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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 06:25

Et comme toujours, dans ces circonstances, les plus faibles sont les premières victimes !

 

La Faculté des Langues de l’Université de Nantes demande à ses enseignants de chômer une semaine pour combler le déficit budgétaire de l’université. Les plus précaires d’entre eux, les vacataires, seront les premières victimes de cette mesure.

 

Cette situation n’est pas tombée du ciel hier matin. Une de mes vieilles amies, enseignante à Nantes, m’avait alerté il y a deux ans déjà, sur les graves problèmes auxquels cette institution était confrontée.

 

Lorsque, dans les années 1980, je rédigeais ma thèse sur Orwell sous la direction d’un des professeurs de cette université, j’étais à cent lieues d’imaginer une telle évolution. Mais pour qu’un monde s’écroule, trente ans sont largement suffisants.

 

Dans leur très grande majorité, les établissements universitaires sont aujourd’hui dirigés par des enseignants qui ont accepté (quand ils ne l’ont pas souhaitée) la loi Pécresse de privatisation de l’Université française, puis la logique fiorasienne et solférinienne qui en a découlé. Dans certaines universités, on en est actuellement à 50% d’enseignants hors statut. On pourra aller jusqu’à 80 ou 90%, cela ne changera rien à la logique infernale de tiers-mondisation de l’Université, où, désormais, les comptables ont pris le pouvoir contre les pédagogues, les chercheurs et les étudiants.

 

Ci-dessous le courriel du doyen de la Faculté justifiant l’injustifiable après la décision prise par le Conseil de cette institution.

 

 

Chers collègues,

 

Le conseil de gestion de notre Faculté, réuni en formation plénière le jeudi 27 novembre 2014, a accueilli, en préambule, le 1er Vice-Président de l’Université de NANTES, Monsieur Mohamed BERNOUSSI, ainsi qu’une délégation étudiante venue exprimer plusieurs doléances autour du déroulement de ce début d’année universitaire. La suite de la séance a été principalement consacrée à définir la réponse à donner aux demandes de la présidence concernant la situation financière de la FLCE. La Faculté enregistre, en effet, un gros déficit pour l’année 2014.

 

Si le budget de fonctionnement est équilibré, voire légèrement excédentaire, le déficit quant à lui, avoisine 300 000 €. Il est, entre autres, le résultat d’une consommation en Heures Complémentaires dépassant largement la dotation attribuée par la présidence. Pour mémoire, la FLCE touchait, en 2011, une dotation de 800 000 €. Elle en a reçu a peu près 500 000 en 2014 et elle en recevra environ 500 000 en 2015. Sur les trois précédentes années, des gels de postes ont affecté la composante et plusieurs congés de maladie ont contribué au sous-encadrement. Dans le même temps, nous avons vu augmenter le nombre d’étudiants (environ + 400). L’Université de NANTES, dans une très difficile situation financière, a fixé des seuils pour l’ouverture des cours. Les cours dont les effectifs n’atteignent pas ces seuils ne sont pas accompagnés d’une dotation.

 

 

Pour répondre à ces difficultés, nous avons tous ensemble travaillé, depuis plus de deux ans, dans le sens de la rationalisation des maquettes, en supprimant entre autres trois LV1, en mutualisant des cours, en n’en ouvrant pas certains, en diminuant le nombre des CM.

 

Nos efforts ont seulement permis d’endiguer le déficit mais, en aucune manière, de le réduire à la hauteur des attentes de la présidence. En cette fin d’année, la pression est montée d’un cran. Notre budget de fonctionnement a été mis sous surveillance et nous avons été vivement invités à réduire nos dépenses de 10% en heures de cours dès le semestre prochain.

Le conseil a avancé plusieurs propositions qui ont fait l’objet de discussions, de débats, de votes. Parmi les décisions, voici celle qui m’amène vers vous.

 

La semaine du 16 au 21 mars ne sera pas travaillée pour les enseignants. Les services des enseignants titulaires seront réduits et les vacataires ne seront pas payés pour cette semaine de cours. Le conseil a voté le principe d’une communication transparente autour de cette mesure, vis-à-vis des étudiants qui seront informés avant et pendant la dite semaine, des enseignants, des personnels, de la présidence et de l’extérieur. Nous travaillerons ultérieurement pour la mise en place de ce dispositif de communication.

 

Ces économies ne suffiront pas pour résorber le déficit. La composante devra continuer ses efforts en 2016, notamment avec d’autres mutualisations pour éviter de maintenir des cours ouverts sous les seuils, tout en garantissant de meilleures conditions de travail aux étudiants dans certains groupes trop chargés. Elle devra aussi mettre en place, pour 2017, une offre de formation moins coûteuse, en harmonie avec la future COMUE.

 

En attendant, nous avons des valeurs à défendre, des objectifs à atteindre, des projets à développer.

 

La FLCE est consciente des difficultés conjoncturelles au niveau national et local. Toutefois, la mise en place de principes de gestion plus stricts et la réalisation d’efforts ne signifient, en aucune façon, son acceptation pleine et entière des sacrifices que l’enseignement supérieur et la recherche publics doivent supporter.

 

Je suis à votre disposition pour toute information complémentaire.

 

Bien à tous.

 

Didier DELORME, Doyen de la FLCE

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 06:35

 

Cette livraison de février du Monde Diplomatique est à l’image de l'époque que nous vivons : dure.

 

Serge Halimi nous dit qu’il faut « choisir ses combats » : Août 1914 : l’union sacrée. En France comme en Allemagne, le mouvement ouvrier chancelle ; les dirigeants de la gauche politique et syndicale se rallient à la « défense nationale » ; les combats progressistes sont mis entre parenthèses. Difficile de faire autrement alors que, dès les premiers jours de la mêlée sanglante, les morts se comptent par dizaines de milliers. Qui aurait entendu un discours de paix dans le fracas des armes et des exaltations nationalistes ? En juin, en juillet peut-être, il restait possible de parer le coup.

Un siècle plus tard, nous en sommes là. Le « choc des civilisations » ne constitue encore qu’une hypothèse parmi d’autres. La bataille qui semble s’engager en Europe, en Grèce puis en Espagne permettra peut-être de la conjurer. Mais les attentats djihadistes favorisent le scénario du désastre ; une stratégie de « guerre contre le terrorisme » et de restriction des libertés publiques aussi. Ils risquent d’exacerber toutes les crises qu’il importe de résoudre. Telle est la menace. Y répondre sera l’enjeu des mois qui viennent.

 

Laurent Bonelli analyse « les chemins de la radicalisation » des Français qui ont choisi le djihadisme : Passé la stupeur des attentats, lorsque se dissipent les sentiments d’indignation et d’impuissance et que la peine se rétracte sur l’entourage des victimes, subsiste une lancinante question. Pourquoi, dans un contexte de paix, de jeunes Français ont-ils pu s’attaquer avec une telle violence à des individus choisis en raison de leurs opinions, de leur confession religieuse présumée ou de l’uniforme qu’ils portent ? Des assassinats commis par Mohamed Merah en mars 2012 à ceux des 7, 8 et 9 janvier 2015, revendiqués par les frères Kouachi et Amedy Coulibaly, en passant par l’attaque du Musée juif de Belgique, le 24 mai 2014, dont est accusé M. Mehdi Nemmouche, pas moins de vingt-huit personnes ont trouvé la mort sous les balles de leurs meurtriers.

