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7 septembre 2018 5 07 /09 /septembre /2018 05:16

J'ai publié tout récemment sur Facebook cette photo archi-connue, que l'on trouve aujourd'hui partout, y compris sur Wikipédia :

Facebook : encore du Graal !

 

Facebook m'a censuré. Il est vrai que lorsqu'on censure "L'Origine du monde de Gustave Courbet", on a de la marge.

 

J'ai réagi ainsi :

 

"Facebook a censuré mon article sur la publicité "j'enlève le bas". Aux pudibonds de Facebook, je rappelle que cette publicité, contraire aux bonnes mœurs selon eux, a 38 ans, que ces photos ont recouvert tous les murs de France, pas ceux des Etats-Unis, pays qui produit le plus de films pornos au monde. Le mannequin nue est vue de dos et non de face."


J'ai demandé un réexamen de cet acte de censure.

 

Je cite ici quelques réactions de lecteurs amis :

 

"Oui et cela m'est arrivé sur un dessin satirique concernant l'affaire Benalla. Donc pas seulement de la pruderie..."

 

"Pour l'instant les nageuses sont épargnées."

 

"Ils censurent au moindre téton féminin qu’il y a c’est classique avec Facebook ils mettent ça dans la catégorie contenu sexuel."

 

"Le puritanisme des GAFA n'empêche pas la pornographie la plus abjecte et dégradante, parce qu'elle rapporte des tonnes de dollars."

 

"Quelle misère ! Les étasuniens sont les pires dans la violence et la pudibonderie. Des tartuffe puissance 10. Et ils nous imposent leurs moeurs de tarés ! Que la bête meure !"

 

Après examen, Facebook a maintenu sa position :

 

"Nous avons à nouveau examiné votre publication et elle ne respecte pas les Standards [notez le S majuscule de Standards : Facebook, c'est la Bible] de notre communauté sur les scènes dénudées ou l’activité sexuelle. Personne d’autre que vous ne peut voir cette publication."

 

Dans ce contexte, une information qui fait chaud au cœur : un quart des utilisateurs de Facebook aux États-Unis ont supprimé de leur smartphone l'application du réseau social depuis un an.

 

PS : Pour mémoire

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5 septembre 2018 3 05 /09 /septembre /2018 10:38

Je reprends ici un communiqué de presse du député François Ruffin, ainsi que sa lettre, en picard, adressée au ministre de l'Éducation nationale

 

Et si la langue Picarde disparaissait définitivement ?  La langue est déjà "sérieusement en danger", selon l'UNESCO. Mais voilà que l'UPJV, l'Université de Picardie Jules Verne, vient de supprimer l'option "langue et culture Picardes" à la fac. L'enseignement existait pourtant depuis 1986. Plus de 200 étudiants suivaient encore cette option l'an dernier.

"Je ne peux que lier ça à la disparition de la région Picardie, on devient le versant sud des Hauts-de-France, il y a une forme de mépris" s'inquiète le député "Picardie Debout" de la Somme, François Ruffin. Il vient d'écrire au ministre de l'éducation nationale, Jean-Michel Blanquer pour réintroduire l'option à l'UPJV. "Si c'était en Corse ou en Bretagne, ça n'aurait pas duré 5 minutes cette histoire".

 

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Fin de l'enseignement du picard ... en picardie !
Fin de l'enseignement du picard ... en picardie !
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4 septembre 2018 2 04 /09 /septembre /2018 05:17

Alain Gresh évoque un documentaire (quatarien) interdit sur le lobby israélien : « Une enquête menée par la chaîne qatarie Al-Jazira dévoile les méthodes des groupes de pression américains favorables à Israël. Mais, soucieux de ne pas s’aliéner ces organisations dans son contentieux avec l’Arabie saoudite, le Qatar a gelé la diffusion du reportage. »

 

 

Pour Serge Halimi et Pierre Rimbert, le clivage est trompeur entre libéraux et populistes : « Les réponses apportées à la crise de 2008 ont déstabilisé l’ordre politique et géopolitique. Longtemps perçues comme la forme ultime de gouvernement, les démocraties libérales sont sur la défensive. Face aux « élites » urbaines, les droites nationalistes mènent une contre-révolution culturelle sur le terrain de l’immigration et des valeurs traditionnelles. Mais elles poursuivent le même projet économique que leurs rivales. La médiatisation à outrance de ce clivage vise à contraindre les populations à choisir l’un de ces deux maux. »

 

Hélène Richard nous rappelle quand la Russie rêvait d’Europe : « Au sortir de la guerre froide, les Russes voyaient leur avenir dans une Europe réconciliée et dotée de mécanismes de sécurité communs. En portant le glaive de l’Alliance atlantique jusqu’à leur porte, les Occidentaux ont pris le risque d’une réaction nationaliste. »

 

 

Où est née la mondialisation,demande Alain Bihr ?: « L’intention est légitime : construire une « histoire mondiale » échappant à la surestimation de l’histoire occidentale. Pour autant, cela nous interdit-il d’observer que des faits historiques majeurs ont bien eu l’Europe pour acteur initial ? Ainsi, par exemple, la mondialisation. Longtemps instrument de domination de l’Occident, celle-ci a aujourd’hui trouvé d’autres artisans ailleurs. »

 

 

En Colombie, la paix est-elle « réduite en miettes », demande Loïc Ramirez ?: « Le 17 juin 2018, les Colombiens ont élu un nouveau président, M. Iván Duque, pourfendeur des accords de paix signés avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Le scrutin a également été marqué par une percée de la gauche, présente au second tour, alors que celui-ci opposait traditionnellement les deux droites. Mais l’espoir de normalisation se heurte à la recrudescence des organisations criminelles. »

 

 

 

Pour Charles Enderlin, Israël devient une « ethnocratie » : « La Knesset a adopté le 19 juillet dernier une loi à valeur constitutionnelle définissant Israël comme « l’État-nation du peuple juif », qui suscite d’intenses polémiques. Pour le premier ministre Benyamin Netanyahou, ce texte qui fonde les droits des citoyens israéliens en fonction de leur origine et de leurs croyances fait figure d’accomplissement idéologique. »

 

 

Christophe Jaffrelot  nous présente le nouveau champion des militaires pakistanais : « Après plusieurs tentatives, l’ancien joueur de cricket Imran Khan a accédé au pouvoir au Pakistan, le 17 août, et dirige un gouvernement de coalition. Son discours anticorruption et son projet d’un « nouveau Pakistan » ont séduit 32 % des électeurs et permis à son parti d’arriver en tête à l’Assemblée nationale, avec 116 sièges (sur 272). Mais rien n’aurait été possible sans le soutien plus ou moins visible des militaires. »

 

 

Quand l’Occident affirmait que « L’OTAN ne s’étendrait pas d’un pouce vers l’est » (Philippe Descamps) : « «Ils nous ont menti à plusieurs reprises, ils ont pris des décisions dans notre dos, ils nous ont mis devant le fait accompli. Cela s’est produit avec l’expansion de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord [OTAN] vers l’est, ainsi qu’avec le déploiement d’infrastructures militaires à nos frontières. »Dans son discours justifiant l’annexion de la Crimée par la Fédération de Russie, le 18 mars 2014, le président Vladimir Poutine étale sa rancœur envers les dirigeants occidentaux.

 

 

Laurent Bonelli et Fabien Carrié proposent d’en finir avec quelques idées reçues sur la radicalisation : « N’importe quel bavard a son idée arrêtée sur la « radicalisation » et sur le terrorisme. Désormais, il est possible de confronter toute cette glose à la réalité des dossiers instruits par la justice française. Et on découvre alors la place réelle qu’occupent l’échec scolaire, les réseaux sociaux, la volonté de provoquer, la sexualité, la religion dans le basculement de milliers de jeunes vers la violence. »

 

 

Pour Cédric Gouverneur, le saumon est un mets de luxe qui devient un fléau écologique : « La moitié des poissons consommés dans le monde provient désormais d’élevages. Le saumon fait la richesse de la Norvège ou du Chili, dont il est le deuxième produit d’exportation. Dans les fjords de l’Atlantique comme dans ceux de la Patagonie, l’aquaculture industrielle, réponse lacunaire à l’épuisement des ressources halieutiques, fait peser d’importantes menaces environnementales et sanitaires. »

 

 

… D’autant que les élevages de Norvège sont intouchables de Norvège : « Non loin de Bergen, en Norvège, Lerøy, numéro deux mondial du saumon d’élevage, nous fait visiter son élevage-pilote de Sagen 2. Un hangar abrite des bassins où est élevée une armée de lumps. L’aquaculture a fait de ce petit poisson-ventouse un allié : le lump est un prédateur du parasite lakselus (« pou du saumon », Lepeophtheirus salmonis). « Nous produisons environ six millions de lumps par an,explique M. Harald Sveier, directeur technique de Lerøy. Cela permet de réduire de 90 % l’usage de traitements contre les poux. »Lerøy nous présente également un prototype unique, surnommé « le tube ». Trois cent mille jeunes saumons sont élevés durant plusieurs mois dans cette structure en plastique de cinquante mètres de long flottant dans le fjord, dotée d’un courant artificiel et alimentée par une eau pompée en profondeur : « À trente-cinq mètres, l’eau est trop froide pour les poux, précise M. Sveier. Les saumons nagent dans le courant et sont en meilleure forme. Déjections et déchets sont récoltés et traités » — au lieu de s’accumuler et de polluer le fjord. »

 

 

Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin crient haro sur le tourisme de masse en Croatie : « La Croatie compte près de sept cents îles, dont une cinquantaine sont habitées. Ces perles de l’Adriatique attirent toujours plus de visiteurs estivaux, mais se vident de leurs résidents permanents. Irrités par certains grands projets, ceux-ci commencent à remettre en cause cette mono-industrie du tourisme qui fait office de politique publique de développement. »

 

 

