Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 05:42

Je sais bien que ce n’est pas une priorité pour Macron, même si, lorsqu’il était enfant dans la bonne ville d’Amiens, ce bien précieux était régi municipalement. Le maire était alors le communiste René Lamps, ancien grand résistant.

 

L’entreprise capitaliste Veolia (groupe privé à 90%, 173 000 salariés dans le monde, chiffre d'affaires en 2015 24,965 milliards d'euros), qui règne désormais sur l’eau en France, a été condamnée deux fois pour avoir coupé l’eau ou réduit son débit dans deux logements. L’association France Libertés (fondée par Danielle Mitterrand) s’était portée partie civile. Dans le premier cas, Veolia a été condamnée à une amende de 19 000 euros pour avoir coupé l'approvisionnement en eau dans le logement d'un client pendant 30 mois. Or les coupures d'eau dans une résidence principale sont interdites depuis une loi de 2013, et ce même en cas d'impayé. Veolia avait déjà été condamnée à plusieurs reprises pour avoir réduit le débit de l’eau.

 

L’Europe chère aux bobos macroniens encourage la privatisation de l’eau dans tout le continent. Des milliards d’euros sont en jeu, alors que l’ONU a décrété comme un droit humain l’accès pour tous à une eau de qualité. Profitant des déboires économiques de plusieurs pays européens, la Commission a ainsi imposé la privatisation de l’eau en Grèce et au Portugal dans le cadre de ses plans de «sauvetage ». Les grands aqueducs d’Athènes et de Thessalonique ont été privatisés. Au Portugal dans la ville de Pacos de Ferreira où la compagnie des eaux Aguas de Portugal a été privatisée, la facture d’eau a augmenté de près de 400% en quelques années et elle continue d’augmenter au rythme de 6% par an.

 

Depuis une dizaine d’années, l’UE organise la privatisation de l’eau en Allemagne. Une étude de l’Université de Barcelone en 2010 indique que la privatisation de l’eau ne favorise nullement la baisse des prix alors que la qualité de l’eau se dégrade. Les populations rechignent à utiliser les fontaines publiques gratuites car, faute d’entretien, l’eau n’y est plus toujours potable.

 

 

Renationaliser l’eau, vite !

PS : Décidément, la renationalisation n'est pas à l'ordre du jour, même au parti communiste. Pierre Laurent, son secrétaire général, vient d'envoyer une lettre très ambigüe aux camarades. Il présente un projet de loi où un établissement public, France Énergie, aurait vocation à réguler un secteur à participation privée : il aurait “vocation à gérer l'ensemble des participations de l'État dans les entreprises qui produisent, transportent, stockent, distribuent et commercialisent de l'énergie ou qui fournissent des services énergétiques. ”

 

Le rôle de l'État serait donc de gérer dans une optique capitaliste.

 

Le texte de la proposition de loi :

 

 

Les parlementaires communistes/Font de gauche ont élaboré et déposé une proposition de loi qui propose, je cite :


Un établissement public, chargé de :


- sécuriser les approvisionnements en énergie du pays,
- élaborer des propositions en matière de politique énergétique portant sur le bouquet énergétique, la gestion des entreprises du secteur ainsi que les tarifs,
- garantir un droit d’accès effectif à l’énergie pour tous et assurer un développement équilibré des territoires.

 

Cet établissement public a vocation à gérer l’ensemble des participations de l’État dans les entreprises qui produisent, transportent, stockent, distribuent et commercialisent de l’énergie ou qui fournissent des services énergétiques. Sa gestion démocratique serait assurée par un conseil d’administration comprenant des représentants de l’État, des parlementaires représentant l’Assemblée nationale et le Sénat, des représentants des personnels du secteur.

 

Le Conseil supérieur de l’énergie, outre ses missions actuelles, serait saisi pour information et avis sur les décisions essentielles envisagées par le conseil d’administration de l’établissement public créé à l’article France Energie.

 

Un décret en conseil d’État fixerait les modalités de création d’un statut de l’énergéticien élargissant le statut des IEG et englobant tous les personnels du secteur.

 

Il serait également créé un Conseil supérieur de la recherche, des technologies et de la formation dont la mission serait d’impulser et de coordonner l’effort de recherche, de développement technologique et de formation dans le domaine de l’énergie.

 

 

 

Partager cet article
Repost0
13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 05:38

Tu es bien du XXe siècle, toi ! Aujourd'hui, on dit SDF, un acronyme qui désintègre le rapport du signifiant au signifié.

 

 

 

 

Á quoi servent les clochards ?
Partager cet article
Repost0
12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 07:11

Élue de la gauche de gauche à Hénin-Beaumont (sous l'étiquette EELV), Marine Tondelier est l'actrice de Nouvelles du Front. La vie sous le Front national, une élue de l'opposition raconte (Éditions Les liens qui libèrent).

Partager cet article
Repost0
11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 05:37

Jean-Loup Izambert est un journaliste iconoclaste. Il s'est, entre autres choses, intéressé au fonctionnement frauduleux de plusieurs grandes banques françaises. Il a notamment mis au jour un détournement des réserves financières des banques coopératives locales et régionales du Crédit agricole mutuel au détriment des 5,7 millions de sociétaires propriétaires de la banque. Ses investigations furent publiées dans Le Crédit agricole hors la loi ? (2001).

 

Dans ses derniers discours comme celui qu’il prononça au soir du 23 avril, Emmanuel Macron répète à loisir les mots « République » et « patrie ». Mais son parcours professionnel comme son engagement politique témoignent qu’il n’a cessé d’agir contre l’intérêt général des Françaises et des Français. Et de leur dissimuler ses objectifs réels. Faits et arguments.

Emmanuel Macron que ses soutiens omniprésents dans les médias présentent comme « un homme libre et indépendant » est en réalité un pur produit standardisé du système : le clone de François Hollande. Rappelons à ces montreurs de marionnette que leur « homme libre et indépendant » refuse toujours de publier la liste des contributeurs financiers à sa campagne électorale. Est-ce à dire qu’il aurait bénéficié de millions d’euros de plusieurs représentants du système pour monter son spectacle et entrer en scène médiatique en jouant le candidat anti-système ? Car Macron ne devint pas dès le mois de mai 2012 conseiller économique de François Hollande puis ministre de l’Economie par un travail personnel important et innovant en matière économique. Il entra à l’Elysée sur les recommandations appuyées des vieux briscards des réseaux du clan élitiste et arrogant des anciens des grandes écoles et de la grande finance capitaliste. De Jacques Attali à Alain Minc en passant par les inévitables salonards parisiens comme Bernard-Henri Lévy et quelques milliardaires à l’image de Pierre Bergé, les entremetteurs ne manquent pas, tous liés aux cercles atlantistes. De 2011 aux élections présidentielles de 2017, ceux-ci n’ont cessé de border son parcours avec le concours, plus ou moins déclaré, des représentants au pouvoir de la caste des grands propriétaires privés de l’économie. Peu importe qu’ils soient membres de Les Républicains ou « socialistes», le principal étant d’assurer la continuité du système. Son parcours a donc un bilan que les médias officiels n’évoquent pas et qu’il est donc nécessaire de rappeler.