 

Faut-il parler d’islamophobie ou de prolophobie, demande Benoît Bréville : Au lendemain des assassinats perpétrés à Charlie Hebdo et dans le magasin Hyper Cacher, des élèves ont refusé d’observer la minute de silence en hommage aux victimes. Un des arguments avancés par les récalcitrants touchait aux « deux poids, deux mesures » de la liberté d’expression en France : pourquoi parle-t-on autant de cette tuerie alors que des gens meurent dans l’indifférence au Proche-Orient ? Pourquoi Charlie Hebdo pourrait-il injurier une figure sacrée de l’islam quand Dieudonné se voit interdire de critiquer les juifs ? La question est jugée si cruciale que Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’éducation nationale, a estimé, le 15 janvier dernier, qu’il était nécessaire de former les enseignants pour y répondre.

 

Comment tarir les sources du recrutement salafiste armé, demande Pierre Conesa : Le combat contre les djihadistes ne se livrera pas sur des terres lointaines. Il ne peut se résumer non plus à une affaire de police et de justice. Lutter contre les idéologies religieuses sectaires requiert une vaste politique de contre-radicalisation s’appuyant sur la mobilisation des élites et des institutions musulmanes de France.

 

Pour de nombreux jeunes, le Prophète est la seule chose en laquelle ils croient (Pierre Souchon) : Tous deux fils d’ouvriers algériens, Wissem et Nabil ont grandi dans le même quartier, où ils ont fait les quatre cents coups. Mais l’un a fini par se tourner vers la religion et l’autre vers le syndicalisme. Retour sur des histoires parallèles.

« Deux jours. Ils ont mis deux jours à retrouver les Kouachi et à les flinguer. » Un grand soleil d’hiver éclaire l’autoroute où Wissem, 22 ans, slalome entre les voitures. « Je pense à mes frères... Tu vois ? » On voit. On voit Wissem s’assombrir, monter le son de l’autoradio et plonger dans le silence de ses souvenirs. Ses deux frères aînés sont morts avant d’être trentenaires, leurs assassins sont en liberté. Voilà un peu plus de deux ans, Bachir cambriolait une villa avec un ami. De retour de la chasse aux sangliers, un voisin passe par là et l’exécute d’une balle dans la tête. Le tireur est placé une heure en garde à vue, et l’instruction débouche sur un non-lieu. Il n’y eut pas plus de procès que de légitime défense — Bachir a été abattu alors qu’il s’enfuyait en voiture... Quelques mois plus tard, Yassine est fauché par une rafale de kalachnikov en pleine rue. « Toute la ville sait qui a fait ça. Les flics aussi, mais ils font rien : un Arabe de moins, ça les arrange... » C’est une certitude tranquille, énoncée sur le ton de la banalité, sans colère, presque, et appuyée par un rap que Wissem se met à fredonner : « Plus de jeunes à la morgue ça fait moins de jeunes à la barre / La vie que j’ai tu la connais par cœur vu que c’est partout la même / J’baiserai la France jusqu’à ce qu’elle m’aime»

 

Dominique Vidal perçoit « un antisémitisme virulent mais marginal » : L’assassinat de quatre otages par Amedy Coulibaly à la supérette kasher de la porte de Vincennes a sidéré de nombreux juifs de France. Après l’enlèvement et la mise à mort d’Ilan Halimi par M. Youssouf Fofana en 2006, puis le massacre perpétré par Mohamed Merah à l’école Ozar-Hatorah de Toulouse en 2012, nombre d’entre eux y ont vu l’expression d’une vague d’antisémitisme qui déferlerait sur notre pays.

Difficile de ne pas laisser l’émotion l’emporter sur la raison. Ce qui est moins compréhensible, c’est que beaucoup d’analystes font une confusion dans les indices qu’ils utilisent. Il convient en effet, pour mieux cerner le phénomène, de distinguer opinions antisémites et actes antisémites.

 

 

Julien Théron analyse la « funeste rivalité entre Al-Qaida et l’Organisation de l’Etat islamique » : 

La revendication de la tuerie à Charlie Hebdo par la branche d’Al-Qaida dans la péninsule arabique replace sur le devant de la scène un mouvement évincé des médias par les succès militaires de l’Organisation de l’Etat islamique. Portant les mêmes aspirations et agissant avec la même cruauté, les deux formations ont des stratégies divergentes.

 

Pour Anne-Cécile Robert, les Lumières sont attaquées : Les religions occupent de nouveau une partie substantielle du débat public alors que la philosophie des Lumières affronte des critiques radicales, y compris de la part de penseurs progressistes. Ne serait-il pas temps de revisiter une pensée fondatrice de la démocratie et de la République ?

« Comment conjoindre la liberté d’expression des caricaturistes et l’interdiction dans les écoles du port du voile, qui participe de l’expression de l’identité ? », écrit le sociologue Hugues Lagrange. Sans entrer dans le débat sur le port des signes religieux, ce type de comparaison traduit une confusion philosophique majeure. En effet, il place sur le même plan des pratiques qui relèvent de l’exercice de la raison et des comportements qui expriment une foi.

 

Philippe Leymarie relève qu’en Afrique existent d’autres foyers du djihadisme : Sur les huit conflits les plus meurtriers et dévastateurs du moment, sept se déroulent en Afrique, où la désintégration de la Libye alimente en armes les groupes djihadistes. L’Union africaine a longtemps semblé impuissante à prendre en charge la sécurité des populations, abandonnée aux initiatives franco-américaines. Mais une première force d’urgence continentale pourrait voir le jour cette année...

 

Hicham Ben Abdallah El-Alaoui  déplore la « surdité des gouvernements arabes » : En se lançant dans une guerre froide régionale, les régimes du Proche-Orient imaginent se protéger de la contagion du « printemps arabe ». La logique : exacerber les tensions avec leurs voisins pour préserver le statu quo intérieur. Leur stratégie débouche sur une impasse lourde de menaces nouvelles.

 

Pierre Rimbert perçoit un recul des libertés en France : « Soyez libres, c’est un ordre » : Chacun le redoutait, mais nul n’imaginait que le drame surviendrait ainsi : vendredi 9 janvier, le footballeur de Montpellier Abdelhamid El-Kaoutari ne porte pas le maillot « Je suis Charlie » lors de l’échauffement préparatoire au match contre l’Olympique de Marseille. Aussitôt, les réseaux sociaux crépitent. Invité le dimanche sur Canal Plus, l’entraîneur Rolland Courbis est sommé de s’expliquer. Le lendemain, la polémique enfle : trois joueurs de Valenciennes n’acceptent de revêtir le fameux maillot qu’à condition d’escamoter le « je suis » sous un bout de Scotch. Sur le plateau d’« Afterfoot », une émission-phare de RMC, le ton monte. « On se bat depuis une semaine pour la liberté d’expression, explique l’animateur Gilbert Brisbois, laissons-les s’exprimer et attendons leurs explications. » Furieux, le journaliste Daniel Riolo enchaîne : « … la liberté d’expression qui va être l’argument de tous les abrutis pour sortir toutes les bêtises ».

 

Alain Supiot dénonce « Le rêve de l’harmonie par le calcul » : L’essor de la gouvernance par les nombres n’est pas un accident de l’histoire. La recherche des principes ultimes qui président à l’ordre du monde combine depuis longtemps la loi et le nombre au travers de la physique et des mathématiques, s’agissant de l’ordre de la nature ; du droit et de l’économie, s’agissant de l’ordre social. La situation est comparable dans l’ordre religieux, où la soumission à la loi divine et la contemplation mystique de vérités absolues ont été reconnues comme deux voies différentes d’accès au divin.

