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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 06:33

Une réflexion de C.O.U.R.R.I.E.L.

 

Notre « Johnny national », comme disent les médias, porte un pseudo américain, rêve de devenir belge ou monégasque pour échapper à l’impôt sur la fortune (c’est-à-dire à la solidarité du riche qu’il est devenu avec les petites gens qui ont fait sa fortune : seuls les pauvres devraient-ils financer la protection sociale et les services publics ?) ; ce « rebelle » appelle à voter Sarko et combat la gauche populaire ; entre deux tournées en France, qui lui permettent de se renflouer quand il a trop fait la fête, il séjourne tantôt en Suisse, tantôt en Amérique. Et voilà maintenant que, cerise sur le gâteau, il annonce un disque entièrement chanté en anglais.

 

On peut certes penser que cet homme, dont beaucoup apprécient le talent, est depuis toujours victime d’un entourage qui l’entraîne à trahir le pays qui lui est toujours resté fidèle, fût-ce à sens unique. On peut même garder un fond de tendresse pour ce vieil ado qui a longtemps prouvé qu’on pouvait chanter en français des tubes « qui balancent » et dont la trajectoire perso n’a rien du « long fleuve tranquille » des enfants nés coiffés.

 

Mais on peut aussi penser que certains n’ont décidément aucun scrupule, que leur seule patrie est le fric, que la seule civilisation qu’ils révèrent est celle des maîtres yankees et que leur ingratitude envers leur langue maternelle, envers leur pays d’adoption, est décidément sans limite.

 

Mais le plus triste n’est pas que les Depardieu, Hallyday et consorts renient leur pays et qu’ils méprisent le « petit peuple » qui les a « faits », adoptés et constamment accompagnés.

 

 

Le plus triste est qu’une partie de notre peuple semble parfois « en redemander », reniant sa langue pour le tout-globish, affichant partout le « stars and stripes » ou l’ « Union Jack » pourtant si menacé à domicile (à quand la sécession de l’Ecosse et du Pays de Galles, à quand la réunification républicaine de l’Irlande, à quand la fin du Royaume « Uni » ?).

 

Bien sûr, ce n’est pas totalement la faute du peuple français, qui est matraqué quotidiennement de films américains, abreuvé de chansons et de pubs en anglais, humecté de « bain linguistique » anglais dès la maternelle, et qui à l’arrière-plan de toute cette POLITIQUE de basculement linguistique inavoué, se voit gaver d’idéologie néolibérale et d’adulation du sinistre « american Dream » (les États-Unis sont le pays qui emprisonne le plus, qui enchaîne les guerres impérialistes, qui torture ouvertement ses prisonniers de guerre, qui fomente des « attentats ciblés » par drones interposés dans des pays prétendument indépendants, qui espionne la planète entière comme l’a révélé E. Snowden, et surtout, qui impose au monde entier un système militaro-économique qui permet à trois cents personnes de posséder plus que le milliard d’hommes le plus pauvre : qui dit pire ?).

 

Certes, comme l’expliquait Marx, « dans une société divisée en classes, les pensées dominantes sont les pensées de la classe dominante », et – ajouterons-nous, la langue dominante est celle de l’oligarchie mondiale dominante. Mais voilà : il n’est pas interdit de résister. De se révolter. De refuser d’avaler n’importe quoi pourvu que cela soit estampillé « made in the States ». Pas interdit non plus de se souvenir du vieil esprit frondeur du peuple français qui s’exprimait déjà par des chansons bien senties à l’encontre des puissants, qu’il s’agisse des « mazarinades » de la Fronde, des chants révolutionnaires de l’An II, de l’Internationale et duTemps des cerises rédigés par des poètes communards, des airs à la fois tendres, railleurs et poétiques des Brassens, Greco, Moustaki, Barbara, Brel, Renaud, Ferrat, Ferré, Perret, pour ne parler que de l’ancienne génération...

 

Par bonheur, alors que toute une partie de la jeunesse aliénée par l’énorme machine de domination US et ses collabos « culturels » hexagonaux donne tête baissée dans tous les panneaux, on voit des jeunes des cités populaires, souvent issus de l’immigration, faire vivre le français moderne dans leurs textes de slam ou de rap. Manifestement ce n’est pas eux, dans notre pays, qui ont le plus gros problème d’identité « nationale », n’en déplaise à Sarko et à Valls. Même s’ils l’ignorent, ils sont l’avenir de Marianne. Comme les jeunes Tunisiens font plus pour la francophonie résistante que quarante Académiciens (et nous ne parlons pas du combatif Michel Serres !) quand ils crient « dégage Enahda » après avoir crié, en français et en arabe dialectal, « dégage, Ben Ali » !

 

 

Pas de pire esclavage que celui qui se prend pour la liberté. Pas de pire servitude que la servitude volontaire.

 

Le disque d’Hallyday va certainement être « promu » par tout le système médiatique et publicitaire « français ». Y compris par le prétendu « service public » audiovisuel, qui viole quotidiennement la loi et la constitution française en baptisant ses émissions et ses « produits » culturels « Welcome », « Summertime », « Come on !», etc. La loi, la Constitution, c’est bon pour les pauvres. Quand les milliards de l’industrie culturelle sont en jeu, le puissant CSA devient tout-à-coup fort inaudible ou plutôt, totalement indifférent… Ne parlons pas de Hollande qui prétend « défendre l’exception culturelle » tout en préparant l’entrée de notre malheureux Euro-Frenchland déculturé dans l’ « Union transatlantique » prônée par Obama et exigée par le MEDEF…

 

Non, ceux qui résisteront ne seront pas ceux qui défendront « ce-pauvre-Johnny-attaqué-par-des-ringards »… mais soutenu unanimement par les médias, par la presse de droite et par la gauche bobo du type « Libé ». C’est le français qui est attaqué partout, et maintenant par le « Johnny national », qui rallie le camp du plus fort : n’inversons pas les choses.

 

Alors les rebelles, ce ne sont pas ceux qui disent cent fois par heure « yeeeeeeees » ! ou « OK ». La rébellion est du côté de ceux qui refusent ce matraquage honteux qui vise à nous bourrer le crâne, à nous couper la langue et à nous détourner de la résistance à la casse de notre pays, de nos emplois et de nos acquis. Les rebelles ce sont ceux qui savent encore dire « non » en attendant de se souvenir d’un autre mot français composé de cinq lettres, par lequel jadis un général issu du peuple sut défier les envahisseurs anglo-européens qui menaçaient la France d’alors. 

 

 
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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 09:28

J'ai publié ce qui suit, il y a quelques lustres, dans une revue allemande (références de la version originale en anglais ici). Souvenirs...

 

 

Tout acte culturel, toute consommation de biens ressort à une démarche de mul­tiplication. Toute pratique commune exprime une “ sociabilité du sensible ”[1]. En 1939, en France, la radio touchait un public de masse (5 millions de postes récepteurs). Il était naturel que l’occupant nazi, les collaborateurs, mais aussi les[2] résistants de Londres s’intéressent à ce nouveau moyen de communication de masse et ce qu’il véhi­culait en priorité : information, propagande et divertissement.

 

A l’orée de la guerre, la chanson était passée depuis une décennie de la salle de spectacle aux ondes radiophoniques. Dans le climat post-munichois et celui de la “ drôle de guerre ”, les chansons de qualité à succès étaient celles, quelque peu acidulées, iro­niques ou parodiques de Pills et Tabet ou de Mireille et de Jean Nohain (“ Couchés dans le foin ”, “ Le vieux Château ”). Juste avant la conflagration, Charles Trénet avait po­pularisé l’insouciant “ Y’a d’la Joie ” :

 

Y’a d’la joie

Bonjour, bonjour les hirondelles

Y’a d’la joie

Dans le ciel par dessus les toits.

 

et le fameusement — quoique involontairement — proleptique “ Boum ” :

 

Boum!

Quand notre cœur fait boum!

Tout avec lui dit boum!

Et c’est l’amour qui s’éveille.

 

 

Émotion et surréalisme avaient envahi la vie quotidienne des Français. Dans le même temps, le climat international devenant tendu, la chanson patriotique, pratiquement disparu depuis 1920, refleurit. Des au­teurs de chansons tentent de retrouver le style des années 1870 à 1914. Lucienne Boyer chante “ La Fille à Madelon ”, et George Thill prévient : “ Ils ne passeront pas! ” :

 

Pétain a dit à ses soldats :

Soyez certains, ils n’passeront pas

Il faut qu’on tienne

 

Ce genre patriotique rencontre assez peu de succès, à l’exception de “ Ça fait d’excellents Français ” de Georges Van Parys, créée par Maurice Chevalier. Cette chanson au ton primesautier envoie un double message : les Français sont pacifiques, rigolards, pour tout dire Gaulois; et, dans le même mouvement, ils peuvent faire face à la guerre, réapprendre d’instinct à marcher au pas, respecter à nouveau l’uniforme. Dès le début de l’occupation allemande, s’engouffrent des créations réalistes exprimant la solitude, le vague à l’âme, l’incertitude : “ Je suis seule ce soir ”, “ J’attendrai ”, “ Attends-moi mon amour ”. Les grands music halls (Les Folies Bergères, le Concert Mayol, le Lido, l’A.B.C. qui accueille la revue de Gilles Margaritis Chesterfollies et tous les grands noms du tour de chant de Tino Rossi à Léo Marjane) sont alors bondés de civils français côtoyant sans vergogne les uniformes des officiers de la Wehrmacht. Les filles déshabillées, les plumes, le strass redonnent vie au Paris insouciant et frivole de la Belle Époque.

