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21 février 2021 7 21 /02 /février /2021 06:18

Alors que l’on a compté récemment plusieurs suicides chez les étudiants, que nombre d’entre eux crèvent littéralement de faim et que l’avenir semble bouché à la majorité de tous ces jeunes, la ministre Frédérique Vidal a demandé au CNRS – qui n'a pas apprécié cette patate chaude – d’enquêter sur l’islamo-gauchisme dans l’université.

 

Que le gouvernement ait fait mine de critiquer cette démarche ne trompe personne : elle s’inscri(vait) dans le cadre d’une politique générale de flicage de la population, de la jeunesse plus particulièrement. Mais pas uniquement. Si cette enquête avait pu se dérouler selon les vœux de la ministre et du banquier éborgneur, c’est tout le corps enseignant qui eût été épié de près puis mouchardé. 

 

Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, a eu une carrière de chercheuse plus qu’honorable. Mais elle fait partie de ces quinquagénaires sans complexes pour qui l’idéal républicain est une vieille histoire à consulter dans les livres de Marc Bloch quand on a le temps. Elle fait partie de ces universitaires pour qui les concours nationaux sont une survivance du passé – après tout, il n’en existe pas outre-Atlantique –  et qui rêvent de manipuler des millions.

 

Avant d’être appelée au gouvernement, Frédérique Vidal avait présidé l’Université de Nice. Son initiative la plus remarquée fut l’instauration de « diplômes d’établissement » acquis en deux ans pour la modique somme de 4 000 euros alors que les diplômes usuels, comme les masters, coûtent 256 euros de frais d’inscription. Vidal a donc transformé – au nom de « l’expérimentation », naturellement – une formation qui était publique, et donc presque gratuite, en une formation payante mais qui pourront recevoir une équivalence nationale.

 

Comment mieux privatiser sans vergogne une université, par ailleurs exsangue, qui recrute à tour de bras des personnels sans statut percevant des salaires de Zimbabwéens ? Comment faire payer aux étudiants, et à leurs parents, le remplissage des caisses vides de l’université – en attendant, demain, celles des lycées puis des écoles primaires – alors que que cela doit rester l’apanage de l’État ?

 

PS : Rappelons que Vidal a confié l’organisation de tests d’anglais à l’université à une entreprise immatriculée à Chypre et adepte de l’optimisation fiscale, pour plus de 8 millions d’euros par an.

 

Par ailleurs, les nominations et promotions des enseignants du supérieur sont décidées par le Conseil national des universités (CNU), un organe démocratique composé d'universitaires élus par leurs pairs. Au service des désidérata du banquier éborgneur, Vidal veut vider ce conseil de sa substance, l'empêchant, par exemple, de se prononcer sur la nomination des professeurs des universités (en attendant celle des maîtres de conférences). Ceux-ci seraient choisis par les universités elles-mêmes, selon des critères locaux et changeants (d'une élection du président à une autre). C'est ce qui se passe dans des “ grands ” pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne. L'objectif final – et à peine caché – du banquier étant que cette procédure soit appliquée à tous les recrutements dans l'Éducation nationale.

 

Frédérique Vidal : elle voit des islamo-gauchistes partout (et privatise l’université)
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19 février 2021 5 19 /02 /février /2021 05:07

 

 

Je suis plus que fatigué par l’utilisation intempestive des mots « décryptage » et « décrypter » par les neuneux des médias dominants.

 

Lorsque l’on utilise un terme de manière surabondante (en ce moment, chez les djeuns’, c’est « genre ») ou fausse, il y a un problème, une entourloupe, une manœuvre. Que cela soit conscient ou pas importe peu.

 

Le dictionnaire Robert nous dit que décrypter c’est « traduire des messages chiffrés dont on ne possède pas la clé. Restituer le sens d’un texte obscur. »

 

La traduction d’un message chiffré implique que l’on casse un code qui a permis l’élaboration de ce message. On a tous en mémoire la célèbre machine allemande Enigma durant la Seconde Guerre mondiale, réputée inviolable mais qui, grâce à Alan Turing entre autres, fut retournée contre les Allemands.

 

Le sens littéral a facilement débouché sur un sens figuré : « restituer le sens d’un texte obscur ». Lorsqu’on se plonge dans la lecture d’un auteur ardu du style Schopenhauer (« genre ») il est parfois indispensable d’avoir affaire à une glose, simplificatrice ou pas, qui nous aide à déchiffrer, à éclaircir, bref à comprendre une pensée, une écriture peut-être déroutante au premier abord.

 

Nous ne connaissons pas ce genre de difficulté lorsque nous avons affaire aux neuneux moyens – ou même supérieurs – des médias qui prétendent nous aider à appréhender le sens de la parole dominante.

 

Ce « décryptage » dénote la complicité entre gens des médias et gens de la politique. Ils sortent du même moule (Sciences-po pour les plus en vue) et leur but n’est pas d’informer mais de produire de la communication. Or si informer c’est aller vers l’autre, lui donner quelque chose, l’enrichir, communiquer c’est aller de soi à soi dans une démarche autotélique. Lorsqu’un journaliste annonce qu’il va décrypter le discours du Premier ministre, cela sous-tend forcément un racisme de classe ou culturel.

Décryptage
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17 février 2021 3 17 /02 /février /2021 06:20

Je produis ici un article de Jean Szlamovicz publié dans Causeur.fr (oui, je sais...) en mars 2019.