 

Thierry Vincent voit dans la victoire de Syriza « Un espoir tempéré et la crainte des coups tordus » : La percée récente des forces progressistes aux élections grecques bouleverse un appareil d’Etat contrôlé depuis quarante ans par deux familles politiques. Si les dégâts de l’austérité ont convaincu une bonne partie de la fonction publique de choisir la coalition de gauche Syriza, des réseaux extrémistes s’activent autour des corps de sécurité.

 

Pour Julien Vercueil, l’économie russe est en pleine tempête : « Avis de gros temps sur l’économie russe » : A chaque saison son choc. Après l’annexion de la Crimée au printemps, l’escalade des sanctions cet été, la chute brutale du prix des hydrocarbures cet automne, l’économie russe subit l’effondrement du rouble depuis novembre dernier. Rouvrant les cicatrices des années 1990, cette crise de change laissera des traces. Car elle expose au grand jour des faiblesses structurelles longtemps sous-estimées par le pouvoir.

 

Maxime Robin nous emmène dans les Apalaches « décapitées par les marchands de charbon » : Malgré le boom du pétrole et du gaz de schiste, le charbon demeure la principale source d’énergie aux Etats-Unis. Pour en accroître la production, les compagnies minières privilégient désormais l’exploitation à ciel ouvert en arasant les sommets à l’explosif. Ce procédé, très utilisé dans les Appalaches, a des conséquences environnementales désastreuses.

 

Tandis que Michael T. Klare nous rappelle que « la guerre du pétrole se joue en mer : « Les escarmouches succèdent aux escarmouches en Asie-Pacifique. La dernière livraison de « Manière de voir » en dresse l’inventaire, plonge dans l’histoire de la région pour en comprendre les ressorts et analyse les motivations nationales contemporaines. Parmi elles, la course au pétrole — qui ne concerne pas que la mer de Chine.

 

Les Papous sont désormais minoritaires en Papouasie (Philippe Pataud Célérier) : Le président indonésien Joko Widodo, investi en octobre 2014, a été présenté comme un homme d’ouverture, un sentiment renforcé par la libération de deux journalistes français arrêtés en Papouasie. Mais leur accompagnateur papou, lui, risque la prison à vie, et son avocate est menacée de mort. Plus encourageante est la volonté de concorde entre les indépendantistes papous pour dénoncer les massacres.

 

A propos du chômage, Hadrien Clouet dénonce « le mythe des emplois vacants » : A écouter de nombreux discours sur les emplois vacants ou non pourvus, la France serait assise sur d’immenses gisements de travail salarié. De tels propos alimentent une proposition politique : renforcer le contrôle des chômeurs pour que l’aiguillon de la contrainte les tire de l’apathie. Pourtant, les chiffres mis en avant ne signifient pas ce que l’on cherche à leur faire dire, bien au contraire.

 

Pour Aurélien Bernier, pas de châtiment pour les crimes économique : En délocalisant leur production dans les pays les plus pauvres, les entreprises multinationales ne recherchent pas seulement une main-d’œuvre à bon marché. La faiblesse des lois sociales et environnementales les protège des poursuites judiciaires. Cette impunité prospère aussi faute d’instances internationales ou de tribunaux compétents en la matière dans les pays consommateurs.

 

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 06:49

Je rappelle très immodestement avoir publié il y a bientôt quinze ans un livre sur la censure au Royaume-Uni. Parmi des centaines de cas de censure dans la littérature, le cinéma, le théâtre, la chanson, j’avais relevé une décision dont Hitchcock (qui était loin d’être un agitateur  gauchiste) avait été victime. Dans la célébrissime scène de la douche de Psychose, le génial réalisateur avait utilisé, pour la bande son, le bruit d’un couteau de cuisine transperçant un gros morceau de viande. La censure demanda que les quatorze coups originels soient réduits à trois (il y en a huit dans la version française doublée), la séquence durant vingt-deux secondes au lieu de quarante-cinq.

 

Il faut dire qu’en ce moment, surtout depuis l’épisode « Charlie » qui leur a posé de nombreux problèmes, les médias britanniques (et étasuniens) font dans le politiquement correct. Le politiquement correct : cette arme de droite des gens de droite. Par exemple, la BBC refuse de qualifier Coulibaly et les deux autres frères assassins de « terroristes », au prétexte que ce vocable serait biaisé. La “ vieille dame ” préfère « gunman », qui signifie « homme armé » ou « tireur ». Une fois qu’on a dit « gunman », on est drôlement avancé. Le mot « terroriste » (oui, je sais, pour les nazis, les résistants étaient des terroristes) vient de « terreur » signifiant « peur extrême » et qui, depuis la Révolution française en particulier, est associé à l’idée de peur collective, de mesures d’exception, de violence. Un terroriste use du terrorisme comme moyen d’action. Le terrorisme est l’usage de la violence (attentats, destructions) pour atteindre un but politique. Il s’agit d’impressionner, de terroriser la population, de créer un climat d’insécurité. Jacques Derrida clarifie le problème : « Si on se réfère aux définitions courantes ou explicitement légales du terrorisme, qu’y trouve-t-on ? La référence à un crime contre la vie humaine en violation des lois (nationales ou internationales) impliquant à la fois la distinction entre civil et militaire (les victimes du terrorisme sont supposées être civiles) et une finalité politique (influencer ou changer la politique d’un pays en terrorisant sa population civile) ». Les résistants ne sauraient être inclus dans cette classification : ils ne tuent pas au hasard, ils ne tuent pas des non-combattants, ils ciblent des autorités militaires ou administratives. Leur but est d’amoindrir le potentiel de l’ennemi. Ils peuvent également s’en prendre aux collaborateurs de cet ennemi.

 

Dès lors, on ne voit vraiment pas pourquoi la BBC répugne à qualifier de « terroristes » les tueurs de Charlie Hebdo et du magasin cacher. Cela tient peut-être au fait que des quartiers entiers de Londres sont gérés par des musulmans (sans parler de ceux qui sont tenus par des juifs hassidiques), tout comme plusieurs grandes villes du pays où, parfois, une charia “ douce ” (light) est en vigueur. Rappelons enfin que l’on peut être islamiste sans être terroriste, et même djihadiste sans être terroriste. Et que l'on peut être terroriste sans être islamiste, ni même djihadiste…

 

Revenons à Hitchcock. Après la guerre, il aida à la réalisation, comme conseiller technique et monteur, d’un documentaire sur la libération d’Auschwitz par les soviétiques. Ce film fut censuré pour cause de guerre froide. En 1945, le gouvernement britannique demanda au metteur en scène et producteur Sidney Bernstein (il produira La corde d’Hitchcock) de réaliser un film factuel sur la libération des camps de concentration. Pour monter des films réalisés par des équipes sur place à la libération de onze camps (cinq anglo-étasuniennes et une soviétique qui montre l’intérieur d’Auschwitz), Bernstein va faire appel au socialiste Richard Crossman pour le script et à Hitchcock pour le montage des rushes. Hitchcock recommanda la multiplication de plans fixes pour marquer la conscience des spectateurs et l’usage de cartes et de plans pour persuader de l’existence réelle des lieux de l’horreur. Il travailla rapidement, si bien que certaines de ses images seront utilisées au tribunal de Nuremberg pour identifier certains responsables des camps.

