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8 avril 2021 4 08 /04 /avril /2021 04:48

10 gendarmes surarmés (notez le fusil-mitrailleur) pour montrer les muscles de l'État à quatre civils qui prennent le soleil et pique-niquent tranquillement.

 

Á propos de cette scène de genre, Régis de Castelnaud écrit sur son blog :

 

 

“ Il faut bien regarder cette photo qui circule abondamment sur les réseaux. On n’y voit sur une plage près de la ville de Montpellier un déploiement obscène, de10 gendarmes (ils n’ont pas honte décidément) armés jusqu’aux dents (jusqu’au fusil d’assaut !) avec en face d’eux un couple avec leur petit garçon qui ont eu envie d’un peu de détente, d’un peu de plage et d’un peu du soleil du printemps après bientôt un an d’enfermement. Il faut voir comme ils sont mal habillés, ces « prolos », avec leurs survêtements au rabais, leurs bermudas moches, leurs vilains T-shirts, rien que du pas cher. Les provisions pour le pique-nique ont été achetées chez LIDL en low cost. Même leurs claquettes sont siglées LIDL !

Alors les gendarmes se mettent à 10 pour leur rappeler quelle est leur place dans la société, les humilier et les renvoyer à leur condition. Il va leur en coûter 450 € pour leur horrible crime, le prix d’un menu pour une personne dans le restaurant clandestin !

Cette image ne peut que nouer la gorge. 

Tout le week-end sur les chaînes d’info, il fallait entendre les commentateurs à ronds de serviettes défendre « ces transgressions » des riches en condamnant les critiques contre les passe-droits qualifiées de « délations populistes ».

Alors, il nécessaire de préciser encore un peu le propos : ce déploiement policier obscène et cette répression humiliante sont INSÉPARABLES des restaurants clandestins pour « la haute ». Deux faces d’un même système de domination.

Être « indulgent » avec celui-ci, c’est choisir son camp. ”

La France du banquier éborgneur, c'est ça !
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7 avril 2021 3 07 /04 /avril /2021 04:59

 

 

Depuis six ans, 300 personnes sont mortes en France du fait d’attentats islamistes. 1 000 ont été blessées. Des hommes, des femmes, des enfants de diverses nationalités et de diverses religions. Sans compter de nombreux athées.

 

La violence islamiste est désormais prêchée dans de nombreux lieux : prisons, écoles, hameaux campagnards. En 2018, le Fichier des signalements pour la prévention à caractère terroriste recensait 20 549 signalements dont 4 000 individus prêts à passer l’action. 3 000 de ces 4 000 étaient étrangers. L’Assemblée nationale, lors de la présente législature, a systématiquement repoussé les amendements permettant d’expulser ces étrangers.

 

On aurait pu croire que l’assassinat de quatre fonctionnaires de la Préfecture de police par le dénommé Mickaël Harpon, lui-même employé de la PP, aurait mobilisé la classe politique. Il n’en fut rien car Harpon fut présenté comme une victime dont la carrière avait été bloquée du fait de ses origines et de son handicap. Qu’Harpon soit devenu de plus en plus sectaire, en refusant de serrer la main des collègues femmes, par exemple, ne l’empêcha pas d’être habilité secret-défense. Il fallut l’assassinat de Samuel Paty, après une dénonciation calomnieuse d’une enfant qui ne le connaissait même pas, pour que la classe politique ouvre enfin les yeux. Dans le cas de Paty et d’autres, une catégorie de notre population s’arroge le droit de justice et d’exécution.

 

Une minorité d’élèves se permet pour sa part de contester des manifestations nationales en l’honneur de victimes innocentes. Lors de l’hommage aux victimes des attentats de janvier 2015, des élèves ont menacé  verbalement leurs professeurs. Les incidents ont été généralement sous-évalués. Seuls sont remontés au ministère de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche les incidents sérieux qui n’avaient pas pu être réglés en interne. Au moins 400 incidents ont été répertoriés par une commission d’enquête sénatoriale. Il pouvait s’agir de provocations, d’injures ou de menaces verbales. Voire d’incitation à la haine ou d’apologie du terrorisme. Dans une école d’Amiens, un enfant de cinq ans s’est présenté en classe vêtu d’un treillis, parlant arabe et faisant le « V » de la victoire. Á Paris, une élève de troisième a déclaré, après la lecture de la lettre ministérielle : « Ils l’ont bien cherché et je suis fière de ceux qui les ont tués. » Rien n’a été entrepris, de manière systématique, pour corriger tout cela.

 

En 2016, un rapport du Sénat faisait état de 857 élèves radicalisés. 35% des élèves musulmans considéraient que l’islam était « la seule vraie religion » tandis que 20% d’entre eux déclarent honorable de « combattre les armes à la main pour sa religion ».

 

Les recruteurs islamistes visent à convaincre des jeunes de 20 à 25 ans, nés en France donc de nationalité française, que la civilisation occidentale doit être rejetée. Dans le même temps, la France n’expulse pas les radicalisés dangereux n’ayant pas la nationalité française et elle attend sans trop s'affoler 20 000 “ revenants” incarcérés dans des prisons irakiennes et syriennes.  L‘État français ne se résout pas à appliquer des mesures contenues dans le Code pénal qui nous épargneraient bien des malheurs. La nationalité française peut être ôtée pour manque d’effectivité de la nationalité française. L’article 23-7 du code civil prévoit en effet que «le Français qui se comporte en fait comme le national d’un pays étranger peut, s’il a la nationalité de ce pays, être déclaré, par décret après avis conforme du Conseil d’État, avoir perdu la qualité de Français ». La jurisprudence du Conseil d’État suggère que ce cas de perte n’est pas ouvert par l’exercice ordinaire des droits afférents à la double nationalité mais est réservé au cas d’actes contraires aux intérêts de la France commis par l’intéressé. L’article 23-8 du code civil concerne l’emploi d’un Français dans un service public étranger (l’armée de l’État islamique, pour ne donner que cet exemple). L’alinéa 1er de l’article 23-8 du code civil prévoit que « perd la nationalité française le Français qui, occupant un emploi dans une armée ou un service public étranger ou dans une organisation internationale dont la France ne fait pas partie ou plus généralement leur apportant son concours, n'a pas résigné son emploi ou cessé son concours nonobstant l'injonction qui lui en aura été faite par le Gouvernement ».

 

 

 

Islamisme radical : faisons le point
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2 avril 2021 5 02 /04 /avril /2021 05:12

 

Je n’ai rien contre les vaccins, bien au contraire. Ayant vécu longtemps en Afrique, j’ai vu de graves maladies éradiquées grâce aux vaccins. Je vais me faire vacciner contre le Covid 19 dans quinze jours tandis que, six mois après avoir attrapé la maladie, je suis bourré d’anti-corps.

 

Mais avec le banquier éborgneur, tout est rapport de force, violence, domination. Il s’est servi de la pandémie pour réaliser deux objectifs : enrichir ses amis de la finance qui l’ont placé là où il est et restreindre toujours plus le champ des libertés individuelles.

 

Avec les vaccins, on ne peut faire ce que l’on veut. En tout cas depuis le procès de Nuremberg en 1947. Le «code de Nuremberg » a établi une liste de critères précisant  les conditions auxquelles doivent satisfaire les expérimentations pratiquées sur l’être humain pour être considérées comme « acceptables ». Or n’oublions pas que les vaccins Covid ont été réalisées en un temps record, sans aucun recul et sans test sur des animaux.

 

Le code de Nuremberg spécifie que les sujets « doivent être suffisamment renseignés, et connaissent toute la portée de l'expérience pratiquée sur eux, afin d'être capables de mesurer l'effet de la décision qu’ils prennent. Avant que le sujet accepte, il faut donc le renseigner exactement sur la nature, la durée, et le but de l’expérience, ainsi que sur les méthodes et moyens employés, les dangers et les risques encourus. (Extrait du jugement du TMA, Nuremberg, 1947. Trad. française in F. Bayle, Croix gammée contre caducée. Les expériences humaines en Allemagne pendant la Deuxième Guerre Mondiale, Neustadt, Commission scientifique des Crimes de guerre, 1950.)

 

Une mauvaise évaluation du vaccin, sa mauvaise administration pouvant facilement entraîner un chef d’État devant une cour d’assises, le banquier éborgneur a décidé de biaiser avec son certificat sanitaire, son passeport vaccinal.

 

La scène suivante peut se passer littéralement demain : au moment où vous voulez entrer dans votre supermarché habituel, un bin se déclenche et un vigile vous annonce que votre certificat sanitaire n’est pas valide et donc que vous ne pouvez entrer.

 

Le 17 mars 2021, la Commission européenne (ah, chère Commission !) a institué ce certificat sanitaire. Six jours plus tard, les députés européens ont voté pour une procédure d’urgence afin que la proposition puisse être adoptée plus rapidement. Tout doigter bouclé pour juin.