Un  bilan économique désastreux

Rappelons que du 15 mai 2012 au 15 juillet 2014 Macron fut Secrétaire général de l’Elysée, chef du pôle Economie et finance, puis, du 26 août 2014 au 30 août 2016 ministre de l’Economie et de l’industrie. A ce titre il est donc celui qui a joué le rôle le plus important avec le président de la République et les deux Premiers ministres Ayrault et Valls dans la politique économique et financière de la France de 2012 à 2016. Quels sont les résultats de la politique Macron-Hollande ? Le chômage a explosé : à son arrivée en mai 2012, la France comptait moins de 5 millions de chômeurs toutes catégories confondues. A son départ en août 2016, 11 millions de personnes sont sans emploi ! Car, parmi celles-ci, aux 6,5 millions de sans emplois officiels s’en ajoutent plus de 5 millions exclues des statistiques. La dette publique : elle se situait à un peu lus de 1800 milliards d’euros à son arrivée et dépasse les 2200 milliards d’euros à son départ en août 2016, soit quasiment 100% du Produit Intérieur Brut. Quant aux impôts dont le montant total se situait à un peu lus de 900 milliards d’euros par an ils sont de 1000 milliards d’euros par an en août 2016. Les entreprises ? Selon une étude publiée par le Cabinet Deloitte et Altares, spécialiste des données sur les entreprises, plus de 63 000 d’entre elles (63 081) ont défailli en 2015, soit 0,8% de plus qu’en 2014 (62 586). Et au premier trimestre 2015, plus de 18.000 sociétés feront faillite entre janvier et mars alors que, depuis 2009, chaque premier trimestre se conclut aux environs de 16.500 défaillances. Le nombre d’emplois menacés par ces défaillances dépasse les 66.000, chiffre record depuis 2009. Si en 2016, la tendance est à une légère baisse sur la majorité des secteurs d’activité (58057 défaillances contre 63081), par contre dans l’agriculture, la sylviculture et la pêche le nombre de défaillances augmente de 4,5 %, passant de 1365 redressements ou mises en liquidation fin 2015 à 1427 fin 2016 ! L’évolution de ces principaux indicateurs montre clairement la responsabilité d’Emmanuel Macron dans l’aggravation de la crise économique et sociale. A peine entré à Matignon comme ministre de l’Economie et de l’industrie, le jouvenceau de la Rothschild poursuivit la même politique que ses prédécesseurs.

Le programme Macron est déjà en application

Comme eux, il liquida une nouvelle partie du patrimoine français, jeta au chômage des milliers de salariés et décida de nouvelles privatisations importantes : aéroport de Toulouse-Blagnac, de Nice-Côte d’Azur, de Lyon… Se trouvant un destin médiatiquement obligé pour la France afin d’assurer la continuité de la politique atlantiste de François Hollande au service des grandes puissances financières, il peaufina la casse industrielle : libéralisation des lignes d’autobus ; accroissement du travail du dimanche et de nuit ; limitation du rôle des prud’hommes ; affaiblissement du code du travail ; déréglementation de la profession des notaires ; privatisation de l’industrie de l’armement et des aéroports ; filialisation de centres hospitaliers universitaires ; assouplissement des normes environnementales… « Si le projet apparaît comme un fourre-tout, il n’en possède pas moins une grande cohérence idéologique, que l’on peut résumer d’une formule : « Toujours moins ». Moins d’Etat, moins de protection sociale, moins de droits syndicaux, moins de règles pour les entreprises, moins de contrôle public » soulignait déjà, en avril 2015, la journaliste Martine Bulard.[1] Déjà mis en chantier à cette époque sous l’ancien Premier ministre Valls sous l’appellation grandiloquente de projet « Pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques »[2], imposé par la force à coup d’article 49-3, ce début de programme Macron a déjà des allures de grand bond En marche… arrière puisqu’il s’est déjà traduit par une aggravation de la situation économique et sociale. Emmanuel Macron se garde bien, tout comme les médias officiels, de revenir sur cette loi dont il est l’initiateur comme sur ses conséquences catastrophiques pour les entreprises et les Français. En réalité, au-travers de sa loi c’est déjà le programme Macron qui est En marche. De même, la « loi travail » Valls-El Khomri-Macron n’est qu’un échantillon de son programme dissimulé sous le vocable trompeur de « libérer le travail ». Chacun peut imaginer facilement ce qui arrivera si celui-ci avait les mains libres pour le poursuivre à marche forcée – et funèbre – une fois installé à l’Elysée.

 

Macron, la grande imposture, par Jean-Loup Izambert

Ces GOPE que Macron dissimule…

Force est de constater qu’Emmanuel Macron est de tous les projets conçus pour soumettre la France à des puissances étrangères : soutien au traité de libre échange transatlantique (TTIP ou TAFTA) qui placerait les entreprises française sous le droit étasunien, soutien à l’Union dite « européenne » de Bruxelles qui compte aujourd’hui 123 millions de citoyens pauvres ou en exclusion sociale, soutien à l’OTAN et à la guerre en cours contre la Syrie, etc. Mais qui en parle dans les médias officiels ? Aussi, cet homme là qui n’a de cesse d’agir contre l’intérêt général des français ainsi que son bilan en atteste n’a pas qualité à se présenter comme un  défenseur du pays dont cet ignare considère même qu’ « il n’y a pas de culture française » !…[3] Toute son action politique, ses décisions en matière économique et financière témoignent de son imposture. Les citoyens qui, au-delà des annonces médiatiques, s’intéressent aux programmes politiques des candidats et à la réalité de leur activité politique savent que les Grandes Orientations de Politique Economique (GOPE) décidées par la Commission européenne des hauts fonctionnaires de Bruxelles seront appliquées à la lettre par Emmanuel Macron qui les a déjà faites siennes pour en reprendre les principes et objectifs.  Celles-ci se résument en dix points :

1°- « Réduction des dépenses publiques ». Le gouvernement a annoncé son plan de 50 milliards d’économie. C’est la fameuse contrepartie du « pacte de responsabilité » pour ne pas faire exploser le déficit. Or, tous les économistes savent que pratiquer des coupes sombres dans les dépenses publiques lorsqu’un pays est déjà en période de stagnation économique est une politique qui ne peut que conduire à la récession ;

2°- Redéfinir « la portée de l’action des pouvoirs publics ». Cela signifie accentuer les privatisations et la destruction de notre système de santé et de nos services publics auxquels les Français sont majoritairement attachés. La fermeture de plusieurs dizaines de services d’urgence médicale est déjà programmée;

3°- Réaliser « d’importantes économies à court terme (qui) ne peuvent être réalisées sans une réduction significative de l’augmentation des dépenses de sécurité sociale ». Cela se fera par une baisse massive des remboursements de santé puisque la branche maladie représente quasiment 50 % des dépenses de la Sécurité sociale et la privatisation rampante de la Sécurité sociale via le recours croissant aux mutuelles privées. Pour la branche vieillesse, après la hausse de l’âge de départ à la retraite le gel du montant des pensions est à l’ordre du jour. Pour le chômage, le texte parle de « dégressivité des allocations » : cela augure d’une baisse plus importante et plus rapide des allocations dans le temps.

4°- « Simplifier les différents échelons administratifs » : il ne s’agit pas de lutter contre la bureaucratie mais d’éloigner les citoyens des centres de décision. L’objectif est d’en finir avec la République française comme Etat souverain et indépendant pour en faire une province de Washington. Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, le déclara lui-même aux agriculteurs en colère : « On ne peut rien faire. La politique agricole se décide à Bruxelles »

5°- Dans le chapitre coût du travail, « il convient que le salaire minimum continue d’évoluer d’une manière propice à la compétitivité et à la création d’emploi ». Traduction : arrêter les revalorisations du SMIC et commencer à mettre en œuvre sa suppression.