 

Tout ce travail va néanmoins moisir dans des tiroirs pendant soixante-dix ans. Dès qu'il le visionne, le ministère des Affaires étrangères estime que « diffuser un film sur ces atrocités n’est pas une bonne idée ». Si les Britanniques et les États-Uniens n’avaient libéré aucun camp d’extermination (ils libérèrent des camps de concentration), ce n’était pas de leur faute : ces camps se situaient tous dans la zone d’action de l’URSS. Mais dans le nouveau contexte de la guerre froide, il devenait aventureux de rappeler que l’URSS avait été responsable de la libération d’une bonne partie de l’Europe. Par ailleurs, il ne fallait pas « humilier » l’Allemagne si l’on voulait opposer une Europe occidentale puissante au bloc communiste.

 

 

 

 

Le film de Bernstein et d’Hitchcock sera montré – très incomplet – au Festival du film de Berlin en 1984 et devra attendre 2015 pour être enfin projeté in extenso.

 

À noter qu’en 1971, Jerry Lewis réalisa Le jour où le clown a pleuré (The day the Clown Cried), une fiction sur l’extermination des Juifs. Ce film était basé sur l’histoire vraie d’Helmut Dorque, un clown allemand antinazi à qui les SS demandaient de faire le pitre pour que les enfants aillent dans la chambre à gaz sans pleurer. Dorque mourra dans la chambre à gaz, en amusant les enfants. Pour diverses raisons, dont certaines financières, le film ne fut jamais distribué.

 

Hitchcock, les camps de concentration et la censure
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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 07:15

La libanaise Joumana Haddad n'a pas froid aux yeux. Dans sa vie professionnelle, comme dans sa vie personnelle, elle fait preuve d'un grand courage (elle se définit comme une “ femme arabe écrivaine en colère ”). Face à elle, les “ grandes ” institutions médiatiques qui font dans le politiquement correct (et dans leur froc) depuis l'assassinat des collaborateurs de Charlie Hebdo et des clients juifs de l'épicerie cacher devraient rentrer sous terre.

 

Journaliste, romancière, plasticienne, elle croule sous les distinctions. Ce qui ne l'empêche pas de militer ardemment en faveur de la liberté d'expression et des droits des femmes.

 

Elle a publié récemment J'ai tué Schéhérazade. Confessions d'une femme arabe en colère. La thèse de ce livre est très claire. La femme s'entend dire “Ta maison est ton royaume. Dans ta maison, tu élèves, tu éduques, tu cuisines, etc.” Or que fait-elle le plus souvent ? Elle élève ses garçons pour qu'ils deviennent comme son mari et son père, et ses filles pour qu'elles deviennent comme elle, des victimes, des opprimées abandonnées au pouvoir de l'homme. On nous persuade que pour réussir dans la vie il faut satisfaire l'homme. Par une femme, un repas, une paire de seins siliconés, une bonne partie de jambes en lair ! Schéhérazade est “ l'objet d'une adoration écœurante de la part des adeptes de l'exotisme orientaliste. ”
 

Et puis une Libanaise fumant le cigare ne peut être totalement mauvaise. C'est un non-fumeur qui vous le dit !

 

 

Chers Occidentaux,

 

Vos intellectuels, vos hommes scientifiques et vos philosophes vous ont trop longtemps dupés, mais il est temps de remettre les choses au point : voyez-vous, Dieu n’est pas mort.

 

Vous ne me croyez pas ? Demandez-le à Sarah-Lou, la plus jeune fille de Tignous, et à ses trois sœurs. Elles vous diront que Dieu a été tellement « chagriné » par les dessins de leur papa, qu’Il a personnellement ordonné à deux de Ses fidèles disciples d’Al-Qaeda de le tuer. Or un Dieu mort, nous le savons tous, ne peut pas sentir de chagrin. Preuve numéro un !

 

Dieu n’est pas mort. Réveillez-vous, merde ! Demandez-le à Raef Badaoui, le militant saoudien qui a récemment osé le critiquer. Même pas, en fait : il a juste critiqué quelques-uns de ses représentants. Raef vous dira que Dieu a été tellement « blessé » par ses mots, qu’Il a supplié Ses gentils wahhabites de le flageller.

 

Or un Dieu mort ne peut pas se sentir blessé. Preuve numéro deux !

 

Dieu n’est certainement pas mort. Ouvrez bien les oreilles ! Demandez-le à Amir, le garçon pakistanais de 12 ans, et à ses 131 camarades, qui ont commis le crime d’aller à l’école dans la ville de Peshawar. Ils vous diront que Dieu a été tellement « peiné » par leur soif d’apprendre, qu’Il a dû implorer Ses cléments talibans de les abattre tous. Or un Dieu mort ne peut ressentir de peine. Preuve numéro trois !

 

Dieu n’est pas mort, je vous dis ! Demandez-le à Afaf, la femme yézidi qui a eu l’insolence de ne pas être née musulmane. Elle vous dira que Dieu a été tellement « déçu » par cette identité qu’elle n’a pas choisie, qu’Il a commandé Ses charmants militants de l’Etat islamique de la violer au moins 30 fois par jour. Or un Dieu mort ne connaît pas le goût amer de la déception. Preuve numéro quatre !

 

Vous en voulez encore, des preuves ? Tenez, j’en ai plein : demandez-le à Malala Yousafzai en Afghanistan. Demandez-le à Reyhaneh Jabbari en Iran. Demandez-le aux 2 000 victimes nigérianes de Boko Haram entre le 3 et le 7 janvier 2015 ; à toutes les femmes qui n’ont pas le droit de conduire une voiture en Arabie Saoudite ; à toutes les jeunes filles dont on sectionne le clitoris en Egypte ; à toutes les sœurs et épouses qui sont assassinées par des crimes dits d’honneur en Jordanie ; à toutes les mineures qu’on marie au Yémen ; à tous les homosexuels qui sont jetés du haut des immeubles en Syrie ; à toutes les minorités qui sont exterminées en Irak. Et j’en passe.

 

Non, Dieu n’est pas mort. Il est bel et bien vivant, un peu partout sur la planète, mais surtout chez nous, dans ce bon vieux monde arabo-musulman, et ce, grâce à Ses « braves élèves » qui abondent ici. Vous me direz que vous en avez vous aussi, des types comme ça. Et vous aurez raison. Vous avez même encouragé leur prolifération, par vos politiques injustes, vos intérêts économiques, votre prostitution aux pays du Golfe : si les fanas sont prêts à tout pour leur Dieu, vous, vous êtes prêts à tout pour l’argent. Un ministre saoudien dans la marche républicaine, alors ça, c’est une caricature offensive !

 

 

 

Bref. Dieu n’est pas mort, et il revient aux fanatiques de vous prouver qu’Il est bien en vie. Vous, les Occidentaux, qui lui avez largement tourné le dos. Vous, qui Le contrariez continuellement, le pauvre. Vous, qui ne faites que Le vexer, Le contester et Le dépiter. Vous, qui Le provoquez, vous moquez de Lui, Le désenchantez. D’ailleurs il commence à y en avoir chez nous aussi, des mécréants comme vous, et de plus en plus nombreux : chrétiens et musulmans, croyants et athées. Ils luttent pour un monde arabe laïque et attendent impatiemment la fin de cette époque qu’ils disent « ténébreuse » ; mais on les tient en laisse. On les emprisonne, on les torture, on les condamne à mort. Et vous, vous fermez souvent l’œil, n’est-ce pas ?

