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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 10:13

Lisons ce courriel, daté du 16 décembre 2013, d'un technicien dans l'une des plus grandes universités de France :

 

“ Bonjour,

 

Je viens de changer la cartouche de l'imprimante HP LaserJet Gauche.

 

C'était la dernière cartouche !!!

 

La cartouche de l'imprimante HP LaserJet Droite est faible.

Il va falloir économiser sur les impressions puisque nous ne pourrons pas commander de cartouches avant février. ”

 

 

Voilà où nous en sommes. Une université qui compte des dizaines de milliers d'étudiants ne peut commander une cartouche d'encre avant deux mois.

 

Parmi les universités qui se sont couchées devant le pouvoir sarkozyste et qui ont été les plus zélées LRUistes de France figure celle de Saint-Quentin-en-Yvelines. Cet établissement est en faillite. Bien fait ! On vous avait prévenus, vous les ventres mous de l'enseignement supérieur, vous qui aviez cru être plus malins que les autres et que vous alliez – à titre personnel et collectif –  vous en mettre plein les fouilles. On peut avoir une conscience politique de droite. Mais pas de conscience politique du tout, c'est nul.

 

Je reprends ici des éléments d'un article de Libération du 19 novembre.

 

 

En quasi-cessation de paiement, l'université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) connaît de grandes difficultés pour assurer sa mission d'enseignement et de recherche. Pourtant, il y a quelques mois, tous les voyants étaient au vert. Cette université fut l'une des premières à accéder aux compétences élargies, à l'autonomie financière, à la mainmise du patronat par le biais des partenariats public-privé. Cette université entra alors dans le classement de Shanghai. En 2012, le ministère de la Recherche distinguait ses équipes pédagogiques pour leur “ valeur ajoutée ”.

 

 

Début novembre 2013, il manquait 4 millions d'euros dans les caisses pour assurer les dépenses courantes jusqu'en décembre. Malgré le gel des deux tiers des recrutements prévus. Alors : horreur ! Ces adorateurs du privé durent faire appel à l'État qui leur accorda une “ avance ” et bloqua toutes les dépenses courantes.

 

Le déficit est aujourd'hui de plus de 7 millions d'euros. Pas par l'incompétence de ses gestionnaires mais par la logique de la LRU appliquée à la lettre. Comme l'explique Libération, “ Les difficultés rencontrées par les universitaires à l'UVSQ et ailleurs montrent que le passage «aux compétences élargies» est inadapté à un fonctionnement correct du service public d'enseignement et de recherche. ”

 

Cette année, cette université se targuait d'être, pour les étudiants en licence, la “ 1ère université de France ”. Ah, ces classements si intelligents ! Armstrong a bien gagné le Tour 7 fois...


 

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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 07:00

Aujourd’hui, un spécial Mandela. On commence avec quelque chose de profond, d'incontournable avec Paris Match :

 

On s’y est préparé mais, sitôt franchie la porte de son bureau [écrit quand il était encore en vie], on est ébloui par son regard, par son sourire, par ce beau masque africain devenu une icône. Et cette voix chaleureuse qui résonne pour vous accueillir. Quand Mandela me prend la main, je comprends que je suis en train de vivre un des moments les plus intenses de mon existence. Ce matin-là, le géant nous reçoit, debout, droit sur ses jambes. Il a 87 ans. Pour Match, Jack Lang, son ami, a obtenu ce que Bush, Lula, Schröder et Maxime Vivas n’ont pas eu : une rencontre avec le sage. Depuis sa retraite de la vie politique, il souhaitait qu’on le laisse tranquille. Mais le monde entier voulait l’entendre encore prodiguer ses leçons de vie.

 

Plus sérieux, Achille Mbembe, dans Le Monde Diplomatique:

Nelson Mandela est mort. L’homme est devenu une icône. Et pourtant… Qui se souvient des décennies où la France, de De Gaulle à Giscard d’Estaing, coopérait avec le régime de l’apartheid   ? Qui rappelle qu’Amnesty International ne l’avait pas adopté comme prisonnier de conscience parce qu’il ne rejetait pas la violence ? Et qu’il fut un «  terroriste  », dénoncé comme tel par le Ronald Reagan et Margaret Thatcher, parce qu’il savait que la violence faisait partie des armes des opprimés pour renverser l’oppresseur.

 

Certaines vérités sont complexes, d’autres sont simples. En voici une de très simple : l’Apartheid a été soutenu, défendu et armé l’incontournable État d’Israël, toujours du mauvais côté de toutes les barrières.

 

Oui, tous l’auraient laissé croupir et mourir, lui et la cause qu’il représentait, sans état d’âme particulier – et c’est exactement ce qu’ils avaient l’intention et étaient en train de faire si des hommes d’une autre trempe ne s’étaient pas mêlés à l’Histoire.

 

Absents de la photo officielle donc, sont les membres du Parti Communiste Sud-africain, de l’ANC, des mouvements anti-Apartheid partout dans le monde, du Parti Communiste et du Mouvement de la Jeunesse Communiste en France. Ou plus simplement du contingent de volontaires cubains qui se sont rendus dans une région où ils n’avaient aucun intérêt mais seulement de l’empathie, pour une cause qu’ils auraient pu choisir d’ignorer.

