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19 juillet 2020 7 19 /07 /juillet /2020 05:10

Ne pas oublier que les régimes fascisants au XXe siècle n'auraient pas existé sans l’alliance objective de la grande bourgeoisie et du Lumpenproletariat contre la classe ouvrière.

 

La mort d'un chauffeur de bus, Philippe Monguillot, a provoqué l'indignation en France. Pour Georges Kuzmanovic, fondateur de République souveraine, ce meurtre fait écho à l'impunité qui sévit en haut comme en bas de la société. Entretien. 

 

RT France : Comment réagissez-vous au décès de Philippe Monguillot, chauffeur de bus violemment agressé à Bayonne le 5 juillet ? Au-delà de la consternation, cette affaire revêt-elle, selon vous, une dimension politique ou s’agit-il d’un simple fait divers ? 

 

Georges Kuzmanovic : On pourrait dire qu’il s’agit d’un fait divers tragique, condamner et puis oublier sans en tirer les conséquences. Ce serait, je crois une erreur grave. Ce meurtre fait suite à de nombreuses exactions et crimes du même ordre. Voyez les cas du jeune Marin qui s’était interposé à Lyon pour protéger un couple qui se faisait agresser pour un simple baiser dans la rue : il a été roué de coups, plongé dans le coma et souffre encore de lésions cérébrales. Après seulement trois ans et demi de prison, on parle de libération de son agresseur. Il en va de même pour le courageux barman de l’Assemblée nationale, Jean-Michel Gaudin, qui avait porté secours à une femme violentée ; les agresseurs l’ont tellement battu qu’il restera gravement infirme à vie et eux n’ont écopé que de condamnations allant de cinq ans (un des agresseurs était mineur au moment des faits) à sept ans, lesquelles ont toutes les chances d’être réduites dans les années à venir. L’impunité de ce nouveau lumpenproletariat fait écho à l’impunité des plus puissants de notre société qui se délite par ses deux bouts. Cela crée nécessairement un sentiment d’impunité pour ce type d’individus qui ne sont rien d’autres que des prédateurs sociaux, de véritables bombes humaines saturées de haine prêts à frapper quand bon leur semble. Ainsi hier, une énième fois, un pompier était attaqué dans l’Essonne et blessé par balle à la jambe. On pourrait se demander dans quel esprit malade vient l’idée de tirer sur ceux qui viennent vous sauver, mais ce serait psychologiser ce qui est devenu une dérive globale : les pompiers n’en peuvent plus d’être attaqués sans cesse dans l’exercice de leurs fonctions au service de leurs concitoyens. Il y a dans notre République des zones de non-droit et il faudra un jour prendre le taureau par les cornes avant que cela ne dégénère totalement, par le bas et par le haut. Pour moi, le meurtre de Philippe Monguillot s’inscrit dans la continuité d’une hausse de ce type de violences, mais également une hausse substantielle des incivilités et tout simplement d’un effondrement des simples pratiques de politesse. Cela dit quelque chose de l’état de notre société, de la Nation. 

 

RT France : A droite, de nombreuses personnalités ont réagi en réclamant la fin du laxisme et davantage de sévérité pour les agresseurs. La justice est-elle trop clémente dans ce type d’affaires ?

 

GK : Souvent, à droite, ce type d’événements tragiques entraîne, certes, des condamnations immédiates et fermes – ce qui est une bonne chose – mais sans que jamais cela n’entraîne une réflexion sur les causes profondes du développement de ce type de criminalité. La droite réclame plus de sévérité et fustige la clémence de la justice… tout en oubliant sa responsabilité dans l’insuffisant financement de la police et de la justice qui manquent autant de moyens que de personnels. C’est bien sous la présidence de Nicolas Sarkozy que les effectifs de police ont été gravement réduits, c’est sous sa présidence qu’a été abandonnée la police de proximité et qu’a été instaurée une politique du chiffre qui ne résout rien, bien au contraire. La droite réclame plus de sévérité et fustige la clémence de la justice… tout en oubliant sa responsabilité dans l’insuffisant financement de la police et de la justice. Or, la droite a, durant les quarante dernières années, défendu avec passion toutes les politiques néolibérales ou les exigences de l’Union européenne quant à la réduction du financement des services publics ; elle s’est souvent vautrée dans l’atlantisme le plus complaisant en oubliant que ce qui accompagne le néolibéralisme économique et le communautarisme étasunien, c’est cet individualisme forcené qui n’a que faire de l’autre et de la société et qui est aussi le terreau sur lequel fleurit cette criminalité barbare. «Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes», disait fort justement Bossuet. Je note que lorsque le pouvoir en ressent le besoin, la police opère avec dureté et la justice est inflexible. Je pense tout particulièrement à la répression policière et judiciaire du mouvement des Gilets Jaunes : 12 000 arrestations, 3 000 condamnations dont 1 000 à de la prison ferme, sans parler des énucléés, de ceux qui ont perdu un membre ou des centaines de blessés graves… pour des citoyens pour la plupart sans casier judiciaire et qui ne demandaient qu’un peu plus de justice fiscale et sociale. Quand on veut on peut. Emmanuel Macron a choisi ses ennemis, nous n’aurions pas choisi les mêmes. Le problème global n’est pas le laxisme de la justice mais les moyens dont elle dispose ainsi que la volonté politique d’agir. Il est indispensable de repenser les sanctions envers les mineurs : on ne peut pas les renvoyer chez eux, et donc laisser s’enraciner un sentiment d’impunité, comme on ne peut pas les criminaliser plus qu’ils ne le sont déjà en les envoyant dans des prisons (qui manquent de places, soit dit en passant) remplies de condamnés de droits commun majeurs. Il faut penser une punition réelle et forte mais adaptée. De manière globale, on manque de République et d’un État fort, mais aussi de travail en raison des délocalisations qui sont la résultante des traités de libre-échange et des traités européens. Trop souvent également, le système éducatif ne répond plus aux attentes d’insertions dans la société, les services publics manquent, comme manquent le sens du devoir envers la communauté nationale et la responsabilité envers les autres. Á République souveraine, nous considérons que le service national – supprimé par la droite rappelons-le – a été une faute grave, tant politique que pour la cohésion sociale.

 

RT France : Á gauche, l’affaire a suscité moins de réactions politiques. Comment l’expliquez-vous ?

 

GK : Á vrai dire, il y a eu beaucoup de condamnations à gauche dans le cas du meurtre de Philippe Monguillot, mais la condamnation se fait souvent en catimini, et une fois passée il n’y a pas de suites. Souvent il s’agit de réagir seulement quand le débat public fait qu’on ne peut pas ignorer médiatiquement tel ou tel crime. Les premières victimes de l’insécurité sont les catégories populaires, qu’elles soient d’ailleurs immigrées ou pas. D’abord, la gauche de gouvernement porte les mêmes responsabilités que la droite de gouvernement sur ces 40 dernières années : affaiblissement de l’Etat, suivisme des diktats de Bruxelles, atlantisme, politiques néolibérales, mais une certaine gauche a bien de la peine à se saisir de cette criminalité, à la condamner fermement et à agir pour qu’elle cesse, car elle a peur de donner du grain à moudre à l'extrême droite, peur que cela ne se transforme en haine envers les migrants. Le problème c’est qu’une bonne partie de la gauche parle très rarement d'insécurité, en ne se rendant pas compte que les premières victimes de l’insécurité sont les catégories populaires, qu’elles soient d’ailleurs immigrées ou pas. Or, la sécurité est la première des libertés. Le combat contre cette criminalité insupportable est à même de rassembler au-delà de tout communautarisme, d’origines ethniques ou religieuses : la plupart des Français, quelles que soient leurs origines, souhaitent vivre en paix et ne pas craindre les petits voyous auxquels trop souvent un pouvoir corrompu a abandonné les quartiers et leurs habitants. Sur le sujet de la sécurité, je pourrai citer George Orwell, authentique « socialiste démocratique » dont je me sens proche et qui, désabusé par « la gauche », déclarait « Ce qui me dégoûte le plus chez les gens de gauche, particulièrement chez les intellectuels, c'est leur ignorance crasse de la façon dont les choses se passent dans la réalité. » On en est toujours là : le refus de voir la réalité et donc d’agir dessus. Une partie de la gauche semble avoir oublié le concept de lumpenproletariatdéveloppé par Karl Marx et qui caractérise ces criminels qui s’en prennent d’abord aux travailleurs. Le lumpenproletariat décrit toute cette frange du prolétariat qui a quitté les classes populaires par le bas et où on retrouve les voyous, les petits criminels, tous ces gens qui n’ont plus de conscience de classe, qui sont immoraux, mal éduqués, individualistes ; ce sont des alliés objectifs de l'oligarchie capitaliste car ils copient leur ethos : la prédation violente pour soi et contre les autres. C’est aussi s’occuper des catégories populaires, tâche normalement dévolue à la gauche, que de la débarrasser de ce lumpenproletariat. La gauche actuelle semble même incapable de penser le sujet.