 

Mais la France est terrassée. Des centaines de milliers de famille ont fui leurs foyers. Le pays est coupé en deux. L’Alsace a été réannexée et le Nord est administré directement par l’occupant. Cela n’em­pêche pas Maurice Chevalier et son ami, l’ancien champion du monde de boxe Georges Carpentier de faire de la publicité pour les vélos-taxis puisque la circulation demeure interdite. Le même Chevalier entonne alors une chanson très entraînante, quoique reflétant bien peu le réel :

 

Tsimpa Poum Pala

C’est notre espoir

 

 

Le régime de Vichy traduit dans les faits la revanche d’une France passéiste et réactionnaire sur l’“ ennemi intérieur ” : francs-maçons, démocrates, communistes et, bien sûr, Juifs. L’armée française a été balayée mais ses fanfares jouent dans les kiosques. Radio Paris, contrôlée par la puissance occupante, ex­plique que la défaite était méritée. La résistance gaulliste répond sur les antennes de la BBC que “ Radio Paris ment, Radio Paris est allemand ”. L’ordre nouveau du Maréchal Pétain exalte la terre — qui, selon le slogan du philosophe Emmanuel Berl[3], « ne ment pas », et aussi le grand air, le folklore. La radio diffuse des chansons paysannes jusqu’à satiété :

 

Aimons nos montagnes

Nos Alpes de neige

Aimons nos campagnes

Que Dieu les protège

 

La chanteuse fantaisiste Marcelle Bordas s’illustre en vantant le retour à la terre :

 

Ah, comme la France est belle

Et comme on se sent fier

D’être un de ses enfants

 

 

Le travail manuel est réhabilité, tout comme les exercices physiques. Maurice Chevalier, qui est depuis longtemps le chanteur français le plus populaire, crée “ La Chanson du maçon ” :

 

Si tout le monde apportait son moellon

Nous rebâtirions notre maison

Qui deviendrait

La maison du bon Dieu

 

La radio pétainiste programme en priorité des chansons où la propagande se veut discrète, mais qui expriment la nostalgie pour un passé insouciant et un présent qui se veut éloigné des tristes réalités. La chanson d’amour se porte à merveille (“ Le premier rendez-vous ”), tout comme celle qui fait appel au fol­klore campagnard (“ Le petit vin blanc qu’on boit sous les tonnelles ”), à une France éternelle, intouchée (“ Ça sent si bon la France ”, par Maurice Chevalier). Même Jacques Prévert, poète d’extrême-gauche qui animait peu de temps avant le début des hostilités le groupe théâtral Octobre, seule troupe d’agit-prop ayant connu quelque succès, se limite à des textes purement poétiques. Charles Trénet chante “ Terre ”, et André Dassary, basque très populaire, ancien chanteur de l’orchestre de Ray Ventura, “ Vive la terre de France ” :

 

Pour que le pays soit plus beau

Il faut des bras pour la charrue

 

Pour Pétain le Front Populaire avait été une période de jouissance fautrice de décadence et de guerre. Il in­terdit les bals populaires où l’on dance, où l’on se touche, et où l’on peut parler. Les chansons s’adressent maintenant aux prisonniers et à toutes les personnes déplacées, déboussolées : “ Ça sent si bon la France ”. Le régime remet à l’honneur de vieilles chansons traditionnelles : “ Sur la route de Louviers ”, “ Une fleur au chapeau ”. Mais au hit-parade de la chanson pétainiste, grimpe en quelques semaines un véritable petit chef d’œuvre : “ Maréchal, nous voilà ” de Charles Courtiaux et André Montagard. André Dassary en fait l’hymne officieux  du régime :

 

Une flamme sacrée

Monte du sol natal;

Et la France enivrée

Te salue, Maréchal.

Maréchal, nous voilà

Devant toi, le sauveur de la France,

Nous jurons, nous tes gars,

De servir et de suivre tes pas.

Maréchal, nous voilà,

Tu nous as redonné l’espérance.

La patrie renaîtra,

Maréchal, Maréchal,

Nous voilà!

 

 

Cela dit, les Allemands et Vichy se servent assez peu de la chanson dans la propagande de tous les jours. Rares sont les chansons qui prônent ouvertement la collaboration. Les hitlériens français empruntent au répertoire allemand (“ J’avais un camarade ”). la propagande préfère utiliser des vedettes de second plan pour proposer des programmes lénifiants, sans aucune prise avec le réel. C’est le cas d’André Claveau qui, à Radio Paris, station contrôlée par les Allemands, anime une émission pour les femmes, “ Cette heure est à vous ”. Outre Claveau, la plupart des vedettes des années trente poursuivent leur carrière, à Paris ou en zone non occupée : Raymond Legrand et son orchestre  s’engouffrent dans le créneau laissé vacant par Ray Ventura qui a dû émigrer, Jean Sablon (“ Je tire ma révérence ”), Léo Marjane, et, bien sûr, Édith Piaf, Charles Trénet et Maurice Chevalier. The show must go on at all costs. Les chanteurs acceptent quelques compromissions bénignes ou quelques prestations douteuses : un récital bien payé pour Radio Paris, un gala au profit du Secours National. Une minorité finira par accepter de se rendre en Allemagne en échange, pour satisfaire leur conscience, de la libération de quelques prisonniers de guerre. On trouve par exemple dans l’édition française de Signal un article sur Maurice Chevalier chantant “ Ya d’la joie ” devant une salle de prisonniers de guerre en janvier 1942, dans le Stalag d’Alten-Grabow où il avait été lui-même prisonnier pendant la première Guerre Mondiale. Il se dit “ reconnaissant aux autorités allemandes ” car, en échange de sa venue, elles ont libéré quelques Français[4]. Susy Delair, Albert Préjean, Viviane Romance répondent à l’invitation de Karl Frölich, le président de la Corporation du Cinéma Allemand. Piaf, Trénet, Léo Marjane[5], Raymond Legrand et son orchestre se produisent  dans des stalags ou dans des salles de spectacle de grandes villes al­lemandes jusqu’en 1943[6]. Le grand succès des premières années de guerre, celui qui, par delà l’horreur du conflit, unit les militaires et les civils français et allemands, reste la version française de “ Lily Marlène ”, créée par Suzy Solidor[7].

 

 

Le comique troupier Ouvrard est stipendié par l’organisation Kraft durch Freude. Pour l’occupant, les vedettes françaises, une fois leurs remords apaisés, doivent œuvrer en ambassadeurs auprès des prisonniers, puis des Français envoyés en Allemagne au titre du Service du Travail Obligatoire. Qu’elles le veuillent ou non, ces vedettes justifient la soumission de la France à l’Al­lemagne puisqu’elles font passer comme un état de fait naturel la collaboration politique, économique et culturelle entre les deux pays. Heureusement, ces faiblesses, ces compromissions avec l’occupant seront assez rares, malgré des cachets très substantiels. Un passage à Radio-Paris peut rapporter trente fois le salaire mensuel d’un ouvrier. Parfois même, en présence des Allemands, certaines vedettes se risquent à d’authen­tiques provocations. Ainsi, un soir de 1942, à la fin d’un tour de chant à l’A.B.C., Édith Piaf, illuminée par le drapeau tricolore français, lance devant plusieurs rangées d’officiers allemands : « Où sont-ils tous mes copains? ». Le public français exulte.[8]

 

 

Rares sont les chanteurs allemands qui parviennent à s’imposer sur les scènes ou les ondes françaises. Quelques femmes réussissent dans un registre sensuel : Marika Rokk, Eva Busch et la suédoise Zarah Leander.

 

Les Allemands et les Vichystes partagent la même préoccupation : distraire les Français, offrir à une société écrasée de problèmes mais qui, globalement est restée sur ses rails, les formes d’expression artis­tiques qu’elle souhaite : tradition et innovation afin d’éviter des troubles dans la population. Alors, comme le disait si bien le commandant du gross Paris, “ Paris sera toujours Paris ”. Dès juillet 1940, le Casino de Paris rouvre des portes sur lesquelles on peut lire “ Interdit aux Juifs et aux Chiens ”. Le grand hall d’entrée, couleur locale oblige, est transformé en brasserie. Mistinguett, la vedette féminine la plus populaire de France (inoubliable créatrice de “ Mon homme ”), y fait sa rentrée. Les Folies-Bergères rouvrent pour un public composé en très grande majorité d’officiers allemands. Les cabarets ne désemplissent pas : Le Lido, Le Bosphore, Le Tabarin. Tout comme les bordels, dont une dizaine sont réservés à l’usage exclusif des soldats allemands du rang et cinq aux officiers de la Wehrmacht. Le plus célèbre, le One-Two-Two, est situé rue de Provence, en plein centre de Paris. Mais la soldatesque n’est pas assez nombreuse pour permettre à ces maisons closes de faire leurs affaires, et les Allemands finissent par accepter les clients français. L’ambiance est alors merveilleuse, le champagne coule à flots. Les “ maisons” permettent des rencontres officieuses : les Allemands des bureaux d’achat clandestins côtoient les tortionnaires français et gestapistes de la rue Lauriston, mais aussi le Tout-Paris du spectacle : Sacha Guitry, Vincent Scotto, Maurice Chevalier, Tino Rossi.

 

 

En 1943, la collaboration politique jette ses derniers feux. Laval est bien seul à croire à la « pérennité de l’Europe nouvelle ». En mai, il propose au Gauleiter Sauckel la négociation d’un large ac­cord (ein Ausgleich)[9]. La Milice, organisation française fasciste armée par l’occupant et chargée de dé­truire la Résistance, est haïe de la population. La propagande pétainiste est désormais totalement sans ef­fet. Cela n’empêche pas Tino Rossi de dédier à ses amis du Stalag 13B “ Quand tu reverras ton village ” (“ tu diras : rien chez moi n’a changé ”). En écho naissent quantité de chansons de résistance, de réelle solidarité avec les prisonniers, chansons “ scies ” détournant des succès bien établis, comme la Marseillaise des prisonniers :

 

Ils sont foutus

Et le monde avec allégresse

Répète avec joie sans cesse

Ils l’ont dans l’cul

Dans l’cul.