Puis les Cubains se sont discrètement retirés en n’emportant que leurs morts et le sentiment d’un devoir internationaliste accompli. C’était les années 70 et la notion de guerre humanitaire venait d’être magistralement inventée et appliquée – mais personne n’avait pensé à prévenir Bernard Kouchner ou Bernard-Henry Lévy, clowns déjà célèbres à l’époque.

 

J.C. Cartagena et N. Briatte renchérissent dans Le Grand Soir :

 

Après la chute de l’apartheid, et malgré tous les chants des sirènes occidentales, Nelson Mandela ne s’est jamais trompé d’amis et a réservé son premier voyage à l’étranger à l’île de Cuba pour remercier son « frère » Fidel Castro, de l’aide apportée « dans les heures les plus sombres du peuple sud-africain ». Des paroles et des actes qui, aujourd’hui, sont passés sous silence afin de cacher d’une part la force de la solidarité internationaliste cubaine et d’autre part, la profondeur de la débâcle de l’impérialisme dans la région.

 

Je me permets de rappeler que, sur mon blog et dans les colonnes de Mediapart, j’ai relaté en ces termes la campagne contre les oranges Outspan dans les années soixante-dix :

 

La vérité étant toujours dans les mots, il faut se souvenir que outspan est l’anglicisation du mot afrikaans uitspan (uit = sortie, extérieur ; spannen = étendre). Dans l’anglais d’Afrique du Sud, to outspan, signifie dételer des chevaux ou des bœufs ou, comme substantif, l’espace de la ferme où l’on pratique cette activité. Le vocable outspan connote donc à la fois une idée de force et d’occupation de l’espace.

 

En 1975, la campagne s’organise au niveau international. Petit à petit, les « consommateurs » comprennent que ces fruits sont le symbole de l’exploitation des Noirs sud-africains, pendant que la France continue à vendre au pouvoir blanc de l’armement destiné à la répression contre les militants de l’ANC. En tête de la mobilisation, la Ligue des Droits de l’Homme, la Cimade et le DEFAP. Ces organisations insistent sur la complicité unissant le gouvernement français au régime sud-africain. Elles dénoncent les investissements « qui ne contribuent pas à l’amélioration du sort des populations », l’organisation de la population en bantoustans (« une supercherie »), l’absence d’éducation pour les enfants noirs (5% seulement accédant à l’enseignement secondaire), l’absence de droit de vote, l’impossibilité pour les Noirs d’accéder aux emplois qualifiés.

 

Je terminerai avec Marwan BARGHOUTI, l’un des plus célèbres prisonniers politiques au monde, qui rend lui aussi hommage à Mandela (toujours dans Le Grand Soir) :

 

Votre capacité à constituer une figure unificatrice et à conduire le mouvement depuis l’intérieur de la prison, d’être confiant dans l’avenir de votre peuple alors que vous étiez vous-même privé de la capacité de choisir votre destin, constituent les marques d’un dirigeant exceptionnel et d’une véritable figure historique.

 

Vous avez consacré votre vie à la cause de la liberté et de la dignité, de la justice et de la réconciliation, de la paix et de la coexistence. Beaucoup maintenant honorent votre lutte dans leurs discours. En Palestine nous promettons de poursuivre le combat pour nos valeurs communes, et d’honorer votre combat pas seulement par des mots, mais aussi en dédiant nos vies aux mêmes objectifs.

 

Revue de presse (79)
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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 06:41

… et adulons la langue de Wall Street :

 

 

 

 

 

 

 

Méprisons la langue française...
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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 06:15

Je reviens sur un entretien très intéressant de Claude Hagège accordé à l’Express en mars 2012 sur le danger de la langue anglaise obligatoire. Souvenons-nous qu’en 1999 le PDG de Renault, Louis Schweitzer (proche de Fabius), avait imposés l'anglais dans les comptes rendus de réunions de direction. Une mesure sur laquelle il serait obligé de revenir, à la plus grande satisfaction de Claude Hagège. "Les entreprises qui ont adopté cette mesure ont perdu en efficacité. Pour une raison simple, que décrit très bien l'ancien patron de Sanofi-Aventis, Jean- François Dehecq : "Si nous imposons l'anglais à tous, les natifs anglophones fonctionneront à 100 % de leur potentiel, ceux qui le parlent bien en seconde langue, à 50 %, et les autres, à 10 %.""

 

 

Comment décide-t-on, comme vous, de consacrer sa vie aux langues?

 

Je l'ignore. Je suis né et j'ai grandi à Tunis, une ville polyglotte. Mais je ne crois pas que ce soit là une explication suffisante : mes frères, eux, n'ont pas du tout emprunté cette voie.

 

Enfant, quelles langues avez-vous apprises?

 

A la maison, nous utilisions le français. Mais mes parents m'ont fait suivre une partie de ma scolarité en arabe - ce qui montre leur ouverture d'esprit, car l'arabe était alors considéré comme une langue de colonisés. J'ai également appris l'hébreu sous ses deux formes, biblique et israélienne. Et je connaissais l'italien, qu'employaient notamment plusieurs de mes maîtres de musique.

 

Combien de langues parlez-vous?

 

S'il s'agit de dénombrer les idiomes dont je connais les règles, je puis en mentionner plusieurs centaines, comme la plupart de mes confrères linguistes. S'il s'agit de recenser ceux dans lesquels je sais m'exprimer aisément, la réponse sera plus proche de 10.

 

Beaucoup de Français pensent que la langue française compte parmi les plus difficiles, et, pour cette raison, qu'elle serait "supérieure" aux autres. Est-ce vraiment le cas?