 

RT France : La nomination d’Eric Dupond-Moretti au poste de ministre de la Justice fera-t-elle évoluer la situation, selon vous ?

 

GK : Encore une fois, les problèmes sont structurels et sont la conséquence des choix de société et des politiques néolibérales, du type de construction européenne qui a été mis en place et qui ont affaibli l’Etat et la République. Une personne seule n’y changera rien, surtout en aussi peu de temps et encore moins un Eric Dupond-Moretti qui critique la « sévérité des magistrats » et s’est déclaré contre les prisons. Le laxisme a encore de beaux jours devant lui. Les crapules du type de celle qui ont tué Philippe Monguillot et tabassé des Marin ou des Jean-Michel Gaudin, les violeurs (1% sont condamnés, alors que 200 viols sont perpétrés sur des femmes par jour en moyenne) ou la grande criminalité en cols blancs peuvent encore sévir sans craintes, malheureusement. 

 

Source 

 

Bayonne : les catégories populaires, victimes de l'impunité du lumpenproletariat ?
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18 juillet 2020 6 18 /07 /juillet /2020 04:55

 

"Une psy qui a affronté Dupond Moretti en cour de justice, révèle ses tactiques d'intimidation des victimes: 
"Rappelons ici que douze enfants ont été considérés victimes de viols lors du procès de Paris et que, depuis, certains des acquittés ont été de nouveau mis en cause pour des affaires similaires, ce dont la presse a bien peu parlé."

Revenons à Rennes, mai 2015. 

Le mis en cause, jeune adulte, tenait à peine debout vu son état de délabrement physique et avait, rien que pour lui, sept avocats et pas des moindres. Nous pourrions nous demander ici qui a payé ces ténors du barreau aux émoluments conséquents pendant un procès pénal qui a duré plusieurs semaines, et pour quelles raisons ils étaient si nombreux, si ce jeune homme ne représentait pas un enjeu qui le dépasse, alors que la majorité des mis en cause n'ont le droit qu'à un unique avocat commis d'office. 


Là il ne "bénéficie" pas du jeune avocat commis d'office et qui fait de son mieux avec son expérience limitée mais il a le droit à sept "pointures" des prétoires, rien que pour lui alors qu'il est présenté sans revenu fixe et que tout citoyen "classique" n'a pas la possibilité d'avoir plusieurs avocats réglés par le contribuable....

En mai 2015 je suis donc convoquée par le Tribunal de Grande Instance, comme témoin, par les parties civiles  - ou, plus précisément, comme « expert-sachant » pour expliquer aux jurés ce qu’est la mémoire traumatique et pourquoi des enfants victimes ne peuvent pas témoigner de façon linéaire, en raison des reviviscences traumatiques. Près de trois heures face à un jury et des magistrats attentifs, sans avoir la moindre note, pour expliquer toute cette complexité clinique.

À mon arrivée, j’avais eu le droit (en haut des marches du tribunal) aux sept avocats du mis en cause, en robe noire, faisant, tels des Maoris des prétoires, une sorte de Haka pour m’empêcher de passer. Il avait fallu l’intervention de la greffière pour que je puisse atteindre la salle des témoins, non sans essuyer des propos graveleux de ces hommes qui s’imaginent que leur robe noire leur donne tous les droits.

Pendant mes trois heures de déposition, si la salle, les jurés et les magistrats ont été attentifs, ces sept avocats n’ont pas arrêté de tenter de me déstabiliser : propos sexistes, diffamatoires, insultes. Ils ne cesseront pas de piailler, tels des poulets dans une basse-cour, dans un mépris total de la professionnelle que je suis, des jurés, des magistrats et des parties civiles. Ils n’écoutent rien et ne sont mobilisés que pour m’empêcher de témoigner. À la fin de mon exposé, je réponds, comme cela est d’habitude, aux questions des magistrats puis des jurés avant que n’entrent en scène les avocats des parties civiles puis du mis en cause.

Le premier à se remonter les manches, au sens propre comme au figuré, est Maître Dupond-Moretti qui vient se planter juste en face de moi, me faisant bénéficier de son haleine putride et de ses postillons. Il s'agite, éructe, se fâche, brasse de l’air, devient tout rouge, transpire à grosses gouttes, a les yeux qui sortent des orbites, trépigne. 

Il présente une authenticité factice qui crée une confusion inévitable face à ceux sommés de l’écouter. Il impressionne mais, surtout, terrorise son auditoire car il sait qu’il n’y a rien de plus efficace que la terreur pour créer la crainte, le doute et obtenir ainsi la soumission du public à sa cause. Il tente donc comme à son habitude de déstabiliser. 

Il jubile, jouit même de s’écouter parler et il s’enivre de ses propos haineux sans même réaliser que je le regarde calmement et que la salle n’est pas dupe de son numéro de triste clown. 
Il ment de façon éhontée, interpelle les jurés en leur affirmant de façon péremptoire que j’aurais dit "que le jugement de la Cour d’Appel de Paris était une imposture", lors d’une émission télévisée. Il me dénigre, m'insulte, me traite de « fausse psychologue », tente par tous les moyens de me faire réagir mais je reste sereine, impassible, essayant juste d’éviter les éclats de ses postillons. 
J’ai, en face de moi, un numéro de guignol pathétique avec l’impression, comme dans les dessins animés, d’avoir une sorte de taureau déchaîné, baveux de haine mais, au final, sans le moindre argument. Il ne sait plus qu’invectiver, sûr d’être adoubé par le public. Mais il se trompe. Tout ceci n’est que du théâtre car, derrière ses propos, c’est le vide sidéral.

Je réponds calmement aux jurés (à qui depuis bientôt trois heures j'explique ce que sont en particulier les stratégies perverses qui conduisent à manipuler les révélations d’enfants pour protéger des pédocriminels) que, grâce au talent de "Maître Dupond-Moretti", nous venons d’en avoir un remarquable exemple. 
Car il a sorti un mot prononcé lors d’une émission réalisée sur Canal + avant le procès, où j’avais dit que « prétendre qu’il n’y avait pas eu d’enfants-victimes à Outreau, était une imposture car 12 enfants avaient été reconnus victimes » et cet avocat me fait dire que « le jugement de Paris était une imposture » : instrumentalisation et manipulation pitoyables de la réalité mais affirmées avec un tel aplomb et une telle rage qu’elles avaient pour but de sidérer la Cour mais également le témoin que j’étais.

« Acquitte à tort » refuse le débat. Il ne supporte pas qu’on lui tienne tête et il est tellement habitué aux effets de frayeur qu’il impose à ses interlocuteurs, qu’il est très vite déstabilisé s’il a face à lui quelqu’un qui argumente sereinement. 


Au lieu de mettre son talent oratoire et son intelligence au service d’une élaboration réflexive, il court-circuite tout échange à grand renfort d’accusations, d’insultes et de menaces.

Dès qu’il est face à des avis contradictoires, il lance des termes qui visent à sidérer et à interdire tout échange : ceux qui prêtent attention aux enfants ne sont donc que des négationnistes, des révisionnistes ou des extrémistes. Lui seul détient la vérité. Il se comporte comme un prédateur prêt à tomber sur sa proie qu’il n’hésite pas à massacrer comme il l’a fait au cours des différents procès pour les enfants-victimes et les témoins.

Sauf que, loin de m’énerver comme il devait s’y attendre, je lui réponds très calmement, démonte ses mensonges et même le remercie d’avoir illustré si formidablement bien ce qu’était la rhétorique perverse. 

La salle est hilare, les jurés et mêmes certains des magistrats ont du mal à contenir le fou rire général.
Akitator, furieux, jette alors par terre tout un dossier qu’il avait constitué à mon sujet et il se trouve rappelé à l’ordre par le Président des Assises, quand il s’approche de moi pour me menacer.

À la sortie du tribunal, un des magistrats me dit: « C’était remarquable. Quel courage ! Merci : c’est la première fois que l’on voit quelqu’un mettre à terre Dupond-Moretti. L’ogre des prétoires s’est fait dévorer tout cru par une petite souris. Il a été humilié mais il va vous le faire payer très cher, soyez forte. J’espère pour vous que vous avez une bonne assurance-vie. »

Formidable !…  Je croyais que nous étions en France, pays démocratique des Droits de l’Homme… Erreur.