6°- «Une attention particulière devrait être accordée aux dispositions réglementaires du Code du travail ou aux règles comptables liées aux seuils spécifiques en matière d’effectifs, qui entravent la croissance des entreprises françaises ». Le candidat Macron appelle cela « libérer le travail ». Il s’agit en fait de renforcer la « liberté d’exploitation » par le grand patronat que la « loi travail » a commencé à mettre en œuvre. Les Français étant fiers de leur pays, des valeurs de leur République et de leurs conquêtes sociales, les grands propriétaires privés de l’économie ont souhaité bénéficier d’une main d’œuvre sous-éduquée, bon marché, non syndiquée et corvéable à merci. Avec les guerres contre la Libye, puis contre la Syrie, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont ouvert les filières dites « Méditerranée » et « des Balkans ». Résultat : non seulement la France est aujourd’hui en pleine illégalité internationale mais, selon la Commission européenne, « trois millions de personnes supplémentaires devraient arriver dans l’Union européenne » par ces deux corridors pour la seule période 2015-2017. La Commission n’a pas fixé de quotas par pays pour les groupes criminels venus par les mêmes filières…

7°- « Accroître la souplesse des conditions de travail en cas de difficultés économiques provisoires ». Il s’agit, comme à commencer à l’instituer la « loi travail » Valls-Macron- El Mokhri, de poursuivre la remise en cause de l’existence même des contrats de travail à durée indéterminée (CDI) et d’accroître leur précarisation.

8°- « Une majorité reste confrontée à d’importantes barrières à l’entrée ou à l’exercice (par exemple les taxis, le secteur des soins de santé, les notaires et, plus généralement, les professions juridiques) ». L’objectif est de pousser plus loin la déréglementation de ces professions déjà en difficultés suite à différents traités de l’Union « européenne ».

9°- « Les tarifs réglementés restent d’application pour les ménages et, en ce qui concerne l’électricité, ils sont fixés en dessous des niveaux de coûts et l’accès pour les autres fournisseurs est limité.» La hausse des tarifs et la privatisation d’EDF sont également programmées.

10°- « Dans le secteur ferroviaire, des barrières à l’entrée continuent d’entraver le bon fonctionnement du marché ». La privatisation de la SNCF et sa mise en concurrence forcée sont également envisagés. La privatisation partielle de la SNCF a déjà eu des effets très « significatifs » en matière de compétitivité : depuis le lancement du TGV  en 1982, aucune ligne à grande vitesse ne relie toujours pas Paris à une capitale régionale comme Bordeaux, les actionnaires des sociétés privées trouvant cette réalisation trop coûteuse…[4]

Pour faire passer tous ces mauvais coups tout un dispositif de communication a été élaboré avec des objectifs différents pour le premier et le second tour des élections présidentielles.

Le contrat social français et la paix en danger

L’importante campagne de communication et de désinformation orchestrée par l’équipe d’Emmanuel Macron dissimule les conséquences du programme politique de candidat de la grande finance : la dislocation du contrat social français et la continuité de la politique belliciste de Bruxelles contre la Fédération de Russie et la paix. Lors du premier tour des élections présidentielles, l’objectif recherché par l’équipe et les soutiens d’Emmanuel Macron fut de mettre François Fillon hors course sans mener de campagne particulière contre Marine Le Pen. Le but recherché était alors de réorienter le vote des électeurs LR et du centre vers le candidat mis en scène par François Hollande et les milieux atlantistes. D’autre part, ces derniers laissèrent Benoit Hamon mener sa campagne sous les couleurs du parti « socialiste » avec le seul objectif de faire échec à Jean-Luc Mélenchon. François Fillon, seul candidat qui aurait pu mettre en échec Macron, mis hors de course, la communication change d’orientation pour le second tour. Après « la rupture » de Nicolas Sarkozy et « le changement maintenant » de François Hollande, il ne reste plus aux dirigeants « socialistes » qu’à laisser continuer de diaboliser le Front national par ses habituels détracteurs tout en présentant Emmanuel Macron comme « l’homme du renouveau ». Nouveaux visages et recette éprouvée pour la même vieille politique.

« Il nous vend un personnage de théâtre… »

Au théâtre médiatique Macron joue aux Français la pièce du « candidat anti-système». Cette compétition à qui distribuera le plus de promesses non tenues a fonctionné à fond. Dans cette démocratie rabaissée à un simple concours de maquillage, les messes médiatiques à grand spectacle ont donné à certains le sentiment de participer au « pouvoir du peuple ». Las ! Ils ne sont que les brailleurs d’un show de divertissement politique jetable, les chauffeurs de salle et petits porteurs de drapeaux applaudissant aux déclarations d’épate, les paumés gavés d’un produit toxique rendu consommable et envedetté à coups d’annonces médiatiques répétées. Ainsi que l’a souligné, non sans humour, l’économiste Jacques Sapir, « tout ceci met au grand jour ce qu’est la candidature d’Emmanuel Macron. Une pièce montée, avec ce goût un peu douceâtre et écoeurant des pâtisseries de supermarché qui ont le sucre et les lipides en excès. C’est une candidature qui précède le programme, alors que la logique imposerait l’inverse. Car, se présenter à l’élection présidentielle, ce n’est pas rien, même si ce n’est que pour briguer le poste de gouverneur d’une France soumise à l’Allemagne. On attend d’un candidat un programme et une vision, qui ne se limite pas à des effets de manche dans des salles de réunions et devant des auditoires conquis d’avance. On attend du fond ; et le fond ici, contrairement à la fable du laboureur et de ses enfants, c’est bien ce qui manque le plus. »[5]

Sous une présentation trompeuse sur le thème de « la révolution » et du « renouveau », le programme de Macron ne propose rien d’autre que la continuité de la politique du président et des gouvernements de François Hollande à laquelle il a lui-même collaboré au plus haut niveau de l’Etat.