 

Pourquoi toute cette haine à l’égard de Dieu, alors qu’Il n’est qu’Amour, Lui ? Tout ce qu’Il veut, c’est d’être aimé en retour (et idolâtré de temps en temps : mais franchement, qui Le blâmerait ?). Tant mieux s’Il est entouré de gens honnêtes comme les fanatiques pour croire en Lui, Le défendre, Le protéger, garder intacte Sa dignité, imposer Son respect et Ses valeurs. Sinon qu’en serait-il de ce monde ? Ce serait un monde de criminels ! Fini, la paix qui règne sur terre. Fini, l’entente entre les peuples, la tolérance, la décence et la liberté. Fini, l’humanité et l’humanisme. Il n’y aurait plus que des meurtriers, des pédophiles, des homophobes, des racistes, des sexistes, des ignorants, des censeurs, partout, et des guerres interminables, qui se répèteraient en boucle. C’aurait été un monde intolérable, pas vrai ?

 

Mais ne vous inquiétez pas, chers Occidentaux : les fanatiques vont vous « sauver » et nous sauver, nous les Arabes sécularistes et assoiffés de liberté. En gros et en détail. Coûte que coûte. Ils feront le nécessaire, défieront tous les obstacles (lois, droits humains, logique, savoir, justice, forces de l’ordre, etc. : toutes les foutaises, bref) et ils vous, nous, ramèneront vers Lui. Peut-être bien en lambeaux, décapités, écrasés, transpercés, égorgés, mais qu’importe ?

 

Il saura bien nous recoudre, là-bas, dans Son Royaume Eternel. Peut-être bien au prix de quelques carnages ici et là, mais qu’importe ? Il saura nous consoler et nous indemniser. A propos, savez-vous qu’Il a des rivières de vin là-haut, et des vierges autant que l’on peut en sauter ? Bon, il est vrai que ces dernières sont promises à Ses martyrs, mais ils s’arrangeront avec nous. Car un bon musulman est généreux. Ainsi le Prophète a-t-il dit, surtout à Abu Bakr Al Siddik, qui hésitait à lui accorder sa fille en mariage car elle n’avait que 8 ans. « Il faut donner sans compter », lui a-t-il dit, et voilà l’essence de l’islam. Donc les fanatiques donnent : des balles, des bombes, des coups de sabre, des coups de reins dans les flancs des femmes impies. Sans compter.

 

Faites gaffe, chers Occidentaux ! Dieu n’est pas mort du tout. Je viens de le voir en train de nettoyer son fusil à Al Riqqa. Et surtout ne laissez pas les faits vous tromper : grâce à Lui, ce monde s’en porte de mieux en mieux. Si vous ne me croyez pas, venez faire un petit tour chez nous.

 

 

Source : Libération.

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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 06:54

Le Huffington post (on dit le Huff Post), que je n’ai jamais cité, donne, outre-tombe, la parole à la jeune Marion qui s’est suicidée parce que harcelée à l’école :

 

Je suis Marion, qui s'est tue à jamais pour échapper au désespoir de ne pas être entendue et soutenue au collège. Je travaillais bien en classe. J'ai osé parfois demander le silence. On m'a huée, à l'école de la République. On m'a brimée, menacée, insultée, fragilisée, et personne n'est venu à mon secours.

 

Ma disparition n'a pas suscité de vrai débat ni de remise en cause sérieuse au sein de mon collège. Pourtant, il ne faut plus que cela se reproduise. Il faut sortir du déni collectif.
Je suis Marion, et je demande : à quand une réelle prise de conscience, une politique nationale digne de ce nom, pour que les valeurs républicaines ne soient pas que des mots inscrits aux frontons de nos écoles ? Moi, j'y croyais si fort, en ces valeurs. J'y mettais tout mon cœur, ce cœur qui aujourd'hui ne bat plus.

 

Je suis Marion, tombée au combat de l'école des incivilités. Pour moi, il n'y a eu ni médaille, ni reconnaissance, ni minute de silence.

 

Citoyens, œuvrez pour que le délit de harcèlement scolaire soit créé.

 

 

 

Pour Henri Mora des Zindigné(e)s, les Center Parcs (cette orthographe – center écrit façon yankee et parc façon française – me hérisse) sont « l’enfer au paradis » : « La construction du Center Parcs des Chambarans dans l’Isère, oppose deux manières d’aborder la situation actuelle. La première cherche à continuer dans la voie désastreuse de l’économisme marchand qui broie la vie et les conditions sociales, crée du chômage et détruit l’environnement. La seconde espère pouvoir sortir de cette obsession du développement à tout prix et élaborer de nouveaux rapports humains et sociaux. »

 

 

Dans Mediapart, Martine Orange interroge le député européen Pascal Durand sur la Loi Macron. Le droit des consommateurs est touché par cette directive, par la question des normes. En Europe, le principe de précaution s’applique. Les consommateurs ont le droit de demander ce que les industriels utilisent comme substance. Aux États-Unis, c’est l’inverse. Tout ce qui n’est pas interdit est possible. Si, demain, la fracturation hydraulique est autorisée en Europe, il risque d’être impossible de demander aux exploitants quels produits chimiques ils utilisent, si ceux-ci sont bien conformes. La charge de la preuve risque d’être inversée. Ce ne seront plus les entreprises qui vont devoir démontrer que leurs produits sont sans danger mais aux associations, aux consommateurs d’apporter la démonstration qu’ils peuvent l’être, sans pouvoir avoir accès à un minimum d’informations pour le prouver.

 

 

Dans l’Humanité, Hassane Zerrouki revient sur le massacre à huis clos de 123 journalistes algériens (y compris des responsables de revue de presse) entre 1993 et 1995 :

 

Au total, 123 journalistes et employés de presse ont été assassinés par balles ou décapités. Une tragédie à huis clos. En France, hormis l’Humanité, Marianne et le SNJ-CGT, la solidarité des confrères n’a pas été au rendez-vous, ou si peu. Reporters sans frontières, alors dirigé par le triste Robert Ménard, mais aussi certains journaux – ils se reconnaîtront – mettaient insidieusement les assassinats des journalistes au compte des services algériens 
qui manipulaient les groupes islamistes ! Pire, pour se donner bonne conscience, ils parlaient de « sale guerre » et insinuaient que derrière chaque journaliste algérien 
se tenait un « flic », justifiant par anticipation les assassinats à venir.

 

 

Politis nous rappelle à propos des élections en Grèce que les marchés n’aiment pas les élections :

 

Les marchés n’aiment pas les élections. Encore moins quand elles portent au pouvoir un gouvernement de gauche. L’annonce, mercredi, par le nouveau gouvernement d’Alexis Tsipras de l’arrêt de certaines privatisations clés, ainsi que la réaffirmation de sa détermination à tourner la page de l’austérité, ont immédiatement été suivies d’une chute de la bourse et notamment des grandes banques.

 

L’indice général de la Bourse d’Athènes a perdu 9,24 % en une journée, et les banques un quart de leur valeur.