 

Pas du tout. En premier lieu, il n'existe pas de langue "supérieure". Le français ne s'est pas imposé au détriment du breton ou du gascon en raison de ses supposées qualités linguistiques, mais parce qu'il s'agissait de la langue du roi, puis de celle de la République. C'est toujours comme cela, d'ailleurs : un parler ne se développe jamais en raison de la richesse de son vocabulaire ou de la complexité de sa grammaire, mais parce que l'Etat qui l'utilise est puissant militairement - ce fut, entre autres choses, la colonisation - ou économiquement - c'est la "mondialisation". En second lieu, le français est un idiome moins difficile que le russe, l'arabe, le géorgien, le peul ou, surtout, l'anglais.

 

 

L'anglais ? Mais tout le monde, ou presque, l'utilise!

 

Beaucoup parlent un anglais d'aéroport, ce qui est très différent ! Mais l'anglais des autochtones reste un idiome redoutable. Son orthographe, notamment, est terriblement ardue : songez que ce qui s'écrit "ou" se prononce, par exemple, de cinq manières différentes dans through, rough, bough, four et tour ! De plus, il s'agit d'une langue imprécise, qui rend d'autant moins acceptable sa prétention à l'universalité.

 

Imprécise?

 

Parfaitement. Prenez la sécurité aérienne. Le 29 décembre 1972, un avion s'est écrasé en Floride. La tour de contrôle avait ordonné : "Turn left, right now", c'est-à-dire "Tournez à gauche, immédiatement !" Mais le pilote avait traduit "right now" par "à droite maintenant", ce qui a provoqué la catastrophe. Voyez la diplomatie, avec la version anglaise de la fameuse résolution 242 de l'ONU de 1967, qui recommande le "withdrawal of Israel armed forces from territories occupied in the recent conflict". Les pays arabes estiment qu'Israël doit se retirer "des" territoires occupés - sous-entendu : de tous. Tandis qu'Israël considère qu'il lui suffit de se retirer "de" territoires occupés, c'est-à-dire d'une partie d'entre eux seulement.  

 

Lire la suite ici.

 

 

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 06:51

Aujourd’hui, un spécial Mandela. On commence avec quelque chose de violent avec Paris Match :

 

On s’y est préparé mais, sitôt franchie la porte de son bureau, on est ébloui par son regard, par son sourire, par ce beau masque africain devenu une icône. Et cette voix chaleureuse qui résonne pour vous accueillir. Quand Mandela me prend la main, je comprends que je suis en train de vivre un des moments les plus intenses de mon existence. Ce matin-là, le géant nous reçoit, debout, droit sur ses jambes. Il a 87 ans. Pour Match, Jack Lang, son ami, a obtenu ce que Bush, Lula et Schröder n’ont pas eu : une rencontre avec le sage. Depuis sa retraite de la vie politique, il souhaitait qu’on le laisse tranquille. Mais le monde entier voulait l’entendre encore prodiguer ses leçons de vie.

 

Plus sérieux, Achille Mbembe, dans Le Monde Diplomatique:

 

Nelson Mandela est mort. L’homme est devenu une icône. Et pourtant… Qui se souvient des décennies où la France, de De Gaulle à Giscard d’Estaing, coopérait avec le régime de l’apartheid   ? Qui rappelle qu’Amnesty International ne l’avait pas adopté comme prisonnier de conscience parce qu’il ne rejetait pas la violence ? Et qu’il fut un «  terroriste  », dénoncé comme tel par le Ronald Reagan et Margaret Thatcher, parce qu’il savait que la violence faisait partie des armes des opprimés pour renverser l’oppresseur.

Certaines vérités sont complexes, d’autres sont simples. En voici une de très simple : l’Apartheid a été soutenu, défendu et armé l’incontournable État d’Israël, toujours du mauvais côté de toutes les barrières.

 

Oui, tous l’auraient laissé croupir et mourir, lui et la cause qu’il représentait, sans état d’âme particulier – et c’est exactement ce qu’ils avaient l’intention et étaient en train de faire si des hommes d’une autre trempe ne s’étaient pas mêlés à l’Histoire.

 

Absents de la photo officielle donc, sont les membres du Parti Communiste Sud-africain, de l’ANC, des mouvements anti-Apartheid partout dans le monde, du Parti Communiste et du Mouvement de la Jeunesse Communiste en France. Ou plus simplement du contingent de volontaires cubains qui se sont rendus dans une région où ils n’avaient aucun intérêt mais seulement de l’empathie, pour une cause qu’ils auraient pu choisir d’ignorer.

 

Puis les Cubains se sont discrètement retirés en n’emportant que leurs morts et le sentiment d’un devoir internationaliste accompli. C’était les années 70 et la notion de guerre humanitaire venait d’être magistralement inventée et appliquée – mais personne n’avait pensé à prévenir Bernard Kouchner ou Bernard-Henry Lévy, clowns déjà célèbres à l’époque.

 

J.C. Cartagena et N. Briatte renchérissent dans Le Grand Soir :

 

Après la chute de l’apartheid, et malgré tous les chants des sirènes occidentales, Nelson Mandela ne s’est jamais trompé d’amis et a réservé son premier voyage à l’étranger à l’île de Cuba pour remercier son « frère » Fidel Castro, de l’aide apportée « dans les heures les plus sombres du peuple sud-africain ». Des paroles et des actes qui, aujourd’hui, sont passés sous silence afin de cacher d’une part la force de la solidarité internationaliste cubaine et d’autre part, la profondeur de la débâcle de l’impérialisme dans la région.