 

Le passeport vaccinal indiquera si vous êtes vacciné et si vous avez été testé négativement. Dans le cas contraire, vous serez interdit de séjour dans les restaurants, les cafés, les cinés, les théâtres. Vos enfants pourront peut-être se voir refuser l’accès aux écoles, aux crèches. Des entreprises, des administrations pourront vous empêcher de travailler. Vous serez un paria dans votre pays (pardon, dans votre « territoire »). Et tout cela, même et surtout si vous n’êtes pas malade.

 

Le Conseil économique et social a sondé les Français qui se sont déclarés majoritairement hostiles à ce passeport. Qu’à cela ne tienne !

 

La santé des Européens est désormais entre les mains d’une poignée de hauts fonctionnaires bruxellois en lien avec les grands labos pharmaceutiques. Un certificat vert est en préparation.

 

Dans quelques années, on saura tout sur les différents vaccins fabriqués en quelques semaines et prescrits actuellement. D’ici là, on aura continué à fermer, rouvrir, refermer. On aura continué à laisser mourir seuls des vieillards dans les maisons de retraite. On aura interdit à des médecins de prescrire des médicaments certainement efficaces mais n’ayant pas l’heur de plaire à Big Pharma. On aura créé un chômage massif. On aura désespéré des populations entières.

 

 

 

 

 

 

Le banquier éborgneur va nous fliquer avec son passeport vaccinal
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30 mars 2021 2 30 /03 /mars /2021 05:20

Je m'apprêtais à rédiger quelque chose d'assez substantiel à propos des attaques de Tristan Mendès France contre mon ami Maxime Vivas. Mais son fils Frédéric s'en est chargé de manière beaucoup plus talentueuse, et surtout plus émouvante, que moi.

 

Quelques remarques en guise d'introduction à son très beau texte.

 

Maxime est le fils de républicains espagnols réfugiés en France qui a passé une enfance très modeste dans l'Aveyron. Une des raisons pour lesquelles il a toujours milité à la CGT et, épisodiquement, dans des partis que je qualifierai, pour simplifier, de “ vrai gauche ”.

 

Tristan Mendès France est le fils d'un mathématicien de très haute volée décédé il y a peu et, surtout, le petit-fils de Pierre Mendès France. Je n'ai jamais été un soutien inconditionnel de “ PMF ” sauf, peut-être, quand je buvais grâce à lui, tous les matins, un verre de lait à l'école primaire. Mais c'est en lisant ses livres et nombre de ses articles dans les années soixante que j'ai compris que la politique pouvait être morale.  J'ai en particulier le souvenir, en 1967, d'un débat opposant le Premier ministre Georges Pompidou à Pierre Mendès France, à l'occasion de la campagne pour les élections législatives que De Gaulle faillit perdre d'un cheveu. D'un côté le rapace fondé de pouvoir de la banque Rothschild (encore mieux que le banquier éborgneur, donc) et une mauvaise foi exsudant de tous ses pores, de l'autre, un Juste, un homme rigoureux, honnête, impliqué et brûlant dans son discours, donc sachant qu'il ne pouvait que perdre.

 

Pourquoi son petit-fils s'en prend-il à Maxime Vivas – qu'il traite d'“ individu ” – avec la mauvaise foi de Pompidou mais sans le talent de son grand-père ? Parce que dans le grand débat désormais planétaire qui entoure la question Ouïghour, il s'est aligné, comme Libération et les grands médias français, sur les positions de la CIA, cette agence dont l'humanisme est bien connu mais qui, manque de chance, ne cesse de rétropédaler depuis quelques semaines en faisant plus que nuancer ses affirmations belliqueuses contre la Chine.

 

 

 

 

 

LETTRE A TRISTAN MENDES-FRANCE, FRANCE-INTER A PROPOS DE MON PERE, MAXIME VIVAS, LE GRAND SOIR

 

J’écoute France Inter, l’émission Antidote, et vous parlez, Tristan MENDES-FRANCE de mon père, Maxime VIVAS, écrivain et cyberjournaliste. Dans votre chronique du vendredi 26 mars, vous commettez, en moins de 3 minutes 10, deux mensonges, une imprécision et une indélicatesse. Ce qui, vu le temps imparti, relève de la performance.

 

L’indélicatesse d’abord, c’est celle de traiter par deux fois mon père de manière cavalière (« un individu », « cet individu », pourquoi pas énergumène ?), façon de ne pas reconnaitre son statut d’auteur (20 livres), d’ex-référent littéraire d’Attac et de journaliste alternatif (chroniques dans la presse radio, web et papier : Journal Metro, l’Humanité, Les Z’Indignés). Le procédé est rhétorique, il s’agit de dénigrer la personne pour remettre en cause son propos.

 

Si vous vous étiez arrêté-là, il n’y aurait peut-être pas loisir à poursuivre.

 

Vous ajoutez à l’indélicatesse, une imprécision. Mon père n’est pas « LE responsable du site LE GRAND SOIR », (30 000 articles, 2300 contributeurs dans le monde) mais un de ses administrateurs. L’amplification est une autre figure de rhétorique. Dois-je vraiment vous reprocher d’appliquer la grille de lecture des médias dominants, celle de prendre pour modèle la concentration de l’information ? « LE » responsable, comme si la gouvernance unique était l’évidence. Dois-je y voir le signe d’un habitus de champs, caractéristique des médias meanstream ? C’est que dans la presse alternative la direction se partage parfois.

Si vous vous étiez arrêté-là, je n’aurais pas eu loisir de vous écrire cette lettre.

 

Hélas, vous ajoutez deux mensonges : le site ne relaie pas « de nombreuses théories complotistes » et n’a pas contesté « les attentats du 11 septembre ». LE GRAND SOIR donne à lire des analyses politiques et géopolitiques issues de réflexions d’écrivains, de chercheurs, d’universitaires (mais pas de remise en cause du 11 septembre…). Vous n’auriez pas mélangé vos fiches ? L’émission, le direct, une forte clim, un stress, que sais-je ? Dans le cas contraire, comment, sans être indélicat à mon tour, puis-je vous suggérer de vérifier vos informations, (charte de Munich) ? Comment puis-je vous éviter de succomber à la facile tentation des fake news glanées sur le net ?

 

Je m’étonne que votre billet, qui se veut une analyse critique des sources d’un auteur, trébuche sur le tapis des sources non vérifiées. Ça vous rend plus humain, moins crédible aussi…

 

Pourtant, à lire ce qui s’écrit sur vous, vous paraissez outillé sur le sujet des méthodes. Je vous sais titulaire d’un DEA de Sciences Politiques. Je vous sais enseignant à l'École des Hautes Etudes en Sciences de l'Information et de la Communication. Je vous sais à l’initiative du projet Stop Hate Money dont l'objet est de « responsabiliser les acteurs et les intermédiaires financiers qui facilitent (parfois sans le savoir) la propagation des discours de haine en ligne ». Je vous sais parrain de l’association Anticor. Ces choses écrites à votre propos sont-elles exactes ? Si oui, c’est à mettre à votre crédit. Voyez, je n’essentialise pas les travers que vous déployez à l’endroit de mon père. Comprendre, c’est prendre avec soi et la haine pas plus que le travestissement de la vérité ne peuvent servir de boussole aux débats. En seriez-vous dépourvu ?

 

A vous écouter sur la radio publique, je vous entends réfléchir sur le « toxique des informations » non-vérifiées, sur les façons « grossières de procéder », sur les « effets de meute » qui en découlent. Je ne veux pas croire que vos chroniques soient téléguidées par le corporatisme, l’opportunisme ou par la volonté affichée d’Emmanuel Macron de lutter contre les sites complotistes. J’imagine que vous savez faire la différence entre le complotisme et l’énoncé d’hypothèses géopolitiques, la différence entre la recherche d’une information et la diffusion de fake news. J’imagine aussi que vous saisissez que passer sur FRANCE-INTER ne vous imperméabilise pas des procédés que vous dénoncez.

 

Permettez-moi enfin de vous taquiner un peu avant d’entamer du plus grave. Comment se porte Laurence Bloch, directrice de FRANCE INTER qui affirmait en 2019 à propos de l’émission “ Un bruit qui court ” qu’elle ressemblait « à un tract de la CGT. Quand je l’entends, j’éteins. » Le Monde diplomatique est-il dans le faux lorsqu’il relève qu'en dix ans, « le temps d’antenne dévolu aux luttes sociales a été divisé par dix ». Fake-news ? Je vous imagine suffisamment armé pour demeurer étanche à ces pressions. Après tout, quel intérêt auriez-vous à porter votre dévolu, à heure de grande écoute, sur un site alternatif ? Qu’aurait votre carrière à y gagner ? J’ai conscience que ma taquinerie caresse là l’impertinence, mais je persiste encore un peu pour les besoins d’une démonstration. Comment va Catherine Nayl, ex-TF1 de 1984-2017, ex-directrice en chef du journal de Jean-Pierre Pernaut, directrice actuelle des programmes de FRANCE-INTER, nommée au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur sous la Présidence Macron ? Vous ne trouvez pas qu’elle possède toutes les qualités et les expériences requises pour diriger l’information sur une chaîne publique ? Vous croyez qu’un journaliste doit se tenir en photo au plus près de la Présidence ?