 

Le montant des retraits de la Banque centrale allemande s’est élevé à 11 milliards d’euros, contre 3 milliards d’euros de retraits nets en décembre. Ce qui a obligé les quatre banques grecques à recourir le 21 janvier, soit quatre jours avant la victoire du Syriza, au programme de liquidités d’urgence prévu par la Banque centrale européenne. M. Nagel, membre de la Banque centrale allemande, avait mis en garde le nouveau gouvernement grec contre un arrêt du programme de réformes en cours, en brandissant la menace de possibles « conséquences fatales pour le système financier grec », dont les banques « perdraient alors leur accès à l’argent de la Banque centrale ».

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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 06:25

 

Pour les Britanniques, qui célèbrent les cinquante ans de sa disparition, il est le personnage le plus important des deux millénaires. Il faut dire que sa résistance à Hitler, ce ne fut pas rien. Pour ma part, j’ai adoré son humour : « Une voiture vide s’arrête devant 10 Downing Street. [Le Premier ministre] Clement Attlee en descend. » Ou encore, dans un repas familial en présence de sa fille et de son gendre : « L’homme que j’ai le plus admiré pendant la Seconde Guerre mondiale fut Mussolini car il n’hésita pas à faire fusiller son gendre. » À Lady Astor qui le menace : « Si j’étais votre femme, je mettrais du poison dans votre thé. » « Et moi, répond-il, si j’étais votre mari, je le boirais. »

 

C’est peu dire que cet homme hors du commun, descendant du Malbrough qui « s’en va-t-en guerre », ayant passé son enfance dans l’un des plus grands et plus beaux châteaux d’Angleterre, fut tout en aspérités. Ainsi, il ne vouait pas un amour immodéré pour ce qui était à ses yeux des peuplades assez négligeables. « On n’a fait aucun mal aux peaux-rouges d’Amérique ou aux aborigènes d’Australie. Il s’est trouvé qu’une race plus forte, plus évoluée, plus sage a pris leur place. »

 

Durant la Première Guerre mondiale, il demande l’utilisation de gaz moutarde contre les Turcs.

 

En 1943, l’Inde est frappée par une famine historique. Trois millions de personnes meurent. Il exige que la colonie continue à exporter du riz pour contribuer à l’effort de guerre des Britanniques. Dans la foulée, il conseille aux Indiens de ne plus « se reproduire comme des lapins ».

 

Pour lui, les musulmans sont « imprévoyants », « mous » et « souillons ». Mais, en 1940, il fait débloquer une aide (considérable pour l’époque) de 100 000 livres pour la construction d’une mosquée à Londres en reconnaissance de l’engagement des soldats indiens musulmans pendant la guerre.

 

Pour Churchill, les grévistes étaient de la vermine. À plusieurs reprises, il enverra la troupe contre eux alors qu’il était ministre de l’Intérieur, au Pays de Galles, à Glasgow ou à Liverpool. Avec ordre de faire feu si nécessaire. Il était persuadé que ces grévistes constituaient l’avant-garde d’une révolution blochevique.

 

En janvier 1911, dans l’East End de Londres, 200 policiers assiègent une bande d’anarchistes lituaniens emmené par Yaokov Peters (dit Pierre le Peintre), dont on n’a jamais su vraiment qui il était et s’il a même réellement existé. Le mois précédent, ces anarchistes avaient tué trois policiers. Deux des anars moururent dans l’assaut. Churchill était présent, aux premières loges, coiffé de son haut-de-forme.

Winston Churchill : pas si rose

En Irlande, Churchill soutient les Black and Tans, cette milice de policiers supplétifs, extrêmement violents, casseurs de militants de l’IRA. Mais dès 1912, Churchill avait accepté le concept d’autonomie pour le pays (Home Rule).

 

En 1923, alors que sa carrière politique connaît des hauts et des bas, il reçoit 5 000 livres de deux compagnies pétrolières qui lui demandent d'intercéder en leur faveur auprès du gouvernement britannique.

 

Reste l’éternelle et grave question à laquelle il n’est pas simple de répondre, même 70 ans après : Churchill aurait-il dû bombarder, dès 1942, alors qu’il en avait la possibilité, les camps de concentration ?

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 06:51

Politis nous informe que les négociations pour un accord de libre échange entre l’Union européenne et les États-Unis se poursuivront du 2 au 6 février, sans tenir compte de la consultation publique européenne sur le règlement des différends entre investisseurs et Etats. Un signe que la Commission européenne a enterré ses résultats.

 

La Commission européenne agit comme si il n’y avait pas eu de consultation des citoyens européens sur une importante disposition du Partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (PTCI, TTIP en anglais) en cours de négociation entre les Etats-Unis et l’Union européenne (UE). Le programme du huitième cycle de négociations, qui aura lieu à Bruxelles du 2 au 6 février, ne contient aucune réunion portant sur les résultats de cette consultation qui concerne les droits des investisseurs, particulièrement le très controversé mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et Etats.

 

Pourtant, près de 150 000 personnes ont contribué à cette consultation publique organisée durant l’été 2014. Il s’agit du « nombre le plus élevé de réponses jamais reçu lors d’une consultation publique de l’UE. Une écrasante majorité (plus de 97 %) a rejeté la perspective d’un mécanisme de règlement des différends dans l’accord transatlantique comme dans ceux déjà conclus, tels que l’accord UE-Canada », relève Attac France.

 

 

Dans Res Publica, Henri Péna-Ruiz explique que pour lutter contre le fanatisme, la laïcité plus que jamais nécessaire :

 

Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinsky n’ont jamais confondu le respect de la liberté de croire, conquis par l’émancipation laïque, et le respect des croyances elles-mêmes. Ils ont su qu’on peut critiquer voire tourner en dérision une religion, quelle qu’elle soit, et que ce geste n’a rien à voir avec la stigmatisation d’une personne en raison de sa religion. Ils ont pratiqué la laïcité par la liberté de leur art, sans l’affubler d’adjectifs qui attestent une réticence hypocrite. Ni ouverte ni fermée, leur laïcité avait l’évidence nette de leurs dessins créateurs. Car ils savaient que l’indépendance des lois communes à l’égard de toute religion est la condition des libertés comme de l’égalité, mais aussi celle d’un cadre commun à tous, capable d’unir sans soumettre. Ils savaient qu’il n’existe de blasphème que pour ceux qui vénèrent la réalité dite blasphémée.

 

Ils savaient aussi, et montraient clairement, que les fidèles des religions ne peuvent être confondus avec leurs délinquants. Ni le christianisme avec Torquemada, ou avec les poseurs de bombe qui le 23 octobre 1988 firent 14 blessés graves en incendiant le cinéma Saint-Michel qui projetait La dernière tentation du Christ. Ni le judaïsme avec Baruch Goldstein qui le 25 février 1994 abattit à Hébron 29 Palestiniens ou avec Yigal Amir qui assassina Yitzhak Rabin le 4 novembre 1995 après avoir vu dans un verset de la Bible une incitation au meurtre. Ni l’Islam avec les fous de Dieu qui le 11 septembre 2001 précipitèrent des avions contre les Tours de New York, causant la mort de plus de 3 000 personnes, ou avec les tortionnaires de l’Etat Islamique qui violent les femmes et décapitent des journalistes.

 

Maryse Souchard, dans Politis, a écrit à notre nouveau héros national, Lassana Bathily. « Je te tutoie car je tutoie tous mes amis. Je viens surtout te présenter mes excuses les plus sincères pour la manière dont tu as été traité à ta sortie du supermarché. Si la presse a beaucoup vanté ton courage, j’ai lu bien peu d’excuses ou de regrets sur la manière dont la police t’a accueilli : plaqué au sol, fouillé, menotté, enfermé dans le fourgon de police pendant 1h30. Et j’imagine les paroles qui ont dû accompagner ces actes.