 

La France occupée est placée sous les ordres du Militärbefehlshaber. De son administration dépend la Propaganda Abteilung et la Propaganda Staffel qui, à Paris, surveille en particulier le monde du music-hall. Il est difficile de définir la politique de censure de ces services. On ne saurait dire qu’elle répond à des impératifs culturels précis, au sens où, par exemple, l’occupant ne cherche pas à imposer les modèles culturels dominant en Allemagne. Certaines manifestations qui seraient tenues pour décadentes en Allemagne sont tolérées en France[10]. En revanche, les Nazis sont très attentifs au respect de certains inter­dits politiques et raciaux : les Juifs et le communistes sont traqués. La chanson française sous l’occupation tentera assez peu de tromper la vigilance des censeurs. Ce sera, de toute façon, de manière indirecte. Ainsi, tel auteur omettra un couplet anglophile avant de soumettre son texte à la censure avant de le réintroduire une fois l’imprimatur obtenue. Ailleurs, certains auteurs risqueront des propos allusifs, comme, par exemple, pour “ La Chanson du maçon ” de M. Vandair et H. Betti. Un maçon chante une chanson reprise par un deuxième maçon, puis par un troisième etc., jusqu’à ce qu’il se crée un sentiment de solidarité dans la profession. Mais l’esprit corrosif était alors tellement peu marqué que la chanson fut perçu par les autorités de Vichy comme relevant de l’esprit de la Révolution Nationale, avant d’être interdite sur les ondes fran­çaises parce qu’elle avait été diffusée par la BBC.

 

Si de nombreux chanteurs se produisirent à Radio Paris, voire en Allemagne, il ne faut pas oublier ceux qui refusèrent toute compromission avec l’occupant ou les collaborateurs, et qui s’exilèrent pour se mettre au service de la résistance à Londres. On citera, parmi d’autres, Pierre Dac, Joséphine Baker (la très populaire meneuse américaine de la “ Revue nègre ” dans les années trente), Germaine Sablon (la sœur de Jean Sablon), et Anna Marly.

 

Une des armes favorites de ces résistants radiophoniques est la satire, dans laquelle excelle Pierre Dac (“ A dit Lily Marlène ”, “ La Défense élastique ”). D’autres textes, plus graves, parviennent jusqu’aux maquis, souvent par voie orale :

 

Le vent souffle sur les tombes

La liberté reviendra

On nous oubliera

Nous rentrerons dans l’ombre

 

C’est à Londres, dans un petit club animé par la musicienne Anna Marly, que naîtra la chanson la plus célèbre de la Résistance, “ Le Chant des Partisans ”, sur des paroles de Joseph Kessel (ami de Mermoz et de Saint-Exupéry) et son neveu Maurice Druon (futur Académicien Français).

 

 

D’abord sifflé par l’acteur Claude Dauphin (ainsi, il perçait efficacement le brouillage ennemi) et chanté par Germaine Sablon dans le film d’Albert Cavalcanti Pourquoi nous combattons, ce chant poignant et violent est enregistré par Anna Marly, dans les studios de la BBC, puis imprimés dans les Cahiers de la Libération, et parachuté par la Royal Air Force en France. Ce chant est destiné à exprimer la force contenue que chaque combattant peut apporter au grand fleuve de la Résistance. Cet hymne de l’ombre est caractérisé par un rythme lent, une métrique inhabituelle — vers de 11 pieds, chute de 3 pieds —. La mélodie progresse par imitation et retrouve sonpoint de départ à chaque chute de rythme. Chant du combattant, il valorise le maquisard et, à travers lui, les classes sociales qui supportent l’essentiel de la lutte, qui payent « le prix du sang et des larmes ». La reconnaissance de cet état de fait par deux auteurs d’obédience gaulliste n’en est que plus significative.[11] Un murmure sourd, appel à combattre, devient ainsi un cri éclatant né des entrailles de la terre, et destiné à venger ceux qui sont morts au combat ou qui croupissent dans les geôles de l’occupant :

 

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux

Sur la plaine?

Ami, entends-tu le chant lourd du pays

Qu’on enchaîne?

Ohé, partisans, ouvriers et paysans

A vos armes!

Ce soir, l’ennemi connaîtra le prix du sang

Et des larmes.

[…]

Ici, nous, vois-tu

Nous on marche,

Nous on tue,

Nous on crève!

 

Dans un pays qui n’entrera en résistance que progressivement, un phénomène inattendu exprime, dans les villes du moins, un fossé entre générations : le mouvement zazou. Des jeunes bourgeois, passablement inconscients, défient l’ordre moral vichyste, voire l’occupant. Leurs motivations sont infiniment moins politiques que ludiques. Leur inspiration première vient d’outre-Atlantique : ils veulent swinguer et écouter du jazz. Le swing était apparu en France avant-guerre, défendu par exemple par Johnny Hess, le pianiste du duo Charles (Trénet) et Johnny (“ Je suis swing ”, “ Ils sont zazous ”). A partir de 1941, le swing contamine les productions d’artistes fort différents : le guitariste de jazz Django Reinhardt (qui enregistra des morceaux mémorables avec le violoniste Stéphane Grapelli et qui fut occasionnellement invité à se produire en direct à Radio-Paris qui oubliait ainsi qu’il était Gitan) introduit du swing dans son jeu, le chanteur un peu mièvre Réda Caire chante “ Swing swing, Madame ”, Jacques Pills propose “ Elle était swing ”. De musical, le mouvement devient culturel, dès lors que des bandes de jeunes adoptent un comportement swing, en s’affublant du nom de zazou, mot emprunté à une chanson de Johnny Hess (“ Je suis zazou, zazoué ”), ce chanteur ayant à l’oreille le “ Zah, zuh, zah ” de Cab Calloway (1933).

 

Now, here's a very entrancing phrase,
It will put you in a daze,
To me it don't mean a thing,
But it's got a very peculiar swing!
Zaz-zuh-zaz-zuh-zaz,
Zaz-zuh-zaz-zuh-zay.

 

 

En un temps où tous les produits de base sont sévèrement rationnés, les zazous choquent principalement par leur tenue vestimentaire. Ils prennent le contre-pied du jeune homme tel que le propose la propagande pétainiste : vêtements stricts et fonctionnels sur un corps vigoureux et martial. Le zazou choque par son allure quasiment dégénérée : cheveux longs, veste longue, allure voûtée, nœud de cravate ridiculement petit, chaussettes multicolores, semelles compensées. La jeune fille zazoue porte une coiffure compliquée, une veste très longue, une jupe s’arrêtant au dessus du genou et des semelles compensées en bois. L’idole féminine des zazous est Irène de Trébert (“ Mademoiselle Swing ”), la femme de Raymond Legrand. Les zazous affichent que leurs priorités ne sont pas celles du régime, ni celles du peuple qui survit. S’habillant au marché noir de manière raffinée et ostentatoire, ils nient le discours pétainiste selon lequel la France doit payer par la souffrance la jouissance qu’a permis le Front Populaire en 1936-1937. Les zazous aiment le jazz, la danse syncopée par des rythmes américains, les surprises-parties (terme qu’ils importent), les cigarettes américaines de contrebande, les claquettes. Des jeunes pétainistes n’hésitent pas à les brutaliser physiquement, préfigurant le bashing des skinheads contre les hippies dans les années soixante. La propagande officielle les qualifie de décadents, de communistes ou de Juifs. De fait, ils appartiennent à des milieux aisés, non juifs et certainement pas communistes. Leur souci n’est pas de résister au sens noble du terme mais d’exprimer le refus de subir la guerre comme tout le monde, le droit de défier les interdits et l’espoir d’échapper au Service du Travail Obligatoire. Le mouvement zazou durera trois ans, jusqu’à la li­bération, l’arrivée des troupes américaines, avec leur musique, leurs films, leur Coca Cola. Les zazous tenteront de ressusciter dans les caves de Saint-Germain des Prés, mais en vain.

 

Pour terminer, j'évoquerai l’évolution de deux monstres sacrés de la chanson française pendant ces années noires, Charles Trénet et Maurice Chevalier. Chevalier, qui âgé d’une cinquantaine d’années au début des hostilités jouit d’un statut de vedette internationale, fait assez rare pour un chanteur français; Trénet[13] qui, bien qu’âgé de vingt-sept ans seulement en 1940, est déjà le plus prometteur et le plus talentueux des auteurs compositeurs interprètes.

 

Bien que sans engagement politique véritable, Trénet était apparu au moment du Front Populaire comme le chanteur exprimant le mieux les aspirations de la jeune aspiration de l’époque, celle qui put, grâce aux avancées sociales de 1936-7, jouir d’une liberté nouvelle, découvrir les routes de France, espérer en des lendemains meilleurs, bref errer sur “ La Route enchantée ” (1938) :

 

Une étoile m’a dit,

Deux étoiles m’ont dit :

Connais-tu l’pays du rêve?