Propose-t-il de dégager la Banque de France du carcan de la Banque centrale européenne et des intégristes des marchés financiers ? Non. Propose-t-il de nationaliser le secteur bancaire et financier afin de permettre aux Français de contrôler les mouvements de capitaux pour assurer la stabilité financière et monétaire du pays ? Non. Propose-t-il de nationaliser les sociétés du CAC40 afin de mettre l’économie au service de l’intérêt général, stopper l’évitement fiscal de ces entreprises, développer la gestion démocratique et créer de nouveaux rapports entre ces grands groupes et le tissu des PME et TPE ? Non. Propose-t-il d’interdire les licenciements dans les entreprises qui réalisent des profits ? Non. Propose-t-il de mettre en place un cadre législatif favorisant des avancées dans la gestion démocratique des entreprises, ces lieux où hommes et femmes passent l’essentiel de leur vie ? Non. Propose-t-il de nouvelles dispositions comme le recours aux référenda pour développer le débat et le choix démocratique du pays sur les grandes questions nationales ? Non. Propose-t-il de sortir du bloc militaire OTAN afin de redonner à la France son indépendance militaire, la maîtrise de sa défense et de s’engager pour la paix de la planète contre tout impérialisme ? Non. Propose-t-il de sortir de l’Union « européenne » de Washington pour participer à la construction de la grande Europe, bien réelle celle-là, qui s’étend de Vladivostok à Lisbonne ? Non.[2] Rien de tout cela. Et pour cause : produit croisé de l’ENA, de l’Inspection des finances, de la banque Rothschild, socialo falot – pléonasme – petit-bourgeois, il est l’esbroufeur type enfanté par la génération Mitterrand. Se présenter comme « anti-système » quand on a eu le cerveau formaté à l’ENA – école où l’on apprend à gérer et reproduire le système à coups de règlements –, quand on a travaillé à la Banque Rothschild – institution qui figure au nombre des principaux acteurs de la financiarisation de l’économie –, quand on a été conseiller économique de François Hollande et ministre de l’Economie et de l’industrie du gouvernement Valls – avec les résultats désastreux que l’on connaît –, relève de l’imposture. Comme l’a si bien dit l’économiste Jacques Sapir, « il nous vend un personnage de théâtre, l’arriviste qui crache dans la soupe qui l’a longtemps nourri. »[6] Et l’on cherche en vain dans le parcours d’Emmanuel Macron le moindre élément qui permette de juger de son éloignement avec le dit système bien avant qu’il ne quitte la banque Rothschild en 2012 pour être injecté dans les allées du pouvoir politique. Aussi, Macron doit-il rassurer et bercer d’illusions sa « clientèle électorale ». Il eut du reste, bien maladroitement, à l’occasion du 71ème congrès de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles qui se tenait à Brest en mars 2017, de dire tout haut ce qu’il pensait tout bas de la France du travail : « Un éleveur n’aime pas faire souffrir ses animaux, c’est comme penser qu’un entrepreneur aime licencier. » Du bétail, des bœufs quoi !… Ce n’est pas pour rien que les journaleux parigots se pâment devant ses discours creux à l’odeur des caves vides. Il est à l’image des rienologues de Balzac dans sa Monographie de la presse parisienne : « La page à l’air d’être pleine, elle a l’air de contenir des idées ; mais, quand l’homme instruit y met le nez, il sent l’odeur des caves vides. C’est profond, et il n’y a rien : l’intelligence s’y éteint comme une chandelle dans un caveau sans air. Le rienologue est le dieu de la bourgeoisie actuelle ; il est à sa hauteur, il est propre, il est net, il est sans accidents. Ce robinet d’eau chaude glougloute et glouglouterait in saecula saeculorum sans s’arrêter. »

L’essentiel : sauver le contrat social français

Comme je l’ai déjà dit, dans les faits, le programme d’Emmanuel Macron est déjà en application. Ceux qui s’apprêtent à voter et à faire voter pour cet imposteur contribueront à l’assassinat prémédité, planifié, cyniquement calculé de ce qu’il reste du contrat social français qui repose sur l’emploi salarié. Sans doute faut-il rappeler aux français la nécessité de s’opposer farouchement à sa destruction en cours ainsi que le fait Hervé Sérieyx, qui fut dirigeant d’entreprise, haut fonctionnaire et professeur d’université, dans son ouvrage pertinent Alerte sur notre contrat social « Rappelons qu’en France, l’essentiel du contrat social repose sur l’emploi salarié : c’est lui qui finance pour la plus large part la sécurité sociale, et donc le système de santé, les retraites et le système de solidarité générationnelle, le train de vie de l’Etat via l’impôt et donc l’ensemble des systèmes de redistribution. Cet emploi salarié, au cœur de notre contrat social, dépend lui-même du destin de nos entreprises. »[7] Les Français qui ont voté et s’apprêtent à voter pour le  candidat de la coalition « socialiste-Les Républicains » ou à s’abstenir n’ont visiblement pas encore pris conscience de la gravité des conséquences de la conception anglo-saxonne de l’entreprise (le « tout-actionnaire ») que défend En Marche. Une conception qui remet en cause l’emploi salarié sur lequel repose l’essentiel du financement de  nos systèmes de solidarité ; une conception dont le programme de Macron, déjà en cours d’application, peut mettre à terre tous les fondements de notre protection sociale et dissoudre les liens qui nous permettent de faire société. Plus les entreprises seront privatisées au profit d’intérêts particuliers, plus l’intérêt général continuera de régresser, plus l’emploi salarié s’affaiblira, plus les solidarités s’effilocheront, plus le chômage et la misère gagneront de nouvelles couches de la société, plus l’avenir sera incertain et sombre. […]

Jean-Loup Izambert, le 26 avril 2017

Journaliste d’investigation indépendant et écrivain, auteur de Trump face à l’Europe.

Notes :

  1. Loi Macron, le choix du toujours moins, par Martine Bulard, Le Monde Diplomatique, avril 2015.
  2. Sénat Projet de loi considéré comme adopté par l’Assemblée nationale en application de l’article 49, alinéa 3, de la Constitution après engagement de la procédure accélérée « Pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques », 19 février 2015.
  3. Discours d’Emmanuel Macron, Lyon, 5 février 2017.
  4. Lire sur ces sujets Les GOPE (Grandes Orientations de la Politique Economique) ou la feuille de route économique de Matignon, par Charles-Henri Gallois, responsable national de l’UPR en charge des questions économiques, 13 mars 2017, www.upr.fr, privatisations en France.
  5.  L’inquiétant M. Macron, par Jacques Sapir,12 février 2017.
  6. Ibid 5.
  7. Alerte sur notre contrat social, par Hervé Sérieyx, Ed. Eyrolles, p.16.
  8. Lire 56, tome 1 L’Etat français complice de groupes criminels et 56, tome 2 Mensonges et crimes d’Etat, par Jean-Loup Izambert, IS Edition.
  9. Lire Trump face à l’Europe, par Jean-Loup Izambert, IS Edition (En vente sur http://www.amazon.fr)
Partager cet article
Repost0
10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 05:25

Très fin observateur de la vie politique française, Raoul Marc Jennar a écrit cet article quelques jours avant l'élection présidentielle, dans son blog.

 

I

Il se dit et s’écrit beaucoup que face au mal immédiat et définitif que représenterait l’élection de Mme le Pen, celle de Macron n’apporterait, à tout prendre, qu’un mal passager.

 

C’est perdre la mémoire et s’aveugler.

 

Perdre la mémoire, car c’est oublier que jamais il n’a été possible de revenir sur une avancée néo-libérale depuis 1983.

 

Jamais, il n’a été possible de revenir sur un traité européen. Quand deux peuples, par la voie du référendum, l’ont tenté, en 2005, on leur a infligé le plus antidémocratique des démentis.

 

A-t-il jamais été possible de revenir même sur une directive européenne ? Il suffit de constater l’impossibilité de réviser la directive sur les travailleurs détachés, qui organise la concurrence déloyale entre travailleurs de différents pays de l’UE pour s’en convaincre. Pas une seule fois, une avancée antisociale initiée par l’Union européenne n’a pu être remise en question.

 

A-t-il été possible de revenir sur les pouvoirs exorbitants de la Commission européenne dont certains membres détiennent tout à la fois du pouvoir législatif, exécutif et judiciaire ? Jamais.

 

A-t-il été possible de modifier les décisions européennes une fois qu’elles ont été intégrées dans le droit national ? Jamais.

 

A-t-il été possible d’empêcher les opérations successives de démantèlement du droit du travail ? A-t-il été possible de revenir sur les reculades successives du régime des retraites ?

 

MACRON ne sera pas « un mal passager »

On peut, comme certains, se dire qu’on va faire grève, qu’on va manifester, bref que s’agissant de Macron, le problème se règlera dans les luttes. Cela suffit-il à rendre Macron tolérable ? Cela suffit-il pour faire silence aujourd’hui sur son programme ?