 

Je SAIS que cela est arrivé à cause de la couleur de ta peau. Si tu avais eu la peau blanche, l’accueil aurait très certainement été différent, moins méfiant, n’est-ce pas ?

 

Il s’agit bien de RACISME, ce racisme rampant, insidieux, hypocrite, lâche qui a toujours de « bonnes excuses », de « bonnes raisons ».

 

Alors, je te demande de bien vouloir accepter les excuses que je te présente en mon nom et au nom de tous ceux et toutes celles qui, comme moi, veulent vivre et voir vivre leurs enfants et leurs petits-enfants dans un monde différent où la couleur de la peau, la religion ou son absence, la fortune, l’origine, l’âge, le sexe ne porteront plus aucune discrimination.

 

Et je te remercie d’avoir accepté, malgré ce que tu viens de vivre, de rejoindre notre communauté nationale.

 

Post-scriptum : J’ai failli oublier ... Il faudrait aussi des explications pour comprendre pourquoi la nationalité française ne t’a pas été accordée plus tôt. Elle dépendrait donc désormais d’exploits, garantie d’un « bon citoyen » ?

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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 06:45

Léa (ou Hala ?) Salamé, la nouvelle coqueluche de nos médias télévisuels et radiophoniques, ce n’est pas n’importe qui. Libano-française, elle est la fille d’un ancien ministre de la Culture libanais, par ailleurs professeur des universités en France. Sa sœur, chargé de communication à l’Agence France-Muséums Louvre Abou Dhabi, a épousé le comte Raphaël de Montferrand.

 

Ses études secondaires se sont déroulées à l’École Alsacienne. Pour ceux qui ont fréquenté le collège Pablo Picasso, cette excellente école privée non confessionnelle est, à l’origine, alsacienne et protestante. Essayez d’y inscrire vos enfants, je vous paye le champagne (un de mes amis, alsacien et protestant, avait réussi à y faire entrer son fils en le préinscrivant avant même la conception de l’enfant). Elle a ensuite fait des études supérieures à l’université Assas et à Sciences-Po, deux bastions intellectuels de la droite et de l’extrême droite. En 2001, elle réside à New York et elle est blessée lors des attentats du 11 septembre.

 

Elle est entrée en journalisme sous la coupe de Jean-Pierre Elkabbach à La Chaîne parlementaire. Elle est surtout connue aujourd’hui pour avoir succédé à Natacha Polony dans l’émission de Laurent Ruquier “ On n’est pas couché ”.

 

Elle définit ainsi sa démarche journalistique : « Contrairement à Natacha Polony ou à Aymeric Caron où on peut plus facilement prévoir ce qu’ils vont dire car ils sont dans un mode de pensée systémique, idéologique, je suis beaucoup plus nuancée. Dans un monde très manichéen, je revendique le gris, même si c’est moins vendeur, moins efficace. »

 

« Grise et nuancée », dit-elle.

 

Je ne regarde jamais “ On n’est pas couché ”. D’abord, à l’hospice, l’extinction des feux, c’est 20 heures 30. Et puis je suis, par principe, opposé au mélange des genres, donc à l’infotainment, où, comme le nom l’indique, on ne sait jamais si on est dans la politique, dans le spectacle ou dans la politique-spectacle.

 

En septembre dernier, un accrochage mémorable auquel je n’ai pas assisté en direct a opposé l’ancien ministre de gauche et de droite Bernard Kouchner au journaliste – dont il se dit qu’il est de gauche – Aymeric Caron. Bien que n’ayant guère de sympathie pour ce qu’est devenu Kouchner, je dois reconnaître que ce qu’il a exprimé le concernant était globalement juste. Mais j’ai surtout apprécié qu’il ait vu sous les sourires doucereux et la chevelure permanentée de Caron une machine à piéger l’autre et à se faire valoir soi-même. Avec des insinuations sur le fait que le fondateur de Médecins sans Frontières aurait organisé des trafics d’organes. Avec des phrases comme « On a souvent l’impression que votre image … ». C’est cela l’infotainment : des impressions et de l’image. Mais pour des vedettes de la médiacratie comme Caron, il s’agit du fin du fin du journalisme.

 

 Napoléon avait dit un jour à Talleyrand qu’il était « de la merde dans un bas de soie ». Derrière ses sourires policés, Caron cachait en fait une très grande violence (malgré ses « je ne fais que poser des questions ») à laquelle Kouchner a répondu par une violence encore plus grande : « Vous dites des saloperies, j'en ai marre ! Vous dites n'importe quoi. […] Il n'y a pas de question, il ne dit que du mal. Il m'emmerde ! Je m'en fous ! Il n'y a aucune valeur à ses questions, ce sont des clichés dégueulasses. »

 

Kouchner fit ensuite comme si Caron n’était pas là et demanda à Léa Salamé de lui poser une question. Ce qu’elle accepta derechef, sans le moins du monde exprimer en préambule sa solidarité avec son collègue :

 

« Comment vous trouvez les deux ans et demi de mandat de votre ami François Hollande, comment est-ce qu'on peut rater aussi franchement un début de mandat ? » Et elle ajouta : « comment un homme aussi intelligent peut-il rater … ».

 

La méthode Salamé, c’est ça. Est-il possible de se dépatouiller d’une question qui contient une réponse qui vous est hostile ? Que sous-entendait la référence à l’« amitié » de Kouchner pour François Hollande, et que venait-elle faire dans le débat ? Quid du QI de François Hollande ? Cela fait pourtant un petit moment qu’on n’a pas eu un chef d’État français complètement neuneu !

 

Kouchner s’en sortit par une réponse à mi-chemin entre les réunions mondaines et le café du Commerce : « Hollande ne pouvait pas tenir toutes les promesses du discours du Bourget, mais il n’a pas tout raté. » C’était suffisamment « gris et nuancé » pour Léa (Hala ?), qui n'est ni grise, ni nuancée.

 

53 minutes de pas grand-chose.

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 08:07

Dans ma revue de presse du 19 janvier 2015, je rendais hommage au dernier combat (perdu) de Bernard Maris, qui avait souhaité la création d’une nouvelle section d’économie pour l’Enseignement supérieur. Au fil des ans, dans l’Université, les économistes de droite, inspirés par Harvard et le capitalisme de Wall Street, ont pris le pouvoir et exercent une tutelle quasi totalitaire. Au nom de la science, bien sûr, de l’économétrie. Dans les sciences économiques telles qu’elles sont enseignées dans nos établissements, le facteur humain n’existe plus. Ne parlons surtout pas (dirty words) de classes sociales, de détériorations des termes de l’échange. Tout se réduit à des formules mathématiques, des algorithmes, des choses bien neutres et bien sèches, prétendument sans idéologie.

 

Benoît Hamon s’était montré intéressé par la création d’une telle section du Conseil national des universités, qui n’est pas que technique puisqu’elle influe sur la recherche, le recrutement, les promotions. Najat Vallaud-Belkacem avait fait un peu semblant. Fioraso a sifflé la fin de la récréation. Que vive le libéralisme, que vive le “ Publish or Perish ” cher aux universités anglo-saxonnes, et aussi françaises, désormais.

 

Je reprends ici un article d’Emmanuel Lévy et Hervé Nathan, publié par Marianne qui montre bien (était-ce encore nécessaire ?) la cohérence idéologique de la droite solférinienne au pouvoir, et que la politique de cette droite a des racines profondes, de forte conviction.