En Centrafrique, les Nations unies sont en déroute (Juan Branco) : « Sous-équipée, mal pensée, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique multiplie échecs et scandales. Les casques bleus, qui ont perdu soixante-treize hommes depuis 2016, sont accusés d’avoir tiré sur une foule désarmée à Bangui mi-avril. Entre misère et guerre civile larvée, la Centrafrique est le théâtre d’une lutte d’influences internationale. »

 

 

Violette Goarant dénonce le fiasco de la privatisation de l’école en Suède : « Au cours de la campagne pour les élections générales qui se tiennent en Suède le 9 septembre, la poussée attendue de la droite xénophobe a occulté le débat sur l’avenir des services publics. À la tête d’un gouvernement minoritaire depuis quatre ans, les sociaux-démocrates n’ont même pas réussi à plafonner les profits des entreprises privées qui ont investi la santé ou l’éducation, au détriment de la qualité des services et de la réussite des élèves. C’estune école “deux en une” »,résume Mme Elsa Heuyer. Cette professeure de français du lycée Drottning Blanka a dû apprendre à « optimiser »le temps et l’espace au bénéfice d’AcadeMedia, l’« entreprise éducative » cotée en Bourse qui l’emploie à temps (très) partiel : 28,7 %. Situé au sud de Stockholm, son lycée, un établissement privé sous contrat, dit friskola(friskolorau pluriel), partage ses locaux avec un autre du même groupe. Rentabilité oblige, Mme Heuyer doit gérer deux niveaux dans la même classe : « En pratique, je suis obligée de diviser le temps de cours par deux. »

Exerçant, eux, à temps plein, ses collègues professeurs d’espagnol, Mme Sandra Nylen et M. Adrian Reyes, enseignent également une autre matière — un fait commun en Suède. Ils assurent en outre un tutorat pour une quinzaine d’élèves chacun, jouant le rôle de ce qu’on appelle en suédois un mentor.Par courriel ou par téléphone, ils doivent maintenir un contact permanent avec les parents pour le suivi des absences et de la scolarité, toutes matières confondues. « Lorsqu’un élève rencontre des difficultés, c’est de la faute dumentor  »,soupire M. Reyes. Il n’est ainsi pas rare de voir un professeur aider un élève à faire remonter ses notes dans une autre matière que celles qu’il enseigne. « Je m’assure sans cesse auprès de mes élèves que tout va bien, car je sais que mon directeur va me demander des comptes,raconte Mme Nylen avec nervosité. Mais que faire lorsqu’ils échouent dans plusieurs matières ? »

 

 

À qui profite la paix scolaire, demande Laura Raim ?: « Vendre un service sans avoir à supporter le « coût du travail » : n’est-ce pas le rêve de tout actionnaire ? Ce rêve est devenu réalité pour certains fonds d’investissement, qui placent leur argent dans des écoles privées françaises dont les enseignants restent rémunérés par l’éducation nationale. Un état de fait qui n’est toutefois qu’un indice de la séduction croissante exercée par l’enseignement privé. »

 

 

Aux Etats-Unis, les enseignants voient rouge (Clément Petitjean) : « M. Donald Trump aime se prévaloir de sa défense des « Américains oubliés » qui vivent très loin des grandes métropoles, en particulier dans les États pauvres et ruraux ayant souvent voté pour lui. Or c’est précisément là qu’un mouvement social met en cause la politique républicaine d’abandon des services publics. Dans cet affrontement, les enseignants jouent un rôle-clé.

Chicago, avril 2018. Dans le décor improbable d’un hôtel de luxe situé aux abords de l’aéroport O’Hare, environ deux cents personnes, poing levé, scandent des slogans de soutien aux enseignants de l’Arizona, du Kentucky et de l’Oklahoma : « Tenez bon ! », « Ne reculez pas ! ». Ce moment de solidarité vient conclure un atelier de la conférence syndicale bisannuelle organisée par la revue militante Labor Notes.À la tribune, six professeurs, un homme et cinq femmes, arborent un vêtement rouge, couleur emblématique du mouvement Red for Ed (« les rouges pour l’éducation »), une appellation qui joue sur l’ambiguïté autour de la couleur rouge : celle-ci est en effet associée à la fois à la tradition socialiste et au Parti républicain, qui gouverne les États dans lesquels la vague de grèves s’est développée depuis fin février.

 

 

Le Monde Diplomatique (222)

 

François Albera présentent les affiches de l’espoir : « Clément Moreau, Frans Masereel, Félix Vallotton… à partir de la fin du XIXe siècle, ces artistes utopistes et proches du mouvement ouvrier ont été des virtuoses de la gravure sur bois. Leurs œuvres dénoncent la violence sociale et témoignent des bouleversements de leur époque, de la révolution spartakiste à la montée du nazisme. »

 

 

Quand d’immenses hommes politiques manquent de flair (Régis Debray) : « «Tout homme est crédule, un polytechnicien est un homme, un polytechnicien est crédule. » Synonyme de crédule : facile à tromper.

 

Qui passe pour être les moins naïfs des hommes ? Les politiques, qui sont des roués professionnels, et les experts, habilités à distinguer le vrai du faux. Et, chez les seconds, qui sont les moins songe-creux ou les plus fiables ? Les économistes. Et qui était le plus sérieux de tous, sinon le premier ministre Raymond Barre, qualifié de « meilleur économiste de France » ? Et le président Valéry Giscard d’Estaing, polytechnicien d’une intelligence reconnue par tous ?

 

Or il se trouve que deux charlatans, inconnus au bataillon mais accrédités par une élite issue de l’École polytechnique et de l’École des mines, ont, pendant trois ans (1976-1978), fait danser les plus hauts personnages de l’État (et cracher, au passage, des centaines de millions de francs).

 

Résumons ce rocambolesque épisode qui attend encore son Balzac.

 

Un réparateur de télévisions italien, Aldo Bonassoli, allié avec un comte belge un peu fantaisiste, Alain de Villegas, font savoir aux deux locataires de l’Élysée et de Matignon, par le truchement d’Antoine Pinay, ancien président du Conseil, qu’ils ont fait « la découverte du siècle »,à savoir un procédé de détection à distance des couches pétrolifères encore non localisées, dont l’appropriation par Elf Aquitaine donnerait à la France une formidable avance sur les puissances concurrentes, en même temps qu’une sortie assurée de la crise pétrolière. Ils exigent des autorités contactées le secret le plus absolu — d’autant qu’un tel procédé aurait un usage stratégique : repérer par un simple survol des océans les sous-marins nucléaires soviétiques en maraude. »

 

PS : J’ai connu, vers 1980, une jeune parente d’Antoine Pinay. Je confirme totalement ce que dit Debray le concernant. Ce que j’avais trouvé fascinant, à l’époque, c’est que Pinay avait 90 ans (il lui en restait 13 à vivre). J’imaginais, de loin, ce vieillard complètement excité, frétillant de la queue (une dernière fois ?) à l’idée de jouer, comme toujours bien sûr, un rôle capital, historique, planétaire, spatial, pour la France. Et je me disais que, décidément, les hommes politiques, tant qu’on ne les avait pas abattus comme le canard de Robert Lamoureux, étaient increvables, inarrêtables. Á de rares exceptions près.

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31 août 2018 5 31 /08 /août /2018 05:23
Civilisation ...
Civilisation ...
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30 août 2018 4 30 /08 /août /2018 05:33
 ParcoursSup met 158000 jeunes au supplice
62 000 étudiants sans affectation, 96 000  qui  ne savent toujours  pas  où ils seront à la  rentrée   :  voilà  les  vrais   chiffres  de Parcoursup,  à  deux   semaines  de la  fin  de la  procédure.

 

Un article d'Olivier Chartrain dans L'Humanité.

Quand on n’a pas envie de compter, on peut toujours compter… sur sa capacité à jouer sur les mots. C’est apparemment un exercice qu’affectionne Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieurElle s’y est livrée avec gourmandise hier matin sur France Inter. Interrogée sur le nombre d’étudiants encore en attente sur la plateforme Parcoursup, dont la phase principale se termine le 5 septembre, elle a martelé deux chiffres. Ils seraient « plus de 591 000 à savoir où ils seront à la rentrée », tandis qu’« un peu moins de 15 000 candidats » seraient toujours en attente d’une réponse, ces derniers étant bien entendu « accompagnés par les commissions » académiques d’ accès à l’enseignement supérieur (CAAES), créées à cet effet.

 

Or, ces chiffres répétés comme des mantras par la ministre sont faux. Il suffit pour le vérifier de consulter le site officiel de Parcoursup. Hier, 490 705 candidats avaient définitivement accepté une proposition (soit 60,4 % des 812 000 inscrits). Frédérique Vidal leur a tout simplement additionné les 95 635 qui ont reçu une proposition, mais ne l’ont toujours pas acceptée et restent en attente pour d’ autres vœux, correspondant plus à leur projet. Or ceux-là, de fait, ne savent toujours pas « où ils seront à la rentrée ». Ce qui ne va pas sans poser de nombreux problèmes, en premier lieu pour leur logement.

 

Des étudiants sans réponse ... et donc sans logement

 

Céline Paul est dans ce cas. Avec son bac ES, elle est prise en BTS «  design d’espaces » à Reims, proposition qu’elle n’a toujours pas acceptée car elle habite Quimper et préférerait étudier à Caen ou à Nantes, bien plus près de chez elle. « J’ai longtemps été troisième sur la liste d’attente à Caen, mais je viens de passer première, et deuxième à Nantes. » Elle attend donc encore, sans aucune garantie . « Je n’ai pris de logement nulle part », explique cette boursière  : « Avec mes parents nous nous sommes dit qu’on n’allait pas louer à Reims, alors que je risque d’aller ailleurs. Mais du coup, dans les trois villes , il ne reste pas grand-chose, seulement les appartements les plus chers ou alors les plus excentrés. »

 

D’autres ont sauté le pas et payé des cautions… qu’ils risquent de ne jamais revoir, les Crous (centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires) par exemple ne remboursant plus ces sommes au-delà d’un délai d’un mois. Sans compter ceux qui, déjà locataire , ne savent pas si ni quand ils vont devoir déposer leur préavis. Céline, elle, avoue un « gros stress » : « C’est la première fois que je décohabite, J’aurais aimé pouvoir me préparer dans de meilleures conditions. » Elle n’est de toute façon pas concernée par le dispositif d’« aide à la mobilité  » annoncé par la ministre. Doté de 7 millions d’euros, il doit permettre de distribuer une aide unique variant de 200 à 1 000 euros à des étudiants contraints de s’inscrire dans un établissement éloigné de leur domicile.