[…]

Les joyeux matins

Et les grands chemins

Où l’on marche à l’aventure

 

Jamais peut-être un chanteur français n’a exprimé avec autant de tonus (“ Je chante soir et matin ”) la joie de vivre. Et, avec discrétion mais très explicitement, un grain de folie qui, bizarrement, passe très bien après des siècles de cartésianisme :

 

On voit l’facteur

Qui s’envole là-bas

Comme un ange bleu

Portant ses lettres au Bon Dieu (“ Y’a d’la joie ”)

 

Ficelle, tu m’a sauvé la vie

Ficelle sois donc bénie

Car grâce à toi

J’ai rendu l’esprit

Je m’suis pendu cet’ nuit

Et depuis je chante

Un fantôme qui chante

On trouve ça rigolo (“ Je chante ”)

 

On le surnomme d’ailleurs “ le fou chantant ”, peut-être en hommage à Al Johnson, “ The Singing Fool ”. Avec la débâcle et un bref passage dans l’armée de l’air, il choisit de rester et de travailler en France. Il reprend ses spectacle à Paris dès février 1941. En 1943, il accepte de se produire, accompagné par l’orchestre de Fred Adison[14], autre gloire de l’époque, pour des ouvriers français requis par le STO près de Berlin. Il accepte de faire du cinéma sous l’autorité du Comité d’Organisation des Industries Cinématographiques qui régente la profession selon les principes “ positifs ” de la Propaganda Abteilung[15]. Pendant la guerre, l’auteur compositeur Trénet continue dans la même veine poétique, gaie, un brin surréa­liste. Mais ses chansons semblent quitter le siècle et le temps : “ Que reste-t-il de nos amours? ”, “ La Romance de Paris ” ou “ L’Héritage infernal ” :

 

L’histoire lamentable

De fauteuils et de tables

Qu’un ami détestable

Vint raconter chez nous.

 

Il fait parfois de timides allusions à l’actualité. Quand il compose “ Les Oiseaux de Paris ”, les mil­lions de Français qui ont souffert lors de l’évacuation savent qu’il évoque leur triste sort, même de manière biaisée. Sa seule chanson réellement engagée, “ Espoir ” est interdites sur les ondes de Radio-Paris. Il es­time que pour mieux attendre demain il faut s’arracher du présent, créer une poésie atemporelle pour rendre la cruelle réalité supportable.

 

De la drôle de guerre à l’heure de la victoire, Maurice Chevalier se sera comporté en caméléon. Opportuniste, cherchant à tout instant d’où tournait le vent politique, il suit toutes les modes en en tirant le meilleur profit artistique. Dans la période de tous les dangers consécutive aux accords de Munich, Chevalier jouit de l’extraordinaire succès d’une chanson de 1936, insouciante et passablement vulguraire, apologie d’une oisiveté faubourienne, “ Ma Pomme ” (“ J’suis plus heureux qu’un roi ”). Il est, depuis le début des années vingt, une vedette internationale (il a tourné une quarantaine de films aux États-Unis), et il personnifie le brassage social qu’a occasionné la grande guerre : “ titi ” parisien originaire du quartier populaire de Ménilmontant, il s’est composé une silhouette élégante d’homme du monde (nœud papillon, costume impeccable). Mais son fameux canotier, qu’il porte sur le côté, connote le voyou qu’il a peut-être été dans sa jeunesse et rappelle le maquereau de sa chanson “ Prosper ”. L’image du prolo en smoking, parfaitement insouciant (il chante : « Dans la vie faut pas s’en faire » dans l’opérette Dédé) s’est donc imposée très facilement.

 

En 1939, il prône l’union sacrée dans “ Et tout ça, ça fait d’excellents français ”, une chanson au rythme entraînant, militaire, mais qui dépeint une société souffreteuse, contrainte de faire la guerre. Pendant la drôle de guerre, le président du Conseil Paul Reynaud assure que « nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts », et la bourse tient bon. De même que l’armée, prête et formidable, et qui, théoriquement,  n’allait pas se risquer à de simples escarmouches. L’un des plus grands succès de l’hiver est une chanson que Maurice Chevalier interpréte au Casino de Paris, dépeignant l’armée comme le reflet de la société :

 

Le colonel était d’Action française,

Le commandant était un modéré,

Le capitaine était pour le diocèse,

Et le lieutenant boulottait du curé.

Le juteux était un fervent socialiste,

Le sergent un extrémiste[16] convaincu,

Le caporal inscrit sur toutes les listes

Et l’deuxième class’ au PMU.

 

Le colonel avait de l’albumine,

Le commandant souffrait du gros côlon,

Le capitaine avait bien mauvaise mine,

Et le lieutenant avait des ganglions.

Le juteux avait des coliques néphrétiques,

Le sergent avait le pylore atrophié,

Le caporal un coryza chronique,

Et l’deuxième class’ des corps aux pieds.

 

Et tout ça, ça fait

D’excellents Français,

D’excellents soldats

Qui marchent au pas.

 

Avec une telle armée, la mobilisation eut tôt fait de tourner à l’immobilisation générale. Une chanson réflétant le fait que 5 millions d’hommes avaient été rappelés – un quart de la population masculine – dont la plupart n’avait plus rien à faire après 5 heures de l’après-midi, et pas grand chose le reste de la journée. Chaque soldat avait droit à trois-quart de litres de vin par jour. Pour tous ces hommes, la Pologne ne représentaient rien et combattre pour la démocratie n’avait guère plus de sens. Ils se bornaient à accomplir leur devoir en espérant regagner leur foyer au plus vite. Chevalier dresse une typologie très partielle de la société française, composée à ses yeux de gens qui tra­vaillent dans la finance, l’assurance, l’industrie, la Banque de France et la rente. Les paysans et les ou­vriers qui constituent alors 80% de la population française sont donc exclus du tableau. Tous ces braves gens “ marchent au pas ” , mais sont affectés de maladies ridicules, albumine, pilore atrophié, ganglions, co­liques néphrétiques, cors aux pieds. La chanson présente donc une armée vouée à la défaite mais qui saura se transcender grâce aux deux potions magiques que le monde entier envie aux Français : “ le pinard et le tabac ”. Cette chanson envoie donc un double message contradictoire : les Français ont réappris à marcher au pas et sont prêts à se battre, mais l’ensemble des appelés n’est qu’une cohorte de quadragénaires déglingués qui, de toute façon, « désirent tous désormais qu’on [leur] foutent une bonne fois la paix ». Bref, si Hitler écoute attentivement, il n’a guère de souci à se faire.

 

L’article 18 de l’armistice contraignait la France à payer 20 millions de marks par jour au titre des frais d’occupation de l’armée allemande. De nombreuses usines travaillaient directement pour Berlin. Les soldats allemands consommaient une bonne partie de la production alimentaire française (les tickets de ra­tionnement donnaient droit à l’équivalent de 1500 calories par jour). C’est dans ce contexte de pénurie sans précédent que Maurice Chevalier crée en pleine guerre les “ Semelles de bois ” une chanson qui légitimise le pillage du pays. Il poétise l’inconfort pédestre auquel les femmes sont désormais condamnées :

 

J’aime le tap-tap

Des semelles en bois

En marchant les midinettes

Semblent faire des claquettes

Tap-tap la symphonie

Des beaux jours moins vernis

 

Et il termine même sur une touche franchement érotique : « Ah, qu’c’est bon! ».

La passivité, la complaisance de Chevalier déplaisent souverainement aux Français de Londres. En février 1944, Pierre Dac décrète qu’il sera « puni selon la gravité de ses fautes » :

 

« Quand, un jour prochain, nous leur ferons avaler leur bulletin de naissance, il est infiniment probable que la rigolade changera de camp et que, cette fois, il n’y aura pas de mou dans la corde à nœud. »[17]

 

Chevalier se demande alors s’il ne risque pas d’être condamné à mort[18]. Il se cache en Dordogne (le Périgord étant son Sigmaringen), où les maquis sont très actifs [19]. Il est arrêté, puis libéré grâce à sa com­pagne juive, Nita, qui l’emmène à Toulouse, la ville la plus “ rouge ” de France à ce moment-là :

 

« On s’y serait cru dans une ville espagnole pendant la guerre civile. Les rues étaient pleines de soldats en uniformes plus ou moins réguliers. Des jeunes femmes en mantilles priaient dans les églises; dans les cafés et dans les bureaux de la radio, les intellectuels parlaient de Paris, ville réactionnaire. » [20]

 

Chevalier en réchappera grâce, entre autres, à l’intervention de Louis Aragon. Il aura été jusqu’au bout un chanteur de consensus, inscrivant systématiquement ses chansons dans les normes dominantes, servant de caution populaire à l’ordre en vigueur.

 

 

 


[1] ORY, Pascal. “ L’histoire culturelle de la France contemporaine. Question et questionnement ”, Vingtième siècle. Revue d’histoire, n° 16, octobre-décembre 1987, p. 74.

[2]

[3] Berl résume dans sa personne les errements et les égarements de nombreux intellectuels français des années vingt aux années quarante. Issu d’une famille juive aisée, apparenté à Proust et à Bergson, il fut l’ami de Drieu la Rochelle avec qui il dirigea en 1927 l’éphémère revue Les Derniers Jours. Il publie en 1930 le très remarqué Mort de la pensée bourgeoise et collabore à Monde, le périodique de l’écrivain Henri Barbusse, proche du Parti Communiste. En 1932, il prend la direction de Marianne, revue culturelle et politique de gauche lancée par Gaston Gallimard. Il apprécie les avancées sociales du Front Populaire en 1936, mais il marque sa préférence pour les sentiments nationaux contre les revendications excessives. Il approuve la politique de non-intervention de Léon Blum dans la Guerre Civile Espagnole. Il fréquente le Tout-Vichy en 1940-41, vit en semi clandestinité à partir de 1942, craignant à juste titre les persécutions antisémites consécutives à l’invasion de la zone libre. Sa cousine ayant épousé Fernand de Brinon (délégué général du gouvernement de Vichy auprès des autorités d’occupation à Paris, condamné à mort et exécuté en 1947), il jouit d’une protection certaine. Il était le mari de la chanteuse Mireille (“ Couchés dans le foin ”).

 

[4] Dans ces mémoires, Chevalier expose, penaud, comment les Allemands ont exploité son manque de résolution : « La direction de Radio Paris [station entièrement contrôlée par les Allemands] me fait convoquer :

— Nous désirons que vous fassiez des émissions artistiques à Radio Paris comme vous en avez toujours fait à la Radio Française…

[…] Je sais trop bien ce qu’un refus catégorique me vaudrait par la suite. Il faut tergiverser, composer : ‘ Je ne puis rester que quelques semaines à Paris, vous comprenez, ma famille est dans le midi. ’ Je rougis un peu, l’homme me fixe. Je pense m’en être tiré intelligemment. Ne pas les mettre en boule contre moi, tout en faisant comprendre aux Français, par mon court séjour à Paris, que je ne fais que ce qui est absolument obligatoire. » Maurice Chevalier. Ma Route et mes chansons. (Paris, René Julliard, 1950) 309.