 

 

Je me permets de rappeler que, sur mon blog, j’ai relaté en ces termes la campagne contre les oranges Outspan dans les années soixante-dix :

 

La vérité étant toujours dans les mots, il faut se souvenir que outspan est l’anglicisation du mot afrikaans uitspan (uit = sortie, extérieur ; spannen = étendre). Dans l’anglais d’Afrique du Sud, to outspan, signifie dételer des chevaux ou des bœufs ou, comme substantif, l’espace de la ferme où l’on pratique cette activité. Le vocable outspan connote donc à la fois une idée de force et d’occupation de l’espace.

 

En 1975, la campagne s’organise au niveau international. Petit à petit, les « consommateurs » comprennent que ces fruits sont le symbole de l’exploitation des Noirs sud-africains, pendant que la France continue à vendre au pouvoir blanc de l’armement destiné à la répression contre les militants de l’ANC. En tête de la mobilisation, la Ligue des Droits de l’Homme, la Cimade et le DEFAP. Ces organisations insistent sur la complicité unissant le gouvernement français au régime sud-africain. Elles dénoncent les investissements « qui ne contribuent pas à l’amélioration du sort des populations », l’organisation de la population en bantoustans (« une supercherie »), l’absence d’éducation pour les enfants noirs (5% seulement accédant à l’enseignement secondaire), l’absence de droit de vote, l’impossibilité pour les Noirs d’accéder aux emplois qualifiés.

 

Je terminerai avec Marwan BARGHOUTI, l’un des plus célèbres prisonniers politiques au monde, rend lui aussi hommage à Mandela (toujours dans Le Grand Soir) :

Votre capacité à constituer une figure unificatrice et à conduire le mouvement depuis l’intérieur de la prison, d’être confiant dans l’avenir de votre peuple alors que vous étiez vous-même privé de la capacité de choisir votre destin, constituent les marques d’un dirigeant exceptionnel et d’une véritable figure historique.

Vous avez consacré votre vie à la cause de la liberté et de la dignité, de la justice et de la réconciliation, de la paix et de la coexistence. Beaucoup maintenant honorent votre lutte dans leurs discours. En Palestine nous promettons de poursuivre le combat pour nos valeurs communes, et d’honorer votre combat pas seulement par des mots, mais aussi en dédiant nos vies aux mêmes objectifs.

 

Revue de presse (79)
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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 11:00

Après avoir voulu faire entrer davantage l'entreprise à l'école, le gouvernement cherche à faire de même à l'université. Le ministre de l'Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, a installé le comité Sup'emploi, présidé par deux chefs d’entreprise.

 

Geneviève Fioraso donne des précisions sur la composition de ce comité :

 

« Il sera coprésidé par deux chefs d'entreprise, Françoise Gri, ex-présidente de Manpower France [spécialiste de l’intérim], et Henri Lachmann, ex-PDG de Schneider Electric. Ensuite, nous avons fait appel à des personnes issues de l'entreprise, de la formation, de la recherche, qui siégeront en tant que personnes qualifiées. L'objectif est de mieux anticiper l'évolution des emplois, pour la formation initiale et pour la formation tout au long de la vie. Ce qui veut dire trouver de meilleures réponses sur les métiers en tension et sur ceux qui correspondent à nos enjeux de recherche comme l'allongement de la durée de vie, la transition énergétique, la chimie verte. »

 

Le président du Medef, Pierre Gattaz, applaudit des deux mains à cette merveilleuse symbiose, mais a des doutes car, pour lui, l’université n’est pas encore suffisamment soumise aux désidérata de l’entreprise :

 

« L'initiative me paraît tout à fait intéressante. Aujourd'hui, l'Education nationale et l'enseignement supérieur poussent très souvent des formations qui ne correspondent pas aux besoins des entreprises et aux métiers futurs. Il faut inverser cette tendance et concevoir les formations à partir de nos besoins, dans les filières du futur. Sinon, on va dans le mur. Mais il faut aussi orienter les formations vers nos besoins actuels. Car il nous manque des soudeurs, des chaudronniers, des décolleteurs… Il y a une sorte d'élitisme en France qui fait que, si on n'a pas un bac + 5, on n'est rien du tout.

 

En octobre, le Medef a réclamé (ses désirs sont des ordres) le copilotage des formations. Fioraso y est tout à fait favorable :

 

« Cela est déjà intégré dans la gouvernance des universités, où on a, depuis la loi sur l'enseignement supérieur de juillet dernier, davantage d'acteurs économiques. De même, grâce aux regroupements d'universités que nous encourageons, des stratégies de site vont être définies. Or ces stratégies sont faites pour être élaborées avec les acteurs économiques ! »

 

 

Mais pour Gattaz, cela ne suffit toujours pas :

 

 « Les formations dispensées à l'université sont encore trop souvent orientées pour la toute petite minorité d'étudiants qui se destinent à l'enseignement, et pas pour ceux qui vont aller travailler en entreprise. »

 

Fioraso comprend ces objections mais rassure le patron des patrons :

 

« On a le même intérêt ! »

 

Gattaz reste méfiant :

 

« Oui, mais vous, vous avez d'énormes corporatismes… »

 

Alors que, c’est bien connu, le patronat ne connaît pas le corporatisme.