 

Voilà que je m’adonne à mon tour aux travers que je vous reproche… J’arrête ! Voyez comme je paraitrais « mauvais joueur » en insinuant que vous ne seriez pas crédible par le simple fait du côtoiement avec une directrice CGTphobe, une ex-TF1, une ex-collaboratrice de Jean-Pierre Pernault, une « ex-censeure » d’émission radio, etc.

 

La « contagion symbolique », comme procédé rhétorique, est redoutable et souvent indigne. Et pourtant, une ambiance, des figures, des chefs et des stratégies, des moyens et des méthodes participent de la construction « du fait journalistique ». Me contredirez-vous sur ce point ?

 

Mais je suis sûr que vous êtes en réflexion constante sur l’impact des modes l’élections des dirigeants de radios, des stratégies de direction ou d’évictions d’émissions phares (telles “ Là-bas si j’y suis ”) sur la pratique des journalistes et l’impartialité journalistique… Avez-vous osé une chronique là-dessus ? Car l’éthique, celle de la conviction, celle de la responsabilité, selon le mot de Max Weber, dans le savant et le politique, guident la praxis journalistique. Nous savons ce qu’il faut faire parfois de concessions pour être légitimé par ses pairs. Il est vrai que le temps, pour contrôler, vérifier, déployer, une information manque à ceux qui font métier d’informer. Le défaut de moyens matériels surdétermine le volume de temps à consacrer à une chronique. Vous semblez si occupé. Pierre Bourdieu a quelques lignes là-dessus dans Sur la télévision ; L’Emprise du journalisme. La rapidité est un travers d’époque. Fast-food, fast-thinkers. Je ne doute pas que vous soyez sachant de ces choses-là.

 

Certes, si vous aviez pris le temps, vous auriez écrit d’autres choses sur le travail de mon père. Peut-être même que vous vous seriez autorisé à lui parler. « Parler avec » avant de « parler de », de « parler sur » ou de « parler contre », il paraît que ce sont des méthodes encore usitées par quelques journalistes. Et je suis sûr que vous enseignez ces choses-là à vos élèves lors de vos cours et conférences. Devant les hommes, en vrai, nos jugements sont toujours moins endurcis.

 

Avant de conclure, il me faut vous faire cette confidence. Dans mon for intérieur, Tristan MENDES-FRANCE, je vous imagine déjà rectifiant votre indélicatesse (à la radio), votre imprécision et vos deux mensonges. Car « La vérité est toujours révolutionnaire ». Vous connaissez l’auteur de cette phrase, s’il vous reste quelque chose du trotskisme qui soutenait vos engagements de jeunesse…

 

Tout cela est-il si grave ? Que l’on se trompe à propos d’un site, d’un homme, pour deux mensonges, une imprécision et une indélicatesse, qu’importe ! Après tout, si ce qu’il affirme est jugée inconvenable, c’est que l’homme doit l’être aussi… Et puis, nous pouvons toujours rationnaliser en imaginant que cela passera inaperçu dans le flot des informations journalières, dilué dans le grand brouhaha quotidien que nous livre le monde journalistique.

 

Mais ce n’est pas tout, le pire de vos formulations est à venir. A l’indélicatesse, à l’imprécision, aux deux mensonges vous ajoutez à la pire des insultes, une bien plus infecte : celle de l’accointance de mon père et de ses écrits avec les nazis, la SS.

 

En lisant votre page Twiter, je lis que mon père est « responsable du site complotiste rouge-brun ». Comment osez-vous relier cette fake news ? La formulation « rouge brun », alliance du nazisme et du bolchévisme, est une insulte odieuse en ce qu’elle touche à notre engagement antifascite, anti-FN, anti-RN (des livres, des articles publiés contre les bêtes immondes d’hier et d’aujourd’hui tels La cathédrale au fond du jardin ; Marine Le Pen amène le pire). C’est une insulte abjecte à ce qui constitue notre histoire familiale d’exilés espagnols, nous qui portons dans la chair l’engagement contre les fascistes. Insulte à mon grand-père paternel qui fournissait en douce de la dynamite aux résistants. Le côtoiement que vous tentez d’opérer « Vivas-SS » le tout entrecoupé de « rouge », comme pour diluer l’infamie, (ou en ajouter, selon l’état de votre anticommunisme) est une insulte encore à ce qui constitue l’origine même de notre nom. Jamais une ligne brune, rouge brune, n’ont été écrite par mon père, ni même sur son site. Sortez de l’opinion et entrez dans les faits. Les archives du site LE GRAND SOIR sont en accès libre ! Vous répétez ce que vous avez lu à la va-vite sur les sites, vos rapprochements et vos méthodes sont à vomir. Dans le combat que vous menez où tous les coups sont permis, jusqu’où irez-vous ? Pensez vous que cela serve votre propos ?

A quoi bon rectifier ? Vivas-rouge-brun, tout est dit ! L’Information et ses informateurs, moins que la vérité, savent composer avec choses-là !

 

Comment faire pour que les pourfendeurs des fakes-news ne soient pas eux- mêmes les diffuseurs des informations et des procédés qu’ils dénoncent ? Quelle place aujourd’hui a la « parole contraire », celle qui ne relève pas du complot et du fake ?

 

Edwy Plenel décrit le journaliste comme un « artisan du petit fait vrai ». Il est vrai que les « vérités de faits », celles dont s’occupent les journalistes, selon l’expression d’Hannah Harendt, sont des « vérités modestes » à la différence des « vérités de raison ». Mais dans le cas précis, le souci du « fait brut » doit être notre raison, en l’occurrence la description réelle d’un auteur et non ses accointances fantasmées, supposées, glanées sur le tas d’ordures que produisent certains sites web . Rien ne vous autorise à brutaliser les hommes et les faits.

 

Même si le tâtonnement est parfois la règle.

 

Même par indélicatesse, imprécision, mensonges.

 

Même si votre haine est telle que vous devez user de l’argument de la SS pour dénigrer un militant antifasciste.

 

Même si l’auteur sur la sellette a pour terrain de réflexion la Chine et les Ouïghours.

 

Même si les procédés de récolte d’informations orthodoxes conduisent à formuler des hypothèses hétérodoxes qui déplaisent à la doxa dominante des classes éponymes.

 

Voilà ce que j’avais à vous dire, Monsieur, souffrez que ce texte ne soit pas un service commandé (je pare une éventuelle critique, je m’attends à tout), pour autant que vous me lisiez, que vous lisiez ceux que vous combattez, et que vous vouliez vraiment faire votre travail d’informer ou même que vous décidiez, l’éthique en bandoulière, de ne plus chercher à l’horizon d’un point Godwin, de quoi donner à nous forger un point de vue. A une heure de grande écoute. Sur le service public. A propos d’hommes dont vous ne semblez réellement connaitre ni les travaux, ni les idées qui les traversent, ni même l’histoire.

 

Frédéric Vivas

28 mars 2021

Mendès France, Tristan : triste sire
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28 mars 2021 7 28 /03 /mars /2021 05:16

Je reprends ici une analyse du Parti de la démondialisation.

 

Concernant l’existence ou non d’un peuple européen, tout dépend de la définition que l’on se fait de ce qu’est le peuple. En ce qui concerne le Pardem, nous récusons l’existence d’un peuple européen car elle ne repose sur aucune réalité politique.

 

Si on se demande ce qui fait qu’un peuple est un peuple, et non simplement une ethnie, une communauté, des croyants, les habitants d’un territoire, des entrepreneurs, un ensemble de consommateurs : c’est la politique. Un peuple est politique ou n’est pas. Or, à l’échelle européenne, rien pour l’instant n’indique l’existence ni même la création en cours d’un peuple européen. Hormis quelques rares pays, essentiellement ceux dans lesquels se sont tenus des référendums, il n’existe même pas de délibération publique sur les questions européennes.

 

Un peuple, pour avoir une existence politique, ne peut qu’être composé de citoyens. Et une vraie citoyenneté impose une participation à la politique : conception, mise à jour et défense du contrat social incarné dans la Constitution ; élaboration de la loi comme expression de la volonté générale et garantie de l’État de droit ; implication dans la délibération publique ; participation au suffrage universel. Il s’agit d’autant d’éléments indissociables qui constituent les bases de la démocratie dans une visée universelle. La vraie citoyenneté est un engagement débordant les frontières de l’élite politisée pour s’investir dans les structures parallèles à l’appareil d’État que sont les syndicats, les partis, les associations, les collectifs militants les plus divers. Rien de tout cela n’est en gestation au niveau européen.

 

En fait, « Ce qui est certain, c’est que la volonté irréductible de l’Internationale est qu’aucune patrie n’ait à souffrir dans son autonomie. Arracher les patries aux maquignons de la patrie, aux castes du militarisme et aux bandes de la finance, permettre à toutes les nations le développement indéfini dans la démocratie et dans la paix, ce n’est pas seulement servir l’internationale et le prolétariat universel, par qui l’humanité à peine ébauchée se réalisera, c’est servir la patrie elle-même. Internationale et patrie sont désormais liées. C’est dans l’internationale que l’indépendance des nations a sa plus haute garantie ; c’est dans les nations indépendantes que l’internationale a ses organes les plus puissants et les plus nobles. On pourrait presque dire : un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène. » 

 

(Jean Jaurès, L’Armée nouvelle, 1911). 