 

Macron répète deux choses : « il ne cèdera en rien » ; il demande « un soutien large ». C’est le message claire d’un thatchérisme à la française. C’est la route ouverte à la violence patronale et bancaire.

 

Macron imposera sa volonté puisqu’il bénéficie du soutien du monde de la finance, de celui des affaires et des médias, dont les uns et les autres sont propriétaires.

 

Ce que Macron transformera demeurera.

 

Rappeler les dangers d’un parti qui plonge ses racines dans Vichy, c’est indispensable. Passer sous silence la révolution conservatrice qui se prépare, c’est irresponsable.

 

Il faut résolument s’opposer à Le Pen. Mais cela ne peut en aucune façon conduire à relativiser et à minimiser le danger majeur que représente aussi l’élection de Macron.

Partager cet article
Repost0
8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 06:51
Macron : la révolution !
Partager cet article
Repost0
2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 05:30

On se demande parfois d'où vient le candidat Macron. Du cerveau de Hollande, tout simplement. Je ne saurais dire si l'un a manipulé l'autre, si l'autre a manipulé l'un, s'ils ont œuvré de conserve. Tout est dans le célèbre ouvrage de Lhomme et Davet, Un président ne devrait pas dire ça. Plus précisément au début du chapitre 7, intitulé “ Le liquidateur ”.

 

Le liquidateur

 

Espérer, c’est démentir l’avenir.

Emil Michel Cioran

 

Le vacherin, fraise et glace vanille de Tahiti, nous faisait carrément de l’oeil. Et subitement, avant même d’avoir attaqué la meringue, François Hollande a eu ces mots définitifs, surprenants, lâchés au terme d’un long et rare exercice d’introspection politique : « Il faut un acte de liquidation. Il faut un hara-kiri. »

 

C’est du Parti socialiste qu’il parle, ce soir-là, 11 décembre 2015, devant nous. «Son» PS, dont il envisage ainsi froidement la dissolution. En vue de sa réélection, en 2017, il mise sur une recomposition de sa famille politique.

 

Car il compte bien y aller, évidemment.

 

Trop envie d’en découdre, de renouer avec ce sentiment exaltant que procure une campagne présidentielle, cette excitation propre à toute conquête, ces poussées d’adrénaline au moment des grands débats télévisés…

 

De Gaulle, Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy…

 

Ils ont tous retenté leur chance, avec plus ou moins de succès. Le pouvoir est un opiacé et François Hollande, incarnation même de l’homo politique, n’est pas le moins accro. Avec son fatalisme coutumier, il nous confie, début 2016 : « Je pense que si je n’ai pas les résultats, que je sois candidat ou que je ne sois pas candidat, la droite gagnera et la gauche perdra. N’importe qui à gauche et n’importe qui à droite, s’il n’y a pas les résultats. S’il y a des résultats et la dynamique qui laisse penser qu’il y en aura, ce n’est pas gagné, mais alors, ça se joue. Sinon, c’est perdu. On dira, vous, vous écrirez, peut-être : finalement il a fait des réformes, il a tenté… »

 

Pour cette nouvelle campagne, il le sait pertinemment, répondre aux attaques de la droite, tourner en ridicule ses propositions, se délecter de la primaire fratricide opposant Sarkozy, Juppé et consorts, tout cela ne lui suffira pas à convaincre les Français de lui refaire confiance.

 

Il part de très loin. Sa réélection ? Plus qu’une gageure, une mission quasi impossible. Lui y croit, au mépris des cassandres qui lui prédisent, au mieux, un destin à la Jospin, humilié au premier tour de la présidentielle de 2002.

 

Son salut réside sans doute dans la prise de risques. Lui-même constatait en octobre 2015 : « Une campagne, c’est du risque. » Il va lui falloir forcer sa nature. En tout cas, il a déjà esquissé un programme. Mieux, donc, dans l’idée de provoquer un électrochoc, à gauche, il veut porter le coup de grâce à ce Parti socialiste totalement nécrosé, dont il pressent qu’il est arrivé au bout d’une histoire vieille de près d’un demi-siècle – le PS fut fondé en 1969 sur les décombres de la SFIO.

 

Il a même imaginé un nom pour ce nouveau mouvement. Les dîners présentent cet avantage de délier les langues. Il faut croire qu’un président de la République n’échappe pas à la règle. Alors, entre le boeuf bourguignon et le fameux vacherin, Hollande s’est épanché sur cette refondation du PS qui, dit-il, le hante depuis «longtemps ». Après quelques considérations sur le paysage politique, le chef de l’État en est venu à l’essentiel. « Tant qu’il y avait des partis de gauche, les communistes, les Verts, qui acceptaient de faire alliance avec le PS et qui représentaient quelque chose, on n’avait aucun intérêt à refondre le PS, commence-t-il. Mais dès lors que ces alliés se sont rigidifiés, sectarisés, il faut faire sans ces partis-là.

 

Comment ? Avec le parti le plus important, on en fait un nouveau qui permet de s’adresser aux électeurs ou aux cadres des autres partis. Ce que vous ne faites plus par les alliances, vous le faites par la sociologie. Par l’élargissement. C’est une oeuvre plus longue, plus durable, moins tributaire d’alliances. Vous pouvez imaginer que viennent aussi des gens qui n’ont jamais fait de politique partisane, des gens du centre… » Ça ne peut pas être un jeu d’appareil, insiste Hollande, parce que ce n’est pas en additionnant les socialistes, un bout de Radicaux, quelques communistes et quelques écologistes, c’est en disant : voilà, on fait une grande formation politique…»

 

Ce nouveau mouvement, susceptible de réunir toute la gauche dite de gouvernement, Hollande imaginait alors le lancer dès le « début de l’année 2016 ». Il a pris du retard, manifestement. Ou n’a pas osé franchir le pas. « Il y a intérêt à le faire dans la perspective d’une élection présidentielle plutôt qu’au lendemain », justifie-t-il, pourtant, ce 11 décembre 2015.

 

 

Et pourquoi pas dans le cadre de la campagne de 2017 ? « Non, dit-il, ça ne marche plus, ça fait “coup”. Ou cela fait accompagnement du candidat. » Une évidence à ses yeux : « Ce n’est pas à moi de le faire. » Qui alors pour porter un tel projet, révolutionnaire pour le coup, si ce n’est le premier secrétaire du parti, l’expérimenté, le fiable et surtout l’hyper-manoeuvrier Jean-Christophe Cambadélis ?

 

« Cela devrait être lui, normalement, approuve Hollande. Il n’a pas tellement le choix, d’ailleurs : qu’est-ce que ça devient, son organisation ? Il dit qu’il est prêt. Et Valls est pour. » Le contraire eût été étonnant : depuis dix ans, le Premier ministre, partisan d’une totale mise à jour du vieux logiciel socialiste, ne manque pas une occasion de souligner l’urgence d’un changement de nom, censé symboliser l’entrée dans une nouvelle ère.


 

Macron : Hollande avait tout pensé !