 

Fioraso rassure encore :

 

« Allez sur le terrain ! ça a énormément bougé ! Il ne faut pas écouter les postures des uns et des autres. Les universités ont désormais des « fab labs » [?], des ateliers de créativité… »

 

Objection de Gattaz :

 

« Mais il y a encore un pas à faire entre le système français, qui fonctionne sur des subventions, et une université comme Oxford… »

 

Encore un effort, les toutous solfériniens, accordez-nous la haute main sur les formations et les diplômes auxquels il faut faire perdre leur statut national :

 

« Ce que vous dites va dans le bon sens. Mais il faut aller beaucoup plus loin et plus vite. Il faut absolument que les entreprises ou les branches s'intègrent davantage dans les universités pour définir les métiers de demain. Or on sait que les régions – pour ce qui relève du champ de Vincent Peillon – sont encore très réservées sur notre intervention pour définir des qualifications, des diplômes et des calendriers adéquats.

 

Fioraso souhaiterait instaurer des quotas de stagiaires dans les entreprises. Pas question, lui répond son maître :

 

« Soit vous nous faites confiance et vous désasphyxiez les entreprises pour qu'elles soient plus compétitives en considérant qu'elles sont nos forces vives. Soit vous dites on a un problème de stagiaires, et vous mettez en place des quotas, des pénalités… et vous ajoutez 50 pages au Code du travail. »

 

Ah, ce maudit Code du travail !

 

Gattaz n’est pas contre les stagiaires, à condition qu’ils soient rémunérés par l’État :

 

« Il faut prévoir, pour nos étudiants issus de l'ENA, de Sciences po ou de l'Ecole nationale de la magistrature, un stage obligatoire en entreprise en fin d'études. Dans une PME ou une entreprise de taille intermédiaire, en France ou à l'étranger. C'est fondamental. »

 

Récemment, un président d’université de gauche (il en reste une poignée) me confiait qu’avec la LRU et la loi Fioraso il était désormais impossible de mener une politique progressiste dans les établissements d’enseignement supérieur…

 

 

 

Source : Les Échos.

 

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 06:56

 

Nous voudrions dénoncer l’anglicisation qui a cours actuellement à Carrefour. 

 

Anglicisation voulant dire utilisation de la langue anglaise à outrance, d’une façon exagérée, une utilisation qui ne devrait pas être, puisque Carrefour est une entreprise française, puisque la langue officielle de notre pays est le français, puisque la langue de travail en France, est le français, puisque notre langue est une grande langue internationale qui, grâce notamment à la francophonie, est parlée dans le monde entier.

 

1er point :

 

On constate que dans les formations dites « difables » référencées par Carrefour, pour les employés qui voudraient s’initier à une langue étrangère, seul l’anglais est proposé.

 

Nous demandons donc que les formations « difables » en matière de langues étrangères, soient ouvertes à toutes les langues étrangères et non pas au seul anglais. Nous demandons que celui qui le veut, puisse avoir accès à une formation à l’espagnol, à l’italien, au portugais, à l’allemand, au chinois, à l’arabe, etc.

 

Nous rappelons que la démocratie et la liberté ne peuvent vivre que là où la diversité et la possibilité de choix sont respectés, et ces éléments-là ne sont pas respectés lorsqu’on pratique la politique du tout-anglais.

 

2e point :

 

Nous avons remarqué que dans tous les Carrefour en France, le message donné au micro, au public, lorsqu’il y a une « alerte-incendie » était donné en bilingue français-anglais.

 

Là encore, nous ne voulons pas que notre enseigne fasse du favoritisme pro-anglais et, par de là, de la discrimination à l’égard des langues étrangères autres que l’anglais.

 

Nous demandons donc que ces annonces bilingues soient supprimées et remplacées par des annonces, soit totalement en français, soit, si elles doivent être traduites pour les non-francophones, qu’elles le soient en au moins en 2 langues étrangères. 

 

 

 

3e point :
 

- Nous regrettons que Carrefour, pour la dénomination de ses enseignes telles que Carrefour City, Carrefour Market, Carrefour on Line, Carrefour Discount, Carrefour Property, Bootstore, Ooshop, Carrefour Fuel, Carrefour Drive, etc., nous regrettons que Carrefour ait recours systé- matiquement à des noms anglais pour nommer ses enseignes, des enseignes qui contribuent alors à donner un caractère anglophone à notre environnement, participant ainsi à ce que l’on pourrait appeler comme étant une nouvelle forme de pollution : la pollution linguistique.

 

- Il n’y a pas que les enseignes nouvelles de Carrefour qui ont des noms anglais, hélas, il y a aussi les produits de marque Carrefour qui ont une dénomination anglaise : Home, Blue Wind, First line, Blue Sky, Top Bike, Green Cut, Ink Set, Powder Flash, Tex Fashion Express, Tex Baby, Energy Drink, N°1 Apple Nectar’s, Pomelos Drink, Ananas Juice, N°1 Home Clean, Carrefour Light, etc.

 

- En plus des enseignes et des produits aux noms anglais, Carrefour nous bombardent également de concepts nommés en anglais, ainsi a-t-on :

 

La "Supply chain", le "cross-marchandising", le "e-learning", le "remodeling", le "self- scanning", et tout récemment à l’EPCS, le "Street-palette".