Un peuple européen existe-t-il ?
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24 mars 2021 3 24 /03 /mars /2021 06:10

Elle reflète tout simplement la soumission du banquier éborgneur à la langue du dollar et à l'idéologie européiste que la France doit accepter. Je reprends ici un article de Georges Gastaud pour l'association COURRIEL.

 

Moins préoccupé de combattre efficacement la pandémie de covid-19 provoquée par les ravages de la mondialisation capitaliste et les diktats austéritaires de l’Union Européenne que d’accélérer la destruction de la République, le régime Macron se précipite pour établir une nouvelle carte d’identité.

 

 

Cette carte d’identité n’a plus rien d’une carte nationale d’identité, document officiel de la République. Puisque faisant figurer l’emblème de l’Union Européenne qui faut il le rappeler n’a aucune valeur constitutionnelle ni officielle ! C’est que ce nouveau document imposé par le décret n°2021-279 traduit en réalité “le règlement (UE) 2019/1157 du Parlement européen et du Conseil du 20 juin 2019 relatif au renforcement de la sécurité des cartes d’identité des citoyens de l’Union et des documents de séjour délivrés aux citoyens de l’Union et aux membres de leur famille exerçant leur droit à la libre circulation “. En clair c’est l’Union Européenne qui décide de la forme prise par les documents d’identité des citoyens français ! Et c’est également cette même Union Européenne qui impose le passage à un format biométrique tout à fait liberticide. Une puce stockera vos photo, les empreintes digitales (y compris pour les enfants de plus de 12 ans !), date et lieu de naissance, sexe, taille, adresse. Des données également placées dans une base de données, le TES. Un nouvelle outil pour la surveillance policière de masse. La CNIL a d’ailleurs rendu un avis très réservé : données biométriques trop accessible, conservation durant 15 ans, interconnexion des fichiers et chiffrement trop faible... un vrai réquisitoire !

 

Sur la forme, le titre d’identité est désormais délivré ... en anglais ! En violation directe des principes de la constitution ne reconnaissant qu’une seule langue à la République : le français.

 

 

 

Dans une motion l’association de défense de la langue française lance l’alerte, et saisie par courrier les présidents de groupe parlementaire André Chassaigne et Jean-Luc Mélenchon.

 

Le 18 mars 2021, Lens

 

Aux présidents des groupes parlementaires de LFI et du PCF à l’Assemblée nationale, MM. Jean-Luc Mélenchon et André Chassaigne

 

Copie à MM. Bernalicis, Quattennens, Roussel, Bruneel, députés du Nord* aux Associations de défense du français* à quelques citoyens particulièrement impliqués dans la défense de notre langue contre le tout-anglais envahissant

 

Messieurs les présidents de groupe parlementaire et chers concitoyens,

 

Georges Gastaud, philosophe, président de l’Association CO.U.R.R.I.E.L. vous remercie, en lisant et en méditant la motion rapportée ci-dessous, de prendre à temps toute la mesure de la gravité croissante, et désormais sans limite de décence, de légalité et de constitutionnalité, que ce gouvernement à la botte de l’UE et de la finance internationale porte à jet continu contre la langue française sacrifiée au tout-anglais “transatlantique”.

 

Comment ne pas voir que ce sabordage de la diversité linguistique très largement coordonné à l’échelle continentale par Mme Ursula von der Leyen et autres partisans des traités néolibéraux transatlantiques est grosse d’énormes dangers pour les souverainetés nationales et populaires, pour la diversité de la culture, voire pour l’emploi, les salaires et les acquis sociaux qu’une dé-segmentation linguistique totale du marché de l’emploi, qui est l’un des buts stratégiques poursuivis, livrerait à un moins-disant social et salarial sans précédent, sans parler des énormes humiliations et discriminations supplémentaires que les peuples, et spécialement, la classe ouvrière, devraient endurer.

 

Merci de vous pencher en urgence sur ce sujet, c’est trop peu dire qu’en la matière aussi, il est “minuit moins cinq”.

 

Georges Gastaud – pour l’association COURRIEL

 

 

 

La nouvelle carte d'identité : un pur scandale

Petite devinette qui n'a rien à voir : qui est l'homme jeune sur la droite ?

La nouvelle carte d'identité : un pur scandale
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19 mars 2021 5 19 /03 /mars /2021 06:08

Depuis le début de l'année, on a, dans les médias, beaucoup glosé - et on s'est également beaucoup déchiré - autour du concept d'islamo-gauchisme (et d'islamo-gauchistes). Je souhaite traiter le sujet dans une perspective historique laquelle, ce me semble, n'a guère été abordée par les médias.

 

1. La dénomination d'islamo-gauchisme n'émane pas des personnes (ou des milieux) qu'il désigne mais de leurs adversaires. C'est assez souvent le cas, un exemple célèbre étant celui des jansénistes... qui ne se nommèrent jamais ainsi ! Les "jansénistes" se considérèrent en effet toujours comme des catholiques sincères, et même de "vrais" catholiques, bien orthodoxes, bien fidèles à leur Église, amis de la vérité, amis de saint Augustin ou défenseurs de la grâce, mais jamais comme des "jansénistes", terme qui sentait la secte, le schisme et le fagot. Un concept lancé par l'adversaire est toujours polémique, péjoratif et dévalorisant et son succès vient de ce qu'il finit par s'imposer y compris à ceux qu'il prend pour cibles. A l'inverse, un concept qui ne s'impose pas et dont l'usage reste cantonné à son créateur, revient à celui-ci comme un boomerang.

 

2. Ces adjectifs composés émanent souvent de la droite ou de l'extrême-droite. On se souvient, dans les années 1930 et 1940, des diatribes lancées contre les milieux "judéo-maçonniques" ou "judéo-bolchéviques". Ou des attaques de la presse de Vichy, qui - sans souci des contradictions - mettait dans le même sac, juifs, francs-maçons, ploutocrates de New York et de Londres, et communistes de Moscou (au couteau entre les dents). Dans le contexte français - et notamment du Programme commun de 1972, on connaît le péjoratif "socialo-communiste"ou, dans un autre secteur de l'opinion, les "gaullo-communistes", pour stigmatiser le gouvernement issu de la Libération de 1944, ou plus tard, pour s'attaquer à la position commune des gaullistes et des communistes sur l'OTAN, sur la guerre du Vietnam, sur l'indépendance de l'Algérie et la décolonisation, sur la reconnaissance diplomatique de la Chine, sur la mise en place du programme du CNR, sur la politique industrielle de la France...

 

3. Ces adjectifs composés mêlent des termes qui ne trouvent leur cohérence que dans la commune animosité (mais à des titres différents !) que leur voue leur créateur. Ce qui ne signifie pas pour autant que les concepts qu'ils désignent aient des liens entre eux ! L'exemple est particulièrement éclairant pour le terme "judéo-maçonnique". La franc-maçonnerie, en effet, est une création née, au début du XVIIe siècle, dans les milieux protestants britanniques (mêlant bourgeois et nobles), puis diffusée plus tard sur le continent, à une époque où le rôle des juifs dans la société était négligeable voire nul. [A supposer, d'ailleurs, qu'on puisse parler d'un "rôle" des juifs (en général ou en particulier), ce qui est une autre question]. Et c'est à la franc-maçonnerie que la tradition contre-révolutionnaire, née au début du XIXe siècle sous la plume de l'abbé Barruel, et toujours vivace en 2021, quoique très minoritaire, imputa la Révolution et tout ce qui s'ensuivit : déchristianisation, abolition de la monarchie, république, laïcité, suffrage universel, suffrage féminin, abolition de la peine de mort, autorisation de la contraception et de l'IVG, réformes sociétales...

 

4. L'animosité envers les juifs,  en tant qu'elle est mêlée à l'animosité envers la franc-maçonnerie, ne date, en France, que de la fin du XIXe siècle. Elle naquit à une période marquée par la défaite de 1870-71 contre l'Allemagne, par la naissance du nationalisme (pas seulement en France, d'ailleurs), par l'affaire Dreyfus, par l'instauration de l'école laïque, par la loi de Séparation des Églises et de l’État, et, surtout, par l'exode rural, la déchristianisation, la fin des espoirs d'une restauration monarchique (avec le refus du drapeau tricolore par le comte de Chambord et l'amendement Wallon), la demande de ralliement à la République lancée par le pape Léon XIII et la perte progressive d'influence d'une petite noblesse rurale et d'une non moins petite bourgeoisie provinciale, jadis cadres de la société d'Ancien Régime.

 

5. C'est ce sentiment de déréliction, de perte, de déchéance, qu'exprime Julien Gracq, lorsque, dans ses Lettrines 2, il oppose les jeunes filles de Francis Jammes et d'Alain Fournier à celles de Marcel Proust. Lorsqu'il évoque les figures de  Clara d'Ellébeuse, Eléonore Derval/ Victoire d'Etremont, Laure de La Vallée/ Lia Fauchereuse, Blanche de Perceval / Rose de Liméreuil et Sylvie Laboulaye (chez Jammes) ou d'Yvonne de Galais (chez Alain Fournier), comparés à la "petite bande" des collégiennes de Balbec (chez Proust).

 

En particulier lorsqu'il peint ces "filles de hobereaux grands chasseurs, vierges bourgeoises semi-cloîtrées jusqu'à la catastrophe nuptiale [...] filles d'une caste déjà entrée en agonie, fleurissant brièvement, pathétiquement, l'espace de deux ou trois étés, avant de sombrer crevées de marmaille [...] ces jeunes filles d'une fin de race et fin de caste, fin d'un manoir, fin d'une fortune [...] à l'immaturité prolongée", qui contrastaient si cruellement avec la "santé drue, l'exubérance robuste, l'insolence, l'indépendance, le cynisme, les appétits de ces filles de hauts fonctionnaires et d'industriels décrites par Proust dans "A la Recherche du temps perdu."

 

6. Ces regroupements hasardeux "d'ennemis de la France", sont esquissés par Charles Maurras dans ses "quatre États confédérés de l'Anti-France, formés par les protestants, les juifs, les francs-maçons et les métèques" [entendre, sous ce terme, les immigrés miséreux d'Europe centrale, d'Espagne et d'Italie, dont plusieurs, issus de ce dernier pays, périrent lynchés à Aigues-Mortes, en 1893, après que leurs meurtriers eurent été chauffés à blanc par des élus nationalistes locaux.] Ces fameux (ou fumeux ?) quatre États forment la matrice des futurs amalgames de l'extrême-droite, comme ceux qu'on va aborder.

 

7. Les "judéo-bolchéviques" en fournissent un premier exemple, la Révolution d'Octobre ayant, pour l'extrême-droite antisémite, été fomentée, dirigée, organisée par les juifs, qui firent assassiner le tsar, trahirent la France (en signant la paix de Brest-Litovsk, qui laissait à l'Allemagne les mains libres pour le front de l'Ouest), refusèrent de rembourser les emprunts russes, et menèrent une féroce politique anti-religieuse (semblable à celle de la Convention montagnarde en 1792-1794). Comme, aux yeux des mêmes, ce furent encore des juifs qui furent à l'origine des révolutions "rouges" qui éclatèrent en Europe en 1918-19. Cette croyance fut bien intégrée par les nazis qui, lors de la guerre contre l'URSS, en 1941-1945, firent systématiquement liquider les commissaires politiques de l'Armée rouge, réputés juifs.

 

8. Les "socialo-communistes" firent florès, dans la presse de droite, à partir du Programme commun de 1972. Le rapprochement ne laisse pas de surprendre lorsqu'on se remémore les rapports conflictuels entre les deux partis : de l'atlantisme du P.S. et de la SFIO, à la répression violente des grèves de 1947-48 (menées par la CGT) par le socialiste Jules Moch, des reports dissymétriques de voix entre PS et PC lors des seconds tours des élections, toujours défavorables au PC, aux soupçons de ce même PC que le PS trahissait la classe ouvrière et pactisait avec le patronat, etc. Dans l'alliance des deux termes, "communiste" est le signifiant et "socialiste" le signifié. Autrement dit, les socialistes ne sont que le paravent, le faux nez, le jouet des communistes qui, lorsqu'ils arrivent au pouvoir, sont censés imposer aux Français un régime à la soviétique. On a vu ce qu'il en advint, en réalité, lors du premier mandat de Mitterrand...

 

9. Sur cette très féconde matrice "socialo-communiste" est venue se greffer, depuis quelques années, "l'écolo-communisme" : jamais à court d'imagination, en l'occurrence poétique, la droite a présenté les écologistes, tels des pastèques, comme le nouvel avatar des communistes : verts à l'extérieur, rouges à l'intérieur. Alors que, pendant longtemps, les communistes furent partisans d'une industrie lourde et d'une énergie abondante reposant sur des ressources fossiles (la CGT et le PC ayant de forts soutiens parmi les mineurs) et, plus récemment sur le nucléaire. Et que les électorats des deux partis - au moins jusqu'à une époque récente - sont sociologiquement éloignés l'un de l'autre : paysans, ouvriers, employés, petits fonctionnaires pour le P.C., "bourgeois-bohêmes" instruits, aux bons revenus pour les écologistes.

 

10. Ce long exorde n'est là que pour illustrer le caractère hasardeux, bancal, biscornu (à la limite de la poésie...) des créations sémantiques de la droite lorsqu'elle qualifie ses adversaires. Et l'islamo-gauchisme ou l'islamo-gauchiste [on y arrive...] n'est que la dernière de ces inventions. En quoi est-il biscornu ?

 

11. Il l'est en ce qu'aucune de ses composantes - islamisme et gauchisme - ne semble (bien au contraire !) s'aventurer sur le terrain de l'autre. Les déclarations des leaders de Daech ou d'Al-Qaida (ou de leurs rares épigones en France), ne frappent pas par leur insistance à réclamer un alourdissement de l'impôt sur les riches et sur les entreprises, la prise en main, par la collectivité (pas nécessairement par l’État) des moyens de production, des réseaux, des banques, la planification de l'économie, l'égalisation des revenus et des patrimoines, etc. Tout se passe comme si les questions sociales et économiques n'existaient pas pour eux. Dans le domaine sociétal, réciproquement, on n'a guère remarqué que les islamistes prônaient le féminisme ou manifestaient une complaisance pour les revendications LGBTQI, que portent souvent les gauchistes. Bien au contraire, on peut même avancer que, dans le domaine sociétal, les idées, les conceptions, les visions du monde de l'islamisme et du gauchisme sont rigoureusement antagonistes.

 

12. Dans l'expression "islamo-gauchiste", contrairement à celle de "socialo-communiste", où c'est le second adjectif qui donne son sens à l'ensemble, ici, c'est "l'islamiste" qui leste le "gauchiste" d'un poids, comme lorsqu'on attache une pierre au cou d'un condamné pour le couler au plus vite. Pour déconsidérer le "gauchiste", qui apparaît comme l'ennemi absolu en ce qu'il s'oppose point par point aux idées et conceptions de la droite (socialement, économiquement et sociétalement), quoi de mieux que de l'amalgamer à l'étranger radical ? Étranger radical en tant que "non-Blanc" (car arabe, africain ou proche-oriental), étranger radical en tant que porteur d'une religion exotique, voire hostile aux valeurs occidentales (l'Islam) et, surtout - ce qui est passé sous silence - étranger radical en tant que miséreux, avide, profiteur, incapable, paresseux et jaloux, qui va vider les caisses de l’État et de la Sécurité Sociale au détriment des "Français-de-souche-pauvres-et-méritants." Et qui va imposer la charia voire - encore pire ! - procéder au Grand Remplacement...

 

13. Que cache le concept d'islamo-gauchisme ? Il cache des sentiments peu recommandables : la haine de classe, la xénophobie, le racisme, l'intolérance. On s'explique : jadis, sous l'Ancien Régime et encore au XIXe siècle, les classes pauvres représentaient une part considérable de la société. Ces classes voisinaient avec toute une couche d'errants, de mendiants, de déclassés, et il suffisait d'une crise frumentaire, d'un hiver trop froid, d'un été trop sec ou trop humide, pour faire basculer les classes les plus pauvres dans la couche des déclassés. Il se formait alors une masse d'errants, cherchant à tout prix leur pitance, et d'autant plus redoutables qu'ils étaient nombreux et n'avaient alors plus rien à perdre. Ce sont eux (ou leurs fantasmes) qui suscitèrent la Grande Peur de l'été 1789, et eux aussi, baptisés "classes dangereuses", qui inspirèrent aux bourgeois du XIXe siècle une férocité de classe à la hauteur de leur frousse : d'où, entre autres, les massacres des journées de Juin 1848 (15 000 morts, tout de même...), de la Commune, en 1871, de la fusillade de Fourmies, en 1891 (10 morts).

 

14. Aujourd'hui, même si le nombre de Français pauvres est encore élevé (trop élevé), le progrès économique et les lois sociales en ont réduit le nombre. Du coup, la peur des miséreux s'est transférée sur le Tiers monde, dont on a gonflé démesurément le nombre, le taux de natalité, et, surtout, la quantité de migrants vers l'Europe. Or, nombre de ces migrants étant originaires du nord de l'Afrique, de l'Afrique sub-saharienne, du Proche et du Moyen-Orient, où l'Islam est prédominant, il s'est vite établi une équivalence multiple : "Islam = masses innombrables = pauvreté = ignorance = fanatisme". La crainte de l'islamisme est le déguisement honorable de la haine de classe, comme la qualification "d'islamiste" est, pour la droite, une manière polie de dire "bougnoule", "bicot" ou "nègre"... en se drapant dans les plis de la laïcité et du féminisme.

 

15. Et l'islamo-gauchisme, dans tout ça ? Si l'islamisme représente un "danger" (danger de terrorisme, de subversion, de transformation de la société...), l'islamo-gauchisme, lui, est une ignominie. C'est une ignominie du fait qu'il émane de Français (qu'on n'ose dire "de souche"...), bien blonds, bien blancs, bien propres sur eux (comme les jeunes scouts, chevaliers ou croisés, pâles, longilignes et dolichocéphales des illustrations de Pierre Joubert) et qui forment les bataillons de la Cinquième colonne, ceux qui ouvrent les portes de la Cité à l'ennemi, c'est-à-dire ceux qui sont des traîtres, pactisant avec les ennemis de leur classe, de leur "race", de leur patrie ou de leur religion.

 

16. A cet égard, l'invention de "l'islamo-gauchisme" s'inscrit dans une longue lignée de l'imaginaire de la traîtrise, vue de l'extrême-droite, lignée qui commence avec le duc d'Orléans, Philippe-Égalité, traître à sa classe, à son roi (et en même temps cousin), qui se poursuit avec le capitaine Dreyfus, traître à l'Armée et à la Nation, puis avec le Parti communiste, parti de "l'étranger", marqué du surnom infamant de moscoutaire, puis avec l'universitaire Georges Boudarel, censé avoir pactisé avec le Vietminh contre ses compatriotes prisonniers après la bataille de Dien Bien Phu, puis avec les "porteurs de valises", ces Français qui, durant la guerre d'Algérie, aidèrent le FLN. Et qui, inépuisablement, se prolonge avec Daniel Cohn-Bendit (marqué de sa double tare de juif et d'Allemand), et se clôt (sans doute provisoirement...) avec l'ancien Premier ministre et maire de Bordeaux Alain Juppé, caricaturé en Ali Juppé, en raison de sa supposée connivence avec l'Islam politique.


 

Sur le concept d'islamo-gauchisme, par Philippe Arnaud

 

17. La droite française de toute nature (politique, ultralibérale, conservatrice, catholique...) met en la matière d'autant plus d'ardeur à débusquer le pacte avec l'étranger chez ses adversaires qu'elle a, de son côté, beaucoup à se faire pardonner. En effet, depuis ces premières guerres "idéologiques" (que je qualifie ainsi faute de mieux) que furent les guerres de religion, les Français les plus conservateurs et les plus réactionnaires n'ont cessé d'en appeler à l'étranger pour remettre leurs compatriotes au pas :

 

- A l'époque des guerres de religion, lorsque les ultra-catholiques de la seconde Ligue (1585-1598), pour ne pas avoir à reconnaître l'hérétique Henri de Navarre (futur Henri IV) comme roi, firent appel au roi d'Espagne Philippe II, pourtant ennemi de la France  - contre une majorité de Français lassés par près de 40 ans de guerres civiles - pour imposer un roi catholique à leur convenance.

 

- Ce furent les mêmes ou leurs descendants qui, durant le règne d'Henri IV, complotèrent avec l'Espagne, puis, pendant la guerre de Trente ans, complotèrent contre Richelieu, qui avait commis le crime impardonnable de s'allier aux hérétiques suédois et allemands contre les catholiques rois d'Espagne Philippe III et Philippe IV, respectivement père et frère de la reine de France Anne d'Autriche,

 

- Un siècle et demi plus tard, de 1789 à 1815, les nobles, prêtres et prélats et autres Émigrés contre-révolutionnaires ne retrouvèrent leurs terres, leurs statuts et leurs fonctions (et encore partiellement) qu'en rentrant dans "les fourgons de l'étranger", c'est-à-dire grâce aux armées de l'empereur d'Autriche, des rois d'Angleterre et de Prusse, du tsar de Russie, dans les rangs desquels ils servirent parfois contre leurs compatriotes français.

 

- En 1871, Thiers négocia avec Bismarck, qui fit alors libérer 60 000 soldats français prisonniers, qui s'ajoutèrent aux 12 000 dont disposait déjà Thiers pour écraser la Commune de Paris lors de la Semaine sanglante du 21 au 28 mai 1871.

 

- En 1940-1944, la défaite de la France amena au pouvoir un gouvernement de Collaboration (qui, à l'abri des baïonnettes allemandes, s'en prit à toutes les mesures inspirées par l'esprit de 1789, à commencer par l'abolition de la République et au procès intenté aux dirigeants du Front Populaire).

 

- En 2003, lorsque le gouvernement de Jacques Chirac refusa de participer à la guerre d'agression de George Bush II contre l'Irak, il fit l'objet d'une opposition véhémente de Démocratie libérale et de son président Alain Madelin, très pro-Américains. Il y eut même un site ultralibéral francophone pour souhaiter que les Américains se souviennent du refus français de participer à cette guerre et "punissent" la France en conséquence.

 

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11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 06:12

Ces Verts lyonnais sont délirants. Il s'est installé ces dernières années une espèce de souk autour de la station de métro Guillotière. On n'y vend pas que des T-shirts et des savonnettes. On y vend toutes sortes de drogues ... et des femmes ! Les vendeurs viennent principalement d'Afrique noire, d'Europe de l'Est et d'Asie.

 

Bulgares, Albanais, Afghans tiennent le haut du pavé. Un marché de la misère pour des pauvres hères qui ont atterri à Lyon et dont on se demande comment ils pourront en repartir. Et puis des fournisseurs invisibles qui ne connaissent ni les mots patente ou sécurité sociale et qui s'en mettent plein les poches.

 

Je passe plus jamais dans le coin car je suis harcelé de manière pressante par des vendeurs de “ Mabro ” (Marlborough). Mes filles ne prennent plus jamais le métro à Guillotière, de même qu'elles n'en sortent plus car elles font l'objet de sifflets, de remarques déplacées.

 

Les riverains sont fous : il y a quelques années, ils ont payés un bon prix des appartements désormais invendables.

 

Au fait : il m'est arrivé de discuter avec quelques-uns de ces détaillants. Deux sur trois sont en situation illégale.

 

 

REPRIS DE LYON MAG :

 

Lyon : la mairie prête à légaliser le marché clandestin de la Guillotière plutôt que de l'interdire ?

La plupart des vendeurs à la sauvette et ceux du marché sauvage plient alors bagage, se cachent, puis reviennent dans la foulée.

 

Une situation qui n'est bonne pour personne, à commencer par les habitants qui, aux côtés de la mairie de Lyon, cherchent donc des solutions.

 

Dans le compte-rendu d'un atelier de la concertation "Mieux vivre la place du Pont" dont nous nous sommes procuré les points importants, on apprend que Grégory Doucet et sa majorité écologiste réfléchit à la possibilité de légaliser ce marché, en faire un marché des biffins comme à Paris. Un véritable aveu de faiblesse pour plusieurs participants de ces ateliers, et notamment des membres du collectif Guillotière en colère qui dénonce une concertation fantôme, visant à faire passer la pilule plus facilement. "Une idée sortie de nulle part" par Fanny Dubot, maire du 7e arrondissement, qui estime que "le réprimer tous les jours ne résout pas le problème" et que le mieux est de le déplacer et "l'encadrer" sans pour autant "soutenir une activité illicite". "C’est un travail à mener avec différents acteurs", promet le compte-rendu.

 

Un nouvel atelier est prévu le 16 mars. Et il promet d'être explosif, maintenant que tout le monde connaît les ambitions de la Ville de Lyon de promouvoir un marché de la misère à la Guillotière.

 
 
Légaliser un marché maffieux : le projet du maire de Lyon ?
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9 mars 2021 2 09 /03 /mars /2021 06:00

Je reprends ici un article d'Éric Juillot publié par le site Les Crises

« Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité. » Ce principe, inscrit dans le préambule de la Constitution de 1946, a toujours valeur constitutionnelle, puisqu’il a été repris dans les premières lignes de l’actuelle loi fondamentale.

On pourrait croire, dès lors, qu’il est impossible pour le législateur de le contourner. Mais la construction européenne est passée par là. Depuis le milieu des années 1980, à chaque fois que nos gouvernements ont eu à choisir entre l’UE et la Constitution de la République, ils ont opté pour la première au détriment de la seconde. L’actuel projet de démembrement d’EDF n’est que le dernier exemple en date de cet esprit de soumission.

Un précédent exemplaire : GDF

Tous les grands groupes publics créés au moment de la Libération [1], conformément aux engagements du Conseil National de la Résistance [2], ont été méthodiquement démantelés et/ou offerts au privé ces dernières décennies, sans que jamais les citoyens ne soient appelés à exprimer leur volonté sur ce sujet éminemment politique. Le processus a commencé dès 1986-1987, parallèlement à l’adoption de l’Acte unique européen, dans les domaines industriel (Saint-Gobain) et bancaire (Paribas, Suez, Société Générale)[3].

Il a été poursuivi jusqu’à aujourd’hui par tous les gouvernements, sans discontinuer [4]. Le secteur de l’énergie a été concerné à partir de 2000, lorsque le gouvernement Jospin transposa en droit français les directives européennes de 1996 et de 1998 qui imposaient la libéralisation de ce secteur et son ouverture à la concurrence à hauteur de 30 % (en attendant 70 % à partir de 2004).

Aucun argumentaire sérieux, ancré dans la rationalité économique, ne fut jamais mis en avant pour justifier le démantèlement de ce vaste secteur public. Pour obtenir le ralliement du personnel politique, il suffisait d’évoquer les généralités creuses du nouveau paradigme néolibéral, discréditant l’État pour sa prétendue impotence ­ alors que toutes les entreprises privatisées excellaient dans leur domaine respectif­ , vantant les vertus du capitalisme actionnarial, la nécessité de partir à la conquête du monde, le changement pour le changement ou, plus prosaïquement, la politique d’expédients par laquelle l’État, rendu impécunieux par la croissance molle née de ses choix macro-économiques, tentait en privatisant de se reconstituer à court terme quelques marges de manœuvre budgétaires. Une politique d’expédients érigée en modèle de gestion : Du grand art !

Ainsi engagea-t-on, sans jamais l’avouer, le principe du service public sur une dynamique de déclin. Pilier dans notre pays de la justice sociale, il fut ­ et il est encore ­ insidieusement remis en cause, voué à reculer sans cesse pour cause d’incompatibilité foncière avec les canons d’une idéologie dominante peu soucieuse d’égalité. Ceux qui auraient pu, à l’échelle syndicale ou politique, s’opposer à cette régression étaient de toute façon condamnés à l’accepter sous la pression juridique des autorités bruxelloises ou sous le poids moral du projet européen : personne ne pouvait raisonnablement refuser de se soumettre au surmoi européiste qui dominait les esprits.

Tout au plus était-il possible de négocier avec Bruxelles quelques détails, d’obtenir quelques délais pour mieux manœuvrer l’opinion publique, que l’on rassurait par ailleurs en formulant des engagements solennels tout à fait mensongers. La grande cause de « l’Europe », glorieusement matérialisée par la « concurrence libre et non faussée » des traités, justifiait amplement cette pratique malhonnête. Nicolas Sarkozy, alors ministre des Finances, s’illustra de cette manière en affirmant le 6 avril 2004 à l’Assemblée nationale : « Je redis qu’EDF et GDF ne seront pas privatisés [5] ». Puis au Sénat le 27 avril suivant : « Il n’y aura pas de privatisation d’EDF ni de GDF, et ce pour une raison simple : EDF et GDF ne sont pas des entreprises comme les autres [6] ».

En 2007, devenu président de la République, il privatisa GDF en acceptant sa fusion avec Suez [7], instaurant le règne tout-puissant des actionnaires sur la conduite de la nouvelle entreprise [8].

Treize ans plus tard, à propos du démembrement d’EDF cette fois-ci, Barbaba Pompili, ministre de la Transition écologique, affirme, bravache, n’avoir aucune « certitude de parvenir à un accord [9] » avec la Commission européenne. Que peut-on en penser ?

Un projet orwellien

On ne saura jamais dans quel cerveau a jailli cette idée, mais c’est ainsi : il a été décidé que le projet de démembrement d’EDF porterait un nom, et qu’il s’appellerait « Hercule ». Quoi de mieux, pour mettre fin à l’existence d’un géant national, deuxième producteur mondial d’électricité, que de convoquer la figure du demi-dieu de la mythologie gréco-romaine ? La tentative d’enfumage est si grossière qu’elle ne dupera personne, mais elle a le mérite de révéler l’extraordinaire présomption de ses auteurs, convaincus qu’il est possible de continuer à pratiquer ce genre d’inversion à la Orwell, comme ils le font depuis des décennies.

Or, ce qui était accepté au cours de la phase ascendante du néolibéralisme ne passe plus dans le contexte de son déclin, lorsque le gouffre séparant les promesses et les réalisations concrètes de cette idéologie est constaté par le plus grand nombre. Ce détail pourrait sembler anecdotique ; il est au contraire très révélateur : nous ne sommes plus en 1986 ou en 1992, mais en 2021 et le néolibéralisme économique, contesté de toutes parts, disparaît sous nos yeux. Hercule pourrait bien être l’opération qui, par son échec, marquera la fin de son hégémonie en France…

Avec ce projet, donc, EDF doit être tronçonnée en trois branches, EDF « bleu » pour les centrales nucléaires et le réseau de transport, EDF « azur » pour les barrages hydroélectriques et EDF « vert » pour les activités commerciales, la distribution d’électricité et les énergies renouvelables. La première branche resterait publique à 100 %, mais l’avenir de la deuxième est très flou la commission insistant depuis plusieurs années pour l’ouverture au privé du secteur hydroélectrique [10].

Quant à EDF vert, il serait coté en bourse pour une fraction de son capital, minoritaire à ce stade. J-B Lévy, le PDG d’EDF, peut bien affirmer devant les députés, en jouant sur les mots, qu’il n’y aura « aucune privatisation », son projet prévoit explicitement d’en entamer le processus une tactique éprouvée depuis trente ans au moins.

La « réforme » est nécessaire, selon J-B Lévy, pour permettre à EDF de surmonter son endettement et de trouver les financements nécessaires à des investissements massifs dans les renouvelables. Soit. C’est oublier un peu vite que cet endettement est le produit de la politique de dérégulation du secteur de l’énergie à partir des années 1990, qui a incité ­ course au gigantisme oblige ­ les dirigeants d’EDF à multiplier les acquisitions de concurrents étrangers en recourant à l’emprunt.

La dette est ainsi passée de 15 milliards d’euros en 2006 à 42 en 2009 ­ soit un montant équivalent, au demeurant, à la dette actuelle. Autre effet pernicieux de la dérégulation, une pratique tarifaire aberrante, imposée par la Commission européenne dans le seul but de développer la concurrence dans un secteur où elle est pourtant difficilement envisageable [11].

Dans le cadre de l’ARENH (« Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique [12] »), EDF est ainsi contrainte de vendre son électricité nucléaire à ses concurrents à un prix trop bas, de 42 euros/kWh, aggravant de façon chronique l’endettement du groupe. Le PDG d’EDF fait de la remise en cause de ce dispositif baroque une priorité à juste titre, mais le conflit avec la commission, qui y voit le seul moyen de casser le monopole d’EDF, est inévitable.

Si cet objectif de refonte de la pratique tarifaire imposée à EDF est éminemment souhaitable, le tronçonnage du groupe en trois éléments relève d’une logique industrielle douteuse, caractéristique des compromis boiteux auxquels aboutissent la commission et le gouvernement français dans ce type de négociations : il est impossible, pour des raisons politiques, de démanteler complètement EDF, mais il est également impensable, la construction européenne étant ce qu’elle est, de laisser intact le monopole de la production et de la distribution électrique en France ; le choix est donc fait d’un entre-deux instable qui permet d’engager une dynamique de délitement tout en affirmant le contraire et en pariant sur le temps.

La financiarisation par l’ouverture au capital privé d’EDF vert est présentée par le gouvernement comme la solution aux importants besoins de financement du groupe dans les années à venir. C’est d’un choix purement idéologique qu’il s’agit, même s’il est présenté sous un jour comptable : l’État a déjà recapitalisé EDF en 2017 [13] et peut procéder à une nouvelle augmentation du capital sans difficulté, d’autant plus aisément qu’il s’endette actuellement à taux négatifs.

Le choix du marché pour financer un groupe public, chargé d’une mission de service public, indispensable à la sécurité énergétique du pays reflète simplement la prégnance de l’idéologie néolibérale dans les esprits. En est-on pourtant encore au stade où les intérêts privés du marché peuvent arracher à l’État un secteur productif d’intérêt général ?

Depuis quarante ans, la France a mieux résisté que d’autres pays à cette hégémonie idéologique ; le déclin du secteur et du service publics organisé par les gouvernements s’est heurté à de vives oppositions sociales et syndicales qui en ont limité l’ampleur.

La lutte contre le démantèlement et la privatisation d’EDF constitue le dernier combat de cette séquence historique à double titre : parce que c’est le dernier grand groupe à faire passer à la moulinette bruxelloise, et parce qu’il n’est pas exclu, cette fois, que Bruxelles soit mis en échec, compte tenu de l’usure des croyances néolibérales. Le changement de paradigme en cours — plus ou moins acté par le président de la République — semble inciter le gouvernement à faire preuve de fermeté et même d’intransigeance.

« Les débats sont intenses [14] » avec la commission affirme B. Le Maire, qui ajoute : « Nous ne transigerons pas sur un certain nombre de points durs qui nous paraissent essentiels au succès de la transformation de cette entreprise ». L’expérience montre cependant qu’au-delà de ces mots, rodomontade classique en ce genre de circonstances, seule une intense mobilisation politique, sociale et syndicale pourra empêcher le néolibéralisme finissant d’accomplir une ultime œuvre funeste pour notre pays. Non à Hercule !

Eric Juillot

 

Projet Hercule : EDF démantelée, Bruxelles enchantée

Notes

1 Entre 1944 et 1948, les nationalisations touchèrent les secteurs stratégiques de la banque, des transports aériens, de l’industrie automobile, de l’énergie (charbon, gaz, électricité) et des assurances.

2 Le programme du CNR de mars 1944 propose « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie » et subséquemment « le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques » : Formules fameuses, passées à la postérité.

3 La privatisation des ces grands groupes fut même vendue à l’opinion comme un moyen de diffuser l’esprit du capitalisme financier dans tous les foyers : chacun était invité à acheter, pour lui ou pour ses enfants, des actions dont certaines stars, débauchées pour l’occasion, vantaient les rendements à venir dans des pages publicitaires à la télévision. Ainsi Catherine Deneuve https://www.youtube.com/watch?v=cupBbKPMmGY

https://fr.wikipedia.org/wiki/Privatisations_en_France

https://www.nouvelobs.com/politique/20060920.OBS2627/quand-sarkozy-promettait-de-ne-pas-privatiser-gdf.html

6 https://www.publicsenat.fr/article/parlementaire/quand-nicolas-sarkozy-s-invite-dans-les-debats-sur-la-privatisation-d-engie-au

7 https://www.humanite.fr/node/377020

8 https://www.lesechos.fr/2013/01/gdf-suez-quand-le-dividende-impose-sa-loi-1096265

https://www.bfmtv.com/economie/projet-hercule-d-edf-pas-de-certitude-sur-un-accord-avec-bruxelles_AD-202102040225.html

10 http://www.gaullistelibre.com/2018/12/plus-de-barrage-contre-les-interets.html#more

11 Comme le rappellent Anne Debregeas et David Garcia dans leur article Qui veut la peau d’EDF ? (Le monde diplomatique février 2021), le secteur de l’électricité est un exemple de monopole naturel, observé « lorsque les coûts fixes qu’engendre la production d’un bien sont très importants et que les coûts moyens baissent très fortement avec l’augmentation de la production, ce qui rend plus compétitive une seule entreprise ».

12 https://entreprises.selectra.info/energie/guides/arenh

13 https://www.lepoint.fr/economie/edf-boucle-avec-succes-sa-recapitalisation-28-03-2017-2115450_28.php

14 https://www.publicsenat.fr/article/parlementaire/projet-hercule-bruno-le-maire-dement-tout-objectif-de-demantelement-d-edf

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4 mars 2021 4 04 /03 /mars /2021 06:21

Ci-dessous une analyse de mon ancien collègue Cornelius Crowley, professeur retraité, Paris X-Nanterre, sur l'élection et la défaire récente de Donald Trump. Il rebondissait sur l'analyse d'un autre collègue de la même université, Pierre Guerlain.

 

Les conditions de possibilité de l'élection de 2016 ont débouché, le 6 janvier 2021, sur une infamie, l'invasion du Capitole par les partisans de Trump. Cette dernière infamie fait suite à bien d’autres, au cours de ces quatre ans.

 

Quelles sont les facteurs   ou conditions mentionnés  par Pierre Guerlain dans son analyse?: « les guerres américaines ; paupérisation et marginalisation, faillite des système de santé et de l'école (qui) ont tout à voir avec des choix budgétaires donc politiques ».

 

Peut-on être en accord avec ce propos sur les conditions  de possibilité d'un événement (élection de Trump, ou brexit 2016), tout en contestant une lecture qui tend à  faire de ces facteurs la détermination nécessaire de quelque chose : élection de Trump, ou brexit, ou bien d'autres événements ?

 

Pour ma part, je souhaiterais interroger l'idée d'une détermination nécessaire de l'histoire présente en train de se faire. C'est, il me semble, faire trop d'honneur à D.Trump (et à ses apppuis dans les médias)  que d'en faire l'effet "backlash"  d'une mondialisation libérale. DTrump est un individu américain. Son agentivité néfaste a été contingente, aucunement nécessaire. Elle est donc d'autant plus à déplorer, si on n'a "pas su l'éviter", se sortir du piège. Nous ne sommes pas démunis, les événements ne relèvent pas d'une détermination irrésistible. Présent ouvert.

 

Mais dans ce cas, nous sommes moins bien outillés, conceptuellement,  pour "expliquer" (la présumée nécessité de ) ce qui  arrive.  Trump (ou le consensus pro-brexit)  me semblent autre chose que l'effet linéaire et déterminé d'une mondialisation libérale en amont. Car si c’est le cas, toute critique de TTrump se dilue et s'invisibilise dans la critique (justifiée) du stade actuel d'une mondialisation néolibérale.

 

Dans ces deux cas récents (et dans d'autres), la réponse  à la crise du présent  est passée  par le retrait et la fermeture. Et cette réaction charrie, dans le cas britannique ou américain,  les vestiges d'un postulat exceptionnaliste anglophone. 

 

Les équivalents français sont là, bien visibles depuis la fin du 19e siècle, ou depuis les années 1940: une tonalité autre, encore plus doloriste, méchamment nostalgique : une version française de l’infamie exclusive.

 Or dans l'analyse du récent exemple américain, il y a peut-être un saut, trop vite négocié,  dans l'analyse des faits sociaux,  quand on passe de la présentation des "conditions de possibilité"  de l'élection Trump à la construction d'une détermination qui paraît inéluctable. Trump comme effet d’une mondialisation néolibérale.

 

De telles difficultés se posent moins, si on enseigne sur la Renaissance ou le XVIIe siècle. Mais  en essayant de faire cours devant les étudiants, un cours portant sur le monde qui se fait et qui se défait, qui est objectivement en crise (nous ne pouvons pas l’ignorer),  il nous reste à aborder, sans chercher à la "confiner" et à la déterminer dans nos schémas d’explication, l'histoire en train de se faire.

 

Ainsi l’élection  de Trump était-elle  évitable en 2016. Raison de plus de pointer les capitulations ayant facilité cet événement.  Et les émeutes du 6 janvier sont  aussi calamiteuses, et étaient  aussi évitables, que les émeutes analogues du 6 février 1934 à Paris.  

 

L'indétermination du temps présent, c'est  ce avec quoi  "nous vivons" et ce devant quoi nous enseignons.   Et c’est là que s'exerce l’appréciation éthique portant sur l’histoire en train de se faire.

 

Il reste un critère,  pour pouvoir décider "que faire ?" si on accepte (peut-on la refuser?) la responsabilité d'un présent ouvert et si on déplore  la captation du présent par les projets politiques les plus fermés, les plus pétris de ressentiment  et de xénophobie.

 

Le critère est le suivant : le passage au-delà  d'une mondialisation "néolibérale" se fait et se fera par une extension des solidarités. Pas autrement. Certainement pas par un reconfinement identitaire.   Et cela veut dire que toutes les avancées  allant dans le sens  de la dignité et de la manifestation des libertés, d'autonomie discrétionnaire dans les orientations, cis et transgenre, que les évolutions dites "sociétales" ont heureusement permises, sont à chérir. Société arc-en-ciel, sans surplomb. Sans dolorisme. sentimental. dans la nostalgie d’un monde d’avant.

 

Dans l’analyse des faits sociaux du présent, ceux d’un monde interconnecté et interculturel, nous pouvons éviter la projection d'une détermination qui explique tout, mais  qui nous enlève notre modeste part de responsabilité. Trump était évitable. Le monde n'a pas su l'éviter.  Cette calamité n'était nullement déterminée. En tout cas bien moins qu’une calamité comme la pandémie, que l’on  ne peut réduire à un statut de châtiment ou jugement de "la mondialisation" néolibérale. Même si, comme toute épreuve, elle nous inflige des leçons utiles, de solidarité nécessaire.

 

Si le passage au-delà d'une mondialisation  néolibérale  ne peut se faire que par une extension des solidarités, elle doit se faire "par la gauche", dès lors que la gauche se  montrera aussi  ouverte en son projet qu'en ses procédures  épistémologiques et son souci éthique. On ne peut que se réjouir  de l'extension actuelle et tardive, que l'on espère pas trop tardive, d’une conscience de co-appartenance : destinée commune, élargie au vivant autre qu'humain.

 

Pardonnez la longueur, mais les journées de confinement s’étirent  et malgré une goût pour le retrait et la retraite, je souhaite, dans le cadre d’un débat nécessairement libre, postuler que l’avenir et le présent relèvent de l’incertain, donc de notre responsabilité. On peut ensuite interroger les manques de ce postulat, pour essayer  de mieux penser notre crise du présent. Mais je resterai à la fois internationaliste et possibiliste, rétif aux schémas linéaires et fermés.

 

Sur les décisions ministérielles ayant provoqué ces débats, je dirai mon attachement aux débats  libres et contradictoires. Sans cadrage préalable par les autorités gouvernementales, pas plus que par les présidences d’université  ou des directions de composante et de département, qui ont déjà à assumer le défi consistant à faire  que l’institution tienne debout. Cette mission aussi est nécessaire.  Rassurez-vous : un tel cadrage local, je ne l'ai jamais connu. 

 

En attendant ,je serais pour que cent fleurs puissent éclore.

 

 

Trump était évitable.  Le monde n'a pas su l'éviter, par Cornelius Crowley
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