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1 décembre 2018 6 01 /12 /décembre /2018 06:35

 

 

Christophe Triollet (sous la direction de). Video Nasties. Editions Lettmotif, La Madeleine 2018.

 

Juriste, fondateur du fanzine Darkness, Christophe Triollet s’intéresse depuis plusieurs années aux problèmes de censure dans le cinéma, britannique en particulier. Après avoir publié Gore et violenceSexe et déviances et Politique et religion, il a a récemment coordonné un ouvrage sur les “ video nasties ”.

 

“ Nasty ” est un adjectif (ici substantivé) au sémantisme très large. Il peut signifier méchant, sale, mauvais, désagréable, déplaisant, horrible, obscène, indécent. Dans le cas de ces vidéos, ce sont plutôt les deux dernières acceptions qui conviennent.

 

Triollet rappelle que le magnétoscope fut inventé en 1956 et que, mort de sa belle mort une soixantaine d’années plus tard, il a bouleversé le monde du cinéma. Il donna lieu à une guerre commerciale inouïe – où les Japonais étaient en pointe – entre divers formats : Betamax, JVC, V2000, et il permit la vison, dans des vidéoclubs ou à la maison, de quantités de films interdits. Des films pornos, violents, scabreux, pourchassés par la censure. Rien qu’au Royaume-Uni, 72 films furent jugés indésirables.

 

La censure au cinéma outre-Manche est instituée dès 1912. Elle est gérée par une institution privée, le British Board of Film Classification qui vit des recettes provenant des frais de classification auxquels tous les producteurs de films doivent se soumettre. Une loi de 1984 impose la classification des films exploités en vidéo, au cinéma, à la télévision et dans les jeux vidéo.

 

L’usage massif des magnétoscope dans les années 70 permit aux spectateurs de voir des films que les salles ne projetaient pas, ou qu’elles projetaient avec des restrictions. L’expression “ Video Nasties ” apparut dans le Sunday Times en 1981 dans un article voulant démontrer l’influence pernicieuse de ces films sur la criminalité. Il suffit qu’en telle ou telle occasion un criminel ait avoué avoir été inspiré par un film vidéo pour que la censure se déchaîne. En 1983, les autorités saisissent 687 copies du film Possession d’Andrzej Zulawski pour lequel Isabelle Adjani avait reçu le Prix d’interprétation féminine à Cannes deux ans auparavant. Une version raccourcie sortit en 1999. De même, Les Chiens de paille, de Sam Peckinpah, réalisé en 1971, ne put sortir en vidéo qu’en 1999, amputé de trois minutes. Massacre à la tronçonneuse fut refusé à deux reprises en vidéos en 1975, puis interdit aux mineurs en 1999. Quant au chef-d’œuvre Orange mécanique (1971), il fut classé X puis interdit aux mineurs en 1999 avant qu’une version abrégée soit proposée par Warner en 1999.

 

En 1993, s’ouvrit le procès des deux enfants de dix ans ayant assassiné dans des conditions atroces le petit James Bulger, lui même âgé de deux ans. Il est possible que les assassins aient été inspirés par le film étasunien Chucky 3. Suite à cette horrible affaire, le parlement britannique vota une nouvelle loi intégrant de nouvelles normes de classification.

 

En proposant une analyse de 72 “ video nasties ” de diverses provenances, ce livre nous en dit peut-être plus sur nos sociétés que des ouvrages analysant des films plus classiques.

Note de lecture (183)
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27 novembre 2018 2 27 /11 /novembre /2018 06:30

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22 novembre 2018 4 22 /11 /novembre /2018 06:22

 

 

Daniel Royo a créé un groupe Facebook sur la période 1940-1960. L’idée – très bonne – est de déposer des souvenirs, personnels ou pas, sur ces vingt années. Forcément, les principaux contributeurs sont des gens de ma génération, qui n’ont pas connu la guerre, sauf à la marge, et qui ont vécu le redressement économique, la croissance, d’abord difficile dans les années cinquante, puis soutenue dans les années soixante.

