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20 décembre 2019 5 20 /12 /décembre /2019 06:22
 Par Jacques Littauer. Analyse inspirée par Les Économistes atterrés. Le premier d'une série de cinq articles. Très intéressant.

 

En France, dès qu’il s’agit du système des retraites, on entend un peu tout et n’importe quoi, surtout quand il est question de réformer ledit système. Du coup, le camarade Jacques Littauer a eu envie de tirer les choses au clair, alors qu’un mouvement de contestation de grande ampleur se prépare dans le pays, avec comme (premier) point d’orgue une grève générale des transports le 5 décembre.

Le système coûte-t-il vraiment top cher ? Faut-il absolument repousser l’âge du départ à la retraite ? Les régimes spéciaux doivent-ils être supprimés au nom de l’égalité républicaine ? Autant de questions auxquelles vous trouverez les réponses ici, à raison d’un nouveau billet chaque jour du 25 novembre au 5 décembre. Bref, aucune excuse pour ne pas être incollable sur la question. 

 

 
Réforme des retraites : Le déficit  ? Quel déficit  ?

Comment serait-il possible de financer les pensions de nos vieux, et les nôtres, à nous actifs, demain ? Im-po-ssi-ble, évidemment. Sauf que. Le déficit annoncé pour 2025 est de 27 milliards d’euros. Vous ne savez pas ce que c’est, 27 milliards ? Moi non plus. Mais nous devrions tous savoir que Lionel Jospin avait créé le Fonds de Réserve des Retraites. Ce fonds, c’est nous qui l’avons alimenté avec notre pognon, en lui filant chaque mois des cotisations sociales. 

  • Or ce fonds, dont personne ne parle, se porte très bien. Il a aujourd’hui sur son compte en banque 32 milliards d’euros. 32, c’est plus que 27, non ? « L’urgence » brandie par le gouvernement… n’existe pas.
  • Plus fort : Jospin n’a pas été le seul à être prévoyant. Vous connaissez l’Agirc-Arrco (Association générale des institutions de retraite des cadres – Association des régimes de retraite complémentaires) ? Ce sont des caisses complémentaires à la Sécu, privées, auxquelles des millions de personnes cotisent. Elles aussi ont mis des sous de côté. Et pas qu’un peu : 116 milliards d’euros. En plusdes 32, oui oui.
  • Je continue : en 1996, un machin a été créé afin de gérer la dette de la Sécu. Il s’appelle la Cades, pour Caisse d’amortissement de la dette sociale. En 2024, cette caisse aura fini de rembourser la dette de la Sécu. De ce fait, comme l’a signalé son Président, Jean-Louis Rey, « en 2024, ce sont l’équivalent de 24 milliards d’euros qui seront disponibles. Aucun gouvernement ne s’était trouvé historiquement avec une telle manne !  ». 24 milliards, en plusdes 116 et des 32 ? Comme je vous dis. (Tous ces chiffres sont tirés de l’excellent article de Christian Eckert, ancien secrétaire d’État de Hollande au Budget et aux Comptes publics, qui, si si c’est possible, est un homme compétent et honnête. Vous pouvez aisément les vérifier).
  • Enfin, si vous lisez ce résumé du dernier rapport du Conseil d’Orientation des retraites, le COR, vous verrez – page 16– que le déficit du système ne sera de 27 milliards d’euros en 2030 que dans le pire des cas. Selon les autres scénarios, il pourrait n’être que de 13 ou 19 milliards. Étonnamment, le gouvernement n’a retenu que le pire.
  •  

Conclusion : sans rien changer à rien, notre système de retraites est parfaitement viable au moins jusqu’en 2050, facile.

 

Réforme des retraites : la solution c’est l’emploi  !

 

Plusieurs mesures simples à suivre

Tout d’abord, responsabiliser les entreprises. D’un côté, on nous demande d’aller à l’usine jusqu’à 70 ans, et, de l’autre, les boîtes vous virent, dès 50 ans. Il y a un petit problème, là, non ? Les entreprises devraient avoir un plan d’accompagnement du vieillissement de leurs salariés, les former de manière permanente, les faire évoluer, aménager leurs tâches et leurs temps de travail au fil de leur vie. Et être lourdement sanctionnées financièrement quand elles ne prennent pas soin de leurs salariés comme elles le devraient.

 

Deuxième piste : le travail des femmes. De nombreuses femmes restent à la maison, ou sont condamnées au travail à temps partiel, parce qu’elles n’ont pas de solution de garde pour leurs enfants, alors que leur homme est retenu tard le soir au Bar-PMU ou à des « réunions extrêmement importantes tu comprends ». Une solution simple est d’assurer une place à chaque enfant en bas âge, partout en France, toute la journée. Et d’étendre les heures de garde à la maternelle, et à l’école primaire, partout aussi, et notamment dans les banlieues, afin de permettre aux mères de se rendre à leur travail, parfois éloigné.

 

Troisième piste : lutter, enfin, contre les discriminations. Savez-vous que, si vous êtes Tunisien, vous ne pouvez pas être prof de maths titulaire  ? Car il faut être Français, môssieur – ou ressortissant d’un pays membre de l’Union Européenne – pour enseigner Pythagore. Et ce n’est pas que dans le public. Dans les si mal nommées professions « libérales », on s’arrange aussi pour exclure les pas Français, en leur demandant de posséder des diplômes gaulois. (Par contre, pas de problème pour les exploiter comme précaires, comme à l’hôpital). Au total, pas moins de 5 millions d’emplois sont fermés aux étrangers. Mettre fin à cette discrimination leur permettrait de bosser, et donc de cotiser à la retraite de Mamie Ginette.

 

Enfin, le plus évident : nous vivons dans une situation absurde où des millions de personnes sont sans emploi, tandis que des besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits. Or le chômage tue, donc c’est un peu dommage. Des tâches urgentes, elles, vraiment, il y en a à la pelle : logements pour les millions de mal-logés ; développement massif des transports en commun ; isolation des bâtiments ; passage à une agriculture 100 % biologique…

 

Réforme des retraites : On est les champions du monde  !

Le système de retraite français a accompli la plus gigantesque réduction de pauvreté de toute notre histoire. Il y a quelques décennies, seuls les rentiers, les propriétaires terriens, les commerçants ou les agriculteurs qui pouvaient revendre leur affaire, disposaient d’une bonne situation lorsqu’ils ne pouvaient plus travailler. Pour les autres, être vieux signifiait être pauvre. Parce que la retraite était soit inexistante, soit très faible.

 

Puis des hommes et des femmes, dont beaucoup de droite, se réunirent, grâce aux Nazis, dans le Conseil National de la Résistance. Puis des gens comme Alexandre Parodi, dont la vie nous est longuement présentée à l’école, ont créé la Sécu.

 

Grâce à eux, aujourd’hui, un salarié dont le salaire net s’élève à 1 300 € par mois coûte, en réalité, à son employeur, 2 200 € chaque mois ! Impressionnant, non ? Où vont les 900 € de différence ? Dans les caisses de la Sécu. C’est ce que l’on appelle, si l’on est lucide, du « salaire socialisé », ou du « salaire différé ». Si l’on est un patron, on dénonce ces insupportables « chââârges ».`

 

« Tu seras bien content s’il t’arrive quelque chose »

 

Ces sommes, d’un montant inouï en effet, nous sont rendues lors des aléas de l’existence : allocations chômage, remboursements de frais de santé, accès à la formation, allocation adulte handicapé, allocations familiales, soins gratuits aux urgences, congé maladie, congé maternité, etc. Et, bien sûr, pensions de retraite. Si vous n’êtes jamais au chômage, jamais malade, jamais pauvre, jamais enceinte, et que vous mourrez le soir de votre pot de départ à la retraite, on ne vous rembourse pas.

 

Une leçon évidente, mais souvent oubliée, de tout cela, c’est que ce n’est pas « l’État » qui nous verse notre retraite. Nous nous la versons à nous-mêmes, puisque les sommes qui nous sont versées à la retraite correspondent à celles qui ont été prélevées sur notre salaire alors que nous étions jeunes. 

 

Certes, ce sont les employeurs qui font des chèques à l’URSSAF (Union de Recouvrement pour la Sécurité Sociale et les Allocations Familiales), l’organisme qui collecte les cotisations sociales auprès des boîtes. Mais cet argent, les patrons le prennent sur notre salaire, par sur leurs profits  !

 

Reprenons notre exemple du salarié à 1 300 € net par mois. Son salaire brut est de 1 660 € par mois. Cette personne se fait piquer, rien que pour sa retraite, 187 €, tous les mois (voir infographie). Si cette cotisation n’existait pas, M. Macron toucherait tous les mois 1 487 €. Vous croyez qu’il en épargnerait spontanément 187 € pour ses vieux jours  ?

 

La plus grande force du système de Sécu, c’est celle-là : nous prendre, sans nous demander notre avis, plein de thunes sur notre salaire, pour nous forcer à disposer d’une retraite lors de nos vieux jours. Cela s’appelle le paternalisme (désolé les femmes), et ce n’est pas vraiment au goût du jour. Mais si vous levez la tête, vous verrez que le paternalisme est un élément essentiel de notre bonheur et de notre liberté. 

 

Réforme des retraites : un système à mauvais points

 

Les arguments du gouvernement en faveur de la retraite à points sont la « simplicité » et « l’égalité ». La réalité est autre : il s’agit de mettre en place un système qui garantisse au gouvernement que les dépenses de retraite ne vont pas augmenter dans l’avenir. Comme les retraités seront de plus en plus nombreux, cela veut dire que les pensions vont baisser.

 

Pour cela, le gouvernement veut prendre le système des retraites des mains des syndicats et du patronat, pour le gérer tout seul à l’Élysée. Et décider, peinard, de baisser nos retraites quand il en aura envie. Et il en aura très envie, le bougre.

 

La vie, c’est trop long

 

L’inconvénient majeur du système à points est qu’il prend en compte l’ensemble de la carrière. Cela peut sembler logique. Mais cela veut dire que nous n’avons plus le droit à l’erreur : se retrouver au chômage, travailler à mi-temps, ou s’arrêter de travailler pour se consacrer à sa collection de timbres se paiera cash au moment de la retraite, c’est-à-dire durant une période qui durera tout de même 20 ou 30 ans pour beaucoup d’entre nous… 

 

Une disposition qui va pénaliser des millions de femmes, qui « choisissent » bêtement de moins travailler, ou de moins faire carrière, ou de s’arrêter carrément pour s’occuper de leurs enfants, de leurs parents, de leurs frères et de leurs sœurs, ouh, ouh c’est le bonheur.

 

De plus, et paradoxalement, pour un gouvernement qui ne cesse de vanter « une société ouverte où chacun a ses chances », le système par points signifie que celui qui a eu le malheur de commencer sa carrière salariale au bas de l’échelle va être pénalisé. Ainsi, entre deux ingénieurs, payés pareil, qui prennent leur retraite au même moment, celui qui, fils d’ouvrier, a commencé avec un CAP aura une pension de retraite beaucoup plus petite que celui, fils de prof, sorti d’une grande école. Ce n’est pas, ou nettement moins, le cas dans le système actuel, où « seules » les 25 meilleures années sont prises en compte dans le privé. Et, les six derniers mois pour les fonctionnaires.

 

Ceux-ci justement seront les plus grands losersde la réforme. Les profs, en particulier, perdront, dans certains cas, un quart de leur retraite. Mais ce n’est finalement pas cher payé pour des gens qui bossent, au maximum, à mi-temps toute leur vie. (Je plaisante, j’en suis un  !).

 

Papa, pourquoi t’es déjà mort ?

 

Lisons cette publication de l’INSEE (de 2018) :

« Plus on est aisé, plus l’espérance de vie est élevée. Ainsi, parmi les 5 % les plus aisés, l’espérance de vie à la naissance des hommes est de 84,4 ans, contre 71,7 ans parmi les 5 % les plus pauvres, soit 13 ans d’écart. Chez les femmes, huit ans séparent les plus aisées des plus pauvres  ».

 

Est-ce que ce n’est pas complètement dingo cette histoire ? On ne parle pas de six mois, d’un an, bon, allez, de deux ou trois ans d’écart d’espérance de vie, ce qui ne serait pas si énorme quand on vit jusqu’à 85 ans. Non : TREIZE ANS. Et ce ne sont pas les mêmes vies, en plus, hein. Mais, magie du direct sur BFM, on arrive à parler de la « réforme des retraites » à longueur d’antenne sans évoquer ce sujet majeur.

 

Les inégalités, c’est trop bien

 

Car non seulement le gouvernement ne fait rien pour les livreurs, ouvriers, magasiniers, etc. qui crèvent avant les avocats, médecins, et ministres, mais il les enfonce un peu plus. 

 

En effet, Emmanuel-Macron-aux-mains-blanches ne like pas le terme de « pénibilité », car ce terme « induit que le travail est une douleur ». Dix facteurs de pénibilité avaient été retenus, même s’ils ne servent presque à rien. Mais à cause de Manu-pas-mal-au-dos, quatre ont été retirés : manutention de charges lourdes ; postures pénibles ; vibrations mécaniques ; et agents chimiques dangereux. Effectivement, à l’Élysée, il n’y a rien de tout ça.

 

Je continue ? Allez. La même publication de l’INSEE nous livre cette information fascinante : « Aux alentours d’un niveau de vie de 1 000 euros par mois, 100 euros supplémentaires sont associés à 0,9 an d’espérance de vie en plus chez les hommes et 0,7 an chez les femmes. » 

 

Je traduis : tu gagnes 1 000 euros par mois – toute ta vie –, tu meurs, mettons, à 75 ans. Tu gagnes 1 500 euros par mois, ce n’est pas une différence énorme. Sauf que tu gagnes 5 ans de vie en plus. Donc, littéralement, l’argent, c’est la santé, c’est la vie. Et dans des proportions très importantes.

 

Allez, reste encore un peu, devenir vieux

 

Évidemment, le gouvernement fait comme si sa réforme n’avait que des avantages. Mais ce n’est pas du tout le cas. Car, avec l’introduction d’un « âge pivot » (auquel personne ne comprend rien), si vous partez un peu trop tôt – ou si votre employeur vous met à la porte avant la fin du match – vous allez manger vos dents. 

 

Exemple : vous commencez à travailler à 20 ans, et vous partez à 62 ans. Mais l’âge pivot a été fixé par le gouvernement à 64 ans. Il vous manque 2 ans. Ça ne parait pas énorme, mais vous allez y laisser 14 % de la retraite. A 64 ans, vous auriez touché 1 000 euros de pension par mois ; eh bien là ça ne va être que 860.

 

Cette perte, c’est ce que l’on appelle la « décote ». Mais ça marche aussi dans l’autre sens, avec la « surcote », pour ceux qui jouent les prolongations au bureau, plutôt que de passer leurs après-midi avec Bobonne devant TF1. Comme l’explique mon maître Henri Sterdyniak, membre du chouette collectif des Économistes Atterrés, dont je tire toutes ces informations : « à 62 ans, un ouvrier subira une décote de 10 % ; à 66 ans, un cadre bénéficiera d’une surcote de 10 %, alors qu’en réalité ils ont, à ces âges respectifs, la même espérance de vie. ».

 

Et, bien sûr, plus on va avancer dans le temps, plus l’âge pivot va s’éloigner, un peu comme l’horizon à la fin des BD de Lucky Luke : 65 ans pour ceux nés en 1974 et après, 66 ans pour la génération 1987, et 112 ans pour ceux nés à partir de 2100.

 

 

 

Il ne faut pas réformer les retraites (I)

 

Allez, reste encore un peu, devenir vieux

 

Évidemment, le gouvernement fait comme si sa réforme n’avait que des avantages. Mais ce n’est pas du tout le cas. Car, avec l’introduction d’un « âge pivot » (auquel personne ne comprend rien), si vous partez un peu trop tôt – ou si votre employeur vous met à la porte avant la fin du match – vous allez manger vos dents. 

 

Exemple : vous commencez à travailler à 20 ans, et vous partez à 62 ans. Mais l’âge pivot a été fixé par le gouvernement à 64 ans. Il vous manque 2 ans. Ça ne parait pas énorme, mais vous allez y laisser 14 % de la retraite. A 64 ans, vous auriez touché 1 000 euros de pension par mois ; eh bien là ça ne va être que 860.

 

Cette perte, c’est ce que l’on appelle la « décote ». Mais ça marche aussi dans l’autre sens, avec la « surcote », pour ceux qui jouent les prolongations au bureau, plutôt que de passer leurs après-midi avec Bobonne devant TF1. Comme l’explique Henri Sterdyniak, membre du chouette collectif des Économistes Atterrés, dont je tire toutes ces informations : « à 62 ans, un ouvrier subira une décote de 10 % ; à 66 ans, un cadre bénéficiera d’une surcote de 10 %, alors qu’en réalité ils ont, à ces âges respectifs, la même espérance de vie. ».

 

Et, bien sûr, plus on va avancer dans le temps, plus l’âge pivot va s’éloigner, un peu comme l’horizon à la fin des BD de Lucky Luke : 65 ans pour ceux nés en 1974 et après, 66 ans pour la génération 1987, et 112 ans pour ceux nés à partir de 2100.

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19 décembre 2019 4 19 /12 /décembre /2019 14:50

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15 décembre 2019 7 15 /12 /décembre /2019 06:27
Par Martine Bulard, Le Monde Diplomatique
Selon les « éléments de langage » (expression branchée pour dire propagande) du gouvernement, les grèves de cette fin d’année dans les transports, l’enseignement, les universités, les hôpitaux, la radio publique, parmi les policiers, etc., seraient menées par des privilégiés qui défendent leurs régimes spéciaux de retraite. Vieille tactique de division.

S’il est vrai que le droit de grève est mieux respecté dans les services publics — c’est aussi pour cela que les pouvoirs successifs s’acharnent à les démanteler, la réforme des retraites concerne toute la population, salariés et chômeurs, et tous verront leur pension réduite — sauf les très, très, très gros salaires. La propagande n’a guère emporté la conviction. Et le mécontentement des couches populaires et moyennes, comme l’a montré la mobilisation des Gilets jaunes, est si profond que l’approbation ou le soutien à la grève l’emportent sur sa condamnation.

 

Pour faire passer la nécessité « incontournable » de la réforme, un énième rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) est tombé à pic le 21 novembre, qui conclut à un déficit d’ici à 2025 (0,7 point du produit intérieur brut). En réalité, le déficit est créé essentiellement par la non-compensation des exonérations de cotisations sociales par l’État (pour la première fois depuis la loi Veil de 1994), la forte baisse de la masse salariale (et donc des effectifs) de la fonction publique et quelques tours de passe-passe financiers. Le déficit « disparaît pratiquement si une autre convention comptable est adoptée », selon Henri Sterdyniak.

 

M. Emmanuel Macron et ses porte-voix veulent gagner du temps en imposant tout de suite un recul de l’âge de départ à la retraite (devenu par le miracle de la novlangue l’« âge pivot » ou l’« âge d’équilibre »…) pour pouvoir mener leur grand-œuvre : supprimer la retraite par répartition (nettement plus solidaire, même si elle est imparfaite) pour aller vers la retraite à points que réclament en chœur le patronat, la Commission européenne, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et le patron de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), M. Laurent Berger.

 

Et de parer le système du magnifique adjectif « universel ». Mais cela serait universel si chacun pouvait accéder aux mêmes droits quelle que soit sa situation de départ. Si, par exemple, un ouvrier pouvait vivre autant qu’un cadre, soit six ans de plus ; ce qui impliquerait entre autres de nouvelles organisations du travail plus saines et moins intensives, un système de santé préventif et… des droits à la retraite plus précoces — rien d’utopique, mais toutes ces mesures restent hors du viseur patronal et gouvernemental. Or non seulement il n’y a rien de tout cela mais, avec le système proposé, le moindre accident de la vie entraînerait une baisse de la pension (ainsi que tous les accidents économiques).

 

En effet, on n’accumulerait plus des droits comme aujourd’hui, mais des points qui seraient calculés selon le salaire. Vous gagnez beaucoup, vous avez beaucoup de points. Vous gagnez peu, vous en avez peu. Vous arrêtez de travailler, vous n’avez rien.

 

De plus, la somme de points accumulés tout au long de sa vie professionnelle ne suffirait pas à donner le niveau de la pension. Il dépendrait de la valeur de chaque point, qui elle-même dépendrait de la croissance économique au moment du départ à la retraite, de l’espérance de vie moyenne de la classe d’âge… L’incertitude complète. 

 

M. François Fillon, ex-candidat à la présidentielle, a dévoilé le pot aux roses le 11 octobre 2018 : « Cela permet de baisser chaque année la valeur des points et donc de diminuer le niveau des pensions ».

 

Les dirigeants politiques au pouvoir n’auront plus à rendre des comptes, les dirigeants syndicaux non plus

 

Le système est automatique. Donc les dirigeants politiques au pouvoir n’auront plus à rendre des comptes devant les électeurs – pas plus d’ailleurs que les dirigeants syndicaux. On se souvient que l’acceptation du plan Juppé sur la Sécurité sociale et la retraite en 1995 avait été négociée par Mme Nicole Notat, alors secrétaire générale de la CFDT – ce qui avait provoqué une défection de plusieurs organisations locales et professionnelles de ce syndicat.

 

Le nouveau système réduirait de fait les pensions. Le système envisagé propose, au mieux, de figer la part de celles-ci dans les richesses produites (13,8 % du produit intérieur brut) alors que le nombre de retraités va augmenter : le même « gâteau » à partager par plus de monde ! Cela pousserait ceux qui en ont les moyens à choisir des « surcomplémentaires », autre nom des fonds de pension placés sur les marchés financiers.

 

Anxiogène, inégalitaire, individualiste, la retraite à points rompt avec la philosophie du système par répartition, plus solidaire et collectif

 

Une parenthèse sur la polémique soulevée par l’économiste Thomas Piketty, ardent défenseur de la retraite à points, au cœur du dispositif Macron. Il s’est fait reprendre pour avoir déclaré sur France Inter le 2 décembre : « Avec la réforme des retraites, les salaires à moins de 10 000 euros cotiseront 28 % quand les salaires de plus de 10 000 euros ne cotiseront qu’à 2,8 %. ». En fait, les salariés qui touchent plus de trois fois le plafond de la Sécurité sociale — soit 10 135 euros par mois) acquitteront 25,3 % de cotisations jusqu’à 10 135 euros, comme tout salarié. Et ils ne paieront plus que 2,8 % sur la partie supérieure à ce montant.

 

Les porte-voix du gouvernement font valoir que ces salariés n’auront aucun droit à la retraite sur cette partie du salaire. Mais c’est justement cela qui remet en cause le principe du système de répartition : ceux qui ont le plus doivent contribuer le plus pour répondre aux besoins de tous. Or, avec le système Macron, ils participeraient moins et seraient encore davantage poussés à souscrire un plan épargne retraite privé — les fameux fonds de pension. Ce qui amènerait ces salariés à se désolidariser petit à petit du système général (pourquoi payer si l’on n’en profite pas ?) et le gouvernement à retirer la taxe dès qu’il le pourra…

 

Anxiogène, inégalitaire, individualiste, la retraite par point est « en rupture » totale avec la philosophie du système par répartition, plus solidaire et collectif. M. Macron le dit, et c’est bien l’un des seuls moments de vérité du président.

 

J'ajoute qu'en Suède, championne de la retraite à points, les retraités sont désormais plus pauvres qu'en France : chez nous, le taux de pauvreté est de 7,5% dans la tranche d’âge 65-74 ans et de 7,9% pour les plus de 75 ans, selon l'Insee. Il s’agit du taux le plus bas d'Europe. Le taux de pauvreté des personnes âgées est également le plus faible de toutes les tranches d'âges de la population française. Pour la Suède, le taux de pauvreté était de 14,7% en 2017, selon Eurostat. Ce pays est passé à la retraite par points en 1998 car son système était menacé de faillite, les politiques, dans leur grande majorité, ayant accepté ce grand changement.

 

Retraites à points ... de non-retour
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12 décembre 2019 4 12 /12 /décembre /2019 06:20

 

 

On ne parlera pas des pays scandinaves qui deviennent fous – en fait le processus date d’une quarantaine d’années. Des violeurs afghans, somaliens etc. de jeunes filles ou femmes suédoises sont condamnés à des peines légères pour la bonne raison qu’ils « viennent d’une autre culture ». Il reste aux victimes leurs yeux pour pleurer et des traumatismes à perpétuité. Ni du gang de violeurs de Telford en Angleterre (environ 1 000 victimes) couvert pendant des années par la police au motif que les relations étaient “consenties ”.

 

Je ne parlerai pas non plus des difficultés pour les femmes violées à se faire entendre, en France – ainsi qu’en Belgique – dans les commissariats de police ou les gendarmeries. Il semble qu’en la matière les choses évoluent dans le bon sens.

 

J’évoquerai des décisions de justice prises contre les victimes.

 

En 2017, à Narbonne, le violeur d’une fille de quatre ans a été condamné à cinq ans de prison avec sursis. Il était jugé par la cour d’assises de l’Aude des mineurs. La victime se trouvait alors au domicile du mis en cause, dont la mère était assistante maternelle agréée. C’est alors que la petite fille faisait la sieste dans une chambre que W. J. l’a tripotée avant de lui mettre son sexe dans la bouche. Sa peine de prison avec sursis fut assortie d’un suivi socio-judiciaire de cinq ans avec interdiction d’entrer en contact avec la victime. Il a aussi l’obligation de travailler dans un milieu sans relation avec des enfants. Quelle contraintes ! 

 

 

 

Á Verviers, un professeur d’équitation âgé de 49 ans a été condamné à 3 ans de prison avec sursis pour le viol d’une de ses cavalières âgée de 14 ans.

 

 

Á Dinant, un ancien professeur de latin et de grec du Collège Notre-Dame de Bellevue condamné à trois ans avec sursis, en 2013. Un sursis probatoire. Il était poursuivi pour tentatives de viol et attentats à la pudeur commis entre 1991 et 2002 sur trois garçons et une fille. Le premier garçon avait 13 ans au moment des faits. A. S. était un ami de ses parents. 

 

 

En juillet 2018, le tribunal correctionnel d’Angers a condamné un professeur de théâtre à huit mois de prison avec sursis pour agressions sexuelles sur deux élèves de plus de 15 ans. Il lui est de même défendu d'exercer son activité professionnelle pendant cinq ans. Les agressions auraient duré pendant près d'un an et demi, contre des adolescentes considérées comme “ fragiles psychologiquement ” (selon Ouest-France).

 

 

PS : je pars quatre jours mais le blog continue comme un grand.

 

Violence policière et judiciaire contre les femmes : le chemin sera long
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11 décembre 2019 3 11 /12 /décembre /2019 06:09

Lignes de FrontLuttes sociales par Pâquerette Gracile.

 

 

De l’entre-deux-guerres au programme du Conseil national de la Résistance : vers le régime général par répartition

 

Après la Première Guerre Mondiale, l’idée de retraite s’est enracinée dans les esprits et est désormais considérée comme un droit dû à chaque travailleur, et un véritable salaire différé. Les retraités constituent désormais une catégorie sociale à part entière, comme le montre la création de groupements de retraités, dont les deux plus importants dans les années 30 sont l’Union syndicale des pensionnés civils et militaires et l’Entente générale des retraités. On assiste alors à la seconde tentative de mise en place d’un régime de retraite obligatoire pour les salariés du secteur privé les plus pauvres avec les lois de 1928 et 1930 qui créent les assurances sociales : le financement de la maladie, du décès et de la maternité est assuré par répartition, tandis que celui des retraites l’est par capitalisation. L’assuré reçoit une pension représentant 40% du salaire moyen sur la période de cotisation à partir de l’âge de 60 ans et de 30 annuités de travail. Sous le Front Populaire le sujet reste crucial puisqu’entre 1936 et 1939, pas moins de 24 projets et propositions de loi concernant les retraites seront déposés, sans qu’ils aboutissent finalement. Dans l’ensemble des pays européens, la crise des années 30 (inflation et dévaluations successives) montre les limites du principe de capitalisation et mène à son abandon progressif, avec le passage à un système de répartition en France sous le régime de Vichy dès 1940. Une allocation spéciale pour les vieux travailleurs salariés (65 ans et plus) disposant de ressources moindres est votée en mars 1941 au motif de la solidarité entre les générations et dans le but de retirer les plus fragiles et les moins aptes du marché du travail afin d’embaucher les plus jeunes et faire ainsi baisser le taux de chômage. Le principe de répartition est conservé dans le programme du Conseil National de la Résistance et la création de la Sécurité Sociale par l’ordonnance du 4 octobre 1945 acte un système d’assurance-vieillesse par répartition, avec un âge de la retraite établi à 60 ans et 30 annuités pour une pension fixée à 20% du salaire annuel moyen sur les dix dernières années, qui passe à 40% à partir de 65 ans. Comme le prévoyaient Les Jours heureux, il s’agit de mettre en place « une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ». Le régime est d’abord pensé pour être universel, mais les fonctionnaires et les salariés des régimes spéciaux conservent leur propre système de retraite, plus avantageux, de même que les agriculteurs avec la Mutualité Sociale Agricole. À partir de 1948, les professions non salariées (artisans, commerçants et professions libérales) organisent leurs propres régimes de retraite. Par rapport à la loi de 1928-1930, le régime général est plus favorable aux salariés, mais montre ses limites : les personnes ayant achevé leur carrière avant 1930 ne sont pas concernées, la tranche de salaire qui dépasse le plafond n’est pas prise en compte pour le calcul de la pension, et le taux de cette dernière (entre 20% et 40% du salaire actif) demeure insuffisant.

 

De l’après-guerre aux années 80 : la retraite intégrale pour tous et toutes

 

Même s’il s’agit d’une entorse au principe d’universalité, des retraites complémentaires sont créées avec l’appui des syndicats pour éviter le retour à des mécanismes par capitalisation pour compléter la retraite générale, notamment pour les cadres du secteur privé avec l’AGIRC en 1947, puis pour les non cadres de l’industrie et du commerce, et les agents du public non titulaires avec l’ARRCO en 1961, si bien qu’en 1978 l’ensemble de la population active est couverte par les systèmes de retraite, générale et complémentaires. On observe également une amélioration progressive des conditions des retraités avec la création en 1952 d’une allocation spéciale pour les personnes ne relevant d’aucun régime de retraite, et en 1956 du Fonds National de Solidarité, allocation financée par l’impôt qui vise à compléter les pensions faibles, et qui concerne quand même plus d’un million de personnes à la fin des années 50. De la même manière, il est décidé dès 1948 d’indexer les pensions, ou encore de mettre en place une réversion pour les conjoints veufs, finalement cumulable avec sa propre pension. La loi Boulin de 1971 marque un moment important en faisant passer le taux de retraite du régime général à 50% du salaire annuel moyen sur les dix meilleures années pour 37 ,5% annuités de cotisation. Avec l’arrivée de Mitterrand au pouvoir en 1981, le taux plein de la retraite est atteint dès 60 ans, âge auquel on peut également toucher une retraite complémentaire.

 

 

Une intensification de la contre-offensive libérale depuis les années 90

 

Cette longue liste des améliorations apportées au régime des retraites pourrait faire oublier qu’il y eut pourtant une contre-offensive libérale, et ce dès les années 50 : 4 millions de grévistes, soutenus par l’opinion publique, manifestent en août 1953 contre les décrets Laniel qui prévoient, entre autres mesures, et déjà au prétexte de l’ « harmonisation », le recul de l’âge de départ à la retraite pour les fonctionnaires, et poussent finalement le gouvernement à céder. En 1967, les ordonnances Jeanneney visent à imposer l’autonomie financière à chaque branche de la Sécurité Sociale, ce qui revient de fait à démanteler le régime général des retraites, remplacé par une Caisse Nationale de Vieillesse, dont la gestion passe à 50/50 entre patronat et syndicats (contre 1/3 – 2/3 auparavant). Le patronat, qui n’a eu de cesse de faire baisser sa part de cotisation et le niveau de pension, trouve une fois de plus un allié dans le gouvernement qui en 1987 indexe les pensions sur l’inflation et non plus sur l’évolution du salaire moyen, ce qui entraîne une baisse de 25% des pensions sur trente ans. En 1993, le nombre de semestres de cotisation pour une retraite à taux plain augmente (soit un passage de 37,5 annuités à 40), et la pension n’est plus calculée que sur les 25 meilleures années. À l’automne 1995, le plan Juppé pour la Sécurité Sociale vise à aligner la fonction publique sur le secteur privé en faisant passer les annuités de 37,5 à 40 ans, et déclenche un mouvement de grève massif (2 millions de manifestants au plus fort de la mobilisation, et 20 jours de grève dans les transports, notamment), qui finit par faire reculer le gouvernement Juppé. La mesure est néanmoins reprise par le gouvernement Raffarin en 2003, qui veut cette fois faire passer le nombre d’annuités pour la fonction publique à 41, tandis que les salariés sont invités à investir dans des systèmes de capitalisation (PERP et PERCO), cette fois sans que les fonctionnaires puissent établir un rapport de force en leur faveur. En 2008, Sarkozy lance une nouvelle offensive contre les « régimes spéciaux » : alignement de la durée de cotisation sur celle du public et du privé, calcul sur les six derniers mois au lieu du dernier, et indexation de la revalorisation des pensions sur les prix et non plus sur les salaires, sans que là non plus la mobilisation ne s’élargisse suffisamment pour porter ses fruits. En 2010 enfin, l’âge légal du départ à la retraite est repoussé de 60 à 62 ans, voire 67 ans pour les salariés n’ayant pas cotisé un nombre d’annuités suffisant, et les dispositifs PERP et PERCO sont renforcés. Là encore, la mobilisation, pourtant bien réelle, ne rencontre pas l’écho espéré, si bien que gouvernement et patronat imposent un nouvel allongement de la durée de cotisation en 2013 et une fusion des régimes AGIRC et ARRCO en 2015.

 

L’énième « réforme » des retraites “ cru 2019 ” s’inscrit donc dans un mouvement de reconquête libérale commencé depuis une trentaine d’années et qui n’a cessé de s’intensifier. Gageons que l’ensemble des citoyens saura se souvenir que Macron s’attaque lui à un patrimoine séculaire et que le combat pour les retraites prolonge jusqu’à nos jours l’héritage de la Libération, du mouvement ouvrier et de la sociale.

 

 

Pâquerette Gracile

 

 

Une brève histoire des retraites en France (II)
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10 décembre 2019 2 10 /12 /décembre /2019 14:40

 

Presque autant de monde que la semaine dernière.

 

Tout se passait très bien depuis une bonne demi-heure lorsqu’un vieux Lyonnais, et vieux manifestant, me dit : « Vu votre âge, vous n’allez pas pouvoir courir assez vite, alors prenez les devants. Les flics vont charger. »

 

— Pourquoi, demandai-je ?

— Parce que la manif’ arrive à un coude, à l’intersection du boulevard Jean-Jaurès et du cours Gambetta. Ils se sont massés là massivement et ils vont charger.

 

Encore une fois, tout baignait. Á l’avant de la manif’, où je me trouvais avec deux de mes chéries, quelques Gilets jaunes, 3 ou 4 types vêtus de noir et une centaine de jeunes lycéens et étudiants.

 

Ce sont ceux-là que les flics ont chargés. Pas les milliers de Cégétistes qui constituaient l’essentiel du milieu de la manif. Courageux, mais pas téméraires, les cognes.

 

Nous respirâmes quelques lacrymos bien poivrées (on dit qu’il y a aussi du cyanure dans ces grenades) et nous nous écartâmes du champ de bataille.

 

Les salauds : les cognes et les responsables qui leur ont soudain donné l’ordre de s’en prendre à une manifestation parfaitement pacifique ! Le prétexte était qu’il fallait protéger une succursale de la Banque Populaire, qui allait être vandalisée par les manifestants. Mensonge éhonté !

 

La police ment

La police ment

La police est Lallemand

 

Les flics chargèrent les pompiers, qui étaient moins d’une dizaine alors qu’eux étaient au moins 200.

 

Finalement, le cortège put progresser jusqu’à la Place Bellecour, but du défilé.

 

 

 

https://www.leprogres.fr/rhone/2019/12/10/lyon-des-gares-presque-desertes-apres-le-passage-des-rares-trains-greve-train-rail-sncf-retraites-manifestation

 

Manif' impressionnante à Lyon, attaquée lâchement par les flics
Manif' impressionnante à Lyon, attaquée lâchement par les flics
Manif' impressionnante à Lyon, attaquée lâchement par les flics
Manif' impressionnante à Lyon, attaquée lâchement par les flics
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9 décembre 2019 1 09 /12 /décembre /2019 10:46

Je passe de nouveau ça matin, lundi 9 décembre, devant le lycée Ampère de Lyon.

 

Une centaine d'élèves et d'enseignants discutent devant la porte bloquée de l'établissement.

 

La présence policière est légère et discrète.

 

C'est bien la preuve que, dans les conflits sociaux, la violence émane, 99 fois sur cent, de la police. Surtout dans un État de caudillisme.

 

Lycée Ampère, Lyon : où est la violence ?
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7 décembre 2019 6 07 /12 /décembre /2019 06:23

 

Résultat de recherche d'images pour "Travail de nuit Images"

 

Le 24 octobre,  le ministère du travail a soumis à la commission nationale de la négociation collective un projet de loi portant sur le travail de nuit.

À l’heure actuelle, la loi prévoit que les entreprises respectent une coupure de 9h dans leur activité entre 21h et 7h, ce qui correspond à la période de repos. Cette pause doit obligatoirement comprendre l’intervalle entre minuit et 5h. Certains secteurs comme le cinéma, la presse ou bien les discothèques bénéficient d’une dérogation à cause de la nécessité de leur activité de se poursuivre la nuit.

Ce nouveau projet de loi a pour but d’ajouter les commerces alimentaires situés en dehors des ZTI (Zones de Tourisme International). Ces commerces pourraient donc ouvrir jusqu’à minuit sans que cela soit qualifié comme du travail de nuit. Si le projet de loi prévoit une compensation en temps de repos négociée en un accord de branche ou d’entreprise, la compensation financière ne sera quant à elle que facultative.

Ces mesures portées par le ministère du Travail visant à contourner l’interdiction du travail de nuit ne sont pas sans conséquences sur les salariés. Ces métiers sont physiquement et psychologiquement éprouvants, des classements sont souvent établis entre caissiers sur la base du nombre d’articles passés à la minute, forçant donc à travailler debout, quand le fait de s’asseoir n’est tout simplement pas interdit. Les employés doivent aussi être polyvalents et pouvoir travailler en rayon ou ailleurs dans le magasin si il n’y a pas beaucoup de clients en caisse.

On peut facilement imaginer que, pour quelqu’un qui n’a pas de voiture, le fait de finir à minuit peut mettre en difficulté. D’autant plus que les supermarchés sont souvent situés à l’extérieur des villes et peu desservis par les transports en commun, dont le service s’arrête bien souvent plus tôt dans la soirée.

Dans le projet de loi, le gouvernement justifie cet article « afin de favoriser la croissance des entreprises, d’adapter la législation applicable en matière de travail de nuit aux évolutions sociétales et aux nouveaux modes de consommation ». Le gouvernement utilise sans fondement l’argument d’une « évolution sociétale ». Et quand bien même ce changement existait, ce ne serait pas un phénomène naturel mais la conséquence du rallongement de ces mêmes journées de travail. Si le gouvernement prend ces mesures c’est, comme il le dit si bien, pour favoriser la croissance des entreprises – et ce sans tenir compte des conséquences sur les employés.

 

Source : le site Révolution Permanente

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6 décembre 2019 5 06 /12 /décembre /2019 17:47
 
Le caudillisme quotidien du banquier éborgneur.
 
Je passe après la bataille. Une bonne cinquantaine de flics, pour beaucoup armés de LBD, ont dégagé des lycéens peu nombreux et non violents de l'entrée du Lycée. Un jeune a reçu un projectile de LBD dans la joue, ce qui a nécessité son évacuation par les pompiers. Il a recouvré son intégrité après une opération de plusieurs heures. Une jeune fille a été plaquée au sol sans raison, puis emmenée dans un car de flics où elle a été insultée et giflée avant d'être relâchée. J'ai discuté une demi heure après les faits avec un ado qui pleurait encore. On comprend la stratégie du caudillo banquier : terroriser, humilier pour que les citoyens, les jeunes en particulier, redoutent fortement d'aller manifester. Honte, naturellement, aux cognes qui mettent cela en pratique !
 
L'assaut des CRS a été globalement violent et a duré environ 45 minutes. Il faudra déterminer si ces charges violentes ont été sollicitées par la direction, ou non.
 
Un peu plus tard, je marche sur la rive gauche du Rhône quand, soudain, sur la rive droite, se font entendre des hurlements de sirènes de flics. 50 cars de police passent à toute allure sur la rive droite. 50 ! Allant je ne sais où. Dividendes et camions de CRS, le “ pognon dingue ” du banquier éborgneur.
 
Sur la vidéo ci-dessous, on distingue furtivement une jeune flique qui vaporise à bout portant des lycéens parfaitement calmes et ne présentant aucun danger pour la société. Je me suis retrouvé une demi-heure plus tard à côté de cette flique qui brandissait son vaporisateur en rigolant avec un ou deux collègues du bon tour qu'elle avait joué à des jeunes gens âgés de quatre ou cinq ans de moins qu'elle.
 
J'ai raconté à mes enfants qu'il n'était pas toujours facile de manifester en mai 68. Mais :
 
- les matraques étaient moins dures que celles d'aujourd'hui qui vous cassent un avant-bras comme rien
 
- les lacrymos étaient beaucoup moins concentrées qu'aujourd'hui
 
- il n'y avait pas de LBD.
 
Seule point commun entre les deux époques : la jouissance barbare des cognes, en particulier contre des jeunes totalement inoffensifs car sans armes.
 
Lyon, ce matin 6 décembre, devant le lycée Ampère
Lyon, ce matin 6 décembre, devant le lycée Ampère
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27 novembre 2019 3 27 /11 /novembre /2019 06:04
 

Ci-dessous un article de Nolwen Weiler de Basta ! 

Faut-il encore parler de travailleurs dans le pays du banquier éborgneur, ou d'esclaves ?

 

La réforme de l’Assurance-chômage entre en vigueur ce 1er novembre. 1,3 million de demandeurs d’emploi, dont les plus précaires, verront leurs indemnités baisser dans l’année qui vient. Basta ! a rencontré des agents de Pôle emploi qui décryptent le nouveau système et ses conséquences.

C’est une véritable machine à fabriquer de la pauvreté qui va se mettre en branle à partir du 1er novembre. Même les agents du Pôle emploi en prennent le vertige. « Je n’ai jamais vu ça, un tel durcissement, aussi violent, lâche Aurélie, agente dans l’ouest de la France depuis dix ans. On touche les gens au portefeuille, on ne leur laisse plus de solutions. » L’objectif annoncé de la réforme : économiser 3,4 milliards d’ici fin 2021. Tout en mettant au passage un énorme coup de pression sur les demandeurs d’emploi, une nouvelle fois rendus responsables de leur situation.

Ces économies drastiques seront entièrement financées par les demandeurs, et plus particulièrement par les plus précaires d’entre eux – en intérim ou en CDD. La première étape démarre ce 1er novembre, avec un durcissement des conditions qui permettent d’ouvrir ses droits à l’assurance-chômage. La seconde débutera le 1er avril 2020, avec une chute brutale du montant des indemnisations.

Au total, la moitié des personnes indemnisées – principalement celles qui n’ont pas pu travailler à temps plein pendant au moins un an – verront leurs droits réduits, voire supprimés. Soit 1,3 million de personnes parmi les 2,7 millions qui bénéficient actuellement d’une indemnisation – sur, au total, 6 millions de personnes inscrites au Pôle emploi.

« Beaucoup de gens vont aller émarger au RSA »

 

« Cette réforme est effrayante, confirme Daniel, conseiller Pôle emploi depuis de nombreuses années. Il y aura une chute brutale des montants d’indemnisation pour celles et ceux qui ont des périodes de travail hachées. Beaucoup de gens vont aller émarger au RSA. »

Pour le moment, le gouvernement n’a pas évalué l’importance du report vers les minima sociaux pour les personnes qui perdront leurs droits à l’indemnisation. Quand elle a présenté la réforme, en juin 2019, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a même promis qu’il s’agissait d’une réforme « contre la précarité ». Le durcissement des conditions d’entrée à Pôle emploi permet d’en douter.

À partir du 1er novembre, pour pouvoir s’inscrire comme demandeur d’emploi, il faudra avoir travaillé six mois au lieu de quatre (soit désormais 910 heures, ou 130 jours). Quant à la période de référence, celle sur laquelle l’Unédic se penche pour comptabiliser les heures passées à travailler, elle baisse de 28 à 24 mois.

Certaines personnes qui, dans l’ancien système, auraient pu être indemnisées en ayant travaillé par exemple 6 mois sur les 28 derniers mois, n’auront plus accès à l’assurance-chômage. Auparavant, il fallait avoir travaillé en moyenne un jour sur sept pour ouvrir ses premiers droits. Il faudra désormais avoir travaillé un jour sur quatre !

Les conditions du « rechargement », qui permet de préserver ses droits si l’on travaille en parallèle de sa période d’indemnisation, sont également durcies. Quand un demandeur d’emploi retrouve du travail, ses allocations chômage sont suspendues. Mais si la personne se retrouve ensuite au chômage, elles lui sont de nouveau versées. Exemple ? Une personne est indemnisée de janvier à juin. Si elle travaille tout le mois de mai, elle voit ses droits prolonger jusqu’à la fin du mois de juillet.

« Jusqu’alors, le fait de travailler lui donnait aussi la possibilité de prolonger, ou de recharger, ses droits », explique Catherine, conseillère indemnisation. Un mois travaillé suffisait à recharger ses droits d’autant. « Mais ça, c’est terminé, prévient Catherine. Il faudra désormais un minimum de six mois travaillés pour ouvrir de nouveaux droits. Il s’agit en fait d’une quasi-suppression du droit rechargeable. »

Selon l’Unédic, les changements des conditions d’affiliation et du droit au rechargement toucheront environ 710 000 personnes entre novembre 2019 et octobre 2020. Ceux et celles qui cumulent successivement de courtes périodes de travail seront plus impactés que les autres, puisque peinant davantage à réunir le nombre de jours de travail nécessaires.

Le mode de calcul des indemnités journalières sévèrement durci

Le gros de la saignée se produira à partir d’avril 2020. « Le mode de calcul des indemnités journalières va vraiment se durcir », prévient Catherine. Prenons, par exemple, deux personnes employées en CDD dans une entreprise faisant appel à des renforts provisoires. Les deux perçoivent le même salaire : 1521 euros bruts par mois, soit 50 euros par jour. Sur une période d’un an, la première y exerce un CDD de 6 mois en continu. La seconde y travaille également six mois, mais via deux CDD de 3 mois, l’un en début et l’autre en fin d’année. Selon les règles actuelles de calcul, chacune a ensuite droit à une allocation chômage de 940 euros par mois pendant six mois – soit 30 euros par jour, la période de référence pour calculer les indemnités étant la même que la période travaillée.

Avec le nouveau mode de calcul, la personne qui a travaillé en continu conserve son allocation de 30 euros par jour. Son indemnité est calculée sur la durée de son contrat. Mais son collègue, avec ses deux CDD, ne percevra que 15 euros par jour, soit 470 euros par mois. Moitié moins ! Pourquoi ? Parce que la période de référence prise en compte ne sera plus la période travaillée – deux CDD de 6 mois en tout – mais la période sur laquelle s’étalent les contrats, soit une année entière. Pour obtenir l’indemnité journalière, on va donc diviser six mois de revenu par 12 !

« Comment vais-je faire, en face de quelqu’un qui a travaillé le même nombre de mois que son collègue, mais n’aura droit qu’à la moitié de son allocation ?, se demande Gisèle. Je trouve cela horrible. » . « Bon courage à tous ! », ironise un tract de la CGT Pôle emploi dans lequel le syndicat s’inquiète de la mise en place de cette réforme.

CDD, intérimaires, mi-temps thérapeutique... les plus fragiles seront en première ligne

 

« Si une personne est en mi-temps thérapeutique, c’est pareil, ajoute Catherine. On calcule sur la base du salaire payé. Donc sur un demi-salaire. Le gouvernement se défend en avançant que la durée d’indemnisation sera plus longue et que, par conséquent, les droits seront constants. Mais qu’importe ? Si vous n’avez pas assez pour vivre, que cela dure 6 mois ou 12 mois, le problème reste le même ! »

Celles et ceux qui subissent les méandres du travail précaire, comme les intérimaires et les personnes qui enchaînent les CDD en attente d’un contrat plus stable, seront les plus touchés, avertissent syndicats et agents de Pôle emploi. Même le très mesuré secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, évoque une « tuerie ».

L’Unédic elle-même relève que « la mesure concerne principalement des allocataires ayant une fin de CDD ou de mission d’intérim comme motif de fin de contrat de travail à l’ouverture de droit ». Autrement dit : ce sont les plus précaires qui vont devoir assumer les plus gros efforts financiers, et subir les restrictions les plus pénalisantes sur leur vie.

Un milliard d’économie sur le dos des plus précaires

 

Les cadres les mieux payés sont également mis à contribution, mais dans une moindre mesure. Entrée en vigueur dès le 1er novembre 2019, la mesure de dégressivité concernant les plus hauts salaires commencera à avoir des effets au 1er avril 2020 puisque les allocations seront amputées de 30 % au bout de six mois... Les allocataires concernés – ceux dont les salaires bruts excèdent 4500 euros – représentent 4 % des 2,7 millions de demandeurs d’emplois indemnisés, soit un peu plus de 100 000 personnes. L’Unédic attend de cette mesure 140 millions d’euros d’économies en 2021, contre plus d’un milliard grâce aux coupes dans les indemnités des plus précaires.

D’après l’organisme qui gère l’assurance-chômage, sur les douze premiers mois d’application de la réforme, d’avril 2020 à mars 2021, la moitié des 2,7 millions de Français percevant l’assurance-chômage verront leurs revenus diminuer. Pour un tiers d’entre-eux (850 000 personnes), l’indemnité baissera de 22%, de 905 à 708 euros. Pour un demandeur d’emploi sur dix (280 000 personnes), l’allocation diminuera d’un quart, de 897 à 679 euros.

Enfin, 7 % des chômeurs parmi les plus précaires (190 000 personnes) perdront carrément la moitié de leurs droits au chômage et devront (sur)vivre avec 431 euros par mois (au lieu de 868 euros) en attendant de décrocher une nouvelle mission d’intérim.

La modification de ces règles de calcul va rendre plus difficile le cumul de petits boulots et d’assurance-chômage. Auparavant, les personnes qui devaient enchainer des CDD pouvaient percevoir un complément de revenus si leur nouveau CDD était moins bien rémunéré. Avec des indemnisations plus basses car davantage étalées dans le temps, ce sera bien plus compliqué. Impossible, donc, d’anticiper une baisse du niveau de vie liée à un travail précaire et moins bien payé. « Les personnes précaires seront orientées vers les emplois pénibles et mal payés »

D’ailleurs, Pôle emploi prévoit d’embaucher... un millier de CDD pour, selon les syndicalistes, orienter ces chômeurs mal indemnisés vers les « annonces non pourvues de plus de 30 jours », souvent constituées d’emplois pénibles et mal payés. « Nous pensons qu’à terme, les personnes précaires seront orientées vers ces annonces, dit Daniel. Ils auront des indemnités ridicules, voire pas d’indemnités du tout et on va pouvoir leur dire : "Ça tombe bien on a des postes difficiles à pourvoir !" Ce sont les fameux emplois à déficit d’image. »

« Dans notre bassin d’emploi, par exemple, on a une cafétéria qui est une vraie lessiveuse à salariés, illustre un conseiller. Tout le monde le sait, tout le monde la connaît. Personne ne veut aller y travailler. Demain la direction va nous demander : "Pourquoi vous ne proposez pas ces offres ?" Et ils vont dire aux demandeurs d’emplois : "Vous avez validé des compétences en vente, la restauration c’est la même chose, allez hop !" »

Face à ces pressions visant à faire accepter n’importe quel contrat, les demandeurs d’emploi ne seront pas égaux. « Il y a ceux qui pourront se permettre de refuser les annonces trop pourries, parce qu’ils ont un bagage intellectuel, des relations, qu’ils connaissent leurs droits, ont confiance en eux… et les autres, appréhende Gisèle. Ceux et celles qui ne sauront pas se défendre face à Pôle emploi. Est-ce cela que nous voulons ? Que les gens aient à se défendre contre Pôle emploi ? Est-ce juste ? »

Nolwenn Weiler

« Je n’ai jamais vu ça, un durcissement aussi violent » : des agents de Pôle emploi « horrifiés » par la réforme
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