[5] Léo Marjane fut la créatrice de l’énorme succès “ Je suis seule ce soir ” (1942). La version masculine fut popularisée par André Claveau, le “ Prince de la chanson de charme ”. Les deux millions de prisonniers français en connaissaient par cœur le refrain :

Je suis seul ce soir

avec mes rêves.

Je suis seul ce soi

sans ton amour.

A la Libération, il fut reproché à Léo Marjane de s’être produite sur les antennes de Radio Paris et dans des cabarets devant des officiers allemands. « Je suis myope », répondra-t-elle devant la Chambre Civique et au Comité d’Epuration en 1945.

[6] Dans les années vingt et trente, les échanges culturels entre les deux pays avaient été très substantiels, la France exerçant sur l’art populaire allemand (chanson, cinéma) un fort attrait. Dès les années vingt, Maurice Chevalier et Mistinguett s’étaient produits avec grand succès en Allemagne. Le film allemand Bel Ami, écrit d’après la chanson de Tino Rossi, elle-même inspirée de Maupassant, avait connu la célébrité à la fin des années trente.

[7] Une première version de “ Lily Marlène ” vit le jour en 1915, suivie d’une seconde en 1935, d’une troisième en 1937 et d’une quatrième en 1939, toutes sans le moindre succès. Un soir de 1941, la chanson fut diffusée, dans une version de L. Andersen, par une station militaire allemande installée à Belgrade. Du jour au lendemain, “ Lily Marlène ” devint le plus grand succès de la guerre et fut considérée comme le second hymne national allemand.

[8] Berteaut, Simone. Piaf. (Paris : Robert Laffont, 1969), p. 209.

 

[1] Voir Paxton, Robert. La France de Vichy. (Paris : Le Seuil, 1973), chap. 4.

[10] À noter cependant que les nazis ont longtemps toléré en Allemagne certaines expressions culturelles théoriquement honnies comme le jazz, musique “ nègre ” ou la comédie musicale d’inspiration nord-américaine. En France, Alix Combelle et son orchestre avaient enregistré une version de “ In the Mood ” (“ Ambiance ”) en 1941.

[11] Le “ Chant des partisans ” sera enregistré magnifiquement par Yves Montand en 1955. Voir C. Brunschwig (et al.). Cent ans de chanson française. (Paris : Le Seuil, 1981) 88.

[13] Né à Narbonne en 1917, Trénet fut la cible d’antisémites délirants; Accusé de s’appeler Netter (anagramme de Trénet) et d’être petit-fils de juif, il dut produire un fort complet arbre généalogique pour prouver son “ aryanité ”. Lucien Rebatet, écrivain collaborationniste de choc, trouvait que Charles Trénet ressemblait aux « clowns judéo-américains ».

[14] Chef d’orchestre français (de son vrai nom Albert Lapeyre, né à Bordeaux en 1918) influencé par les orchestres de jazz symphoniques (comme celui de Paul Whiteman).

[15] Deux cent vingts longs métrages ont été réalisés pendant la guerre, dont deux bonnes dizaines de très grands films. Trente et un films français seront produits par la Continental, filiale de la société allemande U.F.A.

[16] Cela aurait certainement écorché son palais si Chevalier avait dû prononcer le mot “ communiste ”.

[17] DAC, Pierre. Un Français libre à Londres en guerre. Paris : France-Empire, 1972.

[18] CHEVALIER, Maurice. Ma route et mes chansons. Paris : Julliard, 1946.

[19] André Malraux a combattu dans cette région à cette époque.

[20] HUGO, Jean. Le Regard de la mémoire. Arles : Actes Sud, 1984.

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 09:43

 

 

pinochet bras croisés.jpg

 

 

Le peuple, par les urnes, avait brisé ses chaines,

Tous les trabajadores et les masses indiennes

Fêtaient, soleil au cœur, cette libération.

Le Chili tout entier, transporté d’émotion

Touchait enfin du doigt ces « lendemains qui chantent ».

Pourtant, tapie dans l’ombre, la bête malfaisante

(Banquiers, vautours yankees, latifundiaires escrocs)

Préparait sa revanche en affutant ses crocs.

Washington s’inquiétait, préparait la riposte,

Le monstre CIA était aux avant-postes.

- «Comment ? Un socialiste au pouvoir au Chili ?

Mais c’est la porte ouverte à toutes les chienlits,

L’Amérique du sud, oh là ! Chasse gardée !

Ses trésors sont à nous ! Pas question de céder !

Du cuivre, des phosphates, du pétrole, de l’or,

Une main d’œuvre esclave, abrutie sous l’effort,

Des élites achetées, de gros propriétaires,

Nous prenons les profits, nous leur laissons la terre. »

Il fallait écraser la liberté très vite

Lorsqu’on y a gouté, c’est de la dynamite.

Le chacal Kissinger se mit à la manœuvre

L’ambassadeur U.S. géra les basses-œuvres.

La police, l’armée sont alors approchées

Kissinger adouba un certain Pinochet,

Bidasse ridicule et son nom d’opérette,

C’est lui qui appuierait le doigt sur la gâchette.

Au signal des Yankees, ce fut le coup d’état :

«Eradiquez les Rouges et tirez dans le tas» !

Alors les avions, les soudards, les blindés

Prirent la Moneda pour tuer Allende...

 

 

Il se souvient également d'un autre 11 septembre :

 

twintower jacobazzi.jpg

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 05:57

 

Par Alexis Corbière, Front de Gauche

 

r-LAICITE-large570.jpgDepuis ce matin, une charte de la laïcité va être affichée dans les établissements scolaires publics.

Pourquoi pas ? cela peut occasionner un prétexte pour débattre de la laïcité avec des élèves... C'est toujours cela. Je ne méprise pas la démarche. Mais est-ce le seul terrain sur lequel doit se mener la bataille (car cela en est une) pour faire vivre la laïcité à l’école ? Je ne le crois pas. Il est déjà une réalité que nul ne doit laisser dans l’angle mort : il y a aujourd’hui plus de 17% des jeunes français qui sont dans des écoles privés (près de 13,8 % dans le primaire et plus de 20 % dans le secondaire). Quand on est attaché à la laïcité, c'est-à-dire cette idée que l’on peut « vivre ensemble » pour faire société, et que l’on a la conviction que cela commence dès l’école qui doit être le lieu où se retrouve, à égalité, tous les enfants de la République, la fréquentation à la hausse de l’école privée est un constat d’échec.

 

En écrivant cela, je n’accable pas les familles qui parfois fuient des établissements publics en voie de détérioration. Mais, je considère qu’une politique républicaine ne peut rester inactive devant cette réalité. Car le pire est que c’est avec de l’argent public que se développe cette concurrence déloyale entre établissements publics et privés. Il me semblerait inacceptable que l’on interdise aux familles qui le souhaitent d’inscrire leurs enfants dans des écoles privés. Plusieurs raisons peuvent le justifier et notamment les convictions spirituelles de la famille, mais cela ne doit pas être financé avec de l’argent public.

 

Lire la suite ici.

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 06:03

Par Jean Ortiz, publié sur le site du Grand Soir

 

François

Non François t'es pas tout seul,
mais arrête de te lamenter
arrête de te répandre
comme çà devant tout le monde
parce qu'un pape argentin
parce que de perfides Anglais
T'ont bien laissé tomber

Non François t'es pas tout seul
mais tu sais que tu me fais honte
à hésiter comme çà
parce que tu te crois isolé
parce qu'un faux prix Nobel
se paye ta tête à toi
allez François viens viens

Viens ne bat pas en retraite
t'as enterré ta gauche
alors on va trinquer
trinquer à cause de toi
et nous paierons l'ardoise
viens, allons chez les Ricains
  ces putains d'Français
ne te comprennent plus

Viens viens on bouffera
des burgers  on boira du soda
et puis du vin de Miami
Et si t'es encore triste
ou rien qu'si t'en a l'air,
on ira voir Ségolène


Et puis et puis et puis
il y a l' Medef
qui croit en toi François
viens, allons montrer nos SCUD
et nos drôles de drones
Non vieux t'es pas tout seul
Il te reste l'Amérique
où c'est qu'on va aller
tu sais c'est là qu'y a des copains

Et si t'es encore triste
on bombardera La Paz
t'imiteras le condor
tu deviendras matamore

On s'ra bien tous les deux
on n'aura plus comme avant
le souvenir de Jaurès
et tu deviendras le chouchou
des mecs qui ont du fric
viens t'imiteras le perroquet
on te mettra en cage
et t'y seras bien François
on rechantera comme avant
on mangera des rutabagas


Fonce François fonce
on est là comme des cons
c'est plus une "action forte"
et si çà continue
l'ONU nous rattrapera.
viens viens viens
il est  temps d'être viril François
viens il est temps d'être toi


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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 09:15

A ma famille, à mes proches et à tous ceux que mon témoignage intéressera. 

 

Objet : Evolution du métier d'enseignant. 