 

Quant aux candidats qui n’ont toujours reçu aucune proposition, ils sont en  vérité  62 501, et non 15 000. Pour  obtenir  son  chiffre , cette fois la ministre a  tout  simplement  rayé  de la  carte 47 058 candidats considérés comme « en attente » le 22  juillet avant  la pause estivale, et devenus d’un coup des « inactifs », parce qu’ils n’ont pas fait  appel  à la CAAES et/ou ne se sont pas inscrits en phase  complémentaire  – alors que de nombreux étudiants avouent ignorer l’existence même de ces commissions. Voilà donc  comment  158 136 étudiants sont toujours dans l’incertitude. Un chiffre que la ministre, visiblement, n’a guère envie de prononcer.

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23 août 2018 4 23 /08 /août /2018 06:13

Communiqué du Snesup-FSU de l'université de Nantes

 

Sanctionnés pour présence aux côtés d’étudiants en lutte contre la loi ORE ! Deux collègues enseignants chercheurs de l’université de Nantes viennent de se voir signifier des sanctions (6 mois de retard d’avancement d’échelon pour l’un, blâme pour l’autre) pour avoir été présents lors d’un charivari d’étudiants, faisant suite à la confiscation de cartes d’étudiant lors d’un examen qui a finalement été reporté.

Les organisations syndicales FSU et SUD éducation avaient demandé aux enseignants disponibles d’exercer une mission d’observateurs et si nécessaire de médiateurs pour éviter toute violence, dans cette période de tensions où la présidence de l’université s’acharnait à maintenir des examens alors que les conditions de sérénité et de sécurité pour les étudiants et les personnels présents n’étaient pas remplies et que les forces de l’ordre étaient appelées systématiquement en renfort. Nos deux collègues se sont rendus, dans ce cadre, sur les lieux où la tension montait Ils ont donc été présents quand des étudiants ont demandé des comptes aux cadres administratifs sur la confiscation de leurs cartes. Ils ont finalement dû s’interposer entre étudiants et personnels administratifs pour éviter tout débordement devant l’absence de réponse et l’inaction des cadres de la présidence présents. Des cadres administratifs se sont alors considérés victimes de « démarches vindicatives des étudiants », auxquelles, par leur présence et posture, les deux enseignants-chercheurs se seraient associés. Ils auraient, de ce simple fait, « adopté un comportement contraire à » leurs « obligations statutaires notamment celles d’exercer (leur) liberté d’expression dans le respect des principes de tolérance et d’objectivité ou de respecter les principes de dignité, d’intégrité et de neutralité ».

L'utilisation grandiloquente de principes ne peut masquer la vacuité des accusations. Alors que le rôle de médiateur et d’interposition est reconnu dans la décision de sanction, c’est bien la présence aux cotés d’étudiants en lutte qui est sanctionnée. Cette restriction inédite des droits des enseignants-chercheurs à manifester, à répondre à des consignes syndicales d’observation et de médiation en situation de conflit, est d’une extrême gravité.  Nous dénonçons le tournant autoritariste d’une présidence d’université qui bafoue l’honneur et les droits de collègues universitaires ; nous dénonçons les conséquences délétères des décisions inadaptées de la présidence en situation de crise lors de la lutte contre la loi ORE ;  Nous dénonçons des simulacres de justice disciplinaire qui ne cite que des témoignages ৠcharge et juge en comité restreint ;  Nous refusons toute sanction pour des collègues qui ont agi avec responsabilité et§ courage. Le Snesup-FSU apporte son plein soutien aux collègues pour faire annuler ces sanctions iniques.

 

Nantes, le 31 juillet 2018

Le flicage des universitaires français s'amplifie
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14 août 2018 2 14 /08 /août /2018 05:46

 

Jacques Sapir replace le phénomène Macron dans une très longue perspective historique.

 

L’affaire Benalla et l’histoire romaine

 

L’affaire Benalla a suscité de nombreux commentaires. Certains se concentrent sur ce que nous dit cette affaire sur l’usage du pouvoir par Emmanuel Macron. Ce n’est pas faux. Mais, cette affaire n’est pas le symptôme d’une souveraineté « devenue folle » comme l’a écrit Fréderic Lordon[1]. C’est, au contraire, le symptôme d’une tentative de mise en surplomb d’un pouvoir à faible légitimité par un détournement de souveraineté, ou plus précisément un détournement de l’apparence de la souveraineté par la Président de la République. En cela, effectivement, cette affaire est révélatrice d’une dérive du pouvoir. Cette dérive devient d’ailleurs, chaque jour, plus évidente.

Car, au-delà des actes délictueux commis par Alexandre Benalla (les coups et blessures multiples, l’usurpation de fonction), il y a bien sûr les actes qui ont visé à faire obstruction à la justice et à camoufler cette affaire et toutes ses implications. De fait, ce que l’action du pouvoir, et disons le celle d’Emmanuel Macron, donne à voir c’est bien un processus d’appropriation de l’apparence de la souveraineté. Ce processus se combine alors avec un processus d’autonomisation vis-à-vis des conflits politiques et sociaux, avec la construction d’un pouvoir en surplomb de la société.

Ce n’est pas la première fois dans l’histoire que cela se produit. Mais, ce double mouvement d’appropriation de l’apparence de la souveraineté et d’autonomisation du pouvoir par rapport aux conflits et aux institutions a toujours correspondu à un moment de grave crise politique sur fond de crise sociale devenue ingérable. En un sens Emmanuel Macron est tout autant acteur de ce double mouvement que symptôme de la crise profonde qui l’engendre. Mais, à chaque fois, les conséquences de ces actions furent dramatiques.

 

Une souveraineté devenue folle ?

 

Fréderic Lordon écrit dans son texte publié le 23 juillet sur le blog du Monde Diplomatique : « Assez curieusement, on pourrait y voir aussi, et plus classiquement, une parfaite illustration de la souveraineté devenue folle, c’est-à-dire en fait se comprenant elle-même dans la pureté de son concept, comme puissance absolue et absolument déliée, n’ayant à répondre de rien à personne, faisant valoir l’arbitraire de sa volonté comme acte politique par construction licite, le pur « je veux » d’un pouvoir complètement désorbité. » On comprend bien ce à quoi il pense, le fameux « l’Etat c’est moi » attribué à Louis XIV, ou le « car tel est mon bon plaisir », bref l’expression d’une puissance absolue qui n’a à répondre de rien à personne. Et, il n’est pas peu probable que ce sentiment de toute puissance habite Emmanuel Macron. Ce sentiment s’enracine dans une culture de l’impunité, ce qu’a très bien démonté Régis de Castelnau sur son blog « Vu du droit » le 19 juillet[2]. Pourtant, sur ce point, Frédéric Lordon se trompe, tant sur le registre des actes que sur ce qu’ils révèlent.

 

Il convient donc de faire remarquer à Fréderic Lordon qu’il n’y a pas de souveraineté « raisonnable » comme il n’y a pas de souveraineté « folle ». De la même manière qu’il n’y a pas de souveraineté de « droite » ou de « gauche ». Poser déjà la question en ces termes montre que l’on n’a pas compris ce qu’est la souveraineté. Car, la souveraineté c’est la capacité à faire des lois en temps normal, et à décider de l’urgence et dans l’urgence, dans les temps exceptionnel[3]. Il y a, par contre, des usages de la souveraineté, dont certains sont critiquables et d’autres admirables. Pourtant, dans le comportement d’Emmanuel Macron, et encore plus dans son discours devant les députés du groupe LREM le 23 juillet[4], discours dont Fréderic Lordon ne pouvait avoir connaissance quand il écrivit son texte, on pourrait effectivement voir un usage « fou » du concept de souveraineté, comme dans le cas de Caligula[5]. Il faut s’attacher aux mots qu’utilise Francis Parny, sur son blog dans Mediapart pour dresser un parallèle entre Caligula et Macron : « …car que penser de ce président du foot-mondial-France ? Pas seulement à cause de ses pitreries dans la tribune présidentielle du stade de Moscou. Ces gesticulations ont un sens. Il veut montrer qu’il aime, qu’il est enthousiaste. Mais ce faisant il s’approprie personnellement la victoire, pour son seul plaisir, et à la seule démonstration publique de ce plaisir. « Je suis heureux », je veux le dire aux joueurs, je les veux pour moi et tant pis s’ils ne font que passer fugacement sur les Champs-Élysées au contact du peuple. Jupiter a découvert – tel Caligula – que les empereurs meurent aussi et peuvent mourir malheureux. Alors il veut dire haut et fort qu’il gouverne pour son plaisir quitte à provoquer le peuple ». C’est assez bien vu. Et cela renvoie à la question de la dignité de celui qui est le dépositaire de la souveraineté. Or, cette question avait effectivement une certaine importance à Rome…

 

L’empereur, symbole de la toute puissance ?

 

Puisque l’on a fait référence à Caligula, cela à revenir à l’usage de la souveraineté par les empereurs romains, et plus généralement à cette généalogie de la souveraineté dans le monde romain, dont nous sommes les héritiers. On présente souvent les empereurs romains comme des souverains tout puissants. C’est oublier un peu vite d’où leur vient la souveraineté. Ainsi, dans la loi d’investiture de Vespasien (69-79 de notre ère), la Lex de imperio Vespasiani, la ratification des actes de l’empereur avant son investiture formelle est dite « comme si tout avait été accompli au nom du peuple » [6]. On perçoit que l’origine de la souveraineté réside dans le peuple, même si ce dernier en a délégué l’exercice à l’empereur. On peut assurément relever la présence dans cette loi d’investiture d’une clause discrétionnaire, qui autorise l’empereur à agir « hors des lois » dans l’intérêt et pour la majesté de l’État. Mais on peut aussi considérer cela comme une première formulation de l’état d’exception. D’ailleurs Paolo Frezza parle de la « potestas nouvelle et extraordinaire » de l’empereur[7].

 

Bretone lui oppose cependant le sens profond de cette clause discrétionnaire, qui peut être l’origine d’un pouvoir autocratique[8], et conclut : « la subordination du souverain à l’ordre légal est volontaire, seule sa ‘majesté’ pouvant lui faire ressentir comme une obligation un tel choix, qui demeure libre » [9]. De fait, l’empereur réunit dans ses mains tant la potestas que l’auctoritas[10]. S’y ajoute l’imperium, que détenaient avant lui les magistrats républicains. On pourrait croire que cela clôt le débat, une subordination volontaire n’étant pas une subordination.

 

Mais, la phrase de Bretone, quand il écrit, « seule sa ‘majesté’ pouvant lui faire ressentir comme une obligation », invite à réflexion. Elle peut signifier qu’un empereur qui violerait les lois existantes pour son seul « bon plaisir » et non dans l’intérêt de l’État, perdrait alors la « majesté » (maiesta) qui accompagne l’imperium. Dans ce cas son assassinat deviendrait licite car le « dictateur » se serait mué en « tyran ». Et l’on sait que nombre d’empereurs sont morts assassinés, ou ont été contraints de se suicider. On pense entre autres à Néron ou à Caligula. L’empereur est donc un dictateur, au sens romain du terme, qui peut s’affranchir de la légalité si nécessaire pour le bien de l’État et du « peuple » dans ce que l’on appelle des cas d’extremus necesitatis [11], mais il ne dispose pas de ce pouvoir de manière « libre » comme le dit Bretone. Il doit en justifier l’usage, quitte à se faire assassiner.

 

On voit bien ici ce que le parallèle avec la Rome antique nous dit sur Emmanuel Macron. De nombreux commentateurs se sont ainsi saisis de certains comportements d’Emmanuel Macron, en particulier par rapport au Général de Villiers, ou de ces déclarations (les « gens qui ne sont riens » ou les « fainéants »), qu’ils soient politiques ou non (comme lors de la fête de la musique ou de la réception de l’équipe de France après sa victoire à la coupe du monde), pour instruire un procès en indignité[12]. D’autres comportements, comme justement la déclaration qu’il fit au soir du 23 juillet, peuvent donner le sentiment qu’il agit porté par un sentiment de toute puissance. Néanmoins, on passerait ce faisant à côté de l’essentiel ; le problème n’est pas là. Le problème n’est donc pas le « mauvais » usage, voire l’usage dégradant, que Macron fait de la fonction de Président, et donc implicitement de la souveraineté. Le problème réside bien plus dans la captation de la souveraineté à laquelle il se livre.

 

Macron : Caligula ou Sylla?

 

On peut donc montrer ce qui dans le comportement d’Emmanuel Macron rappelle le personnage de Caligula, en particulier celui de la pièce d’Albert Camus[13]. Mais, tracer un parallèle entre le comportement de Macron dans l’affaire Benalla et Caligula, que ce soit le véritable[14] ou le romancé, c’est faire fausse route. Régis de Castelnau, encore lui, pointe le fait que Macron est à la fois un symptôme et un instrument dans l’autonomisation du « bloc bourgeois » qui domine la France[15]. L’opération qui a été réussie par certains des dirigeants de ce « bloc bourgeois » a été de créer une personnalité et un pouvoir « en surplomb » des contradictions tant de la société française que du « bloc bourgeois » lui-même, pour opérer une restructuration décisive de ce dernier. Dès lors se pose la question : et si Emmanuel Macron ne devait pas être comparé à Caligula mais bien à Sylla ?

 

Ici encore un retour par la Rome républicaine est instructif. Car, nous sommes tous très largement, que ce soit consciemment ou à notre insu, héritiers en matière politique et en matière du droit des usages et des institutions de cette période, même si cet héritage est aussi largement un détournement de sens[16]. On ne convoque pas impunément le passé au présent. Pourtant, en dépit de l’anachronisme, la comparaison est lourde de sens.

 

Commençons par l’idée de souveraineté populaire. Loin d’avoir été une invention de la Révolution française, qui l’a cependant remise à l’honneur, elle nous vient du discours tenu dans la Rome républicaine. Les Romains considéraient qu’il ne pouvait y avoir de relations politiques et juridiques entre des hommes « libres » qu’au sein d’une entité souveraine et distincte des autres entités. Ce qu’ils appelaient le «peuple» (populus) était l’ensemble des citoyens[17]. Bien sûr, et dès l’origine, il y eut des tensions entre l’aristocratie (l’élite sénatoriale) et le « peuple », et de ces tensions et conflits découlent une bonne part des institutions de la Rome républicaine. De cette notion de souveraineté populaire découlait le nécessaire contrôle sur les magistrats[18]. La notion de « volonté du peuple » (Iussum populi) avait une très grande force, tant en politique qu’en droit[19]. La souveraineté du «peuple» était donc centrale, mais elle était en permanence contestée. En fait, deux discours contradictoires se construisent à son sujet, un discours établissant la primauté du « peuple », comme dans les cas où c’est le « peuple » qui décide qu’un homme peut être élu à des fonctions plus hautes que celles qu’ils briguait, le peuple étant dit alors « maître des comices »[20], et un autre sa nécessaire soumission au Sénat[21].

 

Ceci nous dit assez qu’il faut aujourd’hui, selon le mot de Claudia Moatti, repolitiser l’histoire romaine, en prenant justement le risque de l’anachronisme[22]. Et c’est dans ces conflits que nous trouverons alors de quoi alimenter la réflexion, et plus précisément dans celui qui apparaît au début du IIème siècle avant notre ère et qui finira par emporter la Rome républicaine. Ce conflit s’enracine dans des rapports de richesse et des rapports sociaux, rapports qui conduisent à des conflits politiques récurrents au IIème siècle avant notre ère.

 

Le détournement de la Souveraineté, conséquences des transformations sociales

 

Ces conflits trouvent donc leur origine dans les conséquences sociales de la IIème Guerre Punique (contre Carthage) mais aussi celles provenant de l’expansion de Rome. Le passage de la petite propriété foncière aux grandes exploitations dont la main-d’œuvre est essentiellement composée d’esclaves, mais aussi l’accaparement des terres publiques par l’aristocratie, créent une situation intenable[23]. A cela s’ajoute les rapports entre Rome et les autres peuples italiens soumis, considérés comme des « alliés », mais souvent maltraités par Rome[24]. L’enjeu social et économique des terres confisquées aux vaincus, terres qui constituent l’ager publicus, devient dès lors central[25]. De fait, à cette époque, l’absence ou l’imprécision du cadastre rend possibles les abus des plus riches[26]. De ce déséquilibre économique et sociale est issu la volonté, à chaque incident plus claire, du Sénat de s’accaparer la souveraineté et l’initiative des lois[27].

On ne peut, quand on se plonge dans cette période de la Rome républicaine, qu’être frappé par des parallèles avec notre situation actuelle, où la finance, et plus spécialement la financiarisation de l’économie, mais aussi les pressions exercées par les représentants de cette sphère financière sur le pouvoir politique et qui conduisent à des abus fiscaux et redistribuais de multiples sortes, conduisent à un accaparement des richesses inouï. Il est symptomatique que, depuis maintenant une vingtaine d’années, on ait vu ressurgir l’ancien terme d’oligarchie et d’oligarques pour désigner, de manière péjorative, les régimes de nombre de pays occidentaux, et de la France en particulier. Le détournement de la souveraineté est bien devenu l’un des objectifs des classes possédantes et en particulier des plus riches, comme on l’a vu autour du résultat du référendum de 2005.

Le conflit autour de la distribution et de la répartition de la richesse « publique », en dépit qu’elle ait été dite « patrimoine du peuple » (patrimonium populi), conduisit d’une part à exacerber les conflits de compétence entre le Sénat et les assemblées du peuple (les « comices ») et ses représentants, les tribuns[28]. Une partie de conflits tournent autour de la responsabilité politique des magistrats[29]. La question centrale n’est pas seulement l’émergence d’une responsabilité politique du magistrat aux côtés de sa responsabilité privée, mais bien qui pouvait mettre en question cette responsabilité politique[30]. Et, cette question justement se pose aujourd’hui avec la demande d’un droit de révocation des élus qui est justement revendiquée par la France Insoumise.

 

Ces conflits, évidents dès la période des Gracques[31], s’envenimèrent dans une opposition entre populares (d’où nous vient le mot « populaires ») et les optimates c’est à dire les représentants de l’oligarchie rassemblés dans le Sénat. Cela conduisit à une montée de la violence, que ce soit dans Rome ou entre Rome et ses « alliés » de l’Italie (avec la « guerre sociale de -91 à -88) pour aboutir à la dictature de Sylla[32].

 

Cette dictature, marquée par des actes terribles et cruels[33], exercés tant contre les citoyens romains que contre les « alliés », et qui laissèrent un souvenir épouvantable dans la mémoire des romains[34], participe d’une moment d’autonomisation de l’Etat[35] qui se constitue alors en surplomb de la société politique afin de préserver les intérêts des plus riches. Mais, ces mêmes optimates durent aussi se plier à la férule du dictateur. La dictature de Sylla dépassa en ampleur et en pouvoirs les dictatures précédentes, parce qu’elle devait justement établir un pouvoir en surplomb sur les classes sociales pour imposer la suprématie de l’élite sénatoriale[36]. Pour ce faire le « dictateur », qui est un magistrat de la République et dont la « dictature » est issue d’une loi d’investiture[37], il convient de ne jamais l’oublier, se mue en tyran[38].

 

 

 

De quoi Macron est-il le nom ?

 

Les effets du détournement de souveraineté

 

Dès lors, on entre dans un système où le « peuple » est dépossédé de fait de la souveraineté, qui est attribuée au Sénat. Ce dernier devient le seul maître de ce qui est licite et de ce qui ne l’est, capable de désigner qui est un « subversif » et qui ne l’est pas. Les magistratures populaires, comme les tribuns de la Plèbe dépérissent. Là où, selon les populares comme Tiberrius Gracchus ou Saturninus, le peuple était la seule source de la légalité, car il était le seul légitime et donc le détenteur de la souveraineté[39], succède l’idée que seul le Sénat est investi de cette légitimité[40] et peut se considérer comme « propriétaire » de la souveraineté. Cicéron se fera en quelque sorte le théoricien de ce renversement[41].

 

Reprenons ici le parallèle avec la situation actuelle. On voit bien, que ce soit avec l’emploi par Emmanuel Macron de l’image de la « souveraineté européenne »[42] ou par son comportement politique dont il donna un magnifique exemple devant les députés du groupe LREM[43], que l’on assiste à la même volonté de détournement de la souveraineté. D’ailleurs, Emmanuel Macron, qui s’affiche comme issu de la sphère financière (ce qui est largement inexact, ses fonctions n’ayant pas dépassée celles d’un entremetteur) est bien le représentant politique de ce groupe social qui entend désormais faire la loi car il cumule déjà une grande partie des richesses. Mais, pour cela, il lui faut un pouvoir qui s’établisse en surplomb au-dessus des classes sociales et des légitimes intérêts des différents groupes sociaux. En réalité, il n’y a nulle « folie » dans l’usage des apparences de la souveraineté par Emmanuel Macron, et ce quelles que soient les interrogations que suscitent son comportement personnel. Il s’affirme en réalité, au prix d’un détournement complet, comme le détenteur de la souveraineté, une souveraineté qu’il entend bien désormais remettre à ses véritables mandants, soit la classe des « hyper-riches ».

 

La comparaison avec Caligula s’avère alors purement de forme et ainsi futile et vaine. Ce qu’il y a en Macron, et le traitement de plus en plus violents de manifestations de discordes et d’opposition en témoigne, c’est bien plus le personnage de Sylla. Et, de là peut-on comprendre sa volonté de constituer une police et une haute administration qui soit entièrement sous ses ordres[44], qui ne réponde plus à aucun contrôle démocratique.

 

De fait, l’affaire Benalla, pour aussi scandaleuse qu’elle soit, pour aussi déplorables qu’aient été les tentatives de la part de la Présidence de la République de la masquer, ou d’en diminuer l’importance, n’est qu’un symptôme[45]. Ce qui se révèle au travers de cette affaire et du comportement du Président est bien le projet d’Emmanuel Macron de se constituer comme pouvoir en surplomb de la société française, par le biais d’une usurpation de la souveraineté.

Macron n’est pas le lointain écho de Caligula mais bien celui de Sylla.

 

 

 

Notes

[1] Voir, « Benalla et l’arc d’extrême droite » à https://blog.mondediplo.net/benalla-et-l-arc-d-extreme-droite

[2] http://www.vududroit.com/2018/07/affaire-benalla-code-penal-quoi-faire/

[3] Voir Schmitt C., Théologie politique, traduction française de J.-L. Schlegel, Paris, Gallimard, 1988.

[4] https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/agression-d-un-manifestant-par-un-collaborateur-de-l-elysee/affaire-benalla-le-responsable-c-est-moi-declare-emmanuel-macron-face-a-la-majorite_2865345.html

[5] https://blogs.mediapart.fr/francis-parny/blog/200718/macron-caligula

[6] Voir Bretone M., Histoire du droit romain, Paris, Editions Delga, 2016, p. 215.

 Frezza P., Corso di storia [7]del diritto romano, Rome, Laterza, 1955, p. 440.

[8] Brunt P.A., « Lex de imperio Vespasiani » in The Journal of Roman Studies, vol. 67, 1977, p. 95-116.

[9] Bretone M., Histoire du droit romain, op.cit., p.216.

[10] Sur ces concepts, voir Sapir J., Souveraineté, Démocratie, Laïcité, Paris, Michalon, 2016.

[11] Schmitt C., Théologie politique, traduction française de J.-L. Schlegel, Paris, Gallimard, 1988 ; édition originelle en allemand 1922, pp. 8-10.

[12] https://www.huffingtonpost.fr/2018/07/24/affaire-benalla-le-quils-viennent-me-chercher-demmanuel-macron-scandalise-politiques-et-internautes_a_23488847/?utm_hp_ref=fr-homepage

[13] Camus A., Œuvres Complètes, tome I : 1931-1944, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2006,

[14] Voir Suetone, La Vie des douze Césars de Suétone, Paris, Les Belles Lettres, 1re éd. 1931, coll. des Universités de France, Livre IV.

[15] http://www.vududroit.com/2018/07/macron-erreur-de-casting/

[16] Voir https://revolution-francaise.net/2014/10/06/585-l-antiquite-modele-dans-le-moment-republicain-de-1791

[17] Pani M., La politica in Roma antica : Cultura et Praxi, Rome, Feltrinelli, 1997.

 Wiseman T.P., « The [18]Two-Headed State. How Romans explained civil wars » in Breed B.W., Damon C. et Rossi A. (ed), Citizens of Discord : Rome and its civil wars, Oxford-New York, Oxford University Press, 2010, p. 25-44.

[19] Bretone M., Technice e ideologie dei giuristi romani, Bari, Edizioni scientifiche italiane, 1985, p. 13.

 Voir Astin A.E., Scipio Aemilianus, [20]Oxford, Oxford University Press, 1967, p. 61.

 Wiseman T.P., « The [21]Two-Headed State. How Romans explained civil wars », op.cit et de Martino, F., Storia della Constituzione romana, Naples, EDI, T1 et T2, 1972 et 1973, voir T2.

[22] Moatti C., Res publica – Histoire romaine de la chose publique, Paris, Fayard, 2018, p. 184-185.

[23] Hinard F. (ed), Histoire romaine T1, Des origines à Auguste, Fayard Paris, 2000, et bien sur l’incontournable Nicolet C., Les Gracques, Paris, Fayard, coll. Follio, 1967.

 Mouritsen H., Italian Unification : A study of ancient and modern historiography, Londres, Bulletin of the [24]Institute of Classical Sutides, Supplement n° 70, 1998.

[25] Sur le statut de ces terres, Varron (Marcus Terentius Varo), De re rustica, traduction par J. Heurgon et Ch. Guiraud, Paris, Les Belles Lettres, 1978-1997, LL 5.33.

[26] La tradition reconnaissait aux citoyens, à côté de la propriété privée, un droit d’usage sur les « terres publiques », mais ce droit, mal réglementé, fut l’objet de pressions incessantes de la part des plus riches. Rathbone D., « Control and exploitation of the ager publicus » in Aubert J.J. (ed), Tâches publiques et entreprises privées dans le monde romain, Genève, Droz, 2003, p. 135-178.

[27] Loreti-Lambruni, B., « Il potere legislativo del senato romano », in Studi Bonfante, 1930, p. 378-395.

[28] Giovannini A., Les institutions de la république romaine des origines à la mort d’Auguste, Bâle, Schwabe ag, 2015 et Lanfranchi T., Les tribuns de la plèbe et la formation de la république romaine, Rome, Ecole Française de Rome, 2015.

[29] Fiori R., Homo Sacer. Dinamica politico-constituzionale di une sanzione giudiciaro-religioso, Naples, Jovene Editore, 1996.

 

 

[30] Mantovani D., Il problema d’origine della accusa populare. Della « questio » unilaterale alla « questio » bilaterale, Padoue, CEDAM, 1989.

[31] -133 à -123 avant notre ère. Nicolet C., Les Gracques, op.cit.

 Gruen E., The last generation of the Roman republic, [32]Berkeley, University of California Press, 1974.

[33] Labruna L., « La violence, instrument de la dictature à la fn de la république » in Dialogues d’histoire ancienne, Vol. 17, n°1, 1991, p. 119-137 ; Idem, « Adversus plebem dictator » in Hinard F. (ed) Dictatures. Actes de la table ronde réunie à Paris les 27 et 28 février 1984, Paris, Editions de Boccard, 1978.

[34] Hinard F., Les proscriptions dans la Rome républicaine, Rome, Editions de l’Ecole Française de Rome, 1985.

[35] Voir Nicolet C. « Les lois judiciaires et les tribunaux de concussion » in ANRW (AUFSTIEG UND NIEDERGANG DER RÖMISCHEN WELT) Vol. II, n°2, p. 193-214.

 A. Giovannini, Les institutions de la république romaine des origines à la mort d’Auguste, op. cit., p. 53-55. Golden S.K., Crisis Management during the Roman republic. The role of political institutions in emergencies, [36]Cambridge, Cambridge University Press, 2013.

[37] Dans le cas de Sylla, ce fut la lex Valeria prise à la fin de l’année -82 avant notre ère.

[38] Hinard F. « De la dictature à la Tyrannie » in Hinard F. (ed), Dictatures. Actes de la table ronde réunie à Paris les 27 et 28 février 1984, op.cit., p. 87-95.

 Wiseman T.P., « The [39]Two-Headed State. How Romans explained civil wars » op.cit..

[40] Dion Cassius, Histoire romaine, Les Belles Lettres, coll. Universités de France, livres 36 et 37, 2014, Livre 37.

[41] Cicéron, De la vieillesse, De l’amitié, des Devoirs, (De Officis), trad. Charles Appuhn, Paris, Garnier, 1933

[42] https://www.lesechos.fr/17/04/2018/lesechos.fr/0301575228217_macron-plaide-pour-une-nouvelle—souverainete—europeenne.htm

[43] https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/agression-d-un-manifestant-par-un-collaborateur-de-l-elysee/affaire-benalla-le-responsable-c-est-moi-declare-emmanuel-macron-face-a-la-majorite_2865345.html

[44] http://www.lefigaro.fr/politique/2018/07/29/01002-20180729ARTFIG00135-affaire-benalla-macron-rumine-sa-vengeance.php

[45] http://actus.nouvelobs.com/videos/m00mlr.DGT/melenchon-monsieur-le-premier-ministre-vous-etes-la-parce-que-vous-y-etes-contraint.html?cm_mmc=Acqui_MNR-_-NO-_-WelcomeMedia-_-edito&from=wm#xtor=EREC-10-[WM]-20180801

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10 août 2018 5 10 /08 /août /2018 05:55

 

Journaliste, auteur de La Guerre des Gauches, co-fondateur de la revue Le ComptoirKévin Boucaud-Victoire a récemment publié Orwell, écrivain des gens ordinaires (Éditions Première Partie).Un auteur qui selon lui « offre une pensée sérieuse et attractive, à la fois anticapitaliste, démocratique et anti-totalitaire. »

Entretien (extraits) 

 

George Orwell est mort en 1950, dans une Europe hantée par le fascisme et le stalinisme. En quoi peut-il nous aider à comprendre l’époque présente ?

 

L’époque présente n’a en effet que peu à voir avec celle d’Orwell, malgré la focalisation, parfois hystérique, sur les années 1930. La mondialisation, la société de consommation, les GAFAM, l’emprise technologique, le djihadisme, l’effondrement du marxisme et la victoire du néolibéralisme rendent notre époque unique. De toute manière, l’histoire se caricature parfois – comme l’a remarqué Karl Marx dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte –, mais ne se répète jamais. Alors pourquoi lire Orwell ?

 

Déjà, il existe des questions universelles, dont les meilleures réponses ont été apportées il y a très longtemps. C’est pour ça qu’il faut encore lire Aristote ou Spinoza. Parce que certains problémes analysés par Orwell restent d’actualité. Le conformisme de la gauche, sa soumission à la petite bourgeoisie, le danger de l’extrême droite, ou encore l’exploitation des classes populaires par le capitalisme : tous ces problèmes sont encore loin d’être résolus aujourd’hui, pourtant l’écrivain y a apporté des réponses pertinentes et trop méconnues. J’ajouterai que sa critique radicale du progrès technique, essentiellement contenue dans le chapitre XII du Quai de Wigan, est encore plus importante aujourd’hui, en contexte de crise écologique et d’addiction au numérique, qu’il y a 70 ans !

 

Comment expliquer le regain d’intérêt qu’Orwell suscite depuis quelques années, aussi bien à gauche qu’à droite de l’échiquier politique ?

 

C’est déjà en grande partie lié à la progression de l’influence de Jean-Claude Michéa depuis 1995 et la parution d’Orwell, anarchiste tory (Climats). Certes, le philosophe socialiste n’a connu que récemment le succès en librairie, mais il a influencé de nombreux journalistes ou intellectuels de gauche comme de droite, d’Éric Zemmour à Natacha Polony, en passant par Aude LancelinAlain de BenoistPatrick Marcolini ou Vincent Cheynet. Il a aussi suscité de nombreuses critiques, qui ont attiré l’attention, pas nécessairement pour de bonnes raisons, et donc poussé à s’intéresser à l’écrivain anglais.

 

A gauche, l’effondrement du bloc soviétique a laissé un grand vide. Les schémas de pensée traditionnels ont été ébranlés. Orwell offre une pensée sérieuse et attractive, à la fois anticapitaliste, démocratique et anti-totalitaire. Il y a aussi une attention particulière portée aux classes populaires, débarrassée du messianisme prolétarien marxiste, qui a de quoi séduire.

 

A droite, c’est très différent. D’abord, ils se sont plus rapidement intéressés à Orwell. Prisonnier de La ferme des animaux et 1984, l’écrivain a été rejeté par les communistes dominants à gauche et a été récupéré, malgré lui, par les libéraux et les conservateurs, contents de trouver un critique de gauche de l’URSS. Cette entreprise n’a évidemment été possible qu’en écartant un large pan de sa pensée. Rappelons qu’il expliquait qu’en 1946 : « Tout ce que j’ai écrit de sérieux depuis 1936, chaque mot, chaque ligne, a été écrit, directement ou indirectement, contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique tel que je le conçois. ». Ensuite, dans un monde traumatisé par deux grands totalitarismes, nazis et bolcheviques, Orwell bénéficie d’une bonne image. La droite, qui manque souvent de théoriciens importants, a tout à gagner à le récupérer. Enfin, Orwell est aussi un modèle de défense de la liberté d’expression. Une certaine droite qui feint de croire que nous sommes encore dans les années 1990, où la « bien-pensance » étouffait toute parole conservatrice, l’érige en héros. Utiliser Orwell, c’est réclamer ce droit de « dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. »

 

La « common decency » (décence ordinaire) est une notion clé de la pensée d’Orwell. Les évolutions actuelles du capitalisme mondialisé ne sont-elles pas en train de détruire cette « solidarité spontanée » des catégories populaires ?

 

Rappelons déjà ce qu’est cette notion clé d’Orwell, qu’il ne prend jamais le temps d’expliquer. Pour Bruce Bégout, elle est « la faculté instinctive de percevoir le bien et le mal ». Il ajoute qu’elle correspond à « un sentiment spontané de bonté qui est, à la fois, la capacité affective de ressentir dans sa chair le juste et l’injuste ». Il s’agit d’un ensemble de comportements permettant la vie en société, ou le « vivre-ensemble », comme nous dirions aujourd’hui, qui se développe au contact d’autrui. Elle provient de la pratique ordinaire de l’entraide, de la confiance mutuelle, des liens sociaux minimaux mais fondamentaux et de la banalité de la vie.

 

De son côté, Jean-Claude Michéa rattache la « common decency » aux travaux de Marcel Mauss et ses successeurs de La Revue du MAUSS, en premier lieu Alain Caillé et Jacques Godbout. Selon lui, elle correspond à la « réappropriation moderne de l’esprit du don, sous la forme de règles intériorisées par la “conscience morale” individuelle ». Rappelons que Marcel Mauss voit dans le don – contre don et dans le triptyque donner-recevoir-rendre le fondement de toute vie en communauté. En conclusion, pour Michéa, la « common decency » est un « sens commun qui nous avertit qu’il y a des choses qui ne se font pas », alors qu’elle est pour Bruce Bégout « politiquement an-archiste : elle inclut en elle la critique de tout pouvoir constitué au profit d’un accomplissement sans médiation du sens du juste et de l’injuste. »

 

 

Une fois le concept expliqué, je ne peux que conclure que vous avez raison. L’extension du domaine de la marchandisation – notons que pour Guy Debord, la société du spectacle, dans laquelle nous vivons, se définit comme « l’accomplissement sans frein des volontés de la raison marchande » –, le narcissisme, l’urbanisme des grandes métropoles contribuent effectivement à faire reculer la « common decency ». Jusqu’où ? Nul ne le sait, mais il apparaît évident qu’aucune société ne peut se passer d’un minimum de lien social, qui ne peut être remplacé par l’échange marchand et rationnel.

 

 

Entretien avec Kévin Boucaud-Victoire sur Orwell

 

L’absence de système théorique structuré est un des éléments qui rendent la pensée d’Orwell si attractive. N’est-ce pas toutefois en même temps une faiblesse ?

 

Le problème de la pensée en système, c’est que, paradoxalement, elle manque toujours de complexité. Tout système est nécessairement une simplification. Ensuite, aucune théorie ne peut être valable en tout lieu et en tout temps. Ce qui marche pour la Russie « arriérée » en langage marxiste de 1917 – si nous admettons, ce qui est loin d’être évident, que quelque chose ait réellement marché – ne fonctionne pas forcément pour la France de la même époque. Orwell permet à la fois de penser le monde, mais aussi d’adapter à des contextes différents. Même sans avoir élaboré de système, sa pensée politique est d’une très grande richesse. Après, si ce que vous souhaitez me dire, c’est que la pensée de l’Anglais ne s’auto-suffit pas, je vous rejoins. Mais tant mieux ! Le péché originel du marxisme était de considérer que Karl Marx – dont la pensée était d’une profondeur difficilement égalable – avait raison sur tout et devait être pris comme le Messie.

 

Vous êtes cofondateur de la revue socialiste Le Comptoir. A votre avis, comment pourrait-on résoudre cette quadrature du cercle du socialisme : une révolution sans chef est une émeute, une révolution dirigée aboutie au remplacement d’une élite oligarchique par une nouvelle élite oligarchique ?

 

Déjà, je ne crois pas qu’une révolution sans chef soit nécessairement une émeute : qui était le chef de la Commune de Paris de 1871 ? Selon Karl Marx, c’est d’ailleurs parce qu’il manquait Auguste Blanqui, le leader dont avaient besoin les révolutionnaires, qu’elle a échoué. Mais c’est une autre question. Ensuite, une émeute peut avoir un chef.

 

Je vois néanmoins où vous voulez en venir. « Cette sorte de révolution (une révolution violente menée comme une conspiration par des gens qui n’ont pas conscience d’être affamés de pouvoir) ne peut conduire qu’à un changement de maître. […] La morale, selon moi, est que les révolutions n’engendrent une amélioration radicale que si les masses sont vigilantes et savent comment virer leurs chefs dès que ceux-ci ont fait leur boulot », écrivait Orwell à propos de La ferme des animaux et de la révolution bolchevique.

 

La révolution a probablement besoin de leaders et d’incarnation. Mais ceux-ci ne doivent pas être des dirigeants ou des vedettes, mais plutôt des porte-paroles. Ce qui compte, c’est de mettre en place des mécanismes de contrôle et de rotation des tâches. C’est selon moi l’intérêt du « mandat impératif ». Il faut cependant faire très attention aux révolutionnaires professionnels, comme l’était LénineOrwell disait que « neuf fois sur dix, un révolutionnaire n’est qu’un arriviste avec une bombe dans sa poche. » Les faits, qui sont souvent têtus, semblent lui donner raison.

 

Source : Un Bruit Blanc, Kévin Boucaud-Victoire, Christophe Penaguin, 03-06-2018

 

Petite piqûre de rappel :

Entretien avec Kévin Boucaud-Victoire sur Orwell
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8 août 2018 3 08 /08 /août /2018 05:57
 
Serge Halimi revient sur « la fable du 31 août 2013 » :

Il y a exactement cinq ans, une interprétation de l’histoire des relations internationales a triomphé dans toutes les capitales occidentales. Rabâchée avec méthode, elle est devenue une religion officielle. En substance, explique-t-elle, le président Barack Obama a commis une faute lourde de conséquences, le 31 août 2013, en renonçant à attaquer l’armée syrienne après que celle-ci se fut rendue coupable d’un bombardement chimique meurtrier dans un faubourg de Damas. Cette pusillanimité aurait garanti le maintien au pouvoir d’un régime ayant massacré une partie de sa population. Au demeurant, prétend l’ancien président François Hollande parmi beaucoup d’autres, « le régime syrien n’a pas été le seul à se croire tout permis. Vladimir Poutine a compris qu’il pouvait annexer la Crimée et déstabiliser l’est de l’Ukraine (1) ». Une telle reconstitution historique, enluminée de la référence obligée à Winston Churchill (qui comprit que les accords de Munich allaient ouvrir la voie à d’autres agressions nazies), légitime par avance les guerres préventives et la politique dite de « paix par la force ». En particulier face à la Russie.

 
Pour Guillaume Piton,  la voiture électrique est une aubaine pour la Chine :

En finir avec le pétrole et les gaz à effet de serre : telles sont les promesses de la voiture électrique. Mais l’enthousiasme actuel occulte les nouvelles pollutions et les dépendances géopolitiques que cette révolution implique. Car, grâce à son monopole de certaines matières premières, la Chine pourrait devenir la capitale mondiale de l’automobile.

 

 

 

Jean-Baptiste Malet analyse « le système Pierre Rabhi :

La panne des grandes espérances politiques remet au goût du jour une vieille idée : pour changer le monde, il suffirait de se changer soi-même et de renouer avec la nature des liens détruits par la modernité. Portée par des personnalités charismatiques, comme le paysan ardéchois Pierre Rabhi, cette « insurrection des consciences » qui appelle chacun à « faire sa part » connaît un succès grandissant.

 

 

Le Monde Diplomatique (221)
Harlie Hochschild se demande pourquoi Donald Trump séduit l’électorat populaire :
Dans un État américain très pauvre comme la Louisiane, souillée par les marées noires, une majorité de la population vote pour des candidats républicains hostiles aux allocations sociales et à la protection de l’environnement.

 

 

Le routier américain, une icône en voie de disparition car on pourra bientôt se passer de chauffeurs (Julien Brygo) :

En 2016, pour la première fois, un camion sans chauffeur a effectué une livraison commerciale aux États-Unis. Depuis, les essais se sont multipliés, ouvrant la voie à un monde où les marchandises se déplaceraient sans intervention humaine. Face à cette révolution technologique qui menace l’existence même de leur métier, les routiers américains oscillent entre panique, déni et incrédulité.

 

 

Evo Morales est aux prises avec… ses soutiens (Hervé Do Alto) :

Alors que les forces conservatrices sont à l’offensive en Amérique du Sud, un pays demeure ancré à gauche : la Bolivie de M. Evo Morales, où la contestation se concentre désormais au sein même du camp politique du chef de l’État, notamment chez les mineurs. L’histoire singulière du parti présidentiel, le Mouvement vers le socialisme, éclaire cette situation étonnante.

 

 

Pékin et Moscou sont complices mais pas alliés (Isabelle Facon) :

Destinée à normaliser les rapports américano-russes, la rencontre entre M. Donald Trump et M. Vladimir Poutine, le 16 juillet, a tourné à la confusion. De quoi pousser un peu plus la Russie dans les bras de la Chine, malgré le déséquilibre de puissance entre les deux pays. Moscou et Pékin ont renforcé leurs liens ; mais tous deux défendent leurs intérêts… qui ne coïncident pas toujours.

 

 

 

Emmanuel Haddad évoque, au Liban, le spectre des barils toxiques :

Les élections législatives libanaises du 6 mai dernier ont consacré la victoire du camp pro-Hezbollah. Présentées en marge des grandes formations communautaires, les listes pluralistes issues de la société civile n’ont pas obtenu les résultats que leurs multiples mobilisations en faveur de l’environnement laissaient entrevoir. Le problème de la collecte et du traitement des déchets demeure.

 

 

 

Alain Vicky décrit « la dernière monarchie absolue d’Afrique » :

Au printemps dernier, le Swaziland a fêté à la fois son demi-siècle d’indépendance et le cinquantième anniversaire de son roi, Mswati III. Le monarque règne sans partage sur ce petit pays d’Afrique australe, quatrième producteur de canne à sucre du continent  ; son clan capte l’essentiel des richesses. Confrontée à l’arbitraire, la population perd patience.

 

 

Gérard Noiriel s’est lancé dans une Histoire populaire de la France :

En 1980, l’universitaire Howard Zinn publiait une « Histoire populaire des États-Unis » afin de redonner la parole à ceux qui en avaient été privés — les femmes, les Amérindiens, les esclaves… Trois décennies plus tard, Gérard Noiriel s’est lancé dans un projet comparable au sujet de la France. De la guerre de Cent Ans à nos jours, son ouvrage décortique les relations de pouvoir au sein de la société.

 

 

 

Jean-Arnauult Dérens revient au temps de la Yougoslavie anticoloniale :

L’éclatement de la Yougoslavie a fait oublier que ce pays avait joué un rôle majeur dans les relations internationales. Au moment des grandes luttes de libération nationale, il leur apporta son appui, en particulier en Afrique. À la même époque, l’Union soviétique se montrait plus prudente, soucieuse de ménager ses rapports avec les États-Unis et avec les anciennes puissances coloniales.

 

 

 

Quand l’Europe créa Compostelle (Lola Parra Craviatto) :

Sur la route de la Galice, les chemins de Saint-Jacques attirent chaque année des centaines de milliers de marcheurs. Promoteur de ce succès, le conseil de l’Europe a exaucé un rêve que les papes Léon XIII et Jean Paul II partageaient avec Francisco Franco : entretenir par ce biais les racines chrétiennes du vieux continent. Quitte à prendre quelques libertés avec l’histoire et la géographie.

 

 

 

Laura Raim analyse le regain d’intérêt de la bourgeoisie pour le corps : « Jus détox et cardio-training, le nouvel esprit de la bourgeoisie » :

Compétition ou solidarité, culte du résultat ou de l’effort, règne de l’individualisme ou apprentissage de l’esprit d’équipe ? Les forces politiques se disputent depuis longtemps les valeurs qu’elles associent à l’exercice physique. L’essor des clubs de sport haut de gamme suggère toutefois un regain d’engouement de la bourgeoisie pour le corps. Les performances et la bonne santé justifieraient désormais le statut social.

 

 

 

Charles Perragin et Guillaume Renouard dénoncent le «  le mythe du transhumanisme »:

De l’an mille à la bombe atomique, la peur d’une fin du monde scande l’histoire de l’humanité. Depuis le début du XXIe siècle, le spectre d’une technologie hors de contrôle, dépassant puis terrassant notre espèce, hante les commentateurs. L’intelligence artificielle et les prothèses numériques promettraient à « Homo sapiens » le sort de Frankenstein. Mais qui propage ce grand récit, et à qui profite-t-il ?

 

 

 

Pour Alain Deneault, Total est un gouvernement bis :

Dedans et dehors. Dedans quand il s’agit, avec l’appui du gouvernement français, de décrocher des contrats, de protéger ses investissements, d’orienter les politiques publiques. Dehors quand, dégagée de toute tutelle gouvernementale, la multinationale peut mieux défendre les intérêts de ses actionnaires, majoritairement étrangers. Mais pourquoi la France reste-t-elle alors si obstinément fidèle à Total ?

 

 

 

Agathe Mélinand nous parle d’Offenbach :

Septième d’une famille de dix enfants, musicien précoce chassé d’Allemagne par les persécutions antisémites, Jacques Offenbach finira par régner sur le Paris festif et agité du milieu du XIXe siècle. Et par inventer un genre typiquement français : l’opéra-bouffe.

 

 

 

La beauté est toujours en instance, selon Annie Lebrun :

Contrairement à la rumeur, la guerre de Troie, dont l’origine tient à un choix esthétique. n’en finit pas d’avoir lieu. Car la beauté, dont l’idée même serait de plus en plus contestable aussi bien intellectuellement que politiquement, demeure au centre de tous les enjeux. Mais qu’est-ce que la beauté ? Comment l’appréhender ?

Sigmund Freud admet ne pas être d’un grand secours quand, en 1929, il affirme au début de Malaise dans la civilisation : « Malheureusement, la psychanalyse a (…) moins que rien à dire sur la beauté », tout en précisant : « Un seul point semble assuré : c’est que la beauté dérive du domaine de la sensibilité sexuelle ; ce serait un modèle exemplaire d’une motion inhibée quant au but. » Ce que ne vient pas contredire le point de vue de Salvador Dalí quatre ans plus tard : « La beauté n’est que la somme de conscience de nos perversions » Ainsi, pour Freud et pour Dalí, si la beauté a trait à nos pulsions, elle est avant tout indissociable de l’irréductible singularité de chacun, par son pouvoir d’en révéler soudain certaines parts d’ombre.

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4 août 2018 6 04 /08 /août /2018 06:15

Récemment, lors de la dernière grève, malheureusement très minoritaire, dans les universités, des grévistes ont été insultés par des non-grévistes qui n'acceptaient pas ce" désordre", alors que ces enseignants luttaient pour les générations à venir (celle de mes deux dernières par exemple) qui ne pourront vraisemblablement pas suivre les études de leur choix et qui devront s'acquitter de droits considérables dans des établissements dont le niveau des enseignants aura baissé. Pour ces jaunes, je n'ai que mépris. Leur adoration du caudillisme macronien me dégoûte.

 

Ci-dessous de larges extraits d'un article de Mediapart sur la transformation radicale du statut des enseignants français (par Faïza Zerouala).

 

 

La technique est connue. Pour imposer une réforme potentiellement explosive, il suffit de laisser fuiter quelques propositions, voir comment les concernés les accueillent puis aviser. Le rapport « Comité d’action publique 2022 » (CAP 2022) n’échappe pas à la règle. En matière d’éducation, l’un des chantiers cajolés par le gouvernement, l’orientation est clairement libérale.

Dans le domaine éducatif, le besoin de rénovation est nécessaire selon les auteurs de ce rapport, parmi lesquels on retrouve Laurent Bigorgne, directeur général de l’Institut Montaigne, ce think tank dont est très proche le ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer.

Sur le fond et dans le détail, ce rapport ambitionne d’introduire plus de « souplesse », les propositions formulées visant à « réduire les inégalités et placer la France dans les dix meilleurs systèmes éducatifs mondiaux ». La France est l’un des pays les plus inégalitaires en matière scolaire. Les résultats décevants des écoliers français dans les classements de l’OCDE, comme le plus connu Pisa, démontrent que le milieu social de l’enfant influe sur sa réussite. Il faut donc, selon les auteurs de cette note consacrée à l’école, « restaurer la confiance des parents dans le système éducatif français et [de] répondre de manière plus adaptée aux besoins des territoires ». L’idée étant de mobiliser les équipes éducatives, donner plus de liberté aux chefs d’établissement et de modifier le statut des enseignants.

Les préconisations ici formulées ne surprendront pas ceux qui ont lu les deux derniers ouvrages de Jean-Michel Blanquer, L’école de demain et Construisons ensemble l’école de la confiance (Odile Jacob). La philosophie de ce rapport transparaît dans ces livres et vice versa. Elles épousent celles vantées par Emmanuel Macron. Donner plus de pouvoirs aux chefs d'établissement était l'une des mesures de son programme en matière éducative. Le 24 juillet, les sénateurs Françoise Laborde (RDSE) et Max Brisson (LR) ont rendu public un rapport sur le métier d'enseignant. Les idées présentées pour le réformer rejoignent largement celles évoquées dans la note de CAP 2022.

Sous couvert de « responsabiliser » les établissements, le rapport préconise de mettre en place une évaluation de ceux-ci. Pour ce faire, plusieurs critères seraient utilisés. Les résultats des élèves, mais aussi leurs conditions d’études et matérielles, l’implication des personnels. Ces données seraient ensuite rendues publiques dans un élan de transparence. Bien entendu, une telle démarche renforcerait de fait les hiérarchies entre écoles, collèges et lycées déjà très présentes et favoriserait la concurrence.

Le rapport recommande également de laisser toute latitude aux chefs d'établissement pour recruter leurs équipes pédagogiques, enseignants et postes à profil, qui requièrent des compétences précises. Le tout pour permettre aux chefs d’établissement de « pleinement jouer leur rôle de manager et d’accompagnement de leur équipe pédagogique ». Le jargon et les mœurs de l’entreprise appliqués à l’école en somme.

La proposition la plus forte concerne les enseignants. Il est d’abord suggéré d’augmenter le temps d’enseignement des professeurs du secondaire à raison de deux heures hebdomadaires. Cela doit leur permettre d’« augmenter leur rémunération » et aussi de « créer un nouveau corps d'enseignants qui pourrait se substituer progressivement à celui de professeur certifié », écrivent les auteurs de ce rapport. « Ce corps serait soumis à des obligations supplémentaires (bivalence, annualisation d’une partie du temps d’enseignement, obligation de remplacement dans l’intérêt du service) qui offriraient plus de souplesse aux chefs d’établissement. »

En clair, ils pourront être amenés à enseigner deux disciplines, voir leur temps de travail annualisé et être obligés d'effectuer des remplacements au pied levé. 

L’annualisation du service des enseignants est un vieux serpent de mer. Aujourd’hui, un certifié passe dix-huit heures hebdomadaires devant ses élèves, quinze heures pour un agrégé. L’annualisation consisterait à définir les services d’un enseignant en nombre d’heures à effectuer sur l’année.

L’idée serait alors de mieux répartir ces heures de cours, quitte à en inscrire plus à la rentrée par exemple. Cela permet aussi de mieux s'occuper de la question des remplacements. Un enseignant absent pourra transférer ses heures à un collègue qui lui rendra la pareille si besoin. Mais en contrepartie cela impliquerait que les enseignants travaillent plus pour un salaire équivalent.

La  “bivalence” permet aussi de réaliser des économies de postes mais nie la spécificité de chaque discipline et attaque la spécialisation des enseignants.

Les principaux syndicats enseignants s’opposent à ces mesures. Notamment en raison des difficultés de gestion d’emploi du temps que cela générerait et des répercussions sur l’organisation de la vie privée des enseignants.

L'ombre du “new public management”

Le rapport recommande aussi de renforcer la formation initiale et continue. Pour la première, il préconise d’avancer le concours, dès la fin de la licence, afin de familiariser plus tôt les futurs enseignants à leur métier. Il s’agit aussi de développer les « pré-recrutements » avant les concours afin de « bénéficier rapidement d’une première insertion dans le monde professionnel ». Dans certaines disciplines comme en langues vivantes par exemple, il y a plus de postes à pourvoir que de candidats.

Le comité considère que ces préconisations pourraient permettre une remontée des élèves français dans les évaluations internationales et de réaliser au passage 300 millions d’euros d’économies identifiées, sans préciser où les débusquer.

Pas de réduction de budget à prévoir pour les universités en revanche alors même que la hausse démographique, avec le pic de naissances de l’an 2000, conduit de plus en plus de jeunes dans l’enseignement supérieur. À la rentrée, 56 600 étudiants supplémentaires rejoindront les facs.

Là aussi, il est question de « responsabiliser » les établissements et de combattre l’échec en première année de licence. Notamment par des évaluations plus régulières basées sur des critères qui englobent la réussite des étudiants, l’insertion professionnelle, la visibilité internationale de la recherche ou la qualité de l’enseignement dispensé. Les universités seraient aussi pilotées « par le contrat ». Ces évaluations pourraient in fine conditionner leur financement.

 

Pour ce faire, le comité imagine que le financement des organismes doit « davantage dépendre des résultats pour constituer une incitation à accroître la qualité de l’enseignement et de la recherche ». Il s’agirait de répartir « un montant fixé entre établissements comparables voire entre organismes selon l’atteinte de leurs objectifs ».En parallèle, « les ressources des appels à projets nationaux en complément des subventions actuelles ou en substitution » pourront être augmentées.

Toujours dans une volonté d’être plus attractives, les universités sont invitées à miser sur les formations tout au long de la vie pour « diversifier leurs ressources » en appliquant notamment une tarification différenciée. L’autre proposition – un casus belli pour les organisations syndicales et étudiantes – consiste fatalement à augmenter les frais d’inscription.

Le vocabulaire utilisé dans cette note démontre à quel point le gouvernement entend plaquer les mœurs de l’entreprise à l’école et l’université. Les rédacteurs de ces chapitres consacrés à l’éducation ont l'ambition d'introduire souplesse et flexibilité dans ces secteurs. Quitte à fragiliser les conditions de travail des professeurs.

Tous ont encore en mémoire la saignée des années Sarkozy entre 2007 et 2012 avec sa révision générale des politiques publiques, la RGPP. L’objectif de celle-ci était de réduire le nombre d’enseignants. 80 000 postes avaient été supprimés en définitive avec comme conséquence une désorganisation de l’éducation nationale, notamment dans l'éducation prioritaire. 

 

A cause du banquier Macron, les enseignants ne seront bientôt plus fonctionnaires

 

Par ailleurs, la vision managériale qui irrigue cette note témoigne d’une volonté de mettre en place une politique dite de new public management. Cette doctrine de gestion publique a été développée dans les années 1980 sous l’ère Thatcher. La colonne vertébrale idéologique de ce mode de gouvernance est de chercher à rendre les services publics plus efficaces et, pourquoi pas, rentables. L’éducation doit s’adapter à l’économie et former des travailleurs qui pourront s’ajuster à ses besoins.

La mise en concurrence, la flexibilité, l’autonomie des établissements, la recherche de la performance ou encore l’évaluation sont érigées en principes cardinaux. Trois pays ont tenté l’expérience avec des résultats fort décevants : la Suède, l’Angleterre et les Pays-Bas. C’est ce qu’ont découvert deux chercheurs, Florence Lefresne et Robert Rakocevic, pour le ministère de l’éducation nationale. Ils l’exposent dans un article baptisé " Le métier d’enseignant en Angleterre, aux Pays Bas et en Suède, Les voies sinueuses d’une professionnalisation ", publié en 2016.

Dans ces pays, les écoles ont été privatisées et ont acquis une forte autonomie. Ces principes ont agi comme un repoussoir pour de nombreux enseignants, à qui l’on a demandé plus de polyvalence, créant ainsi une pénurie. Les élèves n’ont pas développé des performances exceptionnelles. Dans les trois pays, l'évaluation des enseignants est confiée au chef d'établissement mais ceux-ci n’y trouvent aucun bénéfice. « Les tentatives de lier la rémunération des enseignants à leur performance individuelle a aussi généré des problèmes. Si en Suède la mesure a été acceptée, en Angleterre il y a eu des grèves puissantes contre la paye au mérite et aux Pays-Bas les mesures ont dû être fortement atténuées sous pression syndicale », peut-on lire dans cet article.

Cette gestion a contribué « à brouiller les frontières entre public et privé » sans réduire les inégalités, concluent les auteurs de cette note. Précisément ce que veulent éviter les syndicats et autres acteurs de la communauté éducative qui combattent ce mode de gouvernance.

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