La féminisation des noms de métiers n’a rien à voir avec la féminisation de la langue française. La première suit le réel quand la seconde en est déconnectée.

Dans la grande confusion médiatique et idéologique concernant les questions de « genre », la « féminisation » est sur toutes les langues. La symbolique politique prenant le pas sur les sciences du langage, il serait bon de rappeler quelques évidences, notamment la confusion entre signe linguistique et référent extralinguistique : une vedette peut être un homme comme un mannequin peut être une femme.

« Elle est très bien, ma proctologue »

Obnubilé par quelques questions protocolaires qui ne concernent pas vraiment le bas peuple que nous sommes (faut-il dire madame le/la ministre ?), personne ne prend vraiment le temps de spécifier ce qu’est la « féminisation » comme opération en langue.

On oublie ainsi que quand les locuteurs – qui sont aussi des locutrices : le pluriel servant à regrouper, il est par définition inclusif… – veulent désigner une femme, cela fait belle lurette (salut, Lulu) qu’ils y arrivent très bien tout seul. Dire « elle est médecin » ne pose aucun problème. Pourquoi vouloir marquer sur le nom ce qui est marqué sur le pronom ?

En confondant métiers, activités et raison sociale, on néglige le fait que le but de la parole n’est pas d’identifier le sexe des gens (tiens, un mot collectif sans genre !). En effet, quand on dit « faut que j’aille chez le proctologue », il est question de la fonction et elle n’est pas sexuée. Cela n’empêche pas qu’on puisse ensuite dire « elle est très bien, ma proctologue »…

Le réel plus fort que le féminisme

En réalité, la féminisation a déjà eu lieu. Dans les faits, d’abord. Et dans les noms ensuite : partout où l’on a besoin de féminiser, l’usage (c’est-à-dire les locuteurs) s’en occupe naturellement. Pourquoi ? Parce que c’est une nécessité quotidienne. Personne n’a besoin de l’aval de l’Académie française ou du gouvernement pour parvenir à parler du réel. En français, nous utilisons depuis fort longtemps des constructions épicènes (« elle est juge, auteur, professeur »), des suffixations (avocate, policière) et toutes sortes de moyens qui permettent de référer au caractère féminin d’une personne.

Certes, la symétrie n’est pas toujours possible : la « portière » pourra difficilement devenir la femme du portier, ni la « traiteuse » celle du traiteur… Cela ne nous empêche jamais de construire notre discours.

On oublie surtout que, la plupart du temps, les prétendus nom de métiers sont en réalité des raisons sociales : transporteur, assureur, employeur, fournisseur, etc. désignent des entreprises et pas des personnes. La féminisation n’a aucun sens pour ces mots. Il en va de même des mots collectifs : nous avons lu des militants mentionnant des représentants« des personnel.le.s »… alors que le mot « personnel » ne peut pas désigner des individus singuliers (« je suis un personnel » n’est pas plus envisageable que le féminin) et qu’il n’est pas non plus pluriel.

Dans la plupart des cas, les mots fonctionnent à plusieurs niveaux : pour désigner une fonction (« je vais chez le boulanger ») ou une personne (« la boulangère était charmante aujourd’hui »). La féminisation ne peut donc pas du tout être une opération mécanique ou obligatoire car parler ne consiste pas à appliquer des nomenclatures mais à exprimer des contenus de pensée toujours contextualisés.

« Une brute » ou « une andouille » est souvent un homme

On confond aussi la féminisation des métiers, qui est l’affaire de la société, et celle de la langue qui n’en est que le reflet : « plombier » n’est masculin que dans la mesure où le métier est majoritairement masculin. Quand les « plombières » seront légions, le mot sera courant. Il n’y a rien là à réformer et il n’existe aucune injustice, ni dans la pratique socio-professionnelle ni dans la dénomination.

Au nom d’une idéologie hâtive, ignorante de la réalité grammaticale, on nous sert bien souvent une bouillie conceptuelle où le mot « femme » tient lieu d’étrange regroupement thématique. À côté de la féminisation des noms de métiers, qui est une évolution naturelle de la dicibilité du monde, se tient en ordre de marche militant l’écriture inclusive, qui est un snobisme ostentatoire où se mélangent utopisme soviétique et cratylisme crasse. Ces phénomènes sont très distincts. La féminisation est en rapport avec des intentions de discours : elle est portée par les locuteurs. L’écriture inclusive est une lubie militante.

En français, tous les mots portent nécessairement une marque de genre. On dit que le genre est grammaticalisé parce qu’il sert à différencier des mots, pas à désigner quelque chose de réel : « le piano » n’est pas plus viril que « la pendule » n’est féminine.

Quand les mots réfèrent à des humains, le genre grammatical et le genre sexuel peuvent être en décalage (quand vous avez affaire à « une brute » ou « une andouille »ce sont souvent des hommes…).

 
Noms de métiers: la féminisation n’a pas eu besoin du féminisme

 

L’écriture inclusive est discriminatoire

Quand le mot est pluriel, il inclut évidemment tout le monde (au passage « le monde » est un singulier alors qu’il désigne… « une multitude » !). Personne n’a jamais cru que dire « chers collègues » impliquait de ne s’adresser qu’aux hommes.