 

 

La création d’une seconde section d’économie, « Economie et société », aux côtés de l’actuelle section « Sciences économiques », au sein du Conseil national des universités n’aboutira pas. Défendu notamment par le regretté Bernard Maris et, avec lui, l’ensemble de l’Association française d’économie politique (Afep), le projet pour un enseignement s’ouvrant aux économistes hétérodoxes, a été enterré sans fleurs ni couronnes. Adressée à Jean-Loup Salzmann, président de la Conférence des présidents des universités, et lui même défenseur du projet, la lettre de Geneviève Fioraso que Marianne s’est procurée est sans ambiguïté.

Fioraso soutient les économistes de droite

Malgré les engagements de ses ministres de tutelle, la secrétaire d’Etat chargée de l’Enseignement supérieur et de la Recherche se contente d’y rappeler « la disposition introduite dans le nouveau décret relatif aux enseignants chercheurs pour expérimenter pendant quatre ans la suppression du contingentement des recrutements par voie normal ». Bref, en langage simple, de la diversité façon Sciences Po sans grand effet… Le système de sélection des élites professorales via la voie d’excellence, l’agrégation, demeurera donc inchangé et restera aux mains des économistes orthodoxes et néo-classiques.

 

C’est regrettable. Au fil du temps, notre système de formation des économistes s’est fermé. Quand il y a vingt ans encore, il pouvait produire des André Orléan, des Michel Agglieta et des Thomas Piketty, aujourd’hui il ne repose plus que sur un critère ou presque : le « marché » des idées qui fonctionne selon la « bibliométrie », c’est-à-dire sur la quantité de publications dans les revues spécialisées dont peut se prévaloir chaque chercheur. Récemment encore, André Orléan, professeur et président de l’Afep, dénonçait dans le Monde les dérives ce système.

A l’image de la revue scientifique Econometrica, les plus importantes sont en anglais… Et qui les a fait reines en France ? La section 37 du Comité national de la recherche scientifique. Autrement dit le fameux Conseil national des universités. La boucle est bouclée… Ces revues d’excellence fonctionnent un peu comme les agences de notations. Telle publication dans telle revue équivaut a un certains nombre de points, et c’est sur ces points accumulés qu’est construite la cote des universitaires. Evidemment, les revues en question ont un point de vue, des convictions. Et les plus orthodoxes en économie sont les mieux notées.

 

Pour les hétérodoxes, qui n’ont pas accès à ces revues, impossible donc d’entrer sur le marché international du professorat, le fameux « job market » où les patrons des grands établissements viennent faire leurs courses. Et voilà comment, notre système national d’enseignement de l’économie, est lui aussi tombé sous l’emprise de cette cotation…

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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 06:25

Marianne.fr évoque le dernier combat mené par Bernard Maris, un combat en surface technique, mais au fond très politique :

 

L’Association française d’économie politique fait l’amer constat que les thèses hétérodoxes ne sont plus retenues par les jurys composés presque exclusivement de professeurs formatés aux mathématiques. Le phénomène tient de l’éradication idéologique : l’âge et les départs à la retraite aidant, il n’y aura bientôt plus d’économistes iconoclastes dans nos universités.

 

D’où l’idée de la création d’une seconde section de recrutement au Conseil national des universités (CNU) qui enseignerait que l’économie tient d’abord à la sociologie, à la politique, à l’histoire… autant qu’aux mathématiques. Contre l’éco omnipotente et à prétention infaillible, l’Afep et Bernard Maris défendaient une discipline exigeante mais ouverte, au service des politiques. L’AFEP avait d’ailleurs convaincu l’éphémère ministre Benoît Hamon. Najat Vallaud-Belkacem, elle, avait fait savoir en décembre qu’elle viendrait l’annoncer lors de l’assemblée générale de l’AFEP le 13 janvier.

 

Halte-là ont crié les « Je-ne-suis-pas-Bernard » de France et de Navarre. Le conseil de la Ve section des sciences économiques du CNU a ainsi menacé la ministre… de faire grève. Un peu comme les taxis quand on leur parle d’UberPop… Et ils ont trouvé des porte-parole bien en cour, comme le prix Nobel [sic] Jean Tirole qui n’a sans doute pas digéré qu’Oncle Bernard écrive un jour : « Les théoriciens de l’économie économie industrielle (c’est la spécialité de Tirole) sont une secte, dont l'obscurantisme et le fanatisme donnent froid dans le dos. Il n'est pas difficile de repérer le taliban sous l'expert, et le fou de Dieu sous le fou de l'incitation ». Ou bien encore Philippe Aghion, ponte de Harvard, jongleur des équations et conseiller même pas occulte de l’Elysée et de Bercy.

 

D’après nos informations (recoupées avec celle de Christian Chavagneux d’Alternatives économiques), l’intervention de ces deux mandarins a réussi à bloquer l'affaire, le cabinet de Najat Vallaud-Belkacem indiquant à André Orléan que toute décision est désormais repoussée !

 

Perico légasse, que je n’ai jamais cité, expose dans Marianne que la laïcité, c’est la République : La responsabilité de ceux qui définissent l’interdiction d’arborer ostensiblement un signe ou un vêtement religieux dans un lieu public, ou l’obligation pour un élève d’assister à un cours dont le contenu n’est pas conforme à sa croyance religieuse, comme un « intégrisme laïc », sous prétexte qu’il y aurait une discrimination de l’individu par discrimination des consciences, est immense dans la progression du fondamentalisme islamique au sein de la jeunesse de confession ou de culture musulmane. Nos concitoyens musulmans, dont la France a besoin pour être la France, ne doivent pas vivre cette laïcité comme un devoir mais comme un droit. De l’homme ! Ceux qui les en dissuadent sont précisément ceux qui refusent d’en faire des Français libres. La République n’est pas une religion, c’est une patrie, et elle est la leur à part entière. Le nier c’est la tuer. Il ne faut donc plus rien céder ni concéder sur la laïcité, jamais, nulle part.

 

 

Médiapart a retrouvé un long entretien avec Cabu. J’en extrais ses souvenirs de guerre d’Algérie :  Je suis parti à vingt ans en Algérie, en 58. Je ne connaissais rien à rien. Je suis revenu, j'avais quand même compris quelque chose de la vie politique, peut-être pas internationale comme vous le disiez mais je suis resté antimilitariste en tout cas. [...]  Je n'ai trouvé aucune camaraderie, sinon la camaraderie que procurent la boisson, la phallocratie. Tous les excès, tous les vices humains sont révélés et sont développés dans une caserne, alors ne venez pas me dire qu'à la caserne vous avez trouvé une amitié ! Vous avez trouvé des gens qui pensaient comme vous et c'était ça l'amitié, comme ça [...] On nous désigne toujours un ennemi. Parce que je n'étais pas sursitaire, je suis parti vraiment à 20 ans, en mars 58. Je suis parti en civil, on était tondus en arrivant et habillés en militaires, et là j'ai fait mon instruction civique si tu veux, là-bas. J'étais bête, parce que je dessinais dans l'Union de Reims mais ce n'était pas un journal engagé. Et c'est vraiment en Algérie que j'ai compris que malheureusement j'avais participé malgré moi à la dernière guerre coloniale, quand même, c'est vrai. Je n'ai tué personne, par chance.

 

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