 

    Je vous fais part de ma décision de ne pas faire la rentrée scolaire 2013. En effet le métier tel qu'il est devenu au moins dans ma spécialité ne m'est plus acceptable en conscience. Pour éclairer ma décision je vous décris succinctement mon parcours personnel. Je suis devenu ingénieur en électronique en 1982 à l'âge de 24 ans. Ma formation initiale et surtout mon parcours professionnel m'ont amené à exercer dans la double compétence "hard" et "soft". Le métier prenant et difficile m'a toujours convenu tant que j'avais le sentiment de faire œuvre utile et d'être légitime dans mon travail. Passé la quarantaine la sollicitation de plus en plus pressente d'évoluer vers des tâches d'encadrement et le sort réservé à mes ainés dans mon entreprise m'ont incité à changer d'activité. En 1999 j'ai passé le concours du Capet externe de Génie électrique et j'ai enseigné en section SSI et STI électronique. Le choc pour moi fut brutal de constater la baisse de niveau des sections techniques en 18 ans passé dans l'industrie notamment pour la spécialité agent technique (niveau BTS ou DUT suivant les cas). Même si le niveau enseigné était bien bas de mon point de vue, ma compétence était au service des élèves et je me sentais à ma place. Une difficulté était quand même le référentiel applicable (le programme) datant des années 80, ambitieux pour l'époque et en total décalage avec le niveau réel des élèves des années 2000. Une réforme semblait souhaitable pour officialiser des objectifs réalistes et orientés en fonction des besoins du marché du travail.  

 

    Puis vint la réforme de 2010 mise en place par Luc Chatel et applicable à la rentrée 2011. Pour le coup, le terme réforme est faible pour décrire tous les changements mis en place dans une précipitation totale. L'enseignement des métiers est réduit à peu de choses dans le référentiel de 4 spécialités seulement qui constitue des "teintures" sur un tronc commun généraliste d'une section unique appelée STI2D qui rentre bizarrement en concurrence avec la section SSI. L'électronique disparait purement et simplement. En lieu et place il apparait la spécialité "Systèmes Informatiques et Numériques" (SIN). Cela ne me pose pas de problème personnel, je maitrise bien le domaine et je l'enseigne même plus volontiers que les classiques problèmes de courant de diode ou de montages amplificateurs.  

 

      Je me pose quand même la question de la compétitivité de notre pays dans le domaine industriel avec un pareil abandon de compétence. La mise en place de la réforme est faite à la hussarde dans un état d'affolement que l'inspection a du mal à dissimuler. Entre temps le gouvernement a changé sans que les objectifs soient infléchis le moins du monde ou qu'un moratoire soit décidé, ne serait-ce qu'à cause du coût astronomique de cette réforme. En effet il aura fallu réorganiser l'implantation de tous les ateliers de tous les lycées techniques de France, abattre des cloisons, en remonter d'autres à coté, refaire tous les faux plafonds, les peintures et renouveler les mobiliers. Ceci est fait à l'échelle du pays sans que la réforme ait été testée préalablement dans une académie pilote.  

 

    Début 2011, l'inspection nous convoque en séminaire pour nous expliquer le sens et les modalités de la réforme ; il apparait la volonté de supprimer toute activité de type cours ce qui est la radicalisation d'une tendance déjà bien marquée. On nous assène en insistant bien que l'élève est acteur de son propre savoir, qu'il en est le moteur. Pour les spécialités, donc la mienne SIN entre autre, cela signifie qu'une partie conséquente de l'activité sera de type projet. A l'époque les chiffres restent vagues, il est question de 50% du temps au moins. La nature des projets, la façon de les conduire, la façon de les évaluer ne sont pas évoquées et les questions que posent les enseignants à ce sujet restent sans réponses, nous serons mis au courant après la rentrée de septembre.  

 

    En attendant l'inspection nous fait entièrement confiance pour continuer comme d'habitude. Je fais remarquer qu'il ne faudra pas tarder car nous préparons les élèves au bac en deux ans et que la connaissance des modalités d'examens est incontournable rapidement après la rentrée pour un travail efficace, c'est-à-dire sans perte de temps. Lors de la réunion suivante, après la rentrée 2011, l'inspecteur répond un peu agacé à la même question « que notre travail c'est d'enseigner et que l'évaluation verra après » (sic). En attendant le travail devant élève est commencé et moi et mes collègues travaillons à l'estime. Le manque de matériel se fait cruellement sentir dans mon lycée, les travaux nécessaires ne seront faits qu'à l'été 2012. Lors d'une réunion aux alentours de février il nous est demandé pour la prochaine réunion d'exposer l'état d'avancement de la réforme et si possible les projets envisagés ou mieux déjà mis en œuvre.  

 

   A ce moment je viens juste de recevoir un premier lot de matériel et je ne dispose du logiciel correspondant que depuis novembre. La pression amicale mais réelle pour commencer les projets va aller augmentant. J'ai un groupe de 16 élèves et un autre de 15 dans une salle qui est déjà trop étroite pour recevoir proprement 14 élèves en travaux pratiques et avec un matériel réduit qui ne me permet qu'un choix très restreint de sujets. La phase passée en projet sera cauchemardesque pour l'enseignant et la fraction d'élèves sérieux. Le dernier mois de cette année de première sera passé en activités plus classiques. A la rentrée 2012 les élèves sont maintenant en terminale, j'ai les tables de travail prévues dans une salle provisoire de 80 m2 au lieu des 140 m2 prévus. Il est difficile de bouger, le travail en travaux pratiques reste possible et je couvre ainsi la partie communication réseau de référentiel au moyen d'un logiciel de simulation. Je ne dispose pas du matériel support. On me bricole une salle de 150 m2 à partir de deux salles de cours séparées par un couloir et j'attaque les projets dans ces conditions. Le couloir sera abattu aux vacances de février. 

 

     Pendant ce temps nous avons appris que la note du bac porterait uniquement sur le projet final est que la note serait constituée de deux parties égales, une attribuée par un jury en fin d'année suite à une soutenance orale avec support informatique, l'autre attribuée par l'enseignant de l'année au vu du travail fourni par les élèves. Les critères d'évaluation portent principalement sur la gestion de projet et la démarche de développement durable. Il est explicitement exclu de juger les élèves sur les performances et la réussite du projet. Ceci appelle deux remarques. La première est que les critères sont inadaptés, les élèves sont incapables de concevoir et même de gérer un projet par eux-mêmes. De plus la démarche de développement durable est une plaisanterie en spécialité SIN où l'obsolescence programmée est la règle.

 

Comment note-t-on alors les élèves ? A l'estime, en fonction de critères autres, l'inspection le sait mais ne veut surtout pas que la chose soit dite. Du coup cette note relève "du grand n'importe quoi" et ne respecte aucune règle d'équité. Elle est attribuée par un enseignant seul qui connait ses élèves depuis au moins un an et compte coefficient 6 ce qui écrase les autres matières. Cela viole l'esprit du baccalauréat dans les grandes largeurs. Je considère que ceci est une infamie et je me refuse à recommencer. L'ensemble du corps inspectoral est criminel ou lâche ou les deux d'avoir laissé faire une chose pareille. Cette mécanique est conçue dans une idée de concurrence entre les enseignants mais aussi entre les établissements pour créer une dynamique de très bonnes notes à l'examen y compris et surtout si elles n'ont aucun sens. Vous avez l'explication des excellents résultats du millésime 2013 du baccalauréat au moins pour la filière technologique. Cela fait plus d'un an que je me plains à mon syndicat de cet état de fait. Pas un seul compte-rendu ni localement sur Marseille ni à un plus haut niveau n'en fait mention. Je suis tout seul à avoir des problèmes de conscience. Ou alors le syndicat est activement complice de l'état de fait, le responsable local me dis : « Mais non Pierre tu n'es pas tout seul ». En attendant je ne vois aucune réaction et ce chez aucun syndicat.  

 

    Que penser ? Soit nous sommes muselés, soit je suis le dernier idiot dans son coin. De toute façon je n'accepte pas cette situation. Je pense au niveau toujours plus problématique des élèves, autrefois on savait parler et écrire un français très convenable après 5 ans d'étude primaire. Aujourd'hui les élèves bacheliers maitrisent mal la langue ne savent plus estimer des chiffres après 12 ans d'études. Cherchez l'erreur. La réponse de l'institution est : « Oui mais les élèves savent faire d'autres choses ». Je suis bien placé dans ma spécialité pour savoir que cela n'est pas vrai ! Les élèves ne maitrisent rien ou presque des techniques numériques d'aujourd'hui. Tout ce qu'ils savent faire est jouer et surfer sur internet. Cela ne fait pas une compétence professionnelle.  

 

   Les médias nous rabattent les oreilles sur la perte de compétitivité du pays en laissant entendre que le coût du travail est trop élevé. Cette présentation pèche par une omission grave. La réalité est que le travail en France est trop cher pour ce que les travailleurs sont capables de faire véritablement. Et là la responsabilité de l'Education nationale est écrasante. Qui osera le dire ? J'essaye mais je me sens bien petit. J'essaye de créer un maximum d'émoi sur la question.  

 

   J'aurais pu m'immoler par le feu au milieu de la cour le jour de la rentrée des élèves, cela aurait eu plus d'allure mais je ne suis pas assez vertueux pour cela. Quand vous lirez ce texte je serai déjà mort. 

 

Pierre Jacque  

Enseignant du lycée Antonin Artaud à Marseille

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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 08:07

Je reprends ici un article de Frédéric Dessort sur Jean Tirole, publié sur son site fritures mag.

 

 

Aujourd’hui, l’une des têtes pensantes du capitalisme actionnarial est Jean Tirole, le président de la Toulouse School of Economics (TSE). Membre du Conseil d’Analyse Economique, certains le disent nobélisable. Il est nécessaire de rappeler son positionnement intellectuel de spécialiste du capitalisme financier quant on sait comment l’école d’économie toulousaine est encensée, tant par les politiques d’une terre résolument à gauche, que par les médias régionaux.