Quand le mot est générique, il désigne les femmes et les hommes selon le cas. C’est pour cette raison qu’on peut à la fois parler de « l’assuré », de « la victime », du « demandeur », du « candidat » à un niveau général et désigner des personnes concrètes comme « candidate », « demandeuse », etc.

Vouloir indiquer des accords doubles n’a aucun sens puisque c’est déjà ce que font le pluriel et le générique. Les militants prennent au pied de la lettre les dénominations grammaticales : ils n’ont pas compris que « masculin » et « féminin » ne voulaient pas dire « mâle » et « femelle ». Ils se scandalisent, sans saisir que le masculin et le neutre ont, en réalité, la même forme en français.

L’orthographe est déjà l’objet d’un jugement sociolinguistique car elle révèle (plus ou moins) un niveau d’études. L’écriture inclusive est encore plus clivante parce qu’elle introduit une terrible sommation : par leur orthographe, les gens devront se positionner politiquement à chaque fois qu’ils enverront un mail !

En opérant une distinction entre ceux qui sauront pratiquer l’écriture inclusive et les autres, les militants exigent que l’allégeance idéologique soit marquée à chaque instant de notre vie graphique. Drapé dans la vertu des justiciers donneurs de leçons, ce combat est en réalité un snobisme. En effet, il ne semble concerner que trois ou quatre termes fortement valorisés (« auteur », « écrivain », « chercheur »…) sans qu’il existe de revendication équivalente pour « éboueur », « charpentier », « bûcheron » ou « balayeur ».

La neutralisation des imbéciles

Seul un symbolisme politique de niche a décidé d’imposer une morale dans la langue qui n’a en fait rien à voir avec la langue. Seule l’ostension morale et idéologique d’une classe ultra-bourgeoise intervient dans ces débats vite transformés en pugilats médiatiques.

L’exigence de soumission à un ordre moral fantoche des « inclusivistes » se fait en toute ignorance des phénomènes de neutralisation du genre (l’impersonnel, le générique, le pluriel), de l’oralité, de la distinction entre genre linguistique et genre sexuel et en postulant un lien mystique entre l’influence des signes de la langue et la réalité sociale. Si ce lien existait, alors selon leur interprétation, on se demande bien comment la condition féminine aurait jamais pu se libérer du carcan de la langue…

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15 février 2021 1 15 /02 /février /2021 06:23

 

 

Dans L’Obs, Serge Raffy se demande si le pseudo-débat entre Le Pen et Darmanin (pendant que Mélenchon réalisait une prestation remarquable face à de vrais contradicteurs chez Hanouna) n’était pas un calcul délibéré de l’Élysée : « Derrière les clins d’œil, les sourires de complaisance, les haussements d’épaule, les chamailleries autour des chiffres sur l’immigration ou du nombre de fichés S, la foire d’empoigne tant vantée par les organisateurs s’est révélée une fontaine d’eau tiède. On sentait bien le malaise de Darmanin, comme s’il ne devait surtout pas affaiblir la rivale programmée du locataire de l’Elysée, ne pas risquer le « knock-out », le KO, pour reprendre un terme pugilistique. A un moment clé de la soirée, il aurait pu l’humilier quand elle perdait pied, encore et toujours, sur les chiffres de l’immigration, ces satanés chiffres qui lui brouillent la vue dès qu’elle s’y aventure. Mais Gérald le Magnanime a simplement souri devant ce flot de balivernes. Pas question de se passer d’elle. Marine Le Pen, « l’idiote utile » du macronisme, selon l’expression léniniste ? C’est sans doute le principal enseignement qu’on peut tirer de cet étrange débat télévisuel. »


 

Revue de presse (341)

 

Le site Cerises La Coopérative nous alerte sur le prochain démantèlement d’EDF : « Avant la Seconde Guerre mondiale 200 entreprises produisent de l’électricité, d’autres assurent le transport et un millier assurent la distribution. Dans le cadre du C.N.R et sous l’impulsion de la CGT l’ensemble des entreprises est nationalisé et la production électrique devient un monopole d’État. L’électricité devient ainsi un bien commun. Du plus petit village des Hautes Alpes jusqu’aux grands centres urbains, l’accès à l’énergie électrique est assuré avec un prix unique du kWh. En 1946, Marcel Paul propose un statut très protecteur pour tous les travailleurs d’EDF. Ainsi est né un grand service public de l’énergie qui a fait des émules dans d’autres pays européens.


Dans les années 2000 sous l’injonction de la commission européenne et avec l’aval du gouvernement Jospin, le marché de l’énergie est déréglementé, EDF change de statut. C’est l’ouverture du marché vers des opérateurs privés, EDF gardant le monopole de la production électrique. Aujourd’hui le « projet Hercule » en voie de finalisation par la direction d’EDF et le gouvernement serait adopté par ordonnance (donc sans débat parlementaire). EDF serait éclaté en 3 entités : une entité publique avec la filière nucléaire, une entité ouverte au marché pour la distribution, une entité ouverte aux marchés par des contrats de concessions des barrages hydroélectriques. Ce projet poursuit l’ouverture de toute activité à la concurrence et le démantèlement des services publics. Les syndicats ont organisé plusieurs journées de grève largement suivies. En vue : l’augmentation des tarifs pour satisfaire les actionnaires et la fin de l’égalité de traitement des usagers.