 

Devant cette politique manifeste de Carrefour à vouloir s’angliciser et par de là, à vouloir angliciser ses employés et ses clients, et parce que nous considérons la politique du tout-anglais comme portant atteinte à la démocratie linguistique et portant atteinte, ce faisant, à notre liberté d’apprendre la, ou les langues étrangères de notre choix ; parce que cette politique est discriminatoire à l’égard des langues autres que l’anglais ; parce qu’elle représente une réelle pollution de notre langue y créant confusion, imprécision, incompréhension, voire du stress ;

 

pour toutes ces raisons, nous demandons à la direction de Carrefour que sa politique anglicisante actuellement en cours dans l’entreprise, cesse.

 

Nous demandons pour cela qu’une commission soit créée, une commission chargée de veiller à la qualité de l’emploi de la langue française dans l’entreprise et chargée de veiller au respect des langues lorsque le volet « langues étrangères » est abordé.

 

Cette commission pourrait se réunir chaque semestre et ses membres travailler en étroite collaboration avec des organismes publics de terminologie, comme l’Apfa (http://www.presse- francophone.org/apfa/sommaire.htm), par exemple, un organisme qui a pour tâche de développer la terminologie du français des affaires, un organisme placé sous le patronage de la Délégation générale à la langue française et de l'Organisation internationale de la Francophonie.

 

Nous voudrions rappeler que la langue du commerce, c’est la langue du client et qu’en France le client parle français.

 

Nous voudrions rappeler aussi qu’en ce moment, on parle beaucoup du « Fabriqué en France », du « Fait en France », et que cela est un réel argument de vente pour le commerce, ce faisant, nous aimerions bien que Carrefour lance le « Dit en français », qui pourrait être un réel argument de vente pour acheter chez nous, à Carrefour.

 

Au Québec, pays où la défense de la langue française est synonyme de devoir civique et de combat pour la liberté, l’expression « au volant » est employée couramment en lieu et place du terme anglais "drive".

 

Pourquoi Carrefour n’emploierait-il donc pas cette dénomination ? Certes, tous les concurrents de Carrefour en France, ont adopté le mot anglais, mais justement, ne serait-ce pas une bonne façon de se démarquer d’eux en affichant fièrement une dénomination qui respecte le caractère francophone du pays ? Fort d’avoir adopté l’expression « Carrefour-au-volant », le groupe Carrefour pourrait même ensuite, par le biais d’une communication adaptée, se vanter de respecter ses clients en respectant leur langue, se prévaloir d’avoir un quart d’heure d’avance en matière de protection d’environnement linguistique, se targuer de participer au maintien de l’exception culturelle française, se flatter d’avoir de l’originalité et du caractère, tandis que par facilité ou par paresse lexicale, ses concurrents se contentent de suivre le courant de l’anglicisation, etc.

 

 

Note : le mot anglais « fuel » a eu son orthographe francisé (fioul) en 2000 avec parution du décret d’application au Journal Officiel de la République, en septembre de la même année.


Pour le coup, Carrefour a 13 ans de retard sur ses concurrents qui, eux, emploient le terme bien orthographié.

 

 

Bien serait de rappeler à nos publicitaires que c’est Carrefour qu’ils doivent mettre en lumière et non la chanson en anglais.

 

À cet effet, que soient refusés des slogans en anglais tel que le fameux et humiliant "Monday, happy day" qui habille les publicités de Carrefour dans nos magasins et dans les médias, etc.

 

Rappeler en cela, à ces Messieurs et Dames les publicitaires, que Carrefour n’est pas une succursale de Walmart ! 

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 07:01

La fine fleur de l’université française. Mes anciens collègues. Professeurs de littérature française. Ils publient un ouvrage savant et très beau. Sur le site de l’université, ils l’annoncent en ces termes :

 

Publié à l’occasion d’une exposition organisée à Poitiers, au musée Sainte-Croix et à l’Espace Mendès-France, l’ouvrage compose une somme historique sur les Cabinets de curiosités en Europe à partir du XVIe siècle. Les synthèses thématiques sur des problématiques liées à chaque type de cabinet, du studiolo de la Renaissance à une “idée de cabinet” au XXIe siècle, alternent avec des focus consacrés à des “curiosités” remarquables, crocodile, astrolabe, bézoard ou encore licorne et manucodiate, tandis que des extraits de textes anciens permettent d’observer comment l’on rendait compte de ce “collectionnisme” et comment la littérature pouvait s’en faire l’écho. Foisonnante, la mise en page contribue à l’évocation de l’accumulation propre au phénomène historique des Cabinets de curiosités, dans un ordonnancement où la profusion témoigne de la passion de la connaissance. L’iconographie abondante reflète le propos d’une exposition inédite en France, enrichie de prêts exceptionnels de grands Cabinets d’Europe et de nombreux musées français.

 

 

 

Question : qu’entendent-ils par « des focus » ? Ce mot n’existe pas dans la langue française. Alain Rey, qui n’est certes pas conservateur et qui a accepte toutes sortes de nouveautés dans son Grand Robert, ne l’a pas intégré.

 

En latin, « focus » signifie « foyer », « bûcher », « autel » et, par extension « maison ». On disait autrefois en français : « Ce village compte cent feux ».

 

En anglais – car, bien sûr, nous sommes dans le sabir atlantique – « focus » signifie « foyer », au sens propre comme au sens figuré. Les anglophones l’utilisent surtout comme verbe signifiant « mettre au point », « faire converger », « concentrer », « accommoder » (son regard).