Un chamboulement susceptible de contrarier les vieux militants socialistes. « Il y en a de moins en moins ! balaye crûment Hollande. Et puis, le propre d’un électeur ou d’un militant socialiste, c’est de vouloir gagner. Ce n’est pas de conserver. Mais il faut garder Jaurès, on a une histoire, on ne vient pas de nulle part. »

 

« Il faut créer quelque chose qui ne soit pas factice, insiste-t-il. Si c’est factice, on nous dira : c’est un tour de prestidigitation, on a compris. Vous avez fait un coup comme Sarkozy avec l’UMP, pour échapper à la justice électorale au moins ! Il faut dire que c’est l’hériter du PS. Le PS ne peut se dépasser que si d’autres viennent le rejoindre. Chaque fois que j’en parle à Cambadélis, il me dit :

 

“On va le faire, on va le faire.” Mais ça tarde. »

 

Il faudrait encore trouver une dénomination, un choix plus que délicat.

 

« Le meilleur nom qu’on pourrait trouver, c’est le “Parti de la gauche”, quand on y réfléchit bien », confie-t-il. Oui, mais Jean-Luc Mélenchon a déjà préempté la marque. Au fer rouge.

 

« Comme on ne peut pas s’appeler comme ça, opine Hollande, il y a le “Parti du progrès”. Le parti des progressistes. On peut y mettre les écolos. C’est facile à comprendre : vous êtes pour le progrès ? Oui. Le progrès social, humain. »

 

Le Parti du progrès, donc. Un nom qui ne fait pas franchement rêver. Sobre et abstrait, consensuel et conceptuel, à l’image de son promoteur, tout simplement. «De toute façon, il faut bouger », assure-t-il.

 

Près d’un an après ces confidences assez sensationnelles, rien n’a vraiment avancé. Cambadélis semble avoir reculé devant l’obstacle, même s’il a lancé, au printemps 2016, sa Belle Alliance populaire, supposée ramener au bercail les déçus du Hollandaise. Et comme Hollande ne veut pas apparaître en première ligne…

 

Ce n’est que partie remise. Débaptiser un parti riche d’une telle mémoire ne sera pas chose facile, mais c’est sans doute le sens de l’histoire. Au mieux social-démocrate, le PS n’a plus grand-chose de socialiste. Il n’est plus, depuis bien longtemps, le parti des classes populaires, et sa conversion à l’économie de marché est désormais totale.

À l’évidence, il ne déplairait pas à Hollande, incarnation du syncrétisme politique, d’être celui qui aura permis au PS d’effectuer sa mue, comme l’ont fait, avant lui, le Britannique Tony Blair avec le « New Labour » ou l’Allemand Gerhard Schröder au sein du SPD. Quitte à prôner une politique de centre-gauche – voire centriste tout court, sur certains plans plus sociale-libérale que sociale-démocrate, autant l’assumer jusqu’au bout. Sortir enfin de cette ambiguïté dans laquelle François Hollande s’est lui-même trop souvent complu. De toute façon, s’il ne le fait pas, Manuel Valls se chargera de la besogne, sans aucun état d’âme. Lui dont le voeu le plus cher est d’en finir une bonne fois pour toutes avec les tenants de l’orthodoxie socialiste, frondeurs ou pas, totalement en décalage de son point de vue avec le monde du XXI siècle. Le Premier ministre se rêve en Matteo Renzi français. Le jeune et flamboyant président du Conseil italien est lui aussi classé à la droite de son mouvement de centre-gauche, le Parti démocrate. Cela fait un bon moment, déjà, que l’ex-maire d’Évry, théoricien des « gauches irréconciliables », juge nécessaire une « clarification » au sein du PS, opération dont il ne lui déplairait pas d’être le maître d’oeuvre. Si ce n’est pas pour ce coup-là, il patientera. L’avenir lui appartient.

 

Contrairement à une idée longtemps propagée, au cours du quinquennat Hollande, les deux hommes n’ont jamais été en concurrence dans l’optique de la présidentielle de 2017. Le président nous redit sa confiance totale dans la fidélité de son Premier ministre. Non, Valls ne le trahira pas, il ne se lancera pas dans la course contre Hollande. Ne serait-ce que parce qu’il n’y aurait aucun avantage… « C’est son intérêt, explique Hollande. Il se dit : “Si ça ne marche pas, pourquoi j’irais moi au casse-pipe ?” Il préfère dire : “Finalement, Hollande a fait ce qu’il a pu, je l’ai soutenu, ça a été honorable, on a perdu, je serai le candidat pour 2022.” C’est humain. Ça ne veut pas dire qu’il le sera, car pour 2022, il y aura d’autres inconnues. Mais il peut se dire : “Après, qu’est-ce que j’ai ? J’ai Montebourg, je n’en ferai qu’une bouchée le moment venu, Aubry, ce sera terminé, Ségolène, ce sera terminé, Hollande aura donné ce qu’il pouvait…” Voilà. Dans sa génération, sauf à être dépassé par un plus jeune… » Emmanuel Macron, par exemple.

 

S’il devait se choisir un successeur, entre Valls et Macron, la loyauté d’un côté, l’ingratitude de l’autre, Hollande n’hésiterait pas.

Partager cet article
Repost0
30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 05:45

J'ai regardé le Journal télévisé de France 2 le 28 avril 2017 à 13 h. Le premier sujet était présenté ainsi par Marie-Sophie Lacarrau : "Jean-Luc Mélenchon pressé de toutes parts. Que fera le candidat de la France insoumise le 7 mai prochain ? Il doit sortir de son silence aujourd'hui. De plus en plus de voix s'élèvent pour qu'il donne une consigne de vote claire et précise".

 

Après un bref sujet sur le manque de présidents et d'assesseurs pour le deuxième tour, compte tenu de l'élimination, au premier tour, des candidats L.R. et P.S., qui avaient fourni d'importants contingents pour tenir les bureaux de vote, on repasse à Jean-Luc Mélenchon.

 

Marie-Sophie Lacarrau : "Et ce vendredi, on attend surtout la déclaration de Jean-Luc Mélenchon, qui doit s'exprimer sur les réseaux sociaux. Que fera-t-il pour le second tour ? Donnera-t-il une consigne aux 7 millions d'électeurs qui ont voté pour lui dimanche dimanche dernier ? Le candidat de la France Insoumise est sous pression. Margot Manière".

 

Margot Manière : "Depuis dimanche pas un mot et pas de consigne de vote. Jean-Luc Mélenchon refuse de dire ce qu'il fera le 7 mai. Sous le feu des critiques, il doit sortir de son silence aujourd'hui sur sa chaîne YouTube. La pression monte, Bertrand Delanoë n'hésite pas, ce matin, à comparer le FN aux nazis.

 

Bertrand Delanoë : "Dans les années 30 en Allemagne, l'extrême-gauche n'a pas voulu choisir entre les sociaux-démocrates et les nazis. Hitler a été élu par le suffrage universel. Alors, je ne culpabilise personne, j'appelle à la responsabilité, à la conscience et aussi à la générosité. A un moment donné, il faut être pour la France avant d'être pour ses vieilles rancœurs."

 

Margot Manière : "Bertrand Delanoë l'appelle à voter Emmanuel Macron et l'intéressé tente de culpabiliser les électeurs de Jean-Luc Mélenchon tentés par l'abstention et le vote blanc".

 

Emmanuel Macron : "Ne pas se positionner, c'est décider d'aider madame Le Pen. C'est décider de renforcer un projet qui est un projet de sortie de l'Europe, de l'euro, et de la République et de ses valeurs. Soyons tous face à nos responsabilités. C'est trop facile d'avoir fait des leçons de morale pendant longtemps et vouloir s'en affranchir".