 

Depuis trente ans, le capitalisme a viré à la financiarisation des entreprises, en radicalisant le primat des actionnaires. Or, cette évolution ne constitue pas seulement l’accomplissement légal du profit et de la propriété sur les salariés. Il y a en effet les théoriciens de cette doctrine, ses légitimateurs auprès des classes politiques du monde. Depuis les années 90, les normes sociales et de gestion des entreprises – il s’agit surtout des grandes entreprises – ont ainsi convergé vers ce fondamentalisme actionnarial. L’une des principales conséquences structurelles ? Le pouvoir est passé des salariés, dans une certaine mesure, et surtout des patrons de l’entreprise aux actionnaires. Ceux-ci, désormais mondialisés, sont très souvent bien distant des réalités de leur objet d’investissement, devenu véritable machine à cash.
Le père spirituel de cette vision mortifère est un prix Nobel : Milton Friedman. En 1970, pendant le débat aux Etats-Unis sur la responsabilité sociale des entreprises, celui-ci affirmait : « Il y a une et une seule responsabilité des affaires – utiliser ses ressources financières et engager des activités désignées à accroître ses profits ».

 

Dans le sillage de cet économiste, cette dichotomie actionnaires / reste de l’entreprise a connu des développements importants.Aujourd’hui, l’une des têtes pensantes du capitalisme actionnarial est Jean Tirole, le président de la Toulouse School of Economics (TSE). Membre du Conseil d’Analyse Economique, certains le disent nobélisable.Il est nécessaire de rappeler son positionnement intellectuel de spécialiste du capitalisme financier quant on sait comment l’école d’économie toulousaine est encensée, tant par les politiques d’une terre résolument à gauche, que par les médias régionaux.

 

 

Récemment, Pierre Cohen se félicitait de la reconduction au Conseil d’Analyse Economique de Jean Tirole. Le maire de Toulouse se doute t-il que le projet de délocalisation du centre de recherche de Sanofi s’inscrit pleinement dans ce dogme de la valeur actionnariale que développe le président de TSE ? Au préalable, bien entendu, il ne s’agit pas de confondre le positionnement des 160 chercheurs de cette institution avec celle de son président. Et Jean Tirole, faut-il le préciser également, ne travaille pas exclusivement sur le financement des entreprises, loin de là.

 

Une vision « orthodoxe » et « étroite »

 

Développons quelques éléments clefs de cette doctrine. Pour Jean Tirole comme pour de nombreux économistes, le financement des entreprises et leur gouvernance doivent donc être envisagés avec un axiome de base : la« shareholder value » – en français, la valeur actionnariale. Plus précisément, cette théorie affirme que l’entreprise n’a d’autre vocation que de maximiser les dividendes des actionnaires, et que les autres parties prenantes doivent s’en remettre à la providence de l’Etat ! Je ne l’invente pas, Jean Tirole l’écrit en substance dans plusieurs papiers et notamment dans un ouvrage de plus de 600 pages. Orné de sa belle reliure de Princeton University, ce livre est intitulé "The Theory of Corporate Finance". Il a reçu de belles critiques dans le monde de la finance : voir par exemple ce discours louangeur en 2007 de Daniel Bouton, alors patron de la Société Générale.

 

Mais revenons à l’ouvrage lui-même dont j’apporte ici quelques citations. 

 

Page 16 : « La section 1.8 reviendra sur le débat à propos de l’approche de l’entreprise par ses parties prenantes (‘stakeholder society’ en anglais dans le texte), mais nous devons indiquer dès à présent que le contenu de ce livre reflète l’agenda de l’étroite et orthodoxe vision décrite dans la citation ci-dessus ». Ladite citation est la suivante : « La gouvernance d’entreprise (‘corporate governance’) relève des « voies par lesquelles les investisseurs (‘suppliers of finance corporations’) s’assurent de leur retour sur investissement » »
 Développée page 56, la section 1.8 s’apparente presque à une profession de foi. En quelques pages, l’apôtre de la financiarisation des entreprises met en perspective la shareholder value par opposition à la stakeholder society. C’est à dire : la gouvernance d’entreprise selon le filtre de la valeur actionnariale, ou bien au travers de l’ensemble de ses parties prenantes. Ces dernières sont constituées par les actionnaires, mais aussi par les employés, les clients, les fournisseurs, son environnement local (communautés, collectivités locales…).

 

Mais, pour Jean Tirole, “[...] les économistes, et du coup, le cadre et les acteurs réglementaires, ont toujours affirmé que, sur la base de prix reflétant la rareté des ressources, le management doit avoir pour objectif de maximiser la richesse des actionnaires”.

 

Toujours page 56, il cite, je trouve cela piquant, la critique de ses contradicteurs selon laquelle il ne faut pas débarquer des palanquées de salariés tout en payant grassement les patrons. Pour illustrer cette récusation, le chercheur toulousain choisit l’un des pires exemples qui remonte à janvier 1996 : AT&T se délestant alors de 40 000 employés au moment d’un profit record, tandis que le dirigeant recevait 14 millions de dollars. Si l’on comprend bien l’économiste, même si, on peut le présumer, il ne se réjouit pas d’un tel tableau, celui-ci est justifié par l’approche et la théorie de la valeur actionnariale.

 

Autre contre-argument mis en exergue par M. Tirole : les tenants de la stakeholder society voudraient une gouvernance d’entreprise partagée entre actionnaires et autres parties prenantes, notamment, les salariés. 
Vade retro satanas ! doit s’exclamer en son for intérieur le chercheur toulousain, qui souligne qu’une telle organisation rendrait ingouvernable l’entreprise. Soit. Mais cet argument supposé des opposants à la shareholder value est sans doute présenté de manière extrême. N’y a t-il pas, entre un kolkhoze et un management purement actionnarial, d’autres possibilités plus nuancées pour diriger une entreprise ? Par exemple, les Scop, qui se dévelopent dans le sillage de l’économie solidaire et sociale, sont-elles des parangons d’inefficacité ?

 

Une dernière citation montrant bien le positionnement de Jean Tirole. Dans une de ses publications plus récente, Individual and corporate social responsibility”, 11 novembre 2009, co-signée d’un co-religionnaire de Princeton University, Roland Bénabou, il estime que “Les manuels d’économie ont donc adopté l’approche de la valeur actionnariale, qui stipule que les firmes devraient être contrôlées par la maximisation des profits des actionnaires tandis que les autres parties prenantes sont protégées par les contrats et la régulation".

 

Il existe heureusement quelques voix discordantes à cette pensée unique : pensons notamment aux économistes atterrés. Autre exemple avec Jean-Charles Rochet, co-auteur du récent article « A critique of shareholder value optimization », dont je cite une phrase de l’introduction qui ne manque pas de sel. Précisons que cet économiste est affiché « en congé » de la TSE, même s’il en apparaît toujours comme membre. Il signe ce travail dans le cadre de l’Institut Suisse de Finance. Les premières lignes du texte plantent le décor :« Tout le monde sait que les entreprises ne sont pas juste des machines à cash pour leurs actionnaires, mais produisent aussi des biens et services pour leurs clients, et des emplois et salaires pour leurs employés. Tout le monde, excepté la plupart des économistes. En effet, dans le débat sur la responsabilité sociale des entreprises, la majorité des économistes académiques partagent la vision exprimée en termes ambigüs par Friedman (1970) : " il y a une et une seule responsabilité des affaires – utiliser ses ressources financières et engager des activités désignées à accroître ses profits " »

 

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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 08:12

Décidément, il les feront toutes !

 

Il y a d'abord Hollande qui, en visite dans le village martyr le 4 septembre, signe le livre d'or en date du 3 septembre. Je sais pourquoi : c'est le jour où il a connu bibliquement Valou.

 

Et puis il y a Bartolone qui, alors qu'il se trouve juste à côté du panneau “ Oradour ”, écrit ceci :

 

"Malgré les années, la douleur est toujours présente dans nos cœurs et nos esprits. Puisse aucun Auradour se reproduire jamais."

 

Dans quels tréfonds de son inconscient est-il allé chercher cette orthographe ?

 

Quant au style et à la grammaire de la phrase " Puisse aucun Auradour se reproduire jamais.", je vous dis pas.

 

Une correspondante me fait passer ceci :

 

Ce ciel bleu d'Oradour, en ce 4 septembre, qui éclate en direct sur les images de France 2. Ce ciel bleu insolent, incongru sur la scène de la barbarie, cette scène que l'on voudrait figée dans une condamnation à perpétuité au noir et blanc, cette "tempête de ciel bleu", tweete une journaliste. Mais on ne fige pas la météo. Et ces plans esthétiques sur les ruines, les pans de murs effondrés du village, ces plans aériens, cette imagerie qui hésite entre le Tour de France et la carte postale. Mais à quel spectacle va-t-on assister ?

 

   

"Une nouvelle image de la réconciliation franco-allemande" répètent mécaniquement les commentaires. Presque 70 ans après la fin de la guerre, en 2013, on en est donc encore à cette pénurie de vocabulaire ? On en est encore à marquer les étapes de la "réconciliation" ? On en est encore à avoir besoin d'un album photos ?

Entre Hollande et Gauck, se glisse le troisième personnage de l'histoire, Robert Hébras, l'un des deux rescapés vivants. L'heure étant à faire image, les commentaires le présentent comme le Rescapé, rien d'autre que le Rescapé. Pas question pour les scénaristes en direct d'épaissir le personnage (voir le matinaute d'hier (1)), en rouvrant si peu que ce soit les plaies encore à vif, en rappelant par exemple que Hebras vient (oui, en 2012 !) d'être condamné à un euro de dommages et intérêts (2) et dix mille euros de frais de justice pour avoir, dans un livre, émis des doutes sur le caractère forcé de l'enrôlement des "malgré-nous" alsaciens.