 

En anglais, « focus » a deux pluriels, un courant, « focuses » et un, plus recherché, « foci », le pluriel latin.

 

Quand donc les non anglophones, qu’ils soient savants ou illettrés, auront-ils compris que, neuf fois sur dix, la langue française perd en précision lorsqu’elle adopte tout à fait inutilement un mot anglais ?

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 06:00

 

Travail le dimanche : Moscovici favorable à "plus de liberté" (Le Nouvel Observateur)

 

 

Pierre Moscovici a estimé jeudi qu'il fallait donner "plus de liberté" à propos du travail dominical.

Mais comme il est un homme bon, il a ajouté qu’il fallait donner aussi "plus de droits" aux travailleurs. « Plus de droits » : on respire !

 

Bernard Kouchner est un assureur pas très militant

 

Vous l’avez aimé en étudiant communiste, puis en French doctor, un sac de riz sur l’épaule, puis en fils spirituel de l’abbé Pierre ? Vous l'avez apprécié comme ministre de la Santé socialiste ? Peut-être même, l’avez vous plaint comme ministre sarkozyste des Affaires étrangères ? Pas sûr que vous l’adorerez dans ses nouvelles fonctions...

 

Dans son dernier numéro, Marianne révèle le nouveau petit boulot de Bernard Kouchner depuis 2011 : courtier en assurances ! Et pas des polices pour le nouveau né de la famille. Non : du bon gros contrat pour expatriés. C’est fort de ses états de services et de ses entrées auprès des grands décideurs de la planète, que le tout frais VRP a tenté de fourguer en avril 2012 ses produits au Comité international de la Croix Rouge. De Genève à Dubaï, en passant par Bangkok, dans les bagages de SIACI Saint Honoré (premier courtier içndépendant de l'haxagone), Bernard Kouchner, après avoir vendu fort cher des projets de sécurité sociale à des pays pauvres africains, se dépense sans compter pour placer ses contrats.

 

 

Le maire socialiste de la ville, Alain Claeys (rapporteur de la commission Cahuzac) et qui fut mon collègue à l’université de Poitiers, a accepté la cession de l’ancien théâtre municipal au prix de 510 000 euros, soit moins de 200 euros le mètre carré (beaucoup moins cher que le prix du mètre carré à Toulouse). La vente réalisée de gré à gré s’est faite au bénéfice d’un promoteur local, avec de confortables plus-values à la clé. Une association demande l’annulation de la vente. Ceci est expliqué par le menu dans Mediapart par Martine Orange.

 

Ce devait être une opération immobilière sans problème. Mais rien ne s’est passé comme prévu. En lançant la vente du théâtre municipal, le maire socialiste de Poitiers, Alain Claeys, espérait bien expédier le dossier de façon habile et rapide, afin de dégager le terrain avant les élections. Il a juste sous-estimé l’effet que produiraient l’annonce et surtout le prix de la vente du théâtre municipal auprès de ses électeurs.

 

Fakir discute avec Gérard Filoche et demande « que faire du PS » ? Où l’on s’aperçoit que ça débat férocement chez les Solfériniens :

Écoutons Gérard Filoche : « Il y a quelques semaines il y a eu des accrochages au sein du PS. C’est intervenu sur un débat un peu secondaire, sur les « migrants d’origine européenne non insérés », je ne parle pas de Roms exprès. Ils ont failli tous en venir aux mains ! Ils se sont traités de tous les noms. Valls a menacé les autres en disant « vous devez me secourir devant Duflot ». Et les autres ont dit « Jamais ! T’as tort, tu ne peux pas dire ça. » Ça a été une explosion terrible. Bon c’est arrivé là-dessus, pas sur les retraites. C’est moins important, bien que spectaculaire. Mais comme quoi ça arrive !
C’est-à-dire qu’à un moment donné il y aura quelque chose que les autres ne pourront plus supporter. Ça a déjà failli se produire sur Mittal, on n’était pas loin de la nationalisation. Et on peut retrouver ça sur un choix comme le budget. »

 

Darkness Fanzine s’intéresse de près à la censure dans le cinéma britannique :

Le film britannique de David Mackenzie, Starred Up (2013) décrit l'histoire d'un jeune homme de 17 ans qui rencontre son père pour la première fois depuis qu'il est bébé, lorsqu'il est transféré de son centre disciplinaire à une prison pour adultes, en raison de son comportement violent. Cette violence insupportable a motivé l'interdiction décidée par le Bureau de classification anglais au cours du mois de novembre. Le film est projeté en France sans problème.

 

Quant à Res Publica, elle nous donne des nouvelles très alarmantes du communautarisme à l’anglaise :

 

Dans un guide à l’attention des conférenciers, qui vient d’être édité par les Universités britanniques, on découvre une mesure effarante : afin de respecter les demandes d’ordre religieux de certains étudiants, les hommes et les femmes pourront être séparés spatialement au sein des salles de classe et amphithéâtres ! Attention, ceci n’est absolument pas une discrimination, précise le guide, puisque tout le monde est discriminé de la même manière (sic), les femmes priées de s’asseoir d’un côté de la salle et les hommes de l’autre ! Les conférenciers sont donc enjoints de respecter ces demandes ou d’aller voir ailleurs, car rien ne saurait être au-dessus des demandes religieuses… Cela en dit long sur le communautarisme à l’anglaise.