Étonnement, la presse ne fait aucun retour de ce que certains ont considéré comme une grande première, Maître Dupond-Moretti remis à sa place et pris à son propre piège… Et pour cause car le responsable des journalistes présents sur place n’est autre que son grand ami du Figaro, Eric Durand-Soufflant (co-auteur de plusieurs de ses ouvrages)... qui, lui, va s’évertuer pendant plus d’un mois d’enquête à charge à mon sujet, à essayer de trouver des éléments pour laver l’affront fait à son complice, pour au final en inventer... et sortir un papier diffamatoire, indigne d’une personne se prétendant journaliste car saturé de mensonges et de vérités volontairement tronquées. Et, comme par hasard, ce "papier" qui devrait être depuis cinq ans aux oubliettes des documents des réseaux informatiques, ressort régulièrement en première ligne car il ne fait pas bon s’opposer à Akitator.

Maître Dupond-Moretti avait, lors des procès précédents comme à l’occasion de celui-ci, déjà méprisé les experts, insulté et dénigré les parties-civiles sans la moindre humanité. C’est sa marque de fabrique.

À Paris, il avait utilisé des qualificatifs et des références qu’il détournait intentionnellement de leur contexte pour servir la cause des mis-en-cause et disqualifier les parties civiles : les enfants-victimes ne sont pour lui que des « menteurs »;  le terme de « rafle » est utilisé pour décrire la prise en charge des enfants victimes par l’Aide Sociale à l’Enfance;  le juge d’instruction est qualifié « d’Eichmann »;  les professionnels de l’enfance le sont de « militants », les personnes qui s’interrogent sur l’attitude des mis-en-cause, sont qualifiés de « négationnistes ». Puis, il transforme les couloirs de la Cour d’Appel en salle de théâtre et annonce, avant même le délibéré du jury, l’acquittement général des mis en cause. Tour de passe-passe remarquable qui témoignait d’un mépris total pour la justice, d’un don assuré, pour le stand-up. Et c’est ce même avocat, devenu showman des prétoires qui est désigné Garde des Sceaux aujourd’hui ?  de qui se moque-t-on ?

La fonction de la justice n'est-elle pas de protéger les plus vulnérables ?  Que penser de ce qui apparaît comme une fonction perverse de cette nomination visant à inverser les valeurs puisqu'elle conduit à nommer celui qui a si souvent choisi d'incarner, justement, le combat contre les valeurs de la justice, par sa prédilection à défendre les accusés et non les plus vulnérables mais, surtout, par son attitude systématique visant à humilier les victimes lors des procès ?

Comment un Président de la République peut-il nommer une personne connue pour son mépris des magistrats et autres professionnels, pour sa violence à l’égard des parties civiles, pour ses menaces et son dénigrement des experts ?  C’est un déni total de la justice, une marque de mépris absolu pour toutes les victimes qui se sont fait massacrer par le fiel de cet avocat.

Lors de la dernière allocution télévisée du Président de ce qui s’appelle encore notre République, il a été dit qu’il fallait prendre soin de la jeunesse française. Mais aucun ministre n’a été nommé spécifiquement pour la jeunesse, excepté le ministre habituel de l’Education nationale : aucun pour la protection de l’enfance et des personnes vulnérables, personne.

Tout individu, même le pire criminel, a bien évidemment le droit d'être défendu. Mais un avocat de la défense peut le faire dans le respect des parties civiles et sans les humilier. 

Ce n'est pas le cas d'Akitator qui doit sa brillante carrière bien plus à son appétence à être avocat de mis en cause que de victimes. Il n'est pas le premier ni le seul à faire ce choix, le problème n'est pas là mais dans son attitude à l'égard des parties civiles, des victimes, des témoins, des experts et des magistrats. 

Car lors des procès d'Assises où il est avocat de la défense, il est bien loin des propos respectueux et mesurés que peuvent tenir ses collègues face à des victimes. Il est prêt à tout sans le moindre respect d'humanité pour les victimes ou pour les intervenants à qui il s'adresse et qui représentent un danger pour sa défense. Il existe pourtant un code de déontologie chez les avocats, qui pose certaines limites très régulièrement dépassées par Akitator.

La nomination en tant que Garde de Sceaux d’une personne aussi clivante qui, par son attitude habituelle lors des procès où il défend des mis-en-cause, a montré combien il peut incarner le mépris le plus total de la loi et de ceux qui devraient être protégés par la loi, est donc un message des plus négatifs adressés à la jeunesse et à tous ceux qui croyaient encore à la justice.

Comme de très nombreux professionnels de la protection de l'enfance, je pense que cette nomination est une honte pour un pays qui se dit celui des Droits de l'Homme.

« Entre la honte et l’honneur, il n’y a de différent que la dernière syllabe » (Henri Jeanson).

Hélène ROMANO
Dr en psychopathologie-Habilitée à Diriger les Recherches
Dr en droit privé et Sciences criminelles"

 

Un témoignage d'une psychologue et juriste sur Éric Dupont-Moretti
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17 juillet 2020 5 17 /07 /juillet /2020 05:08

Je reprends ici une analyse de Descartes sur les merveilleux résultats du Baccalauréat cuvée 2020 (larges extraits) :

 

 

En 2020, le taux de succès au bac (avant rattrapage) fait un bond de 7,6% par rapport à 2019, passant de 88,1% à 95,7%. Même chose pour le brevet des collèges (94% d’admis contre 88%, soit 6% de mieux). Et aux partiels des universités, c’est encore mieux : on gagne une dizaine de points par rapport à l’année dernière.

 

Résultat d’autant plus remarquable, diront certains cyniques, que collégiens, lycéens et étudiants ont subi trois mois de confinement qui ont obligé de fermer les salles de classe et de remplacer l’enseignement normal par des cours en vidéo et des devoirs transmis par messagerie. Etonnant, n’est-ce pas ? Moins on apprend, et mieux on réussit.

 

Le système fonctionne comme si chaque étudiant avait le droit d’être diplômé. Et si les circonstances l’empêchent d’atteindre le niveau exigé, c’est à l’Etat de baisser le niveau d’exigence de façon à lui octroyer quand même le diplôme tant convoité. Toute autre solution reviendrait à « pénaliser les élèves ». Le fait qu’on donne le diplôme à ceux qui n’ont pas les connaissances que le diplôme est censé certifier ne semble préoccuper personne : parents, élèves, enseignants et ministres communient dans l’idéologie de la « bienveillance ».

 

Le bac 2020 ne certifiera qu’une chose : que vous avez usé vos fonds de culotte un certain nombre d’années dans l’enseignement secondaire.  C’est la logique du diplôme à l’ancienneté. Le système éducatif devient ainsi une sorte « d’école des fans », où l’on offre le diplôme à tout le monde de peur que les élèves – et leurs parents – pleurnichent.

 

Il faudrait revenir aux fondamentaux : le diplôme n’est pas un droit, pas plus qu’il n’est une récompense. Et le fait de ne pas l’avoir n’est pas une punition. Le diplôme ne fait que certifier que l’étudiant ou l’élève ont acquis un certain niveau de connaissances. S’ils n’ont pas ce niveau, ils ne doivent pas l’avoir. C’est pourquoi parler de « bienveillance » est une absurdité : un système éducatif est par essence « bienveillant » puisqu’il veut le bien de l’élève. Mais la « bienveillance » n’implique pas de mentir aux gens sur leur propre niveau et faire des « bacheliers » qui ignorent ce qu’un bachelier devrait savoir.

 

Confieriez-vous votre santé à un médecin diplômé malgré le fait qu’il ne connaît pas l’anatomie parce qu’il n’a pas pu assister aux cours du fait d’une grève ? Confieriez-vous la construction d’un pont à un ingénieur diplômé qui ne connaît pas le calcul différentiel parce qu’une maladie l’a empêché d’en acquérir les bases ? Confieriez-vous votre défense dans un procès à un avocat diplômé qui ne connait pas le droit pénal parce qu’il a dû travailler au McDo pour payer ses études ? Moi pas. 

 

En délivrant des diplômes à ceux qui ne les méritent pas, on fabrique en fait des faux diplômes. Et lorsque beaucoup de faux documents circulent, les gens finissent par perdre confiance dans les vrais. L’exercice du bac 2020 montre combien on cherche à vider les diplômes en général et le bac en particulier de leur valeur certifiante. Normal : quand on veut casser l’ascenseur social, on s’attaque d’abord aux procédures parmi les plus égalitaires : celle de l’examen et du concours anonyme. Pour les classes intermédiaires, il est bien plus intéressant que la sélection à l’emploi se fasse sur les réseaux et le « savoir être » dont leurs rejetons bénéficient par défaut, que sur une évaluation objective des savoirs et compétences intellectuelles qui nécessitent un vrai travail.

 

Réforme après réforme, on a tué le bac. Un diplôme qu’on accorde à 95% des candidats sert-il encore à quelque chose ?

 

Réhabiliter la rigueur, le mérite et le travail implique de réhabiliter aussi l’idée d’exigence. Les bonnes âmes veulent nous convaincre qu’un haut niveau d’exigence humilie les étudiants, qu’il leur fait perdre leur confiance en eux. Je suis en total désaccord avec cette vision : c’est au contraire le manque d’exigence – qu’on déguise en « bienveillance » – qui est dégradant, parce qu’elle présume que l’individu n’est pas capable de gérer un échec, de rebondir, de se mettre à niveau. Donner le diplôme à tout le monde c’est insulter ceux qui ont fait l’effort pour répondre à l’exigence. A quoi bon étudier, puisque avec un peu de « bienveillance » le diplôme vous tombera tout rôti dans le bec ?

 

 

 

Le diplôme n'est ni un droit ni une récompense
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16 juillet 2020 4 16 /07 /juillet /2020 05:06

 

 

Le banquier éborgneur blablate, mais il progresse puisqu’il reconnaît publiquement qu’une partie de la population le « déteste ». Si Louis XVI en avait fait autant, la face du monde en eût peut-être été changée. Mais il maintiendra le cap. Il est payé pour ça : à la moindre incartade, les puissances d’argent qui l’ont placé là où il est lui feront connaître la tentation de Varennes.

 

Et pendant ce temps, le peuple des premiers de corvée continue de souffrir. Le banquier avait promis de se « réinventer », de relocaliser ce que nous savions faire chez nous. Il avait juré que lâcher la bride sur le coup des marchés était « une idée folle ». Alors le peuple souffre parce que 4 milliards d’euros de dividendes ont été versés pendant la pandémie aux actionnaires de Sanofi, dont l’ami du président, son « visiteur du soir » le PDG Serge Weinberg, ancien de Rothschild, d’Accor, de la Fnac, de Gucci, de la Commission économique de la nation, de la Trilatérale.

 

Après que le bon peuple a applaudi les personnels soignants du haut de ses balcons, le banquier éborgneur continue de supprimer des lits d’hôpitaux et de gazer les infirmières qui ne se satisfont pas d’une augmentation de salaire qui ne rattrape même pas ce que le point d’indice a perdu en 20 ans.

 

Pour les premiers de corvée, les deux années qui viennent vont durer une éternité.

 

Les premiers de corvée
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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 05:05

 

 

 

Pour Marianne, la relative victoire des Verts aux Municipales ne signifie pas la victoire de l’écologie :

 

« Jamais EELV n’a remis en cause la société industrielle comme cause du changement climatique par exemple. A une question d’un auditeur qui lui reprochait de ne pas classer le nucléaire comme "écologique", M. Bayou s’est contenté de faire référence au renouvelable, sans vraiment démentir. Or, le nucléaire est marginal dans la consommation finale d’énergie dans le monde (2 %), dangereux et incontrolable. Il lègue des problèmes insolubles aux générations futures (déchets et démantèlement). Il est en déclin dans le mix énergétique mondial, ruineux. Par conséquent peu importe par quoi on le remplacera, il faut l’arrêter tout simplement. EELV nous fait miroiter des solutions techniques compatibles avec la société industrielle comme le renouvelable pour produire de l’électricité. Malheureusement il n’existe pas de moyen sûr, fiable et reproductible pour stocker l’électricité, et l’éolien sans vent, le solaire sans soleil ne fonctionnent pas, au-delà des problèmes écologiques générés par l’extraction des terres rares extrêmement polluante pour les produire. EELV se dit de plus en plus indépendant de la gauche et de la droite et certains l’affirment il est "libéro-compatible". Finalement, ne risquons nous pas d’assister à l’accompagnement d’une mue de la société industrielle qui va repeindre en vert ses pires pollutions, polluer moins pour polluer plus longtemps, grâce à EELV ? »

 

 

 

Sur le site Regards.fr, Clément Sénéchal  dénonce « l’addiction au capital financier des entreprises polluantes. La crise sanitaire a suspendu un certain nombre de dogmes néolibéraux, ce qui les a exhibé et a poussé les gens à s’interroger sur la manière dont l’économie fonctionne : à quoi servent les dividendes ? Qui est-ce qu’on enrichie dans l’économie actuelle ? Quelle utilité sociale ? L’État a bloqué le versement des dividendes pour certaines aides seulement – par circulaire en plus, pas par une loi –, ce qui montre que ça n’est pas impossible. Mais Bruno Le Maire s’est bien gardé de fixer une interdiction ferme. On a des dirigeants néolibéraux gênés aux entournures qui essayent de trouver un voie à moyen terme, mais on arrive sur une action publique défaillante. Vivendi, par exemple, a bénéficié du chômage partiel et a décidé en avril une augmentation de 20% des dividendes. Les entreprises profitent de la solidarité collective, dans un contexte de récession économique et continuent d’accroître l’enrichissement des actionnaires. Il y a quelques choses qui dysfonctionne. En plus de ça, le gouvernement vient d’accorder 20 milliards pour sauver les grandes entreprises sans contrepartie. Au moment où l’État est en position de force, il faut les soumettre à l’accord de Paris. Au lieu de ça, on a le spectacle affligeant de milliards d’euros d’argent public déversés dans les poches des plus grands pollueurs, alors que l’état d’urgence climatique – voté en septembre 2019 – n’est naturellement pas levé ! On est en train de solder une crise conjoncturelle en aggravant une crise structurelle. »

 

 

 

Sur le site anti-K, Frédéric Lordon dénonce : « Les fléaux de la finance néolibérale.

On ne mesure pas toujours en effet le caractère absolument névralgique de la finance dans la configuration institutionnelle d’ensemble du néolibéralisme, et ses propriétés d’intensification de tous les mécanismes de la coercition capitaliste. Elle est presque à elle seule – il y a la concurrence aussi – la source du double fléau néolibéral, celui qui détruit les salariés du privé sous la contrainte de la rentabilité, celui qui détruit les services publics sous la contrainte de l’austérité. Le premier est lié au pouvoir des actionnaires formé dans le marché des droits de propriété, le second au pouvoir des créanciers formé dans les marchés obligataires.

Contrairement à ce qu’on croit spontanément, le pouvoir des actionnaires n’est pas un pouvoir de bailleurs. À l’envers de ce qui est répété par tous les appareils de l’idéologie néolibérale, les actionnaires apportent finalement si peu d’argent aux entreprises que celles-ci ne dépendent que marginalement d’eux pour leur financement. Mais alors par où chemine la coercition actionnariale ? Par les voies souterraines des transactions sur le marché des actions où se joue le contrôle de la propriété. Donc par les voies de la soumission aux décrets de l’opinion financière.

Comme on le verra plus encore avec la disciplinarisation des politiques économiques par les marchés obligataires, les marchés de capitaux, en plus d’être les lieux de l’enrichissement spéculatif, sont de très puissantes instances de normalisation. Armés d’une idée de ce que doivent être les « bons » comportements économiques – une idée, faut-il le dire, formée au voisinage immédiat de leurs intérêts –, ils disposent des moyens de l’imposer aux agents, privés comme publics, c’est-à-dire de sanctionner les écarts. Dans le cas des marchés d’actions, la sanction en cas de dissentiment, passe par la vente des titres de l’entreprise considérée, d’où suit l’effondrement de son cours qui la rend vulnérable à une OPA hostile. À laquelle l’équipe dirigeante en place sait parfaitement qu’elle ne survivrait pas. Or elle veut survivre. Donc elle fera ce que l’opinion actionnariale lui demande – pour maintenir son cours le plus haut possible et décourager les assaillants. L’opinion actionnariale demande-t-elle une rentabilité des capitaux propres de 15 % ? On la lui donnera. Demande-t-elle, en conséquence, qu’on ferme les sites économiquement viables, profitables même, mais qui ne sortent que du 5 % ? On les lui fermera. »

 

 

 

 

 

Revue de presse (330)
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9 juillet 2020 4 09 /07 /juillet /2020 05:00
 
"#remaniement Nom : Jean #Castex Profil : homme blanc de droite bien techno & gros cumulard Fonction : gérer l'intendance de fin de règne de la #Macronie comme il a préparé le déconfinement, en mode "Démerdez-vous, c'est chacun·e pour sa gueule, Jupiter reconnaîtra les sien·nes"", a tweeté Danièle Obono. Henri Peña-Ruiz lui répond.

Madame Obono, je ne doute pas le moins du monde de votre volonté d'émancipation humaine. Mais je pense que vous faites fausse route. Renverser le racisme, ce n'est pas l'inverser. Dire de Monsieur Castex, nouveau Premier ministre, que c'est un "homme blanc de droite", c'est inaugurer une typologie éthiquement scandaleuse et politiquement inepte. N'oubliez pas que le combat antiraciste de Nelson Mandela s'est fait au nom de l'universalisme émancipateur, qui rend les droits des uns inséparables des droits des autres. La notion d'universalisme est facile à comprendre. A condition de la distinguer de l'ethnocentrisme colonialiste, qui érigeait une civilisation particulière en référence prétendue universelle pour mieux l'imposer aux peuples dominés. Est universel ce qui vaut ou peut valoir pour toutes et tous. Ainsi de la liberté, de l'égalité, de l'émancipation, de l'instruction qui fonde l'autonomie de jugement.

Toutes choses conquises à rebours des traditions rétrogrades. Guidé par un tel universalisme, Mandela a vaincu l'apartheid de l'Afrique du Sud sans combattre les Blancs comme tels, mais en visant le rapport social qui crée une domination de certains Blancs sur certains Noirs. Oui, il faut dire "certains". En effet, à ses côtés, des “ hommes blancs ” se sont battus eux aussi contre l'apartheid. Ainsi de Denis Goldberg, “ blanc ” communiste, incarcéré pendant 22 ans [suite à un procès où était également jugé Mandela - BG], mort au Cap le 29 avril 2020. Ainsi encore de Johnny Clegg, musicien surnommé le “ zoulou blanc ”, auteur de la célèbre chanson Asibonanga, mort le 16 juillet 2019 à Johannesburg. Aux Etats-Unis, les adversaires “ blancs ” de la ségrégation puis de la discrimination firent de même de 1970 à 1990. Ils organisèrent avec des “ Noirs ” des actions de brushing pour transporter des enfants noirs dans des écoles dévolues aux Blancs. Une action de promotion de la mixité sociale tout à fait exemplaire, en faveur de familles victimes à la fois de racisme et de détresse sociale. Devenu président après 27 ans de prison, Mandela a tenu à ce que le gouvernement mêle “ Blancs ” et “ Noirs ”. Madame Obono, vous comprenez bien sûr pourquoi j'utilise ici des guillemets, tout en rappelant le patrimoine exemplaire de la lutte antiraciste. Celui-ci ne doit pas être oublié: il constitue une boussole du fait de son universalisme. Vous savez bien que chaque libération libère l'Humanité tout entière. Comme vous le savez aussi, la notion de race ne peut pas servir à différencier les êtres humains.

 

Différencialisme ou universalisme ?

Nous sommes toutes et tous homo sapiens sapiens, et la pigmentation de la peau est à cet égard inessentielle. Relisons le livre bouleversant de Robert Antelme intitulé L’espèce humaine ( Tel, Gallimard, 1957) : « Il n’y a qu’une espèce humaine. Tout ce qui masque cette unité dans le monde, tout ce qui place les êtres dans la situation d’exploités, d’asservis et impliquerait par là-même l’existence de variétés d’espèces, est faux et fou » (p. 23). Cette vérité scientifique de portée éthique et politique décisive n'est-elle pas le premier argument pour déconstruire et combattre le racisme ? Cet argument récuse tout différencialisme qui "racialise" les groupes humains. Développons. Monsieur Castex est un "homme blanc" de droite, dites-vous. Vous-même, Danièle Obono, êtes une "femme noire" de gauche. Quant à moi, je suis un "homme blanc" de gauche. Que vient donc faire la mention de la couleur de peau dans ce meli-mélo ? En revanche une chose est sûre: la différence entre la droite et la gauche existe, même si elle peut être brouillée quand la fausse gauche s'aligne sur la vraie droite.

Cependant une telle différence n'oppose pas les êtres humains comme tels, mais leurs positions politiques et sociales, ou les intérêts économiques qui dictent leurs préférences idéologiques. Karl Marx, dans la préface du Capital, disait ne pas s'en prendre aux hommes qui incarnent le système capitaliste mais au système qui leur assigne un rôle d'exploiteurs. Que par intérêt ces exploiteurs puissent faire du zèle dans la complicité avec le système les rend sans doute détestables. Mais la détestation doit céder la place au projet révolutionnaire, qui ne vise les personnes que dans la mesure où elles jouent le jeu du système. Ce n'est pas la personne de Monsieur Macron que nous rejetons, mais son rôle assumé de soldat du MEDEF.

Cette distinction à la fois morale et politique est fondamentale. Elle est difficile à faire pour celles et ceux qui subissent l'oppression ou l'exploitation, auxquelles ils réfèrent des noms et des visages. Le capitalisme et le colonialisme sont des systèmes, souvent travestis par des idéologies mystifiantes. En revanche le capitaliste et le colonialiste sont des personnes, à distinguer du rôle que leur assigne le système. Une distinction illustrée par Robert Owen (1771-1858), entrepreneur britannique, qui tenta de supprimer l'exploitation capitaliste, dont il ne voulait pas être le vecteur, en dépassant le capitalisme par un modèle coopératif. Son projet fut brisé par le système. La tentation de personnaliser la lutte émancipatrice en lui donnant des cibles humaines peut se comprendre, mais elle n'est pas justifiable, et ce à un double titre. Politiquement, car elle peut laisser croire qu'en changeant les personnes on change le système, ce qui le plus souvent est une illusion. Et moralement, car en se trompant ainsi de cible on occulte la portée universelle de toute lutte émancipatrice.

 

Nature ou société : l'enjeu d'une généalogie critique

Le grand mérite de la pensée progressiste a toujours été de distinguer ce qui relève de la nature et ce qui relève de la société, à la fois par souci de lucidité critique et par refus de toute fatalisation d'inégalités qu'on ne peut imputer à la nature. C'est un certain rapport de force social qui entend faire jouer à l'invocation de la nature un rôle de justification. Ainsi l'idéologie patriarcale machiste prit prétexte de la différence de sexe ou si l'on veut de genre pour construire une hiérarchie. Dans son livre intitulé Le deuxième sexe Simone de Beauvoir a contré cette approche.

 

Elle y écrit : " On ne naît pas femme; on le devient ”. Quant à l'esclavage des Noirs, qui atteignit dans le commerce triangulaire son abjection maximale, il fit du racisme une idéologie ad hoc pour tenter de justifier l'oppression et l'exploitation en stipulant l'infériorité des Noirs. Les Noirs, comme avant eux les Amérindiens massacrés par les conquistadors espagnols, seraient inférieurs aux Blancs. On doute même qu'ils aient une âme ! La question avait été posée et discutée à propos des Amérindiens dans la célèbre Controverse de Valladolid, en 1550, pour savoir si la domination exercée sur eux était légitime. Elle fut reprise en 1748 par Montesquieu, adversaire résolu du commerce d'esclaves noirs. Avec une ironie mordante il tourna en dérision la justification idéologique d'une telle infamie : "On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir. " (L'Esprit des lois XV, 5: "De l'esclavage des Nègres ".)

 

L'oubli de la lutte des classes au profit de la lutte des races

Il est donc pour le moins paradoxal et objectivement réactionnaire d'essentialiser la référence à la couleur de peau. Le monde n'oppose pas les hommes blancs et les hommes noirs, mais les exploités et les exploiteurs. La fonction d'exploiteur ou de colonisateur raciste n'est pas inscrite dans les chromosomes, pas plus que celle d'esclavagiste. Ne confondons pas l'être et le rôle, la peau et la chemise. Bien sûr, tout rapport social de domination met en présence des dominants et des dominés. Et cela peut conduire à de la haine, si l'on n'y prend pas garde. Il faut pourtant résister à toute dérive haineuse qui s'en prend aux personnes au lieu de mettre en cause un système. Sinon la lutte pour l'émancipation perd son sens. Elle se psychologise en ressentiment au lieu de se politiser en combattant les causes sociales de la domination.

L'oubli de la lutte des classes au profit de la lutte supposée des races est une terrible régression. La lutte des classes oppose non des hommes comme tels, mais des groupes fondés sur des communautés aux intérêts particuliers, contradictoires entre eux. Seul l'avènement du bien commun à toutes et à tous permet d'en sortir par le haut. L'universel ainsi conçu est subversif, et libérateur. Quant à l'hypothétique lutte des races, elle est un fantasme qui s'invente un conflit imaginaire, car il n'y a qu'une espèce humaine. Des “ Blancs ” ont réduit des Noirs en esclavage. C'est un fait historique. Mais en Afrique certains “ Noirs ” ont aussi réduit en esclavage ou colonisé d'autres “ Noirs ”, ou d'autres ethnies. On ne peut donc confondre les rapports de force concrets qui engendrent des dominations avec des rapports généraux entre races supposées telles. Pour lutter efficacement contre le racisme, deux boussoles sont précieuses. La première consiste à rappeler l'unicité de l'espèce humaine. La seconde consiste à rejeter toute hiérarchisation abstraite des groupes humains, qu'elle prétende se fonder sur la nature ou sur la culture. En tout état de cause, ne noyons pas l'individu singulier dans une appartenance, et ne jugeons pas globalement une ethnie. Nous sommes munis de raison, et cela doit nous permettre d'éviter tout préjugé en distinguant ce qui doit l'être.

 

Source : Marianne

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7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 04:58

Par Juan Branco

 

 

Pourquoi, comme Jérôme Cahuzac en son temps, François Fillon a-t-il été pile-poil condamné à deux ans de « prison ferme », et non deux ans et un mois, trois ans ou plus ?
Parce que cela permet de s’assurer qu’il ne mettra jamais un pied en prison, tout en donnant l’impression au peuple qu’une lourde peine lui a été infligée.
M. Fillon, reconnu coupable d’avoir volé plus d’un million d’euros à ses concitoyens, ne s’est en effet pas vu décerner un mandat de dépôt, qui seul aurait en ces circonstances impliqué son incarcération. Comme M. Cahuzac, il a eu droit à ce que l’on appelle à la peine parfaite, celle qui, parce qu’elle ne dépasse pas les deux ans de prison ferme, est aménageable et, n’étant pas accompagnée d’un mandat de dépôt, rend de facto son appel suspensif. 
Gageons que la cour d’appel, moins populaire et devant composer avec la réforme mise en oeuvre depuis et réduisant à un an la durée maximale des peines automatiquement aménageables, saura adapter sa décision de façon à s’assurer qu’en effet, et de façon définitive, M. Fillon n’ait à subir les affres de ces lieux qu’un quelconque citoyen aurait fréquenté pour bien moins.
Ne l’oubliez pas, au moment d’entendre les médias répéter en boucle les lourds signifiants « cinq ans de prisons, dont deux ferme ».
N’oubliez pas ce que cela signifie pour les puissants: que cet être que l’on prétend vouer à l’infamie pourra continuer à profiter, en toute liberté, des larges salaires que le secteur financier lui octroie depuis la fin de sa carrière politique, en échange du carnet d’adresses que nous lui avons concédé en lui donnant la responsabilité de nous gouverner.
Cet être qui, grâce à l’Etat, a obtenu sans discontinuer depuis l’âge de 22 ans – date de son premier recrutement aux frais de la République en tant qu’attaché parlementaire – des sommes immenses qui lui auront permis de s’acheter un immense manoir, profiter des joies des courses de voiture de compétition, mener un train de vie délirant entre logements de fonction et offrandes de personnes privées intéressées, sans ne jamais être sanctionné.
La République prévoit l’égalité des citoyens face à la loi. La République n’existe pas.

 

Pourquoi Fillon n'ira-t-il jamais en prison ?
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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 05:09

 

Le site Communistes exige la libération immédiate de Salah Hamouri : « Mardi 30 juin, alors qu’il se rendait à Jérusalem pour effectuer un test coronavirus (obligatoire) pour prendre l’avion samedi 4 juillet, pour se rendre en France, Salah Hamouri a été arrêté dans ce centre médical par les autorités israéliennes. Il a été conduit au centre d’interrogatoire de Moskobiyeh, à Jérusalem. Le motif de son arrestation ne lui a pas été communiqué. Déjà en août 2017, Salah Hamouri avait été arrêté quelques jours avant un voyage prévu en France pour y retrouver sa femme et son fils et il avait alors purgé 13 mois de détention administrative, sans peine ni jugement ni la moindre accusation prouvée. »


 

Revue de presse (329)

 

Pour le site Révolution, une seule perspective pour la France Insoumise : la barre à gauche toute : « En avril 2017, le « bloc » PS-EELV avait fait 6 % des voix (Benoît Hamon), pendant que Mélenchon faisait 20 % des voix. La dynamique, à gauche, était à l’avantage du programme le plus radical. Or la récession économique va développer le potentiel électoral d’une gauche « radicale ». Nous avions défendu l’idée d’une campagne de la FI menée sur un programme radical, anti-capitaliste, en proposant un accord national au PCF et à l’extrême gauche. Indépendamment de son résultat électoral, cette stratégie aurait au moins permis de rendre visible un pôle de radicalité, à gauche. Au lieu de quoi la FI a pratiquement disparu des radars – au profit du PS et des Verts. Si la FI veut progresser, dans les mois à venir, elle doit virer à gauche. Elle doit notamment présenter une alternative claire au programme pro-capitaliste des Verts. Enfin, la FI doit se préparer à une nette accélération de la lutte des classes et de la radicalisation politique, en France. Une catastrophe économique et sociale va balayer le pays à court terme. Elle va faire sombrer le gouvernement Macron dans des abîmes d’impopularité. Un nouveau mouvement de masse pourrait se développer et ouvrir la possibilité d’une chute du gouvernement avant 2022. Dans ce contexte, la FI doit se tourner vers la « gauche radicale » et le mouvement syndical, à commencer par la CGT, pour préparer la mobilisation, dans les rues et par la grève, contre le « gouvernement des riches » – et pour un gouvernement des travailleurs. »

 

 

José Espinosa, dans Le Grand Soir, s’interroge également sur l’abstention aux dernières élections municipales : « L’essentiel n’est pas dans la claque que le pouvoir vient de recevoir. Le fait le plus marquant de cette consultation électorale c’est la non participation massive, surprenante, tenace des électeurs. Dans les scrutins antérieurs, législatifs, régionaux, européens, l’abstention suivait une croissance constante. L’élection du maire, au contraire, entraînait toujours un engouement des populations, une participation record pour décider et choisir son premier magistrat. La monarchie présidentielle lui porte un coup de grâce. Les causes en sont multiples : réductions des dotations de fonctionnement, affaiblissement des pouvoirs avec la métropolisation et les communautés de communes, politiques d’austérité démantellemant les services publics, désindustrialisations et délocalisations d’entreprises, destruction des commerces et de l’artisanat au profit de la grande distribution etc. »

 

 

 

Enfin, je vais me permettre de citer mon blog et évoquer le jour où j’ai rencontré un esclave : « Avec un collègue sénégalais, je remontai le fleuve Sénégal jusqu’à Rosso, une ville où les populations sénégalaises et mauritaniennes sont assez mélangées. Nous fîmes une halte dans un restaurant qui garantissait des glaçons pour la bière chaude. Ce restau appartenait à des Mauritaniens, en particulier à une énorme femme d’une trentaine d’années qui, du matin au soir, restait immobile dans son canapé. Le serveur, lui aussi âgé d’une trentaine d’années, était sénégalais. Mon collègue, habitué des lieux, me dit, à mi-voix et mine de rien : « tu vois, ce type, c’est un esclave ». Il m’expliqua que ce grand garçon avait été vendu, tout enfant, à cette famille mauritanienne. Il travaillait sans aucune rétribution mais ses propriétaires devaient lui garantir le logement, la nourriture et les soins. Et s’il se marie, demandai-je ? Il ne pourra épouser qu’une Sénégalaise qui aura le même statut que lui, m’expliqua mon collègue.

 

 

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3 juillet 2020 5 03 /07 /juillet /2020 05:10

 

 

Cette photo prise le 10 novembre 2019 lors d’une manifestation contre l’islamophobie pose, selon moi, de sérieux problèmes. Je passe sur le fait que, lors de cette manif', des étoiles jaunes avaient été cousues sur des vêtements de petites filles musulmanes, suscitant l’amalgame entre des enfants parfaitement libres dans la France d’aujourd’hui et des enfants contraints dans la France pétainiste dont, pour beaucoup, le destin se résumait à la mort dans les chambres à gaz. On peut simplement regretter qu’Edwy Plenel se rallia à cette problématique. Je ne me rappelle plus ce qu’en pensa Jean-Luc Mélenchon qui participa à cette manifestation.

 

Cette manifestation n’était pas monolithique. On trouvait des slogans républicains (« Liberté, Égalité, Fraternité »), des slogans clairement en faveur du port du voile (« Les anti foulard sont racistes, tout simplement »), des slogans identitaires (« Français et musulmans, fiers de nos deux identités »), des slogans politiques (« Notre pays va mal, non aux musulmans boucs émissaires »).

 

Je voudrais revenir sur les deux slogans ci-dessous, avec ces deux pancartes brandies par deux jeunes filles noires : « Ensemble contre l’islamophobie », « Votre laïcité, notre liberté ». 


 

Sur deux slogans

 

Il n’est pas difficile – et il est même recommandé – d’adhérer à la lutte contre l’islamophobie, même si ce concept n’est pas très clair. Á proprement parler, l’islamophobie est la crainte, la peur de l’islam. On retrouve le grec φόβος dans claustrophobie (la peur des espaces clos) ou arachnophobie (la peur des araignées). Une dérive s’est produite il y a au moins un demi siècle, si bien que le terme « islamophobie » a fini par signifier « aversion », « hostilité », voire « haine » de l’islam. Le mot ne figure pas dans l’édition 2001 du Grand Robert, ni dans le Littré remanié, ni dans le CNRTL.

 

Que les musulmans – et les autres – en aient conscience ou non, l’usage de « phobie » soulève une épineuse question car il plaque sur un concept sociopolitique une notion de maladie mentale. Camus nous l’avait dit : lorsqu’on nomme mal les choses, on crée de la souffrance. Nous sommes piégés, comme l’avait remarqué un ancien directeur de la revue juive L’Arche : « Le terme d'islamophobie ne renvoie pas à une controverse au sujet de l'islam, mais à une mise en accusation systématique des musulmans, en tant que collectivité ou en tant que personnes. » Charb, le dessinateur de Charlie Hebdo, assassiné par des islamistes, était allé encore plus loin dans son livre posthume Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes : « Si demain les musulmans de France se convertissent au catholicisme ou bien renoncent à toute religion, ça ne changera rien au discours des racistes : ces étrangers ou ces Français d'origine étrangère seront toujours désignés comme responsables de tous les maux. […] Les militants communautaristes qui essaient d'imposer aux autorités judiciaires et politiques la notion d' « islamophobie » n'ont pas d'autre but que de pousser les victimes de racisme à s'affirmer musulmanes. »

 

Le slogan « Votre laïcité, notre liberté » me fait peur. Je passe sur le « votre » que la militante nous lance à la figure avec mépris, comme s’il s’agissait d’une maladie qui se serait emparée de nous. Lors de la très importante manif’ pour Charlie, j’avais été très frappé à Lyon – mais il en eût été de même partout ailleurs en France – par le fait qu’à 98% nous étions entre Blancs et, je dirais même plus, entre familles blanches. Je m’étais fait la réflexion, moi qui suis totalement hostile au communautarisme que j’ai repéré et dénoncé dans un petit livre consacré à la Grande-Bretagne paru en 1971, que la “ communauté ” des Français d’origine ou récemment assimilés était là, présente, consciente, et en famille. Quasiment pas de Noirs et infiniment peu d’Arabes.

 

Le slogan brandi à droite de la photo nous dit violemment cela. Pour la jeune femme qui le revendique et dont je ne sais – mais cela n’a pas d’importance, si elle est née en France ou pas – il n’y a liberté que contre les valeurs de la République. Je cite ce que tout élève de CM2 devrait connaître par cœur, l’article premier de la Constitution française : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. » Nous ne sommes pas au Royaume-Uni qui n’a pas de constitution, qui n’est pas un pays laïque et qui connaît des sujets et non des citoyens. Et des sujets à couleur de peau. Comme Yumza Yousaf, ministre écossais de la Justice, d'origine pakistanaise, qui vient de déclarer qu'il y avait trop de Blancs dans la Fonction publique écossaise, dans les professions médicales et dans les syndicats. Yousaf s'était singularisé lors de son intronisation au Parlement en exigeant de pouvoir prêter serment en ourdou. Ce qui lui avait été accordé.

 

Que l’on soit de nationalité française ou non, la présence sur le sol français implique l’acceptation de toutes les valeurs qui fondent la République. La laïcité n’est pas l’apanage ou la propriété des Blancs, des Français dits de souche ou d’origine. Elle n’est pas non plus une case à cocher, une option facultative. Elle appartient à tous les individus présents sur le sol, en les transcendant. Contrairement à ce que pense cette dame, sa liberté (de cacher ses cheveux, par exemple) ne s’est pas construite contre la laïcité mais grâce à la laïcité, qui a également garanti la pratique – ou pas – de sa religion. Elle a tout à perdre dans ce positionnement à moins que, par choix, elle n'ait décidé de vivre en marge de la République. Á voir...

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1 juillet 2020 3 01 /07 /juillet /2020 05:07
Ce texte de “ Descartes ” vaut qu'on s'y arrête.

« Mon fils, que veux tu être quand tu seras grand ? Papa, quand je serai grand, je voudrais être victime » (conversation du XXIème siècle)

Colbert, Faidherbe, Ferry et autres « gloires de la France » n’ont qu’à bien se tenir. La Révolution est là, prête à sortir la guillotine et couper des têtes. Des têtes de statue, s’entend. Mais aussi à débaptiser des rues, des lycées, des stations de métro. Gare à celui qui ne saurait montrer patte blanche en matière de racisme, de sexisme, et d’une liste de « ismes » qui s’enrichit chaque jour. Parce que c’est bien connu, une fois que les dragons de vertu sont lâchés, par simple effet de surenchère on en arrive fatalement à exiger des punitions de plus en plus fortes pour des crimes de plus en plus petits. Au nom de l’antispécisme, on déboulonnera demain la statue de Raid, ce salaud qui refuse aux moustiques et aux cafards leur pitance.

Certains dénoncent une volonté de réécrire l’histoire. Ils ont tort : l’histoire est une connaissance scientifique, élaborée par le travail systématique sur les témoignages et les documents des historiens. C’est donc un savoir objectif, construit par la confrontation des subjectivités des spécialistes. On peut déboulonner la statue de Colbert ou de Faidherbe, on ne peut les effacer de l’histoire, parce que l’historien qui voudrait le faire aurait besoin pour cela d’ignorer une masse de documents et de témoignages de l’époque, sans compter sur l’œuvre immense du ministre de Louis XIV dont une partie est toujours avec nous aujourd’hui. Et ce faisant, il cesserait de faire du travail d’historien pour devenir au mieux un romancier, au pire un propagandiste.

Si l’on veut comprendre quelque chose à la vague de n’importe quoi qui déferle sur nous, il faut cesser d’imaginer que le but des militants « communautaires » est la réécriture de l’histoire. Si tel était le cas, ils nous proposeraient des documents, des témoignages, des recherches démontrant que l’histoire est autre que celle que nous connaissons. Ce n’est nullement le cas. Ce que ces militants nous disent est incorporé dans notre histoire depuis des décennies sinon de siècles. La paternité du « code noir » est bien connue et à ma connaissance aucun historien sérieux ne l’a jamais niée. Le parcours colonial de Faidherbe ou de Ferry est lui aussi parfaitement documenté, et n’a jamais été occulté. Les militants en question n’apportent aucun fait, aucune information nouvelle concernant ces personnages qui pourrait faire changer une lecture historique. La seule chose qu’ils nous proposent est une nouvelle lecture morale des faits connus et publiés depuis des décennies. Or, la morale et l’histoire, ce sont deux choses très différentes.

Certains historiens soulignent, à juste titre, que la question des statues n’a rien à voir avec l’histoire. Ils ont parfaitement raison. Le choix des personnalités qu’on statufie dans l’espace public et celles qui n’ont pas droit à ces honneurs est un choix qui n’a rien de scientifique. C’est un choix qui tient à la manière dont une société se représente elle-même à travers un « roman » qui lui est propre pour l’édification des générations successives. Un « roman » qui, en offrant en exemple une image quelque peu embellie de la vie de certains individus, promeut les qualités et les vertus que cette société juge important de transmettre. Si les auteurs du « roman national » français ont choisi Colbert ou Faidherbe ce n’est pas par hasard. On pourrait d’ailleurs se demander pourquoi la République, si sourcilleuse par rapport à tout ce qui sentait l’Ancien régime, a choisi de faire de Colbert, Napoléon ou de Richelieu des « grands hommes » dans le panthéon républicain. L’explication est simple : que ce soit Napoléon, Colbert, Richelieu ou Faidherbe, il s’agit de personnalités d’origine relativement modeste, devant leur promotion d’abord à leurs mérites, à leur puissance de travail, à leur rigueur, à leur patriotisme, à leur sens du bien commun, à leur hauteur de vues. Ce sont ces vertus que les statues proclament, bien plus que le « racisme » de l’un ou le « colonialisme » de l’autre.

Ce qui nous conduit je pense à la véritable question : si la statue de Colbert représente aux yeux de ceux qui les ont érigées les qualités de travail, de rigueur, de discipline, de sacrifice, n’est ce pas concevable qu’elles représentent exactement la même chose aux yeux de ceux qui veulent les abattre ? Que ce qui vaut à Napoléon, Colbert ou Faidherbe une telle détestation soit moins leur carrière coloniale ou leur « racisme » réel ou supposé que les vertus républicaines qu’ils représentent ?

Si vous trouvez cette idée farfelue, je vous invite à réfléchir à l’intéressant lièvre levé involontairement par Philippe Bernard (« Le Monde », 22 juin 2020) lorsqu’il écrit « Une station du RER francilien a été baptisée du nom de Rosa Parks, héroïne de la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis. Aucun héros noir français n’a eu le même honneur ». Pourtant, il y a un « héro noir français » qui a non seulement une station de métro mais aussi une place à Paris, sans compter un certain nombre de collèges et lycées en Ile de France et ailleurs : il s’agit vous l’aurez compris de Félix Eboué. Un grand monsieur que sa couleur de peau n’a pas empêché, dans la France des années 1930 et 1940, d’être successivement gouverneur de la Martinique, de la Guadeloupe, du Tchad, de l’Afrique équatoriale française, de rejoindre la France Libre et d’être fait compagnon de la Libération. Un parcours bien plus « héroïque », qui mérite à mon avis bien plus d’être donné en exemple aux jeunes à la peau foncée que celui de Rose Parks, sauf le respect dû à la militante américaine des droits civiques dont l’action se limite au refus de céder son siège dans le bus à un blanc, comme la loi de l’époque l’y obligeait. Alors, pourquoi Eboué n’est jamais offert comme modèle par les mouvements « anti-racistes » ? Pourquoi proposent-ils que ce soit le nom de Parks, et non celui d’Eboué, qui remplace Colbert au fronton du lycée de Thionville ou Faidherbe au lycée de Lille ?

La réponse me semble évidente. Parce que Eboué ne se distingue de Faidherbe ou de Colbert que par la couleur de peau. Symboliquement, il représente la même chose. Ses statues promeuvent les mêmes qualités, les mêmes vertus. Le parcours d’Eboué et celui de Faidherbe sont d’ailleurs d’un parallélisme étonnant : tous deux viennent d’un foyer modeste, tous deux doivent leur promotion sociale à leur mérite scolaire qui les conduit à obtenir une bourse puis à étudier dans une « grande école » leur donnant accès à la fonction publique. Tous deux exerceront des fonctions dirigeantes dans les colonies (gouverneur du Sénégal pour Faidherbe, du Tchad, d’Afrique équatoriale et des Antilles pour Eboué). Tous deux se distingueront par l’intelligence et l’humanité de leur gestion. Tous deux s’intéresseront aux cultures locales, apprendront les langues natives, tout en étant partisans de l’assimilation. Et tous deux se mettront du côté républicain et patriote (Faidherbe en 1870, Eboué en 1940). Voilà pourquoi Eboué ne peut pas être le « héros noir français » que les soi-disant « anti-racistes » se cherchent. Lui ériger une statue, c’est prendre le parti de l’assimilation, d’un noir qui n’était noir que de peau, et français de culture, de cœur, d’âme. Et dont la République a reconnu le mérite au point de le faire reposer au Panthéon parmi les gloires de la nation – privilège qui, accessoirement, n’a été accordé ni à Colbert, ni à Faidherbe. C’est pourquoi même un journaliste bienpensant comme Philippe Bernard, à l’heure de citer un « héros noir français », oublie Eboué : il est beaucoup trop « blanc » pour cela.

A la lumière de cette analyse, il faut maintenant se demander quel est le « roman » que les « anti-racistes » auto-désignés veulent construire et imposer à la place du « roman national » républicain. Et pour cela, rien de mieux que d’examiner quelle est la nature des personnalités qu’ils se choisissent comme symbole de leur combat. De ce point de vue, l’inauguration récente d’une peinture murale représentant Adama Traoré et George Floyd à laquelle assistait le ban et l’arrière ban des militants « anti-négrophobie » mais aussi – honte à eux – quelques élus de la République donne une petite idée. Là où le « roman national » français mettait en exergue le mérite et la vertu dans l’action, le « nouveau roman » met en avant la figure de la victime, qui n’a d’autre mérite, ne laisse d’autre œuvre que celle précisément d’avoir été victime d’une volonté extérieure. Adama Traoré ne laisse sur cette terre aucune réalisation, aucun ouvrage, aucun geste digne d’être retenu par l’histoire. Il rentre au Panthéon militant non pas à cause de ce qu’il était, mais à cause de ce qui lui est arrivé. De sa vie, le « nouveau roman » ne retient qu’une chose – sa mort – et préfère oublier le reste.

Si l’on veut caricaturer la situation, on peut dire que le problème des « anti-racistes » français est que la France n’est pas assez raciste. Dans un autre pays des gens comme Eboué, Senghor, Césaire, Fanon ou Monnerville auraient été empêchés d’étudier, cantonnés à des travaux subalternes, interdits de publier. Ils auraient alors pu être des « héros noirs ». Malheureusement pour les militants, ces personnages ont tous pu faire des études dans les institutions les plus prestigieuses et occuper des fonctions de premier plan. Ils ont été « assimilés ». C’est pour cela qu’il faut aller chercher aux Etats-Unis ou dans les bas-fonds de véritables victimes susceptibles de devenir des « héros noirs ».

Dans le « nouveau roman » victimaire, les hommes d’action et de mérite qu’étaient Colbert ou Faidherbe mais aussi Eboué ou Monnerville n’ont pas leur place. C’est pour cela, et non parce qu’ils auraient été des « colonialistes » qu’on déboulonne leurs statues. On notera d’ailleurs que certains de nos « anti-racistes » proposent d’ériger des statues à l’émir Abdelkader, dont on sait qu’il possédait des esclaves dans sa célèbre Smalah. Comment expliquer qu’on pardonne à Abdelkader ce qu’on reproche à Colbert ? C’est que, voyez-vous, l’émir Abdelkader a perdu la bataille, c’est une victime. Et lorsqu’on est une victime, tous vos péchés sont vite pardonnés, y compris lorsqu’il s’agit de « crimes contre l’humanité ».

Le combat aujourd’hui n’est donc pas celui de l’histoire, qui en tant que pratique scientifique est à l’abri de ce genre de vicissitudes. On pourra faire des statues d’Adama Traoré ou mettre son nom sur le fronton de nos lycées, cela restera une façade et sa contribution historique ne sera jamais celle d’un Colbert ou d’un Faidherbe. Ce n’est pas non plus un combat pour la mémoire, comme disent certains, parce que l’objectif des « anti-racistes » n’a rien de mémoriel. La question posée ici est moins celle du passé que celle de l’avenir, de la vision qu’on présente à nos jeunes de notre constitution en tant que collectivité, des qualités et vertus qu’on entend promouvoir et des exemples qu’on lui donne à cet effet. C’est en cela que mettre au fronton du lycée le nom de Pascal ou celui de Coluche, celui de Colbert ou celui d’Adama Traoré n’est pas indifférent. Raconter la saga colbertienne – l’homme dont on disait dans les salles de classe que « plus il avait du travail, plus il était content » – ne transmet pas du tout le même message que raconter l’histoire d’une « victime des violences policières » au passé louche.

Le grand n’importe quoi que nous observons aujourd’hui tient à la convergence entre un petit groupe qui cultive les ressentiments communautaires pour se trouver une base de pouvoir et une gauche radicale pour qui les figures de Colbert, Faidherbe, Napoléon ou même Eboué sont détestables, non parce qu’elles auraient été colonialistes ou négrophobes, mais parce qu’elles représentent des qualités et vertus républicaines que cette « gauche » ne porte plus. Défendre la place de Colbert, de Faidherbe, de Napoléon, d’Eboué dans notre « roman national », c’est d’abord et surtout défendre contre les marchands de ressentiments l’idée qu’il y a des valeurs positives à transmettre à nos jeunes : le savoir, le travail, l’effort, la rigueur, le service du bien commun, et je dirais même cette « common decency » dont parlait Orwell à propos des classes populaires. Adama Traoré est-il l’icône qui peut mieux que Colbert servir à transmettre ces valeurs ? Qu’on me permette d’en douter.

Alors, camarades « progressistes » – ne parlons plus de « gauche », elle n’existe plus – vous feriez bien de réfléchir avant de participer à certaines manifestations, de signer certaines pétitions. Et vous feriez encore mieux de vous demander ce qu’on combat exactement lorsqu’on abat la statue de Colbert et on peint des murs à la gloire d’Adama Traoré. Dis-moi qui tu donnes en exemple, et je te dirais qui tu es.

 

Source

 

Ci-dessous : Félix Eboué

A quand un lycée Adama Traoré ?
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