L'heure est à faire image pour l'Histoire. Mais laquelle ? Quand Hollande et Gauck se retrouvent tous deux dans l'église à ciel ouvert, on réalise ce que l'on attend : qu'ils se prennent la main. La simple réédition de la rencontre Mitterrand-Kohl. Notre manque d'imagination n'attend rien d'autre qu'un remake. Surprise : pendant la minute de recueillement, rien ne se passe. Ils n'ont donc rien prévu ? Mais quelques instants plus tard, alors que les a rejoints Robert Hébras, un zoom impudique trahit qu'ils ont enfin conclu, à contretemps comme des ados en boum. Les deux mains se sont enfin trouvées. dans le doute, le tremblement, la douleur peut-être : elles ne se sont pas saisies l'une de l'autre hardiment, franchement, bras décollés du corps, comme les mains de Mitterrand et Kohl. Elles se sont trouvées furtivement, clandestinement, exprimant tout ensemble le désir de "faire quelque chose", et l'inhibition devant le souvenir obsédant des deux grands devanciers. Il faut que le rescapé se glisse maladroitement entre eux deux, il faut que Joachim Gauck lui passe enfin le bras sur l'épaule, inventant une nouvelle image, à eux, rien qu'à eux, l'image 2013, pour qu'enfin s'impose quelques secondes l'émotion, si longtemps recherchée à tâtons.

Certains clients de courrier électronique bloquent l'accès direct aux liens. Aussi, vous trouverez ci dessous et en clair l'ensemble des adresses web de ce présent message :

 

(1) http://www.arretsurimages.net/chroniques/2013-09-04/France-2-zappe-l-autre-Oradour-id6082

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_H%C3%A9bras

 

Daniel Schneidermann

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Photo B.G., d.r.

 

 

 

 

 

 

 

 

Oradour et nos excellences
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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 05:48

J'ai rendu compte du percutant petit livre de Maxime Vivas sur "l'irrésistible déchéance" de Robert Ménard ici.

 

Je reprends ci-dessous le texte d'une conférence publique donnée par Maxime sur cet ouvrage, publiée par Le Grand Soir :

 

De « Vive Le Pen ! » à « Vive l’Algérie française ! » en venant de Reporters sans frontières…
 

« L’irrésistible déchéance de Robert Ménard, candidat du Front National » et poisson-pilote d’un projet de coalition FN/UMP

Ce texte est celui d’une conférence faite par Maxime Vivas le 1er septembre 2013 à l’Université d’été du PCF aux Karellis (Savoie).

 

La stratégie du Front National et d’une partie de l’UMP est ici épinglée : celle qui veut faire sauter le barrage qui sépare depuis la Libération l’extrême-droite de la droite classique. Alors pourrait être créé un grand « parti patriote » dont la composition traverserait une partie de l’arc politique pour rendre durablement la gauche minoritaire. Doté d’une auréole imméritée, Robert Ménard milite pour la dédiabolisation du FN. Candidat investi par le FN à Béziers pour les élections municipales de 2014, il a réussi quelques belles prises, dont Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République), Christian Vanneste (Rassemblement Pour la France), il promet de pêcher quelques encartés UMP et UDI et il a tenu dans son épuisette (un temps ?) un notable socialiste qui ne voyait aucun problème à travailler avec lui.
Or, comme on le sait ici, de telles « porosités » sont des aubaines pour les virus mortels qui s’attaquent à tout ce qui n’est pas la bête immonde.

Le Grand Soir.


En publiant ce petit livre « L’irrésistible déchéance de Robert Ménard, candidat du Front national », l’éditeur Arcane 17 n’ignorait pas que Robert Ménard a essayé plusieurs fois déjà de me faire taire, dont deux fois avec une menace de procès par voie de presse :

- Dans le journal Métro du 6 avril 2006, en réponse à une interview sur le Venezuela que j’avais accordée à ce quotidien (et où j’évoquais Reporters sans frontières) il menaçait : « Au-delà de ce droit de réponse, Reporters sans frontières se réserve le droit de poursuivre Maxime Vivas en justice. »

- Dans le quotidien suisse La liberté du 22 décembre 2007, en réponse à une conférence que j’avais donnée à Fribourg en présentation de mon livre « La face cachée de Reporters sans frontières » il récidivait : « Nous avons toujours hésité à poursuivre en diffamation ce genre de propos. Se pose aujourd’hui la question d’y répondre autrement, vu la persistance de ces attaques… »

Les menaces sont savoureuses, venant d’un homme qui professe que tous les écrits peuvent être propagés, y compris ce best-seller d’Adolf Hitler : « Mein kampf ».

 

Quand le FN intimide la Justice

Si Robert Ménard nous intente un procès avec ses amis du Front National, ils vont le perdre. Le FN perd beaucoup de procès. Pour lui, ce qui compte, c’est d’intimider. Il est procédurier. Son appareil compte plus de juristes que de métallurgistes et il traîne devant les tribunaux quiconque gratte le vernis étalé par Marine Le Pen sur les pustules du Front National que lui a légué son papa. Mais le FN réussit parfois à obtenir que la Justice interdise le grattage du vernis.

Par exemple :

- vous avez le droit de faire remarquer que le logo du FN est une flamme tricolore directement copié sur la flamme tricolore du MSI italien (le Movimento sociale italiano) qui s’est proclamé fasciste dès sa création,

- vous pouvez faire l’historique du FN qui a prospéré avec des militants au bras tendu, avec une maison d’édition de disques de chants nazis,

- vous pouvez vous étonner quand Marine Le Pen est l’invitée d’honneur d’un bal organisé à Vienne par le FPÖ, organisation d’extrême-droite autrichienne dont le chef n’hésitait pas à tresser des lauriers au Troisième Reich,

- vous pouvez vous offusquer que ce bal soit organisé le 27 janvier 2012, jour de la commémoration de l’holocauste et du 67ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz.

Mais, vous n’avez pas le droit de dire que le FN est un parti fasciste. La loi autorise à le qualifier de parti d’extrême-droite. Pour l’instant ! Puisque le FN conteste même cette dénomination.

Que les bouchent s’ouvrent… ou se ferment

Je parlais de deux procès dont Robert Ménard m’a menacé en avril 2006 et en décembre 2007. Il faudrait ajouter à ces velléités de me passer le bâillon, la démarche faite en mai 2008 auprès de l’Université Paris I Sorbonne, où venait de se terminer une étude sur RSF. Les universitaires m’ont averti qu’un représentant de Robert Ménard, Vincent Brossel (responsable du bureau Asie de RSF), avait essayé, en vain, de faire supprimer dans cette étude les références à mon nom et à mon enquête sur RSF, c’est-à-dire à mon premier livre sur le sujet : « La face cachée de Reporters sans frontières ».

Il faut en savourer le suc en se rappelant que Robert Ménard et son émissaire mobilisaient, avec succès, les médias et les politiciens en ce mois de mai 2008, contre le passage de la flamme olympique à Paris à cause les atteintes à la liberté d’expression… en Chine.

La pieuvre dont le cerveau (si je puis dire) était Robert Ménard intervenait simultanément pour que les bouches s’ouvrent en Asie et se ferment en France.

 

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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 08:53

 

Les années soixante, sous les gouvernements du travailliste Harold Wilson, seront une période de rémission. La richesse continue d’être redistribuée (voir la « super taxe » à 90% qui inspira à George Harrison sa petite chanson poujadiste “ Taxman ”), même si l’écart entre les riches reste important (sans commune mesure avec ce qu’il est devenu aujourd’hui. En 1960, le monde ouvrier reçoit la moitié du revenu national. Le mouvement syndical est fort (jusqu’à 13 millions de syndiqués) et écouté. Le pouvoir politique contrôle le pouvoir économique par le biais des nationalisations. Les deux grands partis sont dans le consensus : les travaillistes, qui respectent la “ City ”, ne nationalisent pas les banques ; les conservateurs ne touchent pas à l’État-Providence. La croissance économique du monde occidental favorise ce consensus. Et puis, malgré la décolonisation, les profits que rapporte l’ancien Empire sont toujours substantiels. Mais, vers 1970, l’Europe et les États-Unis cessent d’être les seuls en pointe dans l’industrie et la technique. Les travaillistes modérés (Wilson, James Callaghan) perçoivent le danger et veulent rendre les entreprises plus compétitives en allégeant les cotisations sociales pour abaisser les coûts de production. Mais le revirement vient trop tard. La classe ouvrière est désorientée. Les problèmes n’ont pas été expliqués. Un autre discours, celui de la droite du parti conservateur menée par Margaret Thatcher, s’insinue progressivement comme une réponse globale aux difficultés.

 

 

Avant cela, d’autres politiques plus traditionnelles n’auront été que des expédients, des replâtrages. Planificateurs, les travaillistes auront fait preuve de volontarisme en considérant les intérêts économiques du pays dans son ensemble, en subventionnant, rationalisant, en augmentant les dépenses publiques au profit de la recherche, de l’enseignement, des communications (en 1970, la Grande-Bretagne avait dix ans d’avance sur la France en matière de réseau téléphonique). Mais cette politique coûtait trop cher pour un taux de croissance trop faible. Les citoyens durent accepter des impôts supplémentaires, ce qui entraîna des grèves, des demandes d’augmentation de salaires et de l’inflation (26% en 1975, 22% en 1979. Rappelons que pour Keynes l’inflation n’était pas un phénomène strictement monétaire et que la monnaie influait sur la production ou l’emploi). Dans ce domaine, les travaillistes tâtonnèrent. Pour Wilson, dévaluer permettait de s’attaquer aux «racines du mal » (il s’y opposera pendant deux ans, de manière un peu dogmatique, à la demande du Trésor et de la Banque d’Angleterre). La seule autre solution était d’emprunter massivement aux gouvernements étrangers qui, malheureusement, n’offraient que des prêts à court terme. Dévaluer permettait de rendre les produits britanniques plus compétitifs. Wilson voulait réduire la demande pour freiner l’inflation – ce qui induisait du chômage. Il désirait également mettre sur pied une stricte politique de revenus afin que les augmentations de salaire – entraînant celle des prix – ne soient plus simplement décidées par les employeurs et les employés.

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