 

 

Revue de presse (78)
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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 07:00

Anthony Sampson fut un des quatre ou cinq plus grands journalistes anglais du XXe siècle. De l’écrit. Il est devenu célèbre en 1962 après la publication d’un des ouvrages les plus complets sur la Grande-Bretagne : Anatomy of Britain Today. Il écrivit ensuite des livres remarquables sur ITT (ITT, l’État souverain), sur les grandes compagnies pétrolières (Les sept Sœurs), sur le commerce des armes (The Arms Bazaar), une étude sur la classe dirigeante anglaise au début du XXe siècle (Who Runs this Place ?) où il feignait de s’étonner de la place de plus importante occupée par des étrangers dans un pays où le Sun  appelle la Reine « Her Maj’ » : un Égyptien avait acheté Harrods, un Jamaïcain était à la tête du plus important syndicat du pays, la moitié des grandes sociétés britanniques étaient dirigée par des étrangers, l’archevêque de Cantorbéry était gallois (quasiment un étranger qui s’était permis de critiquer l’expression de Bush « l’axe du mal » en 2001), l’évêque de Rochester, Michael Nazir-Ali, était né au Pakistan, l’entraîneur de l’équipe d’Angleterre de football en 2001 était suédois et, bien sûr, l’équipe de Chelsea appartenait à un Russe.

 

C’est qu’il y avait chez Sampson, anglais jusqu’au bout des ongles, un très fort tropisme de l’étranger. Il avait en effet commencé sa carrière de journaliste en Afrique du Sud dans les années cinquante, à la tête de la rédaction de Drum, une publication qui comptait parmi ses signatures des Sud-Africains juifs, métis et surtout noirs. L’apartheid ne battait pas encore son plein, mais tout de même.

 

 

 

Au début des années cinquante, on (Sampson compris) se permettait à Johannesburg des privautés qui n'auraient plus cours dans les années soixante :

 

 

 

 

J’ai repensé à Sampson, que j’ai connu à partir des années soixante-dix, à l’occasion de la mort de Mandela. Anthony est en effet l’auteur de la biographie “ autorisée ” de Mandela, qu’il publia en 1999. Lorsqu’il rencontra Mandela pour la première fois, au début des années cinquante, Sampson se demanda s’il avait affaire à du lard ou cochon. Il me confia en 1970 qu’il n'avait pas été certain que Mandela pourrait prendre la tête du mouvement de libération des Noirs. Il le perçut de prime abord comme quelqu’un d’emporté, de vaniteux, ayant à peine digéré trois ou quatre idées puisées dans Le Capital. Mais, au fil des années, il le vit évoluer, mûrir. Ils travaillèrent tous les deux sur l’ébauche de la déclaration préliminaire que Mandela prononça lors du procès de Rivonia. Il comprit alors à quel point Mandela était bien campé sur ses jambes, très équilibré, avec une vrai assurance, et qu’il ferait toujours preuve de beaucoup plus de dignité que ses adversaires.

 

Alors, me direz-vous, quid  de Doris ? Il s’agit, vous l’aurez deviné, de Doris Lessing. Elle avait six ou sept ans de plus qu’Anthony et s’était déjà mariée deux fois, la seconde en 1945 avec Gottfried Lessing, allemand, communiste et juif exilé, dont elle divorcerait en 1949.

 

Lorsqu’elle fait la connaissance d’Anthony, cette femme hors du commun qui a passé son enfance en Rhodésie, a déjà publié plusieurs romans, mais pas Le Carnet d’or, son chef d’œuvre. Il serait exagéré de dire – même si la critique anglaise a pu se le permettre – que Le Carnet d’or eut le même retentissement que Le deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. Le fait est que ce récit exposait très crument les tenants et les aboutissants de la sexualité féminine et militait en faveur d’une vraie libération des femmes.

 

Doris et Anthony s’étaient bien trouvés. La séduction s’opéra dans le sens femme/homme. Ce cachotier d’Anthony, en bon Anglais pratiquant la litote sans jamais se vanter, ne m’avait jamais parlé de cet épisode torride. Sampson écrivit par la suite que Lessing était « fraîche, passionnée et africaine ». Pour le conquérir, Doris prétexta une rencontre de travail : elle menait des recherches sur l’Afrique du Sud. Dans un mémoire relatant cette liaison, Sampson fut très direct : « Doris Lessing, la romancière communiste était arrivée de Rhodésie comme une panthère magnifique en provenance du veldt, sautant par-dessus les murs et les haies, un mélange de beauté et d’absence d’ambiguïté. Peu de temps après notre première rencontre, elle m’appela au téléphone pour me demander si elle pouvait consulter mes exemplaires du journal sud-africain New Age. Dans la soirée, je l’emmenai voir une pièce de John Osborne, puis nous rentrâmes à mon appartement pour manger du poulet froid. »

 

« J’aime comment nous abordons les préliminaires », dit Doris », « alors que nous savons tout deux que nous allons coucher ensemble ce soir. J’ai déjà essayé deux fois. Pourquoi aurait-il fallu que je consulte New Age »

 

 

Pendant que nous faisions l’amour, raconta Sampson, elle me dit dans un souffle qu’elle avait organisé la dernière grève en cours.

 

L’histoire ne dit pas combien de temps dura cette liaison. Dans ses propres mémoires, Lessing n’a rien divulgué de sa vie sexuelle extraconjugale.

 

 

PS : Sur la photo qui suit, à gauche : mon nez.

 

 

Anthony et Doris
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