 

La couleur dominante des commentaires est : « c’était mieux avant ». Bien sûr nous n’avions pas le chauffage central, les toilettes étaient au fond de la cour ou sur le palier, il n’y avait que trois fromages dans les épiceries du nord de la France où je résidais (Bombel, Camembert  gruyère … et petits-suisses), les instits nous tapaient sur les doigts avec une règle, maman ne travaillait pas car elle élevait quatre enfants, mais nous étions plus heureux, moins tendus, sans la crainte du chômage. La vie était supportable car nous savions nous contenter de peu et parce que l'avenir de nos enfants serait meilleur que le nôtre.

 

Cette usine à trier les souvenirs s’appelle la nostalgie. Cette reconstruction du passé nous fait par exemple oublier que l’alcool faisait des ravages, qu’un mari qui battait sa femme (ou ses enfants) n’était pas un monstre et qu'il avait ses raisons, que dans les écoles il y avait des poux, du rachitisme, de la gale, de la tuberculose, des hernies inguinales, que plusieurs centaines de milliers de femmes avortaient clandestinement chaque année. Et je ne parle pas des sept morts dans le village de mes grands-parents (où il n'y avait pas l'eau courante) lors de l'épidémie de poliomyélite en 1955.

 

La nostalgie est devenue une démarche compensatrice au milieu des graves difficultés qui disloquent notre société. Comme si, il y a soixante ans, il n’y avait pas de classes, et de luttes des classes. Mes contemporains de Facebook oublient les guerres d’Indochine et d’Algérie et ils occultent les névroses familiales, les secrets de famille, les héritages sanglants.

 

Étymologiquement, la nostalgie est une souffrance : algos est le mot grec pour douleur et nostos signifie le retour. La nostalgie est donc le regret d’un monde perdu, la mélancolie face au désir impossible d’un retour vers un passé qui agit comme un charme, une jouissance aux portes d’un tourment, d’un deuil. Depuis le XVIIeme siècle, les Allemands utilisent le mot Heimweh, quand les mercenaires suisses de l’armée de Louis XIV souffraient du mal du pays. Des Allemands d’aujourd’hui souffrent d’Ostalgie car ils regrettent, non pas l’Allemagne de l’Est dans sa globalité, mais les aspects positifs de son organisation socio-politique à jamais perdus au nom de la “ liberté ” et de l'intégration dans l'Europe capitaliste.

 

Aucune “ belle époque ” ne fut belle pour tout le monde.

 

Je me souviens parfaitement avoir dévoré le très beau livre de Simone Signoret qui me sert de titre. En se retournant vers son passé intense, flamboyant, mais parfois dramatique, elle se préparait à sa fin, en tant qu’actrice et en tant que femme, alors qu’elle n’avait que 54 ans à la parution de l’ouvrage. Nous sommes plus âgés que Simone Signoret à l’époque. Écoutons-la nous empêcher de sombrer dans le passéisme, dans le sentiment délicieux d’un manque et celui, aigre, de nous retrouver dans un présent qu’on ne peut quitter. C’est un peu ce que, à leur manière, les colons portugais appelaient saudade, tendus qu’ils étaient vers la conquête du monde tout en regrettant leur pays d’origine. De même, le blues est né de l’impossibilité d’un retour.

 

 

La nostalgie n’est plus ce qu’elle était (1)

Jusqu'à l'âge de sept ans, tel fut mon bain hebdomadaire (en semaine, une bassine dans l'évier). Rapide, l'hiver. Ma zigounette à la vue de tous. En 1955, mes parents purent se payer, dans une petite maison, une salle de bain minuscule avec une baignoire à sabot. Quel progrès ! J'apprécie les douches à l'italienne...

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16 novembre 2018 5 16 /11 /novembre /2018 06:39

 

Gloire à la langue française et au Gros Robert qui nous rend moins bête !

 

Les mots suivants ne signifient pas exactement la même chose.

 

« Emmerdailler » a quelque chose de mesquin. « S’emmerdailler », c’est s’emmerder mais de manière un peu distraite.

 

« Emmerdasser », c’est emmerder mais en revenant à la charge plutôt gentiment. « S’emmerdasser », c’est s’emmerder, mais pour aider quelqu’un. Une « emmerdasserie » est une complication pas trop méchante, moins pénible qu’une « emmerdation ».

 

« Emmerder » a plusieurs sens. Il peut y avoir l’idée de traiter plus bas que terre (les gens comme vous, je les emmerde). « Emmerder » peut signifier également casser les pieds de quelqu’un (arrête de m’emmerder !) « S’emmerder », c’est avoir du mal à tuer le temps. Le synonyme plus vulgaire « se faire chier » renvoie vraisemblablement à l’origine de l’expression : chercher un remède pour vaincre sa constipation. Le Premier ministre ne se voulait pas un « emmerdeur » quand il affirmait ne pas vouloir « emmerder » les automobilistes avec la limitation de vitesse à 80 km/h. Ah, la fausse gouaille de l'Énarque, pur produit de Janson-de-Sailly, qui se veut tellement proche du peuple qu'il en est tellement loin !

 

Une « emmerdouillage » est une astuce visant à tromper. « Emmerdouiller » quelqu’un c’est lui causer des difficultés. Différent d’« emmerdation », qui est une source d’ennuis. Mon grand-père disait «emmerdationnementation ».

 

« Emmerdoyer » c’est enfoncer quelqu’un dans la merde.

 

Dans les familles distinguées, on ne dit pas « emmerdeur » mais « emmielleur ».

 

Brassens, qui était légèrement misogyne, trouvait les « emmerdeuses » « raffinées », moins pire que les « emmerderesses », vocable que Paul Valéry avait forgé par analogie à « bougresse ».

 

 

Emmerder dans les grandes largeurs !
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1 novembre 2018 4 01 /11 /novembre /2018 06:39

Pas les meilleurs du monde, pas forcément les plus connus, mais je m'y arrête.

Des tableaux que j'aime
Des tableaux que j'aime
Des tableaux que j'aime
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Des tableaux que j'aime
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Des tableaux que j'aime
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25 octobre 2018 4 25 /10 /octobre /2018 05:27

 

 

Florence Dalbes-Gleyzes. Le bruit et la mémoire. Avignon : Chum Editions, 2018.

 

Professeur et documentaliste, Florence Dalbes-Gleyzes a produit une œuvre riche et variée (nouvelles, romans, théâtre, poésie).

 

 

Le bruit et la mémoire est un roman choral très original où la narratrice,  blessée par les malheurs du monde, nous présente, de manière très indifférenciée, les humains comme les maillons d’une chaîne obligée. Une des questions posée par le roman est de savoir si « un coup de dés jamais n’abolira le hasard », si, en d’autres termes mallarméens, notre humanité commune est un navire en plein naufrage. Où encore s’il est possible de lancer les dés pour défier un monde qui nous détermine. Ce livre nous dit que la loi du hasard cherche ses lois par delà l’incertitude.

 

 

Dans ce texte, les quatre personnages principaux sont des femmes et les hommes n’ont pas la partie belle. Une mère a écrit depuis son enfance des carnets intimes découverts par sa fille Élisabeth. La meilleure amie de celle-ci est une psychothérapeute don elle est la patiente. Élisabeth va déposer chez la psy les quatre carnets intimes, qui deviennent extimes, des « bombes » qui contiennent des secrets qui ont ébranlé des vies des vies liées les unes aux autres mais sans qu’on comprenne vraiment pourquoi.

 

 

Nos vies sont « reliées par des spirales », bornées par des événements qui s’imposent à nous à notre corps défendant. Ici, la chute du Mur de Berlin, là, l'assassinat du petit Grégory. La mort tragique de cet enfant pèsera lourdement sur la conscience claire de l’héroïne : « On n’aurait pas dû me permettre de regarder ou lire des informations. J’étais bien trop impressionnable. J’ai pris conscience que n’importe quoi pouvait nous arriver n’importe quand. (…) Je sentais bien au fond de moi que l’enfance est un tissu fragile et que nous étions des proies faciles, des êtres sans armes, à la merci des adultes. »

 

 

Et puis, il y a la grande Histoire qui plombe certains individus et montent des clans familiaux contre d’autres. Comme le pétainisme dont l’autrice décrit admirablement les ravages chez tous ceux qui s’en sont accommodés : « En 1942, il avait fini par jurer fidélité à Pétain ! Son père était revenu du premier conflit mondial défiguré, détruit à l’intérieur. (…) Son frère aîné, lui, y était mort. Á dix-huit ans. Pétain avait sans doute raison, pensait –il, il valait mieux que les combats cessent. On allait éviter le massacre et tant pis s’il fallait devenir allemand pour ça. Tant pis s’il fallait sacrifier quelques juifs. Il venait d’avoir un enfant, il avait une femme, il voulait leur bonheur, leur survie. Il n’a pas vu en grand. Il a seulement vu un peu devant lui. Il n’avait pas beaucoup d’instruction, mais assez pour entrer dans la police. Il ne pensait pas qu’on lui ordonnerait de faire ce qu’il ne fallait pas. La justice ! La justice, pour lui, ne pouvait être injuste, amorale, décadente, critiquable. »

 

 

Le lecteur vogue dans cet entrelacs, ce puzzle de destins. Avec Mélanie, la meilleure amie d’Élisabeth, qui sert de pont entre les différents protagonistes. Chaque femme raconte un morceau de sa vie, ce qui permet de mieux comprendre le tableau général. Le secret mine les familles mais la vérité peut les faire exploser.

 

 

Tant que les familles n’ont pas été écrites, on les connaît bien mal.

 

 

 

 

Note de lecture (181)
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3 octobre 2018 3 03 /10 /octobre /2018 05:20

Bon, allez, je vous donne ma préférée : “ Sa jeunesse ”.

 

Rien ne fut simple pour lui : il était petit, avait un gros nez, une voix lamentable comparée à celle de Bécaud qui aurait voulu faire de lui uniquement un de ses paroliers. Heureusement, Piaf avait repéré le potentiel de cet auteur-compositeur-interprète. De même Georges Franju lui donnerait un rôle important dans La Tête contre les murs en 1959.

 

Quand j’étais gosse, dans les années 50 et 60, il ne parlait jamais d’Arménie. Envie, besoin de s’assimiler, de ne pas nous imposer sa douleur profonde ? Je ne sais trop.

 

Une ambition hors du commun fut son moteur. Bécaud a demandé tant pour l’Olympia ? Il demanderait tant plus 1 franc. Être le meilleur, partout. Être le plus riche, le plus prolifique, le plus connu des artistes français dans le monde, vu que Chevalier et Piaf était morts. Toute sa vie, il vota à droite, comme beaucoup d’anciens pauvres qui réussissent à la force du poignet. Il y a peu, il disait qu’il fallait trier les migrants, ne garder que ceux qui étaient utiles ou avaient du génie.

 

Il eut avec l’administration des impôts des rapports assez complexes, allant jusqu’à graisser la patte d’hommes politiques pour qu’ils interviennent en sa faveur. Il fit, dans ce domaine, largement mieux que les époux Balkany.

 

En fait, ce billet était à l’origine motivé par une impro sur le nain Praud (ouaf !). Pascal Praud cachetonne actuellement chez Bolloré. Après avoir été longtemps commentateur sportif spécialisé dans le foot, il est désormais spécialiste de tout, ce qui lui permet d’animer une émission de débats telle que les chaînes de télé d’information en continu les affectionnent : un animateur laisse de temps en temps la parole à des invités qui ne peuvent sortir plus de trente mots d’affilée puisqu’ils se coupent tous mutuellement la parole.

 

Nous allons tous mourir et Aznavour lui-même allait forcément passer l’arme à gauche (ou plutôt à droite). Il était donc du devoir des immenses spécialistes de l’information télévisuelle de se documenter quelque peu sur cette figure monumentale de la culture française. Ce qu’à l’évidence Pascal Praud ne fit pas. Au fil des débats, il lui vient l’idée – pour plaire aux intellos peut-être, il faut ratisser large chez Bolloré – de parler des phrases d’accroche que l’on trouve dans les chansons d’Aznavour et qui sont passées dans la langue du peuple. Il y en eut effectivement de très nombreuses. Seulement Praud cita à tort et à travers, oubliant qu’Aznavour n’avait pas été l’auteur, loin de là, de toutes ses chansons. Il s’esbaudit devant “ La Mama ”, dont les paroles sont du père de France Gall, le merveilleux début de “ La Bohème ” (« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître »), une trouvaille de Jacques Plante, auteur de plus de 500 chansons, dont une bonne vingtaine pour Aznavour (“ Un Mexicain ”, “ Monsieur Carnaval ”, “ Les Comédiens ”, “ For me formidable ”).

 

Le buzz, coco, le buzz. Pour Annie Cordy et Line Renaud, on ne pourra pas en faire autant.

 

 

Charles Aznavour est mort, Pascal Praud b...e encore
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24 août 2018 5 24 /08 /août /2018 05:55
Preuve par l'absurde que l'art ne représente pas la réalité
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22 août 2018 3 22 /08 /août /2018 06:18

 

 

Je discutais récemment avec un ami Allemand qui parle couramment quatre langues : l’allemand, l’anglais, l’italien et le français. Nous nous mîmes à discuter des difficultés de ces langues (pour l’italien, je lui laissai l’initiative, mes connaissances étant embryonnaires). Nous en vînmes à évoquer la place des adjectifs en français, que nous, Français, n’apprenons pas, mais que les autres doivent acquérir au prix de mille efforts et hésitations, alors que lorsque nous apprenons l’anglais ou l’allemand, no problemo : l’adjectif précède le substantif. Avec, tout de même, quelques exceptions, comme « of blood royal » (de sang royal), comme dans Shakespeare : « There’s neither honesty, manhood, nor good fellowship in thee, nor thou cam’st not of the blood royal, if thou darest not stand for ten shillings. » (Falstaff, Henry IV). »

 

En français (je subodore qu’en italien il en va peu ou prou de même), il y a quantités de règles et d’exceptions, sans parler des licences poétiques. Ces règles, nous nous en imprégnons. Les non francophones doivent les apprendre. Les pôvres…

 

Ainsi, les grammaires nous disent que l’adjectif est normalement placé derrière le nom qu’il complète : la maison bleue, la voiture moderne. Oui, mais les adjectifs dits courts, d’une ou deux syllabes, sont généralement placés devant le nom : un gros nez, une mauvaise graine, une jolie fleur, un petit mec, le nouvel élève (mais le Beaujolais nouveau). Lorsqu’on change la place « naturelle » d’un adjectif, on change le sens de la phrase : Napoléon était un homme petit mais fut un grand homme. Une autre maison n’est pas la même chose qu’une maison autre. Le sens peut changer radicalement : une sacrée figure, une figure sacrée, une femme chic mais un chic type. Un correspondant anglais mais notre honorable correspondant.

 

Les adjectifs de couleur se placent généralement après le nom : une peau cuivrée. Même chose pour la forme : une boîte carrée ou, pour une caractéristique physique, une zone érogène. En principe, lorsque l’adjectif est plus long que le nom, il se place après celui-ci : un homme extraordinaire. Tout comme ceux qui indiquent la religion : un temple bouddhiste. Sans parler des places immuables, complètement figées : des jeunes mariés, l’état civil.

 

Et puis, il y a des règles vraiment bizarroïdes vu de l’étranger. Tous les adjectifs accompagnés d’un complément suivent le substantif : une voiture facile à réparer. Ainsi que tous les adjectifs de plus de trois syllabes (sauf licence poétique) : une tentative extraordinaire. Ainsi que les participes employés comme adjectifs : ce poisson avarié est à jeter.

 

Certains adjectifs se placent systématiquement avant le nom, comme lorsqu’il y a appréciation : une jolie fleur, un bon gars, un moindre souci. Il en va de même pour les adjectifs numéraux : le XVIIIe siècle.

 

Tout cela relève du pragmatisme pour nous dont le français est la langue maternelle. Nous ne l’apprenons pas. Cela nous est donné dès le ventre de notre mère. Mais pour les autres, quelle galère !

 

Mon ami allemand reconnut sans peine que la grammaire de sa langue était difficile. A commencer par les trois genres, me dit-il. Le masculin, le féminin et le neutre. Et il reconnut que, malgré la rigueur de sa grammaire, la langue allemande comportait quelques étrangetés. Comment se fait-il, me et se demande-t-il, qu’une jeune fille, Mädchen, soit du neutre ? Je fus estomaqué qu’il puisse se poser cette question. Moi qui n'ai quasiment pas parlé allemand depuis une cinquantaine d'années, je lui répondis que ce mot était du neutre tout simplement parce qu’il s’agissait du diminutif de Magd, la servante. Or tout les diminutifs en allemand sont neutres. Empiriquement, la jeune fille est du neutre car elle n’est pas totalement finie et ne peut jouir (sic) du féminin. Cette règle me fut inculquée il y a près de soixante ans et je ne l’ai jamais oubliée. Mais mon ami, authentique puits de sciences, n’avait pas appris une règle dont il n’avait même jamais eu connaissance.

 

On pourra conclure beaucoup de choses de ces remarques rapides (rapides remarques ?). Par exemple qu’on peut être très à l'aise dans sa langue maternelle et être incapable de l’enseigner correctement à des étrangers. Il faut, pour cela, bien connaître le terreau auquel on s’adresse mais, d’abord, avoir une connaissance raisonnée de sa langue.

 

PS : pour la place des adjectifs anglais les uns par rapport aux autres, on peut lire cette courte synthèse.

 

 

Apprendre une langue ou s’en imprégner
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1 août 2018 3 01 /08 /août /2018 17:28

On se souvient tous de la photo d’Alain Delon illustrant le parfum Eau Sauvage de Dior. Cette photo fut prise il y a une cinquantaine d'années par Jean-Marie Périer. Delon avait trente ans.

Autant la personne de Delon ne m’a jamais été vraiment sympathique (ami de Le Pen, partisan d’une droite dure, des valeurs militaires etc.), autant l’acteur a toujours mérité, à mes yeux son statut de star, d’icône.

Je l’ai entr’aperçu quelques secondes dans la contre-allée de droite en montant (forcément !) des Champs-Élysées vers 1970. Il marchait vite, comme dans L’homme presséqu’il tournera quelques années plus tard. Deux choses m’avaient frappé : il était de taille moyenne (en tout cas par rapport à moi qui mesure 1m84), mais sa personne était parfaitement harmonieuse. Et puis, il marchait comme dans ses films : comme si le sol n’existait pas.

Cette photo de Périer est un exemple parfait du clacissisme d’Alain Delon. Pour qui débarquerait sur terre, elle semble avoir été prise aujourd’hui. Rien n’a vieilli : le graphisme est classique, l’angle de vue est classique, la beauté du personnage est classique.

Chapeau, Messieurs !

 

Le classicisme d’Alain Delon
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