 

Margot Manière : "La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon semble aujourd'hui divisée. Certains de ses proches ont annoncé qu'ils voteraient Emmanuel Macron".

 

 

Remarque 1. Le reportage de France 2 est faux jeton en ce qu'il présente la pression sur Jean-Luc Mélenchon comme étant celle des partis politiques alors que cette pression est aussi celle des médias... parmi lesquels France 2 ! Ce sujet, en effet, n'est pas le premier : depuis dimanche soir, sur France Inter, sur France Info, ou sur les chaînes télévisées du service public (sans préjudice des autres), c'est la même antienne qui revient. Le fait de rapporter un propos est une manière détournée, hypocrite, de reprendre le propos à son compte sans l'assumer ouvertement. Comme quelqu'un qui dit à un tiers : "J'ai rencontré ton collègue hier soir, il m'a dit que tu étais un foutu imbécile !" Que doit penser du locuteur qui rapporte ces propos l'auditeur à qui elles sont destinées ? L'impatience, l'agacement à l'égard de Jean-Luc Mélenchon ne sont pas le fait des seuls politiques, ils le sont aussi (peut-être même surtout) des médias.

 

Remarque 2. Le reportage est aussi faux jeton en ce que ce n'est pas une consigne de vote claire et précise qu'il attend ! Car dire aux électeurs : "Allez à la pêche le 7 mai", c'est clair et précis. Leur dire "Votez blanc", c'est tout aussi clair et précis. Or, comme on peut raisonnablement exclure que Jean-Luc Mélenchon appelle à voter Marine Le Pen, la seule consigne de vote "claire et précise" qu'attendent en réalité les médias, c'est que Jean-Luc Mélenchon dise : "Votez Macron" ! Mais alors, pourquoi ne pas l'avoir annoncé d'entrée de jeu ?

 

Remarque 3. La comparaison de Bertrand Delanoë entre le Parti nazi et le Front National est excessive et maladroite. Elle est excessive car même si le Front National est ce qu'il est, la France n'est pas dans la situation de l'Allemagne de 1933. Le Front National en est actuellement à deux députés et deux apparentés. En un mois, pour gouverner, il doit passer de 4 députés à au moins 289 députés. Est-ce vraisemblable ? De plus, il ne disposera ni du Sénat, ni du Conseil constitutionnel, ni des juges et on peut imaginer que toutes ses dispositions se heurteront à une guérilla juridique acharnée comme celle qu'a dû affronter Donald Trump depuis son entrée en fonction aux États-Unis. Sans préjudice de toutes les autres formes d'opposition : manifestations, grèves, grèves du zèle, barrages, etc.

 

Remarque 4. On peut, certes, contester cette vision "optimiste" de l'efficacité de l'opposition à une présidence éventuelle de Marine Le Pen. L'essentiel, néanmoins, n'est pas là : l'essentiel est qu'en comparant les électeurs du Front National à ceux du Parti nazi, Bertrand Delanoë a mal visé. Au lieu de dissuader des électeurs potentiels du F.N., il risque de les avoir braqués, vexés, humiliés. D'être l'objet d'un rapprochement aussi infamant leur aura peut-être fait franchir le pas du vote. Ce qui est excessif, disait Talleyrand, est insignifiant.

 

Remarque 5. On notera aussi, au passage, l'usage amusant, par Bertrand Delanoë, de la figure de rhétorique appelée prétérition : comment dire quelque chose en prétendant ne pas le dire. Par exemple : "Si je n'avais pas le plus grand respect pour vous, monsieur le directeur, je vous dirais que vous êtes un corniaud". Ici, Delanoë prétend ne culpabiliser personne mais c'est pourtant, implicitement, ce qu'il fait. "Je ne culpabilise personne... mais [sous-entendu] si, dans deux ans, la France est couverte de camps de rétention, Mélenchon n'aura qu'à s'en prendre qu'à lui-même"...

 

Remarque 6. Sans le vouloir (inconsciemment ?) Bertrand Delanoë utilise par ailleurs le même type d'argument que le Front National, qui prétend se placer au-dessus des partis, dans le seul intérêt du pays ("Ni de gauche, ni de droite, Français !"), Bertrand Delanoë qui aurait pu dire : "A un moment donné, il faut être pour la démocratie, l'altruisme, l'ouverture, l'humanité, l'égalité, le progrès - toutes valeurs portées par la gauche - dit "il faut être pour la France"... comme si les électeurs du Front National n'en faisaient pas partie ! [Entendons-nous : je ne plaide pas pour les électeurs du Front National. Je dis simplement que cette formulation est maladroite à leur égard].

 

Remarque 7. De l'élection de 2002 à celle d'aujourd'hui, il y a une grosse différence : en 2002, la mobilisation avait fait suite à la sidération - et à la peur - qui avait suivi l'élimination de Lionel Jospin par Jean-Marie Le Pen. A l'époque, l'opinion (et votre serviteur en premier), avait réagi émotionnellement, bien que la perspective d'une victoire Le Pen n'ait été ni vraisemblable, ni envisageable ni même envisagée. A l'époque, il s'agissait de faire barrage à Le Pen, d'être contre Le Pen. Aujourd'hui, ce n'est plus la même chose : personne ne croit sérieusement à une victoire de Marine Le Pen, comme en témoignent la maigreur des manifestations étudiantes, l'absence de mot d'ordre de manifestation unitaire et la désunion des syndicats au 1er mai. Aujourd'hui, ce qui compte, c'est moins d'être contre Marine Le Pen que d'être pour Macron, de faire élire Macron, et, à cet égard, l'usage de slogans anti-Le Pen ne saurait tromper. Ces slogans sont, en creux, des slogans pour Macron.

 

Remarque 8. Ce dont les journalistes (et les politiques) ne s'aperçoivent pas, c'est que la raison de la montée du Front National est précisément due à des gens comme Emmanuel Macron et consorts (Valls, El-Khomri), avec toutes les politiques de privatisation initiées par la droite, et les politiques de résignation et de capitulation (voire de collaboration active) poursuivies par le Parti socialiste (Mitterrand, Fabius, Beregovoy, Jospin, Hollande, Valls). Pour reprendre une expression de Dominique de Villepin à propos des djihadistes, vouloir combattre le Front National avec la politique d'Emmanuel Macron, c'est vouloir éteindre un incendie avec un lance-flammes...

 

Remarque 9. Dans l'histoire de la Cinquième République, Emmanuel Macron est le quatrième homme que la droite est allée chercher pour le propulser au sommet de l’État et qui n'est pas un élu, mais un haut fonctionnaire, un professeur ou un dirigeant du privé. Avec Georges Pompidou (Conseil d'Etat, Banque Rothschild), Édouard Balladur (Secrétaire général de l’Élysée, président de la société du Tunnel du Mont Blanc), Raymond Barre (professeur d'économie, vice-président de la Commission européenne), Emmanuel Macron (Banque Rothschild, secrétaire général de l'Élysée). Ce qui aggrave le cas d'Emmanuel Macron, c'est qu'il a été poussé par tout le monde (droite, "gauche", milieux d'affaires, médias). Cela donne une idée du respect du suffrage universel dans les hautes sphères de l’État...

 

 

 

France 2, Macron, Delanoë, par Philippe Arnaud

PS : 

 

1. C'est la troisième fois que, sous la Cinquième République, un deuxième tour des présidentielles voit la droite affronter la droite. Tout le monde pense, certes, à 2002 et au duel Chirac-Le Pen, mais peu pensent à l'élection de 1969, qui vit le duel Pompidou-Poher. Ce qui est d'ailleurs curieux, c'est qu'à l'époque le candidat communiste (Jacques Duclos) avait fait un score comparable à celui de Jean-Luc Mélenchon (21,2 %, contre 19,6 % pour Mélenchon) et que le candidat socialiste, Gaston Defferre, avait fait un score encore plus piteux (5 %) que celui de Benoît Hamon (6,36 %).

 

Toutes choses égales par ailleurs, on pourrait d'ailleurs, par principe, estimer que des électeurs de gauche n'ont pas à se commettre dans un scrutin où ils n'ont pas leur place et où ils ne recueillent rien en échange de leur vote de supplétifs : on l'a vu avec Chirac après 2002.

 

2. Il est immoral d'empêcher un parti (en l'occurrence le Front National) d'obtenir des mandats électifs (maire, député, sénateur, conseiller départemental ou régional, président de la République) en manigançant des alliances de circonstance qui s'évaporent dès le lendemain du scrutin. C'est anormal, c'est artificiel et c'est une tricherie : si un parti recueille beaucoup de voix, il doit avoir beaucoup d'élus. Actuellement, le parti communiste, qui ne représente qu'une portion congrue du corps électoral, a encore des milliers d'élus. Le Front National, qui a eu jusqu'à 28 %, a que dalle comme élus (même si leur nombre a augmenté lors des derniers scrutins). On ne fait pas tomber la fièvre en en cassant le thermomètre : plus les gens auront le sentiment qu'on barre la route au Front National, plus ils voteront pour lui. Plus on bouche la cocote-minute, plus la pression monte...

 

3. Faut-il préciser qu'en écrivant cela je ne stigmatise en rien le Parti communiste et que je n'approuve en rien le Front National ? Je dis que s'il faut combattre ce dernier, il faut le faire très en amont, patiemment, durant des années, par des politiques effectivement de gauche et non le jour du scrutin : ce jour-là, il est trop tard !

 

Quand on est porté au pouvoir par des voix de gauche, on ne se couche pas devant le Medef, devant la Commission de Bruxelles, devant la BCE, devant l'OMC, devant l'OCDE et le FMI, on ne signe pas le TAFTA et le CETA, on ne dit pas qu'on n'y peut rien, on ne trahit pas les électeurs qui ont voté non à 55 % au TCE en 2005, en faisant voter oui aux parlementaires deux ans après...

 

Quand on dit, dans sa campagne électorale, que son ennemie c'est la finance et qu'on fait voter une loi El Khomri qui écrase les droits des salariés, on ne vient pas pleurnicher, après, que le Front National, par son score, ridiculise le candidat de son parti. Bossuet dit : "Dieu se rit de ceux qui maudissent les conséquences des causes qu'ils chérissent".

 

4. J'approuve la position de Jean-Luc Mélenchon de ne pas donner de consigne de vote : ceux qui vont à la soupe auprès de Macron sont assez nombreux pour lui assurer une élection de maréchal.

 

5. En votant Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen, on aura cinq ans de présidence Macron, c'est-à-dire cinq ans de dérégulation, cinq ans de privatisations, cinq ans de baisses des retraites, cinq ans de baisse des remboursements Sécu, de baisse d'allocations chômage, cinq ans de diminution du nombre de fonctionnaires, cinq ans de politique ultralibérale, et, en 2022, au lieu d'être à 21 %, Marine Le Pen sera à 30 %...

Partager cet article
Repost0
27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 05:17

Lorsque Khomnei et les religieux intégristes ont pris le pouvoir en Iran, les femmes surent exactement ce qui allait leur tomber dessus : l'enfermement, l'inégalité, la mise sous tutelle. Elles manifestèrent en masse pour protester contre l'obligation du port du tchador. C'était il y a presque quarante ans.

 

Aujourd'hui, en France, en Grande-Bretagne, au Canada, en Suède et dans des dizaines d'autres pays, des femmes portent plus ou moins volontairement ce symbole de régression. Mais la différence entre elles et leurs sœur iraniennes, c'est qu'elles ont la liberté de changer de tenue, de se réapproprier la mode occidentale parce qu'elles vivent dans des pays de liberté. Leurs sœurs iraniennes qui tentèrent cette gageure subirent le fouet, des peines de prison, la perte de l'autorité parentale.

Rien n'est jamais acquis, en Iran comme ailleurs

Cette photo m'a fait penser à une anecdote du début des années soixante-dix. Un de mes amis décide de s'offrir le voyage, mythique et très à la mode à l'époque, vers Katmandou. Il passe par l'Iran. Le pays est gouverné par un empereur, ou chah, Mohammad Reza Pahlavi. La dictature est implacable. Une police politique, la Savak (fondée avec l'aide de la CIA et du Mossad), emprisonne, torture et exécute les opposants. Lorsque Khomeini prendra le pouvoir, il fera exécuter des milliers d'agents de la Savak, feignant d'oublier que cette entreprise terroriste d'État l'avait épargné. Et il instaurera sa propre police politique, la Savama (Organisation du renseignement et de la sécurité de la nation iranienne).

 

Pendant des années, notre cher Chah nous a bassiné avec les problèmes de stérilité de sa deuxième femme Soraya (il avait été précédemment marié à une Égyptienne qu'il n'avait jamais rencontrée avant la noce et qui lui avait donné une fille). Dans les années cinquante, ces problèmes firent les choux gras d'hebdomadaires comme France Dimanche ou Paris Match qui avaient un contrat avec la cour iranienne : ils avaient leur entrée libre au palais, ils pouvaient broder sur le privé du souverain et de sa femme mais ne devaient en aucun cas parler politique. Accord qu'ils respectèrent scrupuleusement pendant que la Savak torturait.

 

Mais revenons à l'anecdote. Mon ami traverse l'Iran en autocar, dans la direction de l'Afghanistan. Juste avant d'arriver à la frontière entre les deux pays, il fait la connaissance d'un étudiant iranien parlant le français et qui a goûté aux joies des geôles de la Savak. Mon ami veut l'interroger sur ses peines récentes. “ D'accord, mais on fait cinq kilomètres et on franchit la frontière ” (non matérialisée). “ En Afghanistan, dit-il, je pourrai te parler ”. Et il ajoute que ce pays est une terre de liberté, en particulier pour les citadins éduqués.

 

Quelques heures plus tard, les deux hommes se quittent, non sans que l'étudiant iranien ait donné à mon ami l'adresse d'un de ses collègues susceptible de l'héberger à Kaboul. “ Tu trouveras facilement, c'est juste à côté du lycée français ”.

 

En théorie, un lycée français ne scolarise pas de lycéens originaires du pays où il est implanté. Mais il y a des binationaux et puis des arrangements, si bien que le lycée français de Kaboul comptait forcément des lycéens – et lycéennes – afghans et afghanes. Quelle ne fut pas la surprise de mon ami de découvrir à la sortie du lycée des garçons aux cheveux longs et des filles en mini-jupes ! 

 

C'était il y a quarante-cinq ans. Comme on disait à l'époque, le corps des femmes n'était pas un champ de bataille.

Partager cet article
Repost0
22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 05:45

La seule affiche gribouillée est celle de Fillon. Ça fait chaud au cœur.

 

Je ne suis pas l'auteur de ce graffiti, somme toute de bon aloi.

Devant mon bureau de vote
Partager cet article
Repost0