 

Les Marcheurs du banquier éborgneur proposent des prêts d’honneur aux étudiants. Á l’américaine. Dans les colonnes du Grand Soir, Pierre Sauve suggère un autre modèle d’aide : « Le PNSI pour étudier/travailler dans la dignité. Un Premier Niveau de Salaire Inconditionnel (PNSI) égal au SMIC, est la seule réponse juste et efficace à la détresse des étudiants. Mais l’instauration de ce premier niveau de salaire ne se limiterait pas aux étudiants. Il concernerait l’ensemble de la population à partir de 18 ans. En effet, il reconnaîtrait à chacun le statut de producteur de richesses ayant valeur économique. Il permettrait aux salariés de choisir leur collectif de travail, d’en créer un en toute sécurité. Financé par une cotisation sociale assise sur la valeur ajoutée des entreprises, il permettrait aux entreprises employant de nombreux salariés de pouvoir rivaliser avec des entreprises robotisées ayant une forte valeur ajoutée. Il exonérerait les employeurs de payer la part des salaires inférieure au SMIC, pour ne payer que la part supérieure au SMIC. L’ensemble des protections sociales, sécurité sociale, UNEDIC serait bien entendu maintenu. Il est probable qu’une telle sécurité du salaire serait de nature à limiter les fléaux sociaux que sont la misère, le chômage, le burn-out, les addictions… »

 

 

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12 février 2021 5 12 /02 /février /2021 06:05

Je reprends ici un article du site sceneweb.fr

Effarant !

 

 

En partenariat avec la Comédie-Française, Drameducation a demandé à cinq auteur⸱ice⸱s francophones d’adapter cinq pièces du célèbre dramaturge. Objectif : renouveler son oeuvre pour la rendre accessible au plus grand nombre, et notamment à ceux qui apprennent le français à travers le monde.

Déboulonner la statue du Commandeur. C’est le vaste chantier auquel s’est attelé Drameducation. Habitué, chaque année, dans le cadre du programme 10 sur 10, à organiser une résidence d’écriture où, pendant dix jours, dix auteur⸱ice⸱s composent chacun⸱e une pièce de dix pages avec dix personnages, à l’attention des professeurs de français et de français langue étrangère (FLE) à travers le monde, le Centre international de théâtre francophone en Pologne s’est cette fois attaqué au plus célèbre des dramaturges hexagonaux.

En 2019, déjà, l’organisation pilotée par Jan Nowak et Iris Munoz avait, en partenariat avec la Comédie-Française, demandé à dix auteur⸱ice⸱s de réécrire, en dix pages, dix pièces de Molière – L’Ecole des femmesDom JuanLe MisanthropeGeorges DandinL’AvareLe TartuffeLe Bourgeois gentilhommeLes Fourberies de ScapinLes Femmes savantes et Le Malade imaginaire –, à l’occasion des 400 ans de sa naissance célébrés en 2022. En forme d’édition bonus, ils ont, cette année, mis sur pied une résidence virtuelle qui s’achève ce vendredi 4 février.

Elle a conduit Marianne Dansereau, Marie Vaiana, Michel Bellier, Souleymane Thiâ’nguel et Merlin Vervaet, installés en Belgique, en France, en Guinée et au Québec, à s’emparer de cinq nouvelles oeuvres – Les Précieuses ridiculesLe Médecin volantL’Impromptu de VersaillesLe Mariage forcé et La Critique de L’Ecole des femmes – pour les passer au tamis du présent. « Notre projet est de renouveler Molière afin de le rendre plus accessible, souligne Jan Nowak. En discutant avec des professeurs de français et de FLE à travers le monde, nous nous sommes rendu compte que les pièces d’origine étaient trop difficiles pour leurs élèves. Tant au niveau de la longueur que de la langue, un peu périmée. »

Des Youtubeuses à l’affaire Polanski

Face au monstre sacré, le quintette de dramaturges s’est lancé, avec un soupçon d’appréhension et une bonne dose de gourmandise. Chargée des Précieuses ridicules, Marianne Dansereau y est allée « à fond la caisse » et a transformé les fières jeunes filles dépeintes par Molière en un groupe de Youtubeuses et d’influenceuses. Dans la même veine, Marie Vaiana s’est inspirée de l’affaire Polanski et du coup de sang d’Adèle Haenel lors de la dernière cérémonie des César pour actualiser la polémique au coeur de La Critique de L’Ecole des femmes« Rentrer dans la langue de Molière, se confronter à son rythme, se révèle passionnant car on apprend beaucoup de choses, assure-t-elle. Pour écrire, il s’inspirait d’ailleurs lui-même d’autres auteur⸱ice⸱s, ce qui nous donne une forme de légitimité. »

Au verbe réécrire, Michel Bellier préfère de son côté celui d’adapter« Tout l’enjeu est de désacraliser Molière, de le faire descendre de son piédestal afin de pouvoir se montrer un peu irrévérencieux et iconoclaste, explique-t-il. De L’Impromptu de Versailles, j’ai gardé la structure, cette unique scène, à la fois simple et compliquée, en forme de compte à rebours, mais aussi l’idée de ces comédiens qui doivent répéter un spectacle. Cette mise en abîme perpétuelle est, selon moi, toujours d’actualité dans sa façon d’interroger les rapports au pouvoir, à la censure et aux détracteurs de tous bords. »

Loin de se comporter en gardienne du temple moliéresque, la Comédie-Française voit l’initiative de 10 sur 10 comme un moyen de susciter le désir des jeunes, et moins jeunes, francophones. « Il ne faudrait pas cantonner cet exercice à une traduction, affirme la responsable de son service éducatif, Marine Jubin. Les auteur⸱ice⸱s ont leur langue et réactivent le sens de l’oeuvre de Molière à travers elle, à l’aune d’une culture et d’une actualité. Ce lien entre le théâtre classique et le théâtre contemporain permet de découvrir des auteur⸱ice⸱s d’aujourd’hui, mais aussi de donner envie de lire, ou de relire, les pièces d’origine. »

Attendue pour le mois de juin, la publication de ce nouveau tome des œuvres de Molière revues et corrigées devrait nourrir les festivités de son 400e anniversaire, prévues dans sa maison de la Place Colette à partir du 15 janvier 2022.

Fascisme intellectuel, écriture inclusive et assassinat de la culture française
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9 février 2021 2 09 /02 /février /2021 06:08
 

Dans un article qui a suscité le débat, Descartes met en garde les étudiants dans le contexte de la grave crise sanitaire dont ils sont victimes : ils jouent contre eux-mêmes s'ils demandent — et obtiennent – des aménagements de leurs cours et de leurs examens. Descartes juge par ailleurs sévèrement le laxisme des enseignants qui dévaluent leur propre travail et faussent les résultats en augmentant les notes des étudiants. Extraits.

 

Pour la génération de nos grands-parents, la vie était dure.  Ce qui nous différentie de nos grands-parents, c’est qu’ils étaient, eux, conscients de la dureté de la vie. Conscients que la nature ne cédait pas volontiers ses fruits, que – sauf pour quelques privilégiés, et encore – rien ne vous était donné. Que s’offrir une vie agréable, qu’obtenir la reconnaissance de ses pairs et de ses concitoyens passait par l’effort, le travail, la ténacité. Bref, que la société ne vous devait qu’à proportion de ce que vous lui apportiez. 

Deux générations plus tard, nous sommes dans la société du « fun ». La souffrance, l’effort sont remisés au placard des antiquailles. Tout doit être léger, amusant, divertissant. L’école doit être « ludique », le travail doit être « fun », la vie doit être un chemin de roses de laquelle tout effort, toute difficulté, toute angoisse doit être purgée. Le citoyen-consommateur a droit à ce que tout – la connaissance, le travail, la culture – lui soit servi prémâché, pour être avalé sans effort. Qui n’a pas entendu des « cultureux » expliquer qu’il faut « dépoussiérer » l’opéra ou le musée – ce qui en bon français veut dire organiser des expositions et des spectacles « faciles », qui ne nécessitent de l’auditoire aucun effort, aucun travail de compréhension ?

Et bien entendu, ce citoyen élevé au « fun » est un être fragile. L’exposer à la cruauté du monde pourrait sérieusement le traumatiser. Passer des vrais examens, où l’on exige des vraies connaissances et on ne remonte pas les notes de ceux qui ne savent pas ? Vous n’y croyez pas, cela pourrait affecter gravement la « confiance en soi » des étudiants.

Quel est l’être à qui on offre tout prémâché, de qui on ne demande aucun effort, à qui on occulte la cruauté du monde ? Quel est l’être pour qui tout est jeu ? La réponse est évidente : c’est le jeune enfant. Nous vivons dans une société infantilisée, où chacun de nous est sous l’injonction de se comporter en enfant. Pas étonnant dans ses conditions qu’on découvre chez nous toutes sortes de perversions – on sait aussi depuis Freud que les enfants sont des pervers polymorphes – et ce sentiment de toute-puissance symbolique qui s’accompagne d’une impuissance sur le réel.

Prenons par exemple l’article publié dans « Le Monde » du 5 février 2021 sur la situation des étudiants « victimes » de la pandémie : « A l’université Lyon-I, où les partiels ont eu lieu en présentiel, les enseignants du département de mathématiques ont décidé de remonter les notes, quitte à entretenir une illusion de réussite. Les étudiants sont quasiment tous venus, la fleur au fusil, sans doute parce qu’ils n’ont pas conscience de leur niveau véritable, explique Anne Perrut, maîtresse de conférences en deuxième année de licence. Au vu des résultats, nous avons changé nos exigences et adopté un coefficient multiplicateur pour augmenter leur moyenne de trois à quatre points. On ne pouvait tout de même pas les enfoncer. »

Que nous explique cette enseignante universitaire ? Que des élèves qui n’ont pas les connaissances que l’institution estime indispensables auront quand même leur diplôme. Ne pas leur donner, ce serait les « enfoncer ». Et ça, « on ne peut pas ». Le diplôme cesse d’être un certificat, une représentation réelle des connaissances acquises, pour devenir une sorte de « droit » dont il serait injuste de priver les élèves au motif qu’ils ont été empêchés d’apprendre par une circonstance extérieure.

Mais pourquoi les élèves sont venus « la fleur au fusil » ? On parle ici d’étudiants de mathématiques, c’est-à-dire, d’une discipline où l’on travaille avec un crayon et un papier. Que des étudiants de médecine se plaignent de ne pas avoir pu effectuer des dissections, que des étudiants en physique aient perdu la possibilité de passer aux travaux pratiques, cela s’entend. Mais en mathématiques ? Certains me diront que les bibliothèques sont fermées. C’est un argument irrecevable : Les ouvrages fondamentaux sont disponibles sur l’Internet – car les bases des mathématiques n’ont pas changé fondamentalement depuis cinquante ans, et la plupart de ces textes sont dans le domaine public. Ainsi, vous pouvez vous amuser par exemple à télécharger les « éléments de mathématiques » de Bourbaki en format PDF sans difficulté. Bien sûr, le contact avec l’enseignant a son importance, et on peut imaginer que le niveau baisse un peu si les étudiants sont limités dans leurs contacts. Mais de là à arriver « la fleur au fusil » et « ne pas avoir conscience de leur niveau »…

Dans le même article, un professeur de droit à l’université de Toulouse explique le problème : « les étudiants sont moins efficaces car moins disponibles d’esprit. Ils se dispersent dans les sources dont ils disposent et, à la fin, ils produisent un travail moins substantiel que s’il avait été écrit à la main dans l’amphithéâtre ». Autrement dit, ils sont incapables de travailler tous seuls, de se concentrer, de se rendre « disponibles d’esprit » pour faire un effort. Pour le dire en bon français, ils ne sont pas AUTONOMES. Ils ont besoin qu’on leur dise ce qu’il faut faire, comment il faut le faire, et qu’on surveille qu’ils le font. Bref, qu’on les traite comme des enfants.

Comment les étudiants pourraient-ils prendre conscience de leur valeur si leurs maîtres leur mentent, fut-ce avec la noble intention de « ne pas les enfoncer » ? Ce sont au contraire les professeurs – honte à eux – qui se prêtent à cette mascarade qui « enfoncent » leurs élèves en leur mentant sciemment sur leur niveau. Rater un examen, cela arrive à tout le monde et n’a jamais tué personne. L’illusion qu’on sait alors qu’on ne sait pas, elle, peut être fatale parce qu’elle est ensuite très difficile à dissiper.

Ceux qui nous expliquent que les étudiants sont traumatisés de ne pas pouvoir faire la fête, de devoir étudier seuls enfermés chez eux et éloignés de leurs professeurs, et qu’ils seraient pénalisés si leurs professeurs notaient honnêtement savent-ils que pendant la longue nuit de l’Occupation leurs ancêtres ont étudié dans des conditions infiniment pires ? Qu’on a passé le bac – le vrai bac, avec des vrais examens, pas le substitut que nous avons aujourd’hui – sous les bombes dans la Normandie de 1944, et qu’on ne « donna » pas l’examen pour ne pas « enfoncer » les candidats bacheliers ? Que l’université de Strasbourg pendant l’occupation a été repliée à Clermont-Ferrand et qu’on y étudia sous un couvre-feu bien plus sévère qu’aujourd’hui, avec le ventre vide et sous la menace des rafles. Et pourtant on ne fit pas de cadeaux aux examens, on ne baissa pas l’exigence, au contraire. Je me demande ce que Marc Bloch – qui fut professeur dans ces circonstances – aurait pensé de l’idée de conférer un faux diplôme – car un diplôme qui certifie des connaissances inexistantes est un faux, quand même bien il serait tamponné et signé dans les formes – pour ne pas « enfoncer » ses étudiants. Je me demande aussi ce que les étudiants de ce temps-là auraient pensé d’une université qui leur aurait accordé un grade qu’ils ne méritent pas. Personnellement, je ne confierais pas ma tête à un avocat qui me dirait « je ne connais pas mon droit, mais j’ai eu le diplôme l’année du Covid ».

On dénonce le fait que notre gouvernement nous traite comme des imbéciles ou des débiles. Mais le gouvernement ne fait que ce que l’ensemble des responsables institutionnels font à leur niveau : taire les vérités de peur de traumatiser les enfants que nous sommes devenus. Car, voyez-vous, nous sommes devenus faibles, nous avons besoin d’être conservés dans du coton, qu’on nous protège, y compris contre nous-mêmes, qu’on nous dise ce qu’il faut faire. Nous ne sommes plus capables de rien faire tous seuls : il faut des gens qui nous surveillent pour étudier, des gens qui nous « coachent » pour trouver du travail, des gens qui nous aident pour nos démarches. Et à force d’insister, on forme une société infantile, navigant entre la toute-puissance et l’impuissance. Une société où « tout le monde est Charlie », mais où comme à Ollioules l’ensemble de la « communauté éducative » (100% des professeurs, 89% des parents et 69% des élèves, selon LCI) ont voté « non » à la proposition de la mairie de renommer le collège pour lui donner le nom de Samuel Paty, au motif que cela « transformerait le collège en cible ». Depuis quand abdique-t-on en France l’honneur d’être une cible ?

Un an de pandémie a mis en lumière la résilience des Français. Elle a aussi souligné cruellement la débilité de notre discours public, l’incapacité de nos élites – politiques, médiatiques, intellectuelles – à tenir aux citoyens un discours adulte. Ils ont versé dans l’infantilisation et la démagogie. Voilà un sujet qui mérite réflexion, notamment si l’on pense à la campagne électorale de 2022, si nous ne voulons pas que le monde d’après ressemble drôlement au monde de maintenant.

 

Malheur à la République où le citoyen est un enfant !

PS : L'université de Leicester en Grande-Bretagne a décidé d'abandonner les enseignements de littérature anglaise (ne parlons pas de celles d'autres pays) antérieure à 1500. Afin de répondre aux “ attentes des étudiants ”. Vont ainsi passer à la trappe les célèbrissimes Contes de Canterbury de Chaucer. Aussi importante que La Chanson de Roland en France, cette œuvre est le premier texte écrit en langue anglaise. Pour les linguistes et, plus prosaïquement, pour les amateurs et les amoureux de cette langue, il s'agit d'un outil irremplaçable.

D'origine sri-lankaise, le “ boss ” (soyons modernes) de cette université est un spécialiste du multimédia et de l'informatique. Il se fait des balls en or comme consultant pour British Telecom, la BBC, Thales, Toshiba. Cet homme d'affaires a sûrement une âme puisqu'il est membre d'une association qui lutte contre la harcèlement racial dans l'enseignement supérieur. Mais cette âme connait ses limites car, en janvier 2021, il a fait l'objet d'une motion de défiance quasi unanime de la part du principal syndicat de l'université suite à sa proposition d'un licenciement massif d'enseignants. Il faut bien licencier quand on coupe la tête de Chaucer...

 

 

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8 février 2021 1 08 /02 /février /2021 06:05

 

 

Lu dans La Nouvelle République : Le chêne rouvre du chemin de la Matauderie, âgé de plus de 350 ans, s’est effondré dimanche 31 janvier dans la matinée. Un feu a pris dans son tronc creux.

 

Le chêne était l’un des monuments de la ville de Poitiers. En 2019, la commune avait obtenu sa labellisation en tant qu’Arbre remarquable de France.

 

Dimanche matin, un habitant de ce quartier a entendu un énorme craquement : le chêne creux s’effondrait sur lui-même.

 

Quelques minutes plus tard, les gérants de l’écurie voisine apercevaient de la fumée montant des alentours de l’arbre et alertaient les pompiers. Une fois sur place, ceux-ci n’ont pu que contenir les flammes en remplissant de neige carbonique ce qui restait du tronc.

 

Une légende assez improbable attribue la plantation de cet arbre au fabuliste Jean de La Fontaine, auteur du Chêne et le roseau, à l’occasion d’une visite à ses cousins Irland, propriétaires des terres environnantes.

 

Dans la fable, c'est le vent du nord qui fait mourir l'arbre :

 

L'Arbre tient bon ; le Roseau plie.

Le vent redouble ses efforts,

Et fait si bien qu'il déracine

Celui de qui la tête au Ciel était voisine

Et dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts.

 

En France, on assassine maintenant des arbres.

 

J'ai vécu pendant 10 ans à trois kilomètres de cet arbre.

 

 

 

Revue de presse (340)

Richard Horton explique dans The Lancet pourquoi la crise du Covid n’est pas une pandémie mais une syndémie. Deux types de pathologie interagissent actuellement au sein de populations spécifiques : une infection présentant d’importants syndromes respiratoires aigus de coronavirus 2 et un échantillon de maladies non transmissibles. Ces maladies se concentrent sur les groupes sociaux les plus profondément touchés par les inégalités de nos sociétés. L’association de ces deux types de pathologies aux disparités socio-économiques exacerbe leurs effets néfastes respectifs. Le COVID-19 n’est pas une pandémie : c’est une syndémie. Considérer le COVID-19 comme une syndémie a comme conséquence majeure d’en souligner les origines sociales. Vulnérabilité des citoyens les plus âgés ; Noirs, Asiatiques, minorités ethniques ; les travailleurs essentiels, en général peu payés et dotés de couvertures santé moindres ; ces données viennent mettre en évidence une vérité trop peu reconnue : peu importe l’efficacité du traitement ou du vaccin, poursuivre une solution purement biomédicale à le COVID-19 échouera. À moins que les gouvernements ne conçoivent des politiques et des programmes enclins à s’attaquer à ses profondes disparités, nos sociétés ne pourront jamais être à l’abri du COVID-19.

 

 

 

Initiatives communistes relève les lois et pratiques du pouvoir, autoritaristes et liberticides.

 

En se limitant à la seule année 2020, nous pouvons recenser :

 

La relégation des députés au rang de pantins, sans recul critique.

 

La substitution progressive du « Conseil de Défense » au Conseil des ministres, reléguant ces derniers au rôle de faire-valoir (à commencer par le Premier d’entre eux, Jean Castex).

 

Le projet de loi dite « Sécurité globale », conférant une véritable immunité (et une impunité) aux forces de l’ordre pouvant désormais échapper aux images au cours de leurs interventions et, ainsi, aux poursuites.

 

Les décrets de décembre 2020 prévoyant le fichage des « opinions politiques » et des « convictions philosophiques et religieuses » – et même l’enregistrement des données relatives aux troubles psychologiques ou psychiatriques et aux addictions.

 

La tentative du ministre Blanquer de faire passer, en mai 2020, une fiche Eduscol – destinée à fournir des « pistes de réflexion » aux enseignants – qui appelait à repérer les cas de « fronde contre les mesures gouvernementales » et à prévenir les « idées radicales du communautarisme » « politique » et « social ».

 

Cette « dérive » ultra-autoritaire – en fait il s'agit d’une pratique consubstantielle à l’ordre capitaliste euro-atlantique prôné par Macron et ses prédécesseurs – se traduit par une répression sauvage croissante, déjà à l’œuvre sous Sarkozy et accrue depuis la loi Chômage qui poussa Manuel Valls à réprimer férocement les contestations. Et depuis ce printemps 2016, la répression n’a cessé de s’accentuer.

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6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 06:07
 
Une tribune poignante dans Libération
 
 
 
Par où commencer, quand il faut tout reprendre, tout déconstruire. Comment faire, quand on ne donne au corps enseignant que des bouts de ficelle, des demi-heures de soutien ?
 

Je suis enseignante dans un collège. C’est un collège classique, qui n’est pas classé REP, qui fait peu de bruit. On y rencontre les mêmes problématiques qu’ailleurs : des classes chaque année plus bondées, des enseignants fatigués, chargés d’heures supplémentaires, une vie scolaire clairsemée, faute de postes suffisants et de conditions de travail décentes, un personnel médico-social débordé… Et au milieu de cela, des élèves, bouillonnant d’énergie, souvent dépassés par ce qu’ils entendent, ressentent, et parfois disent, exigeants, vifs, souvent brillants.

Dans ce collège classique, les disciplines s’enseignent, les «savoirs fondamentaux» se travaillent, mais ce ne sont pas toujours ceux que l’on croit. En filigrane des matières, des mots s’échangent, des valeurs se jaugent, et il n’est pas nécessaire de tendre l’oreille pour saisir ces discours du quotidien : «Ah bon, on peut tomber enceinte en buvant du Redbull  ; «Non mais t’es gay ou quoi  ; «Et toi, avec ta jupe, t’attends qu’on te viole  Phrases parfois dites en l’air, souvent reflet du monde des adultes, qui viennent frapper ici de plein fouet des adolescent·e·s qui s’interrogent, qui se cherchent, et qui se brisent. On a alors besoin de temps, d’énergie, de ressource, pour leur permettre de se réapproprier leur corps. On a besoin de temps, d’attention et de soutien, pour réparer les dommages et restaurer les confiances. On a besoin de temps, d’heures de débats, d’écoute et de partage, pour déconstruire ce qui se passe quand l’excitation monte, que la frustration gagne et qu’on se retrouve à dire des horreurs à celle qu’on voulait probablement séduire.

Une belle idée qui n’existera que sur le papier

Mais ce temps précieux, d’autres sujets le réclament, car c’est aussi dans ce collège classique que Djibril (1) suivait ses cours l’année dernière. Djibril, ce garçon de 15 ans retrouvé dans une cave tuméfié, poignardé, victime d’une vieille guerre de quartiers qui impose que régulièrement des jeunes d’une ville s’arment de barres de fer, de battes et maintenant de couteaux pour aller fracasser leurs voisins. Le maire de la ville a annoncé qu’il préparait avec son homologue limitrophe plusieurs actions pour enrayer cette violence, en impliquant les services de police, les associations de quartiers et les établissements scolaires. Fort bien ! Il va en falloir en effet, des projets éducatifs, pour réconcilier ces deux villes ennemies, il va en falloir, de l’accompagnement consciencieux pour que nos élèves s’approchent, se parlent et s’écoutent, qu’ils apprennent finalement à vivre ensemble.

Ah, mais voilà : du temps, des heures, de la disponibilité, il n’y en a pas. Les caisses sont vides, a-t-on annoncé lors du dernier comité académique chargé de discuter de la répartition horaire globale des établissements, cette fameuse enveloppe qui dicte nos conditions de travail.

Mon collège fait peu de bruit. Il est donc placé parmi les tous derniers du département en termes d’heures rapportées au nombre d’élèves. Nous perdrons, à la rentrée prochaine, deux classes, ce qui fera monter nos effectifs à 28 minimum sur deux niveaux. Voilà de bonnes conditions pour mener des débats pertinents, pour faire dialoguer nos élèves ! Des postes seront supprimés, des enseignants qui s’étaient investis dans la vie du collège partiront et nous accueillerons des remplaçants, écartelés entre plusieurs établissements, n’ayant le temps de rien, parfois même pas de manger. Voilà de bonnes conditions pour monter des projets d’établissement ambitieux, répondre à de sanglantes guerres locales ! Nous n’aurons plus non plus d’heures pour développer des projets, même plus assez pour mettre en œuvre le fameux programme d’éducation à la sexualité dont l’application est obligatoire, mais qui ne dispose ni d’heures fléchées, ni de formation automatique des enseignants. Une belle idée qui n’existera que sur le papier, encore.

Trop de batailles

Cet après-midi, j’étais donc sous la pluie. Je distribuais des tracts pour les familles, les alertant de ce cauchemar qui se trame, année après année, de ces moyens si peu à la hauteur de leurs enfants. Je pensais à mes élèves, anciens et présents, à ces conflits qui les agitent et qui les blessent. Je pensais à leur résilience, à leur intelligence, aux débats qui les animent et qui ne demandent que de l’espace pour s’exprimer, pour un peu qu’on leur fasse confiance. Je pensais aux caisses soi-disant vides, et à mon cher ministre qui a, pour la deuxième année consécutive, rendu 200 millions d’euros à l’Etat, 200 millions budgétés pour mes élèves, pour Djibril, pour l’élève de cinquième de l’année dernière qui ne savait toujours pas lire et pour lequel nous n’avions aucune solution… J’étais là, avec mes tracts, et j’étais désespérée.

On n’imagine pas l’énergie qui est déployée par ces enfants, par les adultes qui les entