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13 septembre 2014 6 13 /09 /septembre /2014 05:53

Le site La Rotative suit tout particulièrement les conditions de vie et de trvail des personnels précaires, de plus en plus nombreux, de l'Université de Tours.

 

A l’Université de Tours, le mouvement engagé en avril dernier par le collectif des précaires se poursuit. Ce mouvement s’inscrit dans une dynamique nationale : dans les Universités de Caen, Toulouse, Lyon, Nice, Bordeaux, Paris, Poitiers, Montpellier, d’autres collectifs ont également tiré la sonnette d’alarme à propos de la situation du personnel contractuel. Pour cette rentrée 2014, certains précaires de Tours ont accepté de témoigner. Ils racontent ce qu’est concrètement la précarité à l’Université François-Rabelais.

« Les vacations sont un abus que l’État se permet et interdit à l’employeur privé. Il s’agit de payer un travail sans payer les cotisations sociales correspondantes. 


Malgré un encadrement précis du texte de loi et encore plus de la circulaire sur les missions des vacations qui pourrait laisser croire à une recours sporadique à cette voie de rémunération d’heures d’enseignement, il n’en est rien : en 2008 (dernier chiffre officiel), plus de 3.6 millions d’heures de vacations ont été payées dans les universités françaises. Ce qui exclu clairement de considérer les vacations comme marginales. » Les vacataires dans l’enseignement supérieur - Collectif PAPERA - Pour l’Abolition de la Précarité dans l’Enseignement supérieur, la Recherche et Ailleurs

Marc : docteur précaire

Marc est âgé d’une quarantaine d’années. Il enseigne à l’Université de Tours en tant que « vacataire » [1] depuis 2000. Cet été, alors que la plupart du personnel de l’Université était en congé, Marc, lui, a continué de « courir partout ». Le contrat de Marc a pris fin en juin [2] et comme chaque été, il a « galéré » et cherché des petits contrats à droite et à gauche pour combler le manque à gagner. Comme chaque été, Marc a espéré obtenir de nouvelles charges de cours à la rentrée tout en sachant qu’il ne pourrait avoir aucune certitude d’être « repris » avant le mois de septembre. Cet été, Marc était d’autant plus inquiet que l’Université a décidé de modifier les conditions de recrutement. Comme d’autres précaires, ignorant ce qui l’attendait pour la rentrée il craignait d’apprendre qu’il resterait sur le carreau.

 

Lorsque Marc commence à donner des cours à l’Université, il travaille encore à temps plein en tant qu’ingénieur d’études dans le privé ; les vacations représentent donc pour lui une activité complémentaire qu’il mène pendant 9 ans. Marc est passionné par les sciences humaines : en parallèle de son travail, il écrit de nombreux articles et continue de se former grâce aux cours du soir. C’est ainsi qu’il obtient successivement une maîtrise puis un doctorat. En 2008, jeune docteur, Marc demande sa qualification et candidate sur plusieurs postes de maître de conférences. Première déception : malgré les recommandations de l’Université et les louanges sur la qualité de ses travaux, il n’obtient pas de poste. Il tentera à plusieurs reprises d’être recruté, sans succès.

 

Puis, la situation de Marc évolue : il fait l’objet d’un licenciement. Il obtient entretemps un nouveau diplôme de master 2 [3] et effectue un séjour à l’étranger. À son retour, il réussit à retrouver difficilement quelques heures à l’université, tout en percevant les indemnités de chômage, qui compensent son faible salaire (inférieur à 1000 € dans le meilleur des cas).

 

Les vacations : des arrangements précaires

 

Marc accepte des matières d’enseignement pour lesquelles il n’est pas qualifié, mais qui lui procurent malgré tout un intérêt intellectuel certain (c’est, entre autres, selon lui, l’une des richesses de l’Université). Ni l’importante quantité de travail préparatoire [4], ni les corrections des copies des étudiants ne lui sont payées. D’expérience il a appris qu’il ne fallait pas trop préparer ses cours à l’avance car il est arrivé que l’Université lui retire au dernier moment une charge de cours qui lui avait pourtant été confiée. Malgré cette « galère » et son « salaire de misère », Marc aime travailler à l’Université.

 

En parallèle des vacations, il continue à publier. Il affirme que le cadre de travail précaire de l’Université reste meilleur que celui proposé par le secteur associatif ou privé : la compétition entre salariés y est moindre, tout comme la pression des supérieurs hiérarchiques ; par ailleurs, ses collègues statutaires compatissent à sa situation et reconnaissent ses compétences. Il s’avoue néanmoins fatigué et stressé. Il confie ne plus avoir de mutuelle santé depuis son licenciement... Absorbé par une multitude de contraintes liées à son statut professionnel, il ne peut plus pratiquer ses loisirs associatifs en toute sérénité (son investissement est remis en cause par les autres membres bénévoles de l’association). De fait, la précarité professionnelle conduit à la précarité sociale, voire la marginalité.

 

« Fraude » et travail précaire

 

Dans la course annuelle (et estivale) de Marc, en plus du travail, il y a la contrainte des rendez-vous avec pôle-emploi. Il arrive régulièrement que ses employeurs ne transmettent pas les bons papiers en temps et en heures pour le calcul de ses indemnités. En septembre de l’année dernière par exemple, Marc avait déjà commencé à donner des cours mais n’avait pas en sa possession de contrat de travail. Après une dizaine de sollicitations auprès de pôle-emploi, afin de régulariser sa situation (sans quoi il risquait d’être accusé de fraude), il s’est trouvé obligé de rédiger une déclaration sur l’honneur attestant de sa bonne foi. Il regrette l’opacité de la législation du travail et le temps consacré à toutes ces démarches pour « prouver » sa précarité.

 

P.-S.

Vous pouvez soutenir le collectif des précaires de l’Université de Tours en signant la pétition associée à cette lettre ouverte. Elle est accessible en cliquant ici.

Le collectif lance par ailleurs un appel à témoignages. Il s’agit de la rédaction de portraits/témoignages de précaires de l’Université à proposer sur La Rotative. Le collectif invite les personnes qui se sentent concernées à rédiger, seules ou à plusieurs, des textes pour raconter ce qu’est concrètement la précarité à l’Université de Tours (les textes peuvent tout à fait être anonymisés !). Pour savoir comment écrire un article, il suffit de cliquer ici.


Notes

[1Un vacataire, plus communément appelé « chargé de cours » ou « chargé de TD » est théoriquement un intervenant extérieur exerçant à titre complémentaire de son activité principale. Sa rémunération dépend du nombre d’heures de cours dispensées. La rémunération des vacations n’ouvre pas de droits au chômage ou à la retraite.

[2De nombreux vacataires de l’Université de Tours « bénéficient » de contrats d’enseignement sur 10 mois et non pas 12. Ainsi, en plus de la discontinuité créée dans les salaires (pôle-emploi prend le relais pour les mois d’été), ce type de contrat permet souvent à l’employeur d’écarter « le risque » d’une CDIsation.

[3Le Master 2 est l’équivalent actuel de l’ancien DESS ou DEA. Il fait suite au Master 1 qui a remplacé la maîtrise.

[4Pour une heure de cours dispensée à l’Université, le temps de préparation estimé oscille entre 3 et 5h.

 

Illustration : « 1932 - La soupe populaire offerte par les étudiants aux chômeurs » : années 2010, bientôt la soupe populaire offerte par les étudiants à leurs enseignants précaires ?

La précarité dans l'enseignement supérieur : un exemple
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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 05:16

Ce coup-ci, trois pour le prix d'un.

 

Ne cherchez pas : le mot “ botanic ” n'existe pas en français, ni en anglais. Nos voisins disent “ botanical ”. Ce qui n'a pas empêché la chaîne Botanic de créer cette petite horreur.

Méprisons la langue française (24)

A deux pas de chez moi, ce zyeutiste a fait fort. Peut-être s'appelle-t-il Justin dans le civil (Monsieur et Madame Titegoutte ont deux filles : Justine et Corine). Mais qu'est donc ce “ just ” avec une apostrophe ?

Méprisons la langue française (24)

Je ne suis plus djeuns depuis bien longtemps, aussi l'affiche qui suit est-elle un peu du chinois pour moi. Nous sommes dans le “ hiphop center ” Takamouv, également orthographié sur son site internet “ Takamouv' ”.

 

Il y a des enfants, des ados, et aussi des “ babies ” (de 0 à 2 ans ?). Que font-ils depuis 1998 ?

 

Du “ Popping ”, du “ Locking ”, du “ Bboying ” et du “ Top rock ”.

 

Bref, I am largued.

Méprisons la langue française (24)
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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 05:34

Revue de Presse (98)

 

Pour le site belge express.be, la Russie et la Chine ont déclaré une guerre financière totale à l'Occident.

Moscou et Pékin développent de nouvelles armes dans le domaine de la finance pour mener leur guerre froide contre l'Occident. Les deux superpuissances prévoient de travailler ensemble et de se concentrer sur l’affaiblissement de la suprématie du dollar comme monnaie internationale, la création de leur propre agence de notation, d’une banque de développement, et de systèmes de paiement concurrents de MasterCard et Visa.

  

Les Chinois ont créé leur propre agence de notation.

 

Dagong attribue la note AAA à la Chine actuellement, et la note A à la Russie. En revanche, les Etats-Unis n’obtiennent qu’un A- . Ces cotes se fondent sur des données fondamentales telles que le ratio dette-PIB, qui sont plus favorables en Russie et en Chine. La nouvelle agence conjointe devrait émettre des cotes comparables.

 

Une autre mesure prise par la Russie et la Chine pour saper la puissance financière de l'Ouest est la mise en place d'une banque de développement privée en concurrence directe avec le FMI.

 

La Russie envisage également la création d’une « Union économique eurasienne » dans laquelle le rouble servirait de monnaie d'échange centrale. De son côté, la Chine souhaite développer l'usage du renminbi dans les transactions internationales.

 

Le journal allemand Die Welt compare ces initiatives pour concurrencer la domination financière de l'Occident à la course aux armements pendant la Guerre Froide, et il évoque « une guerre financière avec l'Occident.

 

 

Le site du Parti ouvrier indépendant (POI) nous explique comment le gouvernement français s’attaque à l’avancement à l’ancienneté des fonctionnaires. La défense du statut général des fonctionnaires devient une question majeure. Thierry Mandon, secrétaire d’Etat chargé de la réforme de l’Etat et de la simplification a déclaré récemment qu’il y avait "un tri à faire dans les missions de l’Etat" et s’interrogeait : "est ce que des choses ne doivent pas être transférées aux collectivités territoriales, aux acteurs privés, aux associations, peut être même parfois à des groupes de citoyens".

 

 

Très dense analyse de Frédéric Lordon dans Le Monde Diplomatique sur la gauche française et ceux qui la mettent à mal :

Malgré l’échec de sa politique libérale, le président François Hollande n’en démord pas : « Il n’y a pas d’échappatoire. » Redoutant de devoir bientôt payer le prix d’une telle obstination, un nombre croissant de socialistes et d’écologistes réclament un coup de barre à gauche.

Dans le débat public ne circulent pas que des sottises : également des poisons. De toutes les navrances complaisamment relayées par la cohorte des experts et éditorialistes, la plus toxique est sans doute celle qui annonce avec une gravité prophétique la fin des catégories « droite » et « gauche », et le dépassement définitif de leur antinomie politique. On n’a pas assez remarqué la troublante proximité formelle, et la collusion objective, du « ni droite ni gauche » de l’extrême droite et du « dépassement de la droite et de la gauche » (« qui ne veulent plus rien dire ») de l’extrême centre.

Passe alors un premier ministre qui vaticine que « oui, la gauche peut mourir », trahissant visiblement sous la forme d’une sombre prédiction son propre sombre projet, et la cause semble entendue. A plus forte raison quand lui emboîtent le pas quelques intellectuels : « La gauche est déjà morte ; ce qui en survit est soit pathétique, soit parodique ; si on s’occupait d’autre chose ? », déclare Régis Debray au Nouvel Observateur (3 juillet 2014). Mais ce sont deux erreurs en une phrase : l’une qui confond la gauche, comme catégorie politique générale, avec ses misérables réalisations partidaires, l’autre qui, par paraphrase, devrait remettre en tête que si tu ne t’occupes pas de la gauche, c’est la droite qui s’occupera de toi.

 

Terminons sur un article magnifique de Georges Gastaud dans Le Grand Soir où il dénonce l’invasion toujours plus massive du globish dans nos pratiques langagières françaises. En introduction à son article, il cite Gramsci :

 

« A chaque fois qu’affleure, d’une manière ou d’une autre, la question de la langue, cela signifie qu’une série d’autres problèmes est en train de s’imposer : la formation et l’élargissement de la classe dirigeante, la nécessité d’établir des rapports plus intimes entre les groupes dirigeants et la masse nationale-populaire, c’est-à-dire de réorganiser l’hégémonie culturelle ».

 

Et je m’aperçois que je n’ai plus de temps pour parler du livre de Valérie Trierweiller. Comme c’est dommage !

 

Revue de presse (98)
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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 05:09

 

Le décret n° 2014-997 du 2 septembre 2014 modifiant le décret n° 84-431 du 6 juin 1984 définissant le statut des enseignants-chercheurs est paru.

 

Il reprend les dispositions les plus scélérates des textes Sarkozy/Pécresse.

 

En janvier 2014, un comité technique universitaire avait rejeté ce projet. Seuls le Sgen-CFDT et l'UNSA Sup Recherche s'étaient abstenus. Les autres syndicats avaient voté contre.

 

Lors de cette réunion, les représentants du ministère affichèrent un mépris inouï à l'égard des délégués syndicaux. Je cite ici le témoignage de la CGT :

 

  • “ La ministre qui est la présidente du CTU est absente et aucun représentant de son cabinet n’est présent. Elle est représentée par la DGRH qui a une connaissance parcellaire du métier d’enseignant-chercheur et des conditions réelles d’exercice dans les établissements. Les directives qu’elle a données à la DGRH et son absence empêchent toute discussion avec les organisations représentant les personnels concernés. Ce refus d’entendre la voix des personnels est prémédité.
  •  
  • Le mépris ostensiblement affiché par la DGRH, représentante de la ministre, à l’égard des représentants des personnels est édifiant : aucun accueil à l’arrivée, aucune boisson, collation ou repas n’est servi pendant les 17h quasiment ininterrompues de réunion dans une salle sans fenêtre. Seules deux pauses d’une heure ont pu être arrachées pour pouvoir se rendre dans un restaurant proche pour le déjeuner et le dîner. Ce mode de management rétrograde, qui soumet les personnels du ministère qui accompagnaient la DGRH au même régime dégradant, est indigne du ministère et de sa direction des ressources humaines.
  •  
  • Lors de cette réunion, les participants ont eu communication, pour la première fois, du compte rendu de la réunion du CTPU du 24 mars 2009 avec Valérie Pécresse !! ”

 

 

Par ce décret, les universitaires seront fliqués dans une optique purement gestionnaire. Les enseignements pourront être modulés. Plus un universitaire sera en condition de précarité, plus il pourra faire l'objet de pressions dans le sens de cette modulation imposée par les chefs d'établissement. Les temps de recherche et d'enseignement ne seront nullement  protégés. Les primes et promotions seront de plus en plus accordées selon le bon vouloir des présidents.
 
À court terme, ce sont les libertés académiques qui seront en danger, au profit … du profit, c'est-à-dire de la rentabilité de la recherche.

Le décret n° 2014-997 du 2 septembre 2014 modifiant le décret n° 84-431 du 6 juin 1984 définissant le statut des enseignants-chercheurs est paru.

Le gouvernement Hollande désavoue le mouvement de 2009 en gravant dans le marbre les propositions les plus hostiles du gouvernement Sarkozy contre les enseignants-chercheurs.

Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, le gouvernement applique brutalement sa politique au mépris des salariés. L’opposition résolue de presque toutes les organisations syndicales reflétant l’opposition des enseignants-chercheurs, aura été ignorée : lors du Comité technique universitaire de janvier 2014 dans le cadre dudit « dialogue social », le projet avait été clairement condamné (9 contre : FERC Sup CGT, Snesup FSU, FO-Sup Autonome, et 4 abstentions : Sgen CFDT et Unsa Sup Recherche) ! (Voir :http://www.ferc-sup.cgt.fr/site/spip.php?article2516)

Outre d’autres points qui seront analysés plus tard, ce décret a pour principales caractéristiques de maintenir  :

• l’évaluation individuelle managériale faussement renommée « suivi de carrière » qui devient quinquennale. Ce suivi sera un réel contrôle des carrières.

• la modulation de service d’enseignement qui devient certes « facultative », alors que les très fortes protestations de 2009 avaient permis d’acter la nécessité de "l’accord écrit" de l’intéressé pour sa mise en place : cruelle avancée ! 
Qui peut croire que ces garde-fous tiendront longtemps dans la pratique face aux pressions dans les universités et les labos ? C’est la toute-puissance déjà démesurée des présidents d’Université qui est à nouveau renforcée.

Depuis 2009, la FERC Sup CGT demande inlassablement que ces 2 dispositions honnies des décrets Pécresse soient retirées. [voir notamment http://www.ferc-sup.cgt.fr/site/spip.php?article2513]

Couplées à la carotte de la PES/PEDR, la modulation de service et l’évaluation individuelle visent à permettre le bon « management » des enseignants-chercheurs, c’est-à-dire leur mise au pas : l’objectif est bien de les contraindre à répondre aux objectifs de rentabilité de la recherche et de la formation que les gouvernements successifs veulent mettre en place dans les établissements du supérieur.

Ceci, bien évidemment, au détriment des libertés académiques des enseignants-chercheurs, de la richesse des enseignements et des conditions d’études des étudiants.

Les masques tombent donc : la rhétorique de rupture avec les années Pécresse qui a marqué l’entrée en fonction de Fioraso au MESR achève de s’écrouler avec cette validation des mesures qui ont révolté le monde universitaire en 2009, dans un mouvement sans précédent. La trahison est complète.

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7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 05:08

Les vacances sont terminées. Au boulot. Avec ce numéro du Monde Diplomatique, il y a du grain à moudre !

 

Nous vivons une nouvelle guerre froide, pense Serge Halimi. En espérant qu’elle ne préfigure pas une nouvelle guerre tout court :

 

En 1980, pour résumer sa vision des relations entre les Etats-Unis et l’Union soviétique, Ronald Reagan eut cette formule : « Nous gagnons ; ils perdent. » Douze ans plus tard, son successeur immédiat à la Maison Blanche, M. George Bush, pouvait se féliciter du chemin accompli : « Un monde autrefois divisé entre deux camps armés reconnaît qu’il n’y a qu’une seule superpuissance prééminente : les Etats-Unis d’Amérique. » Ce fut la fin officielle de la guerre froide.

 

Cette période est à son tour révolue. Le glas a sonné le jour où la Russie en a eu assez de « perdre » et a mesuré que son abaissement programmé ne connaîtrait jamais de fond, chacun de ses voisins se voyant tour à tour attiré — ou soudoyé — dans une alliance économique et militaire dirigée contre elle. « Les avions de l’OTAN patrouillent les cieux au-dessus de la Baltique, nous avons renforcé notre présence en Pologne et nous sommes prêts à faire davantage », souligna d’ailleurs M.Barack Obama en mars dernier à Bruxelles (1). Devant le Parlement russe, M. Vladimir Poutine a assimilé une telle disposition à la « politique infâme de l’endiguement » que, selon lui, les puissances occidentales opposent à son pays depuis... le XVIIIe siècle (2).

 

 

 

Très dense analyse de Frédéric Lordon sur la gauche française et ceux qui la mettent à mal : « La gauche ne peut pas mourir » :

 

Malgré l’échec de sa politique libérale, le président François Hollande n’en démord pas : « Il n’y a pas d’échappatoire. » Redoutant de devoir bientôt payer le prix d’une telle obstination, un nombre croissant de socialistes et d’écologistes réclament un coup de barre à gauche.

 

Dans le débat public ne circulent pas que des sottises : également des poisons. De toutes les navrances complaisamment relayées par la cohorte des experts et éditorialistes, la plus toxique est sans doute celle qui annonce avec une gravité prophétique la fin des catégories « droite » et « gauche », et le dépassement définitif de leur antinomie politique. On n’a pas assez remarqué la troublante proximité formelle, et la collusion objective, du « ni droite ni gauche » de l’extrême droite et du « dépassement de la droite et de la gauche » (« qui ne veulent plus rien dire ») de l’extrême centre.

 

Passe alors un premier ministre qui vaticine que « oui, la gauche peut mourir  », trahissant visiblement sous la forme d’une sombre prédiction son propre sombre projet, et la cause semble entendue. A plus forte raison quand lui emboîtent le pas quelques intellectuels : « La gauche est déjà morte ; ce qui en survit est soit pathétique, soit parodique ; si on s’occupait d’autre chose ? », déclare Régis Debray au Nouvel Observateur (3 juillet 2014). Mais ce sont deux erreurs en une phrase : l’une qui confond la gauche, comme catégorie politique générale, avec ses misérables réalisations partidaires, l’autre qui, par paraphrase, devrait remettre en tête que si tu ne t’occupes pas de la gauche, c’est la droite qui s’occupera de toi.

 

 

Le social-libéralisme est-il une manière un peu novlangue de qualifier une purge à la française (Martine Bulard) :

 

« Mon véritable adversaire, c’est le salaire. » Bien sûr, ce type de conviction ne s’affiche pas publiquement, et le président de la République française ne s’exprime pas ainsi. Mieux vaut clamer son rejet de la finance pour gagner, à gauche, une élection. Mais, une fois les urnes vidées, le dogme du « coût du travail » trop élevé a dicté la conduite de M. François Hollande, quel que soit son premier ministre — tout en rondeur, comme M. Jean-Marc Ayrault, ou libéral décomplexé comme M. Manuel Valls.

 

Il ne lui a pas fallu un mois après son arrivée à l’Elysée pour en faire la démonstration. Sa première décision a porté sur le smic ; il a limité le « coup de pouce » rituel à... 0,56 centime brut de l’heure. Appliquer au salaire minimum une hausse supérieure à celle prévue par la loi : à part M. Nicolas Sarkozy, qui n’avait rien accordé du tout, aucun président n’avait encore dérogé à cette tradition. Sans même remonter en 1981, quand François Mitterrand avait relevé le smic de 6,1 % (au-dessus de l’inflation), on peut citer l’exemple de M. Jacques Chirac en 1995 (+ 2,9 %) ou en 2002 (+ 3 %).

 

 

Oserai-je dire que je n’ai pas reconnu le Lot-et-Garonne de mon enfance (article de Philippe Bacqué), une terre aujourd’hui d’exploitation des travailleurs frôlant l’esclavage sous l’œil bienveillant du Front National : «    On veut des Polonais et des Marocains  !   «» ?

 

Le Front national rêve de devenir le premier parti chez les agriculteurs. Pour cela, il tente de séduire les militants des organisations syndicales dont l’idéologie serait proche de la sienne. Mais ses ambitions électorales ont du mal à masquer son absence de programme. Voyage dans le Lot-et-Garonne.

 

« Foutez-nous la paix, laissez-nous travailler ! », gronde une affiche placardée à plusieurs centaines d’exemplaires le long des routes du Lot-et-Garonne. Qui doit se sentir visé par cette injonction agressive ? La Coordination rurale 47 (CR 47), responsable du collage, entretient le flou. Cette branche départementale du syndicat d’exploitants agricoles dirige depuis 2001 la chambre d’agriculture. Elle utilise régulièrement les champs de ses adhérents pour afficher ses slogans : « You’ll never walk alone » (« Tu ne marcheras jamais seul », hymne des supporters de l’équipe de football de Liverpool), ou encore : « Nous ne sommes pas des moutons, nous ne nous laisserons pas tondre ! »

Le Monde Diplomatique (74)

Peter Harling pense que l’État islamique est un monstre providentiel :

 

Rapides et étendues, les conquêtes militaires de l’Etat islamique en Irak et en Syrie stupéfient le monde. Elles profitent de la décomposition des Etats au Proche-Orient et contrarient la stratégie des Etats-Unis. Pour « extirper le cancer » djihadiste, M. Barack Obama prétend compter avant tout sur les acteurs régionaux. La focalisation sur cet épouvantail commode épargne à tous des remises en question douloureuses.

 

 

Selon Ismaïl Alexandrani , il se déroule au  Sinaï une «  sale guerre  » qui ne dit pas son nom :

Selon le rapport que vient de publier Human Rights Watch, au moins huit cents partisans des Frères musulmans ont été tués le 14 août 2013 au Caire après la destitution du président Mohamed Morsi, soit « l’un des plus importants massacres de manifestants de l’histoire récente ». Dans le Sinaï, la population paie le prix de la guerre que se livrent les milices djihadistes et l’armée égyptienne.

 

 

Benoît Bréville propose de remettre l’histoire à l’endroit :

 

Des torrents d’encre gonflent un fleuve d’ignorance : il y aura bientôt plus de publications consacrées à l’histoire qu’à l’automobile. Au seul mois de juin 2014, trois nouveaux magazines sont apparus dans les kiosques. Les Clés de l’histoire, dernier-né de Sophia Publications, qui édite également les mensuels L’Histoire et Historia, se veut un « produit populaire, joyeux et facile d’accès », un « magazine sympa et intergénérationnel » destiné à « donner du bonheur à tous les lecteurs ». Le bimestriel Tout sur l’histoire (Fleurus Presse) se positionne pour sa part « sur le créneau de l’histoire à grand spectacle » et « regarde vers les 18-25 ans, quand le reste du secteur se tourne vers les plus de 55 ans ». Quant au troisième, Secrets d’histoire (Uni-éditions), il décline sur papier le concept de l’émission de Stéphane Bern sur France 2 (1). S’y ajoutent Guerres & Histoire, Ça m’intéresse Histoire, Le Figaro Histoire et les multiples hors-séries qui peuplent les kiosques.

 

 

Entre Moscou et Tel-Aviv, assiste-t-on à une étrange lune de miel (Igor Delanoë) ?

 

Depuis l’effondrement du bloc soviétique, les relations internationales se recomposent autour d’intérêts mal identifiés. Les alliances stratégiques deviennent plus floues ; des configurations nouvelles s’esquissent ; des partenaires s’affrontent sur un dossier précis pendant que des ennemis collaborent sur un sujet ponctuel. Comment interpréter une telle fluidité ? Notre série sur les transformations géopolitiques s’ouvre sur l’entente discrète entre la Russie et Israël.

 

 

En 1948, l’URSS soutenait Israël à fond la caisse (Michel Réal) :

 

En ce 17 mai 1948, l’URSS reconnaît l’Etat d’Israël, créé trois jours plus tôt. Ce geste, considéré comme une grande victoire par le mouvement sioniste, marque l’aboutissement de plusieurs années d’efforts. Les premiers contacts ont eu lieu à Londres, au début de l’année1941. Alors que l’URSS est encore alliée à l’Allemagne nazie, le président de l’Organisation sioniste mondiale, Chaïm Weizmann, rencontre l’ambassadeur soviétique Ivan Maïski. D’emblée, ils évoquent l’avenir de la Palestine. Weizmann milite pour la création d’un Etat juif. David Ben Gourion, dirigeant du Yichouv, la communauté juive en Palestine, et futur premier ministre d’Israël, poursuivra les échanges quelques semaines plus tard. En dépit de l’opposition historique du mouvement communiste au projet sioniste, le nouvel Etat ne contrarierait pas les intérêts soviétiques ; mais, jusqu’en 1946, Moscou réserve son soutien.

 

 

Dilemme pour les miliciens ukrainiens font face à un dilemme (Hélène Richard) :

 

Le 18 août dernier, le président ukrainien Petro Porochenko appelait l’armée et les bataillons de volontaires progouvernementaux à se regrouper pour encercler les bastions insurgés prorusses dans l’est du pays. Depuis le début du printemps, l’offensive de Kiev a fait plus de deux mille morts. Jouant sur la fibre patriotique, le gouvernement cherche à canaliser les contestataires de cet hiver en les enrôlant pour le front du Donbass.

 

 

Quand les syndicats chinois s’éveilleront, le monde tremblera sûrement (Han Dongfang ) :

 

Ouvriers travaillant pour Nike, Adidas ou Converse, salariés du géant de la distribution américain Walmart... Jamais les grèves n’ont été aussi nombreuses et spectaculaires en Chine. Han Dongfang, fondateur du premier syndicat indépendant, emprisonné après les événements de la place Tiananmen en 1989, puis expulsé du pays en 1993, tire les enseignements de ces luttes auxquelles son organisation contribue.

 

 

Article très important de Raoul Marc Jennar sur des négociations secrètes sur la libéralisation des services :

 

Plusieurs fers au feu : pendant que l’Union européenne et les Etats-Unis négocient le grand marché transatlantique, les architectes du commerce international peaufinent d’autres projets de libre-échange. D’un côté, les accords de partenariat économique imposés par l’Europe à l’Afrique. De l’autre, l’accord sur le commerce des services, discrètement discuté à Genève par une cinquantaine de pays.

Imaginez un monde où les cantines scolaires appartiennent à des firmes telles que Coca-Cola ou McDonald’s ; un monde où des entreprises pakistanaises discutent avec leurs homologues paraguayennes le nombre de jours de congé qu’elles vous accordent dans l’année et le montant horaire de votre rémunération ; un monde où Hugo Chávez n’aurait pu devenir président du Venezuela qu’en acceptant de gouverner comme M. Anthony Blair.

 

 

Les Africains n’en auront jamais fini avec l’Europe (Jacques Berthelot : Le baiser de la mort de l’Europe à l’Afrique) :

 

En ce début d’été 2014, l’Union européenne triomphe. Après plus de dix ans d’une sourde bataille, elle a enfin vaincu la résistance des pays africains qui refusaient de conclure avec elle les traités de libre-échange prévus depuis 2000 par l’accord de Cotonou (Bénin). Le 10 juillet, les chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ont signé l’accord de partenariat économique (APE) d’Afrique de l’Ouest ; le 22 juillet, l’APE d’Afri-que australe était paraphé ; le 25 juillet, le Cameroun ratifiait un APE individuel.

 

 

Va-t-il bientôt falloir doubler le canal de Panama  (François Musseau) ?

 

Un siècle après son inauguration, le canal de Panamá élargit ses écluses pour absorber un trafic maritime toujours plus dense. Cette charnière stratégique entre l’Atlantique et le Pacifique restera-t-elle longtemps l’unique passage interocéanique, alors que se multiplient les projets concurrents ?

 

 

Pékin devient-elle la vache à lait universelle (Christophe Ventura) ?

 

Lors de sa visite en Amérique du Sud, en juillet dernier, le président chinois Xi Jinping a signé de nombreux accords. Les échanges restent cependant très inégaux.

Trois, deux, un, zéro, allumage. Un nuage blanc se forme sur l’écran de la China Network Television (CNTV), et l’émotion envahit le visage du président Evo Morales. Les bras articulés de la rampe libèrent la fusée Longue-Marche 3-B, qui bientôt s’arrache à l’attraction terrestre. Ce 21 décembre 2013, le lanceur chinois place sur orbite le premier satellite de télécommunications de l’histoire de la Bolivie, le Túpac Katari (TKSat-1).

 

 

Sean Connery sera-t-il citoyen d’une nation indépendante le 18 septembre prochain (Keith Dixon) ?

 

Les quatre millions d’électeurs écossais doivent décider le 18 septembre s’ils veulent quitter le Royaume-Uni. En défendant l’Etat-providence contre les coups de boutoir assenés par tous les gouvernements de Londres depuis 1979, les nationalistes ne cessent de progresser. Mais, face aux menaces de chaos économique brandies par les partisans du « non », leur projet demeure ambigu.

« Ecosse, reste avec nous ! » Assez inattendu, le message du chanteur anglais David Bowie lors de la remise du prix du meilleur artiste solo britannique, le 19 février, s’inscrivait dans la longue liste des interventions de célébrités contre l’indépendance écossaise. L’actrice Emma Thompson, la chanteuse Susan Boyle, l’ancien entraîneur du club de football Manchester United Alex Ferguson, l’auteure écossaise de Harry Potter Joanne K.Rowling, mais également l’ancien président de la Commission européenne José Manuel Barroso, l’ancienne secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton et le pape François ont cherché à alerter les Ecossais sur les risques d’un éclatement de l’Etat britannique.

 

 

D’où il se confirme que le cerveau ne pense pas tout seul (Evelyne Clément, Fabrice Guillaume, Guy Tiberghien et Bruno Vivicorsi) :

 

Les progrès de l’imagerie cérébrale ont réactivé un vieux fantasme : celui de pouvoir tout expliquer par l’observation du cerveau – la pauvreté, la délinquance, l’échec scolaire… Lourde de dérives potentielles, cette illusion repose sur de fausses évidences.

 

 

On le savait, mais Mathieu Bonduelle enfonce le clou : « Juger est un acte politique » :

 

Parmi les nombreux discours tenus sur la justice et ceux qui la rendent, deux représentations émergent. D’un côté, l’image d’un juge automate, indifférent aux affects humains, étroitement soumis au droit ; de l’autre, celle d’un magistrat omnipotent, démiurge faisant et défaisant les destinées à sa guise.

A en croire la première perception, la neutralité serait la vertu cardinale du juge, dont le rôle se bornerait à « appliquer la loi ». Le droit lui-même serait un outil déconnecté des fins qu’il sert, autonomisé de ses conditions de production. Pourtant, il est un précipité politique, ou du moins le produit le plus manifeste de la politique institutionnalisée, puisqu’il est fabriqué par l’Etat ou dans des cadres définis par lui. On consentira à dire que telle loi est « de gauche » et telle autre « de droite », car il est tout de même difficile de faire entièrement abstraction des élus qui votent les textes ; mais, in fine, sous l’effet d’une forme de refoulement du politique, on en viendra à parler du droit comme d’un système allant de soi.

 

Photo BG.

 

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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 10:29
Le seul vrai libraire de France
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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 05:03

Nous sommes en 1933, à la Société des Nations. Goebbels vient de découvrir que son photographe, Alfred Eisenstaedt, était juif. Il lui décoche un regard haineux.

 

 

 

 

Une découverte de Goebbels

Eisenstaedt combattit durant la Première Guerre mondiale avant de devenir photographe professionnel. Toléré un temps par les nazis, il fut ensuite persécuté. Il émigra aux États-Unis en 1935 et rejoignit la rédaction de Life pour qui il réalisa 90 couvertures de 1936 à 1972.

 

Il est l'auteur de la célébrissime photo “ V-D in Times Square ” :

Une découverte de Goebbels
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4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 05:04

Par Philippe Arnaud, dont le regard est encore plus acéré qu'avant les vacances !

 

 

Un JT parmi d’autres, sur France 2

- Premier sujet : David Pujadas, annonce, avec un ton satisfait, que les Allemands se sont décidés à faire la chasse aux fraudeurs. Mais de quels fraudeurs s’agit-il ? Il s’agit des immigrés roumains et bulgares, qui fraudent à diverses prestations sociales. Et, selon les journalistes, cette pulsion de sévérité ferait suite à une demande de la population allemande. Un journal allemand (le Bild), titre même : "S’ils [les immigrés] ne sont pas honnêtes, qu’ils s’en aillent".

Remarque 1. Le choix de ce sujet - et de ce reportage - n’est pas innocent. Message subliminal : "Qu’est-ce qu’on attend, nous Français, pour virer tous ces Roms, Arabes, Afghans, tricheurs, voleurs, délinquants, voyous ?" Ce qui, c’est le moins que l’on puisse dire, est caresser le Front National dans le sens du poil, ainsi que tel ancien ministre de l’Intérieur (depuis appelé à de plus hautes fonctions...), qui estimait que les Roms n’étaient pas intégrables en France et n’avaient qu’une vocation : retourner en Roumanie.

Remarque 2. Ce que le journal "oublie" de mentionner, c’est qu’à côté de ces "fraudes" aux prestations sociales des immigrés pauvres de l’Europe pauvre, la fraude fiscale en Allemagne se monte, selon le SPD à 150 milliards d’euros et que, périodiquement, des scandales révèlent que les riches Allemands "planquent" leur argent en Suisse, au Luxembourg ou au Liechtenstein, tous Etats ou micro-Etats situés près de l’Allemagne et germanophones, par exemple le patron du très prospère Bayern de Munich et ancien footballeur Uli Hoeness, qui révèle avoir fraudé le fisc pour 18,5 millions d’euros ! [C’est dire, au passage, combien il doit gagner...].

David Pujadas étale avec complaisance les "trois francs six sous" que grappillent les pauvres et passe sous silence les tombereaux de grosses coupures que les riches – et les grandes sociétés – dérobent à la collectivité.

 

Pujadas, des fraudeurs et des Arabes dans une piscine

- Deuxième sujet. Les journalistes montrent, en Libye, des membres de milices armées occupant l’ambassade des Etats-Unis (vidée de ses occupants depuis plusieurs mois) et qui sautent à qui mieux mieux dans la piscine de cette ambassade. Message subliminal : "Depuis que les islamistes ont gagné en Libye, c’est le "foutoir" complet !" Ces Arabes sont décidément indécrottables : quand ils ne vivent pas dans la dictature, ils vivent que dans l’anarchie !" ."On" fait bien de se protéger contre eux, etc.

 

Remarque 1. Ce que le journal "oublie" de mentionner, c’est que l’anarchie en Libye est le fruit exclusif de la politique des pays occidentaux : surtout de la France, du Royaume-Uni, des Etats-Unis. Si ces pays n’avaient pas pilonné les forces armées libyennes (au mépris des résolutions de l’ONU), jamais les opposants au président Kadhafi n’auraient réussi à l’emporter ! Les journalistes présentent avec mépris, étonnement, condescendance une situation dont leur gouvernement (avec d’autres) est directement responsable...

 

Remarque 2. Il s’agit d’une remarque tout à fait anecdotique : la présence d’une piscine dans l’ambassade américaine à Tripoli. Se représente-t-on le gaspillage scandaleux que signifie l’installation d’une piscine en Libye, un des pays les plus chauds (c’est en Libye qu’on a relevé le record de chaleur du monde, 58° C) et les plus secs du monde (il n’y a aucun cours d’eau d’importance), un pays qui souffre de stress hydrique ?

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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 05:34

Depuis que la Suède est passée de la social-démocratie au social-libéralisme, le mot « réforme », au lieu de signifier « plus et mieux », veut dire « moins et moins bien ». Dans les années 1990, prenant prétexte de la baisse de la croissance, les socio-démocrates (sous la direction d’Ingvar Carlssons) opèrent un virage à droite. Il s’agit – on n’en sera pas surpris – d’« alléger la fiscalité » et de rendre le marché du travail « plus flexible ». Le système des retraites est également profondément « réformé » : il combine la répartition et la capitalisation, l’âge de départ légal en retraite étant de 65 ans. Une politique de rigueur budgétaire devient une exigence absolue, avec une inflation fixée par la Banque de Suède à 2%. Petit couac : le peuple, pour une fois consulté par référendum, rejette l’euro alors que la quasi totalité des partis politiques souhaitait son adoption.

 

Dans ce contexte, on pouvait naturellement s’attendre à ce que le système éducatif soit, lui aussi, « réformé ». Après vingt ans de « réformes », c’est-à-dire de privatisation, la classe politique reconnaît son échec. Le président du Comité parlementaire sur l’Éducation, Tomas Tobé (droite) estime qu’avoir accordé une « confiance aveugle aux écoles privées » fut une erreur. Le ministre de l’Éducation Jan Björklund (droite dure) regrette la privatisation et souhaite une renationalisation partielle, tout comme le Parti de l’environnement-Les Verts, 7% de l’électorat : « pardonnez-nous, notre politique a détruit nos écoles ».

 

Malgré ses imperfections, le classement PISA a une qualité : il ne change pas de critères. Alors que la Finlande caracole dans le peloton de tête, la Suède en a disparu alors qu’elle était la première nation européenne en 1998. Elle se situe désormais en dessous de la moyenne de l’OCDE, derrière la France en mathématiques et en sciences. En 2009, la France était classée 22ème et la Suède 26ème (Royaume Uni 28ème, États-Unis 30èmes).

 

 

En quoi consistait la « réforme » suédoise ? Il s’était agi, en 1988, d’abandonner un système public et national au profit d’un système décentralisé, reposant sur l’autonomie des établissements scolaires, l’idéologie individualiste friedmanienne n’étant jamais loin. Pas de décrets en provenance de la Direction nationale des Établissements, mais des « objectifs » à atteindre. Les enseignants devaient favoriser la réflexion dans un milieu où l’élève, ou plutôt « l’apprenant », occuperait une « place centrale » et éprouverait du « plaisir à apprendre ». L’enseignant devait favoriser le « processus métacognitif des élèves », développer la « conscience de leur savoir », de leurs « compétences » grâce à une « auto-évaluation » permanente.

 

Derrière ces dispositions pieuses et a priori sympathiques, une réalité plus prosaïque se fit jour. Le financement par les communes entraîna de fortes disparités entre les établissements. L’absence de critères et de contrôles nationaux poussèrent de nombreux établissements à abaisser leurs exigences pour attirer des élèves, et donc du financement. L’écart entre les mauvais élèves et les bons ne fit que s’amplifier. Les nuits de la révolte urbaine, à Stockholm en mai 2013 ne furent pas étrangères aux méfaits d’une organisation scolaire qui ségrégue la population jeune, qui n’est plus un facteur d’intégration efficace alors que 15% de la population est d’origine immigrée. Le système est dans un cercle vicieux : les différences sociales produisent de la ségrégation éducative, les choix parentaux renforcent la ségrégation sociale.

 

À partir de 1992, l’État autorisa la création d’écoles « indépendantes », avec financement public, mais gérées par des acteurs privées comme des églises ou des entreprises. Les établissements privés furent subventionnés au même niveau que ceux du public et pyrent solliciter des fonds privés, les parents recevant, depuis 1992, un skolpeng (chèque-éducation). Ils représentent aujourd’hui environ 10% du total. Cette réforme radicale fut acceptée aux forceps par les syndicats et par le parti social-démocrate en 1994. Dans leur ensemble, les parents furent abusés par l’illusion que la concurrence serait un facteur de qualité et déboucherait sur une baisse du coût pour les contribuables. Ils crurent également qu’avec les enseignants, ils seraient les autogestionnaires innovants d’un système en perpétuelle amélioration.

 

Dans une étude publiée en Grande-Bretagne en 2010, la chercheuse Susanne Wiborg détailla les méfaits du nouveau système, sa critique fondamentale étant le passage d’une notion de « services universels » à des choix multiples pour les usagers. L’offre de choix s’est réalisée aux dépens de la qualité. En 1988, 1% des enfants étaient scolarisés dans des établissements privés. 25 fois plus aujourd’hui. La moitié des lycées de la capitale sont privés.

 

Les enseignants ne sont plus recrutés sur concours mais sur contrat. Leurs rémunérations s’en ressentent, imposées par des chefs d’établissement de plus en plus gestionnaires. L’effet pervers étant que des salaires plus bas débouchent sur des recrutements plus médiocres, sans critères nationaux.

 

Nourrie par la ségrégation sociale, la ségrégation scolaire dirige les meilleurs élèves vers les meilleurs établissements privés, des établissement généralement financés par les contribuables. Comme c’est désormais la tendance dans le monde et dans tous les domaines, l’État suédois a créé, au profit des classes les plus aisées, une concurrence artificielle, nullement libre et nullement non faussée, et qui vise à la destruction du secteur public. L’éducation est devenue un vrai marché.

 

Deux-tiers des établissement privés sont gérés par des entreprises à but lucratif, parfois par des fonds d’investissement, que l’on retrouve en Suède ou ailleurs, par exemple dans les domaines de la santé (on connaît en France l'agrressivité des fonds de pension suédois dans ce secteur). Parmi les fonds d’investissement les plus performants, on note Acade Media et ses 50 000 élèves, une filiale d’EQT, 18 milliards d’euros. Le chiffre d’affaires d’Acade Media est d’1 milliards d’euros, le retour sur investissement de 10% par an. Cet arbre cache la forêt des nombreux établissements privés qui font faillite, comme JB Education, contrôlé par des fonds danois. En mai 2013, 1 000 enseignants furent licenciés, 10 000 lycéens étaient dans les affres. Au moment où ces fonds suédois se lancent à l’assaut du système britannique, même les amis de Mr Cameron se méfient !

 

La classe politique suédoise envisage de s’attaquer désormais aux universités publiques en les transformant en fondations (comme cela a commencé en Finlande).

 

Aujourd’hui, seuls les verts (qui furent de gauche avant de glisser vers la droite) et le parti centriste sont opposés à la renationalisation, comme 12% des Suédois seulement. Le patronat commence à considérer l’enseignement privé comme une sorte de patate chaude depuis les pauvres performances de la Suède dans le classement PISA.

 

 

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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 05:28

Très belle, comme toujours, photo de René Maltête (recadrée par moi pour des raisons techniques). Nous sommes en 1967. Ce sont les premières élections législatives auxquelles je me suis vraiment intéressé, même si je n'avais pas le droit de vote puisque la majorité était encore à 21 ans.

 

 

Souvenir des législatives de 1967

 

Les Gaullistes avaient inventé ce slogan tautologique un peu débile mais assez efficace. Le Canard Enchaîné l'avait détourné à qui mieux mieux : “ La majorité, c'est mou ”, “ La majorité, c'est flou ”. Effectivement, les sondages prédisaient une victoire de la droite d'extrême justesse, une possible victoire de la gauche. On imagine que De Gaulle aurait alors démissionné car il eût été inconcevable pour lui d'appeler Mitterrand à Matignon.

 

Sans parti pris, je peux dire que le désir de changement, mais aussi la vigueur politique était du côté de la gauche, avec un parti communiste aux alentours de 20%. L'électorat de droite était très divisé entre les Gaullistes purs et durs, les centristes atlantistes style Lecanuet, et une frange importante de nostalgiques de l'Algérie française qui vomissaient De Gaulle. Heureusement que l'UDR moutonnait pas mal, même si ses chefs mirent le paquet. Je me souviens en particulier d'un débat de haute tenue et très houleux, à Grenoble, retransmis en direct par Europe n° 1, entre Mendès France et Pompidou. Ce dernier savait que la victoire n'était nullement assurée. Pendant une heure et demi, il exprima une dureté qui masquait une haine réelle contre Mendès et qui trahissait la peur de tout perdre.

 

À la fin de la soirée électorale du deuxième tour, la gauche était victorieuse. Il manquait heureusement les résultats des DOM-TOM où le parti gaulliste avait manipulé les élections comme jamais. Le lendemain matin, la droite était majoritaire. Les moutons pouvaient continuer de moutonner sans imaginer, car personne ne l'avait prévue, l'explosion de Mai 68 quelques mois plus tard.

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