratisé l'éducation et nationalisé les grands moyens de production. Je doute qu’à cette époque vous auriez pu imaginer, même dans vos pires cauchemars, des figures telles que Strauss-Kahn, Moscovici, Hollande et toute cette cohorte de petits marquis roses qui suscite la désespérance populaire depuis bientôt trente cinq ans.

 

Vous aviez deux fils. L’aîné, Yves (“ Yvon ” pour nous) était un modèle de sagesse, de bon sens pour notre petite bande du Boulevard Basly et ses terrains d’aventure : le stade de foot ouvert à tous et un terril désaffecté où nous faisions du vélo. Tout jeune homme, il intègrera calmement, en pleine connaissance de cause, un Front National plafonnant à l’époque à 1 ou 2% de l’électorat. Il quittera le parti de la famille Le Pen, le jugeant mou du genou, et animera avec sa femme un groupement identitaire (les néofascistes flamands ne sont pas très loin) qui crache sur ce qu’il appelle la “ Ripoublique ”. Son jeune frère Pierre (Pierrot) ne laissera pas que des regrets lorsqu’il quittera la mairie d’Hénin. Mais, cher Monsieur Darchicourt, vous ne verrez pas votre progéniture dans ses œuvres.

 

 

Dès le début des années soixante, avec la fermeture des puits, Hénin a raté sa reconversion. Et puis, ce ne fut que marchés bizarroïdes et privatisation rampante des services publics. Avec à la clé, une puis deux générations de gens complètement déboussolés. Un exemple. Il y a deux ans, une de mes amis d’enfance, boucher de son état (vous vous fournissiez chez ses parents), voit deux jeunes lascars en passe-montagne faire irruption dans sa boutique, armés d’un 7.65. Hé oui, aujourd’hui, des Héninois de 17 ans possèdent des armes de poing. Ils s’emparent de la caisse (65 euros) et bouclent le commerçant dans sa chambre froide. Le boucher connaît ces deux jeunes, des voisins, depuis le temps du landau. Il sort par la porte arrière de sa chambre froide, appelle la police qui coffre des gamins qui écoperont de deux mois de prison ferme. Paumés ces jeunes ? Assurément. Mais pas plus que ces deux femmes lourdement voilées que j’ai repérées sur Google Earth en train de poireauter devant le café où mon père et ses collègues instits allaient faire un 421 devant une bière le samedi après-midi après les cours. Alors, cher Monsieur Darchicourt, vous avez dû penser comme moi que le brave Jean-Luc Mélenchon avait bien du mérite d'aller défier le lepénisme en son terreau. Steeve Briois, votre désormais successeur, est sûrement, comme on dit là-bas, un bon garchon. C’est en tout cas un sacré militant qui a conquis la ville maison par maison pendant que vos suivants solfériniens magouillaient et grenouillaient. Des Solfériniens qui, depuis bien longtemps, ne se disent même plus socialistes mais « divers gauche ».

 

Les Héninois vont connaître les horreurs de la politique frontiste : clientélisme, prises illégales d’intérêt, réaction à tous les étages. Le gentil Steeve, au sourire à la fois doux et carnassier, ne résoudra rien. Le chômage continuera de frapper une population qui abandonne son RSA ou son RMI à des hypermarchés florissants qui ont vidé la ville de sa substance (ne jamais se tromper d'ennemi !). Les gens pensent que si Briois et son équipe ne font pas l’affaire, ils seront battus aux prochaines élections. Ils oublient qu’avec l’extrême droite ce n’est jamais aussi simple.

 

 

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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 07:39

Martial Ze Belinga a récemment accordé un long entretien au qutidien sénagalais Le Soleil, repris par Le Grand Soir. Il y plaide pour l'abandon du franc CFA, une "humiliation prégnante", source d'aliénation économique. dans cet extrait, il propose, après le romancier Ngugi Wa Thiong’o, une réflexion sur la décolonisation des esprits. Nous sommes aux antipodes du degré zéro de la pensée politique d'un Guaino et, a fortiori, d'un Sarkozy.

 

Le concept de « colonisation de l’imaginaire » ou de colonialité s’applique vraisemblablement à un énorme impensé des processus décoloniaux africains. Beaucoup a été dit sur l’aliénation culturelle comme résultat d’un processus de conversion forcée des Africains aux systèmes culturels et scolaires extérieurs. On a souligné les mimétismes, les actions volontaires ou imposées dans la conception des programmes de toute nature. En remontant l’amont de ces improductivités intellectuelles, se trouve le fait que ce que la colonisation a légué comme constitution intellectuelle et cognitive a peu été questionné en soi en Afrique subsaharienne. Avec à propos, le kenyan Ngugi Wa Thiong’o titre : « Decolonizing the mind », en français « Décoloniser les esprits ». En fait, si les actions plus ou moins conscientes reproduisent piteusement des artéfacts coloniaux, c’est parce que les catégories de la pensée n’ont pas été réinvesties et décolonisées : quel est notre conception du temps, de l’espace, des frontières, de l’urgence, de l’esthétique, des valeurs humaines, de la parenté, du don, du rapport à la nature, de l’interdit, de la liberté, etc.

 

 

Tant que nos débats n’empruntent pas l’artère des catégories de la pensée, des outils et concepts qui nous permettent de produire des réflexions, le risque est grand que nous ne soyons que pâles copies des autres, perte ontologique au pire, oserais-je. A la suite des périodisations coloniales, les Africains imaginent leur temps en précolonial, colonial et postcolonial et réduisent leur existence à quelques siècles vides d’histoire avant la pénétration coloniale, alors que le continent a été la valeur ajoutée du monde pendant des millénaires, ainsi que le démontrèrent Cheikh Anta Diop, et les autres éminents rédacteurs de l’Histoire générale de l’Afrique de l’Unesco.

 

Tous les savoirs anciens et endogènes dont l’Afrique regorge restent à la lisière de la pensée sur « le développement » parce que les objets de la pensée, les épistèmes, sont extérieurs, occidentaux. Au point que la critique philosophique et éthique africaine ne se fondent, à quelques exceptions près, que sur des présupposés philosophiques occidentaux ! Les conceptions propres de l’univers, de l’existence humaine, de la résolution des conflits, de la sociabilité etc. qui transparaissent des cosmogonies dogon, fang, bambara et autres, et dont témoignent les codes éthiques tels que le Heer Issa des Somali ou la Charte de Kurukan Fugan (Charte du Mandé) ne fécondent pas les projets modernes des nouvelles sociétés africaines. La faculté à imaginer l’avenir est donc enfermée dans les catégories étrangères, exogènes. On serait fondé à inférer que c’est le rêve africain qui est lui-même colonisé !

 

Lire la suite ici.

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 07:27

Anthony Neil Wedgwood Benn, dit Tony Benn, anciennement 2e vicomte Stansgate fut un homme politique comme on en rencontre bien peu du côté de chez nous. Issu de l'Establishment britannique, positionné en début de carrière au centre de l'échiquier travailliste, il n'eut de cesse d'évoluer vers la gauche de gauche après avoir renoncé à son titre de noblesse pour pouvoir siéger comme député. Il s'est gauchi alors qu'il était ministre au point que le terme anglais bennite (benniste) est la marque d'une radicalité authentique.

 

Il s'opposa à la tournure libérale que prenait la Communauté européenne, se déclara républicain  en 1990 et critiqua vertement la première intervention britannique en Irak. Pour des raisons morales, il devint végétarien en 1970.

 

Ci-dessous un article de Philippe Marlière, professeur de sciences politiques, pour Mediapart.

 

 

 

Tony Benn est mort ce matin à son domicile, au cœur de Notting Hill Gate. Il s’en est allé le même jour qu’un autre combattant pour le socialisme. C’était le 14 mars 1883 et il s’appelait Karl Marx. Il y a quelques mois, Benn s’était agacé que des médias unanimes l’entourent d’éloges et d’égards auxquels il n’avait pas eu droit lorsqu’il était encore actif dans la politique « institutionnelle ». Il s’était un jour écrié : « Si le Daily Telegraph (quotidien de droite) estime aujourd’hui que je suis un trésor national, alors je dois avoir fait quelque chose de mal ! ».

 

L’ancien ministre travailliste m’avait accordé un entretien en 2001 (que je reproduis ci-dessous). J’étais arrivé à 9 heures chez lui et l’avais quitté aux alentours de 13 heures. Il venait de démissionner du parlement après une carrière parlementaire qui avait duré 51 ans. Lorsqu’il avait cessé de siéger à Westminster, il avait annoncé sur le mode ironique qu’il affectionnait : « Je quitte mes fonctions de député afin de pouvoir enfin me consacrer à la politique ! » Derrière cette boutade, Benn énonçait qu’il ne croyait plus à la possibilité de changer radicalement les choses au sein des institutions politiques traditionnelles (le gouvernement ou le parlement). Fidèle s’il en est au Labour Party et aux syndicats du TUC, il souhaitait agir et parler en homme libre, ce qu’il fit inlassablement jusqu’à sa mort.

 

Lors de notre entretien, nous avions parlé de Tony Blair qu’il considérait comme un imposteur et un carriériste, du « New Labour » (selon lui, « le plus petit parti de l’histoire du mouvement ouvrier »), de sa carrière ministérielle dans les gouvernements Wilson et Callaghan, de socialisme, ou encore de christianisme et de marxisme. Sur tous ces sujets, Tony Benn était intarissable. Davantage, il était intéressant : combien d’hommes ou femmes politiques ai-je à ce jour trouvé intéressants ? Un très petit nombre, et il en était.

 

Tony Benn avait le sens aigu de la démocratie réelle, synonyme selon lui de choix librement consentis et agis par le peuple, contre les décisions oligarchiques du gouvernement, du Capital, mais aussi des cliques bureaucratiques dans les syndicats et son propre parti.

 

Après 2001, je le revis à trois reprises : en 2005, la gauche travailliste dirigée par John McDonnell avait invité Henri Emmanuelli à une conférence qui se déroulait au siège national des TUC. Benn, Emmanuelli et moi avions conversé pendant une heure. Pour le dire précisément, Benn s’était lancé dans un épique récit de l’histoire du mouvement ouvrier britannique. J’étais chargé de traduire ses propos. Emmanuelli regardait son interlocuteur de manière un peu amusée et, captivé par le passionnant orateur, il accepta sans broncher ce cours d’histoire improvisé. Quelque temps plus tard, je le surpris sur le quai de la gare d’Oxford. Il était assis sur un siège en toile pliable qu’il emportait en voyage. Il avait entrepris de faire une pause-thé dans ce lieu animé, sans prêter attention aux regards affectueux du public qui l’avait reconnu. L’année dernière, il était encore présent à la conférence annuelle de la gauche travailliste. Nous avions échangé quelques mots. Malade et très affaibli, il se déplaçait à grand peine. En me disant au revoir, il m’avait glissé : « Il faut continuer le combat ».

 

Lire la suite ici, ainsi qu'un entretien accordé par Tony Benn à Philippe Marlière.

 

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 11:34

J'ouvre ici une petite page d'histoire qui nous parle de la petitesse de ce syndicat collaborateur de classe.

 

J'ai sous les yeux un tract du syndicat CFDT PTT des Yvelines (2 rue Saint-Julien, Versailles). Nous sommes le 16 décembre 1994. Mitterrand est président, Balladur Premier ministre. Quelques années auparavant, les déjà solfériniens Rocard (Premier ministre) et Quilès (ministre des PTT) avaient impulsé une "réforme" déconnectant le statut des travailleurs des PTT de celui de la Fonction publique. Pour les promotions, plus de concours mais des entretiens à la tête du client. Les Cfdétistes râlaient car la réforme tardait à venir et comme ils savaient qu'ils en seraient les principaux bénéficiaires...

 

Je cite le tract :

 

OBJET : dépot d'un préavis de grève.

 

Monsieur le Directeur,

 

Par la présente, le syndicat CFDT PTT 78 dépose un préacvis de grève contre le personnel de France Télécom de la DR St Quentin en Yvelines.

 

Cette grève couvrira le mandat en CPSI (comité paritaire), Commissions mixtes et autres réunions où nous serons conviés.

 

Cette grève a pour motifs :

 

- Colère contre les responsables de France Télécom 78. Ils se sont donnés les moyens d'avoir les interlocuteurs qu'ils méritent.

 

- Incapacité du personnel à voir les enjeux réels de cette élection.

 

- Avoir préféré les syndicats "démagos" (la CGT et SUD, note de BG) aux syndicats qui ont participé à la réforme des reclasifications

 

Cette grève couvrira l'ensemble des responsables CFDT télécom du 78 et prendra effet à compter du 19 Décembre 1994 jusqu'au 02 janvier 1995.

 

Pour la CFDT PTT 78

L'équipe France Télécom

Grivet Jean, Orseau Claude, Mercier Christine.

 

Je ne sais quelles furent les suites de cette grève.

 

 

Suite à la publication de ce document historique, un ami m'écrit ceci :

 

j’ai été personnellement victime,  en tant que syndicaliste, de ce changement de Statut.

 

J’ai commencé une carrière aux PTT comme auxiliaire, puis (par concours)  agent d’exploitation, contrôleur, inspecteur à Paris. Après avoir commencé à préparer le dernier concours possible, celui d’inspecteur principal, j’avais renoncé à le passer. Le changement de grade annulait en effet mon rang de mutation. J’ai été muté à Toulouse, à France Télécom, où j’ai suivi une formation d’ergonome (sur 100 ergonomes de FT, j’étais le seul à avoir obtenu le titre d’ergonome européen®). Je suis passé Inspecteur central à l’ancienneté et je devais finir normalement chef de division.

 

Mais, j’ai alors écrit un article dans le journal de la CGT contre un contrat passé par mon DRH avec des escrocs qui nous ont fait dépenser plusieurs millions de francs en connerie managériale. L’article n’était pas signé, mais j’ai été dénoncé et le DRH a dit devant témoin : « J’aurai sa peau ». Je m’en fichais, car je travaillais avec la Direction générale qui me sollicitait fréquemment : j’avais monté des modules de formation en sécurité et en ergonomie. J’étais formateur dans ces matières, j’avais formé des formateurs à travers tout le pays, j’avais conçu des brochures, etc. Dans ces conditions, on ne pouvait mal me noter et mon accession au dernier niveau possible dans mon grade avant ma retraite était une formalité.

 

Et voila que ces boucliers sont balayés quand les grades disparaissent au profit des classifications. Mon DRH m’a classifié un (ou parfois deux) échelons en dessous de novices à qui j’apprenais le métier. Plus bas, il ne pouvait pas.

 

Ma pension de retraite ne cesse de me rappeler que mon article pas assez anonyme a été ce que j’ai écrit de plus coûteux dans ma chienne de vie de sulfureux

 

 

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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 06:35
Comment payer moins d'impôt en soutenant l'armée israélienne ?
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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 06:23
Plus féministe que le Mosellan, tu meurs !
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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 07:06

Une fois encore – cela devient une habitude – la télévision nous a montré le spectacle ignoble de deux ou trois Pussy Riots, naturellement sans armes et qui manifestaient à peine, sauvagement malmenées par de jeunes hommes largement supérieurs en nombre, munis de matraques et ce qui m’a semblé être des coupoirs.

 

En ces temps où, dans les pays qui s’efforcent de ne pas perdre le contact avec la civilisation, l’on célèbre la dignité des femmes, l’égalité, la parité, cette barbarie (passons sur la lâcheté) nous rappelle que l’homme à l’état brut et à l’état de brute s’est toujours conduit comme un prédateur et un conquérant médiocre vis-à-vis de la femme.

 

En France, en 1945, nous eûmes droit au spectacle de femmes tondues – quand elles n’étaient pas violées comme l’actrice Mireille Balin – parce qu’elles avaient collaboré (horizontalement ou verticalement) avec l’occupant. Pendant ce temps, de vrais trafiquants, de vrais acteurs politiques et économiques de la Collaboration passaient à travers les gouttes. De la civilisation au retour du refoulé barbare, il y a l’épaisseur d’une feuille de cigarette.

 

Je ne suis pas un spécialiste de l’URSS ou de la Russie d’aujourd’hui, je ne parle pas la langue et je ne suis jamais allé dans ce pays. Mais quand je vois des jeunes femmes tabassées pour délit d’opinion par d’épais nervis, ou encore de jeunes crétins qui se jettent sur le devant de voitures en marche pour intenter des procès aux conducteurs et percevoir des dommages et intérêts, je me dis que le pays de Tchekhov et de Tolstoï est en pleine déshérence et marcescence. Par le biais d’un souvenir personnel, je voudrais raconter brièvement quand et comment j’ai ressenti ce glissement fatal vers l’inhumanité.

 

Peu de temps après l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev, un de mes enfants se rend dans une famille soviétique pour un bref séjour, dans le cadre d’un échange entre Poitiers et Iaroslav. Très gentiment, ses hôtes lui laissent la grande chambre pour elle toute seule pendant qu’ils s’entassent (le père, la mère, les enfants et deux grands-parents) dans les deux petites chambres restantes. Les parents sont tout deux universitaires : le père est doyen de sa fac et la mère est professeur. Une enseignante qui exerce quand cela lui est possible car elle consacre beaucoup de temps à faire la queue dans les magasins. Si l’on rapporte le salaire de ces universitaires au pouvoir d’achat d’un Français, ils gagnent environ 300 francs par mois. La correspondante de ma fille parle remarquablement le français, alors qu’elle n’est encore jamais venue en France, elle danse fort bien, est très bonne en gymnastique et joue du Chopin sans aucune peine (elle envisage les études d’exécution transcendantes de Liszt pour dans un an ou deux).

 

Lorsque ma fille revient en France avec sa camarade russe, celle-ci est très étonnée par la taille de notre maison et nous demande combien de familles y résident. Elle est également très étonnée par les prix des parfums de l’enseigne Séphora, pourtant pas les plus chers de France. Nous lui en achetons un pour sa mère (un mois de salaire de cette brave dame). La jeune fille nous demande également de lui acheter de la laine. Comme je lui exprime mon étonnement dans la mesure où l’URSS compte le plus grand nombre de bêtes lainières au monde, elle m’explique cette tradition bien ancrée chez les douaniers de son pays qui consiste à rafler toute la laine entrante, mais aussi sortante, pour la revendre dans des circuits parallèles.

 

Son séjour chez nous est des plus agréables mais quand je lui demande si elle envisage de revenir l’année prochaine, elle me dit que cela ne sera vraisemblablement pas le cas car ses parents ont de moins en moins d’argent.

 

Effectivement, l’année suivante, ma fille a une tout autre correspondante. Cette fille d’un commissaire de police a l’apparence punk, de grosses bagouzes aux doigts, un maquillage limite pute et des bottes valant six mois de salaire d’un universitaire. Elle fume comme un pompier des cigarettes américaines. Elle connaît à peine trois mots de français alors qu’elle l’étudie depuis quatre ans. Médiocre, son anglais lui permet tout juste de communiquer avec ma fille. Bref, nous sommes passés en un an de l’Alma Mater à la mafia.

 

Attention : je n’oppose pas le paradis socialiste de l’Union Soviétique à l’enfer capitaliste de la Russie. Le glissement vient de loin. Dans les années soixante-dix, l’homme le plus riche (une expression normalement aberrante) du pays de Brejnev était Youri, le fils d’icelui. Et pendant que le régime harcelait les intellectuels juifs qui voulaient émigrer en Israël, des groupuscules fascistes, nationalistes, antisémites prospéraient au vu et au su de tous.

 

Les Pussy Riots, les démocrates, les homosexuels n’ont pas fini d’en baver.

Des femmes tondues aux Pussy Riots (en passant par Youri Brejnev)
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8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 13:33

Je viens de la planète Mars. Qui est le ministre SOCIALISTE, qui est le patron des patrons ? Par parenthèse, l'organisation patronale s'appelait autrefois Centre National etc... Aujoujourd'hui, il s'agit d'un Mouvement. Ce qui signifie que, dans l'optique patronale, la tendance vers toujours plus d'exploitation des travailleurs ne doit pas s'arrêter, qu'elle est sans fin.

 

Je ne suis pas spécialiste en matière de gestuelle, mais tout de même : l'un a le sourire crispé d'un petit garçon timide tandis que l'autre a la tête d'une fouine qui serre les dents et la mâchoire. L'un a le bras replié, l'autre le bras conquérant. L'un a une main vide qui ne sert à rien tandis que l'autre tient un document écrit programmatique, un crayon et un micro. L'un est donc paralysé, vide, l'autre plein de lui-même, prêt à user de l'écrit et de l'oral.

 

Je viens de Mars, mais je sais qui est le Solférinien.

Qui est le ministre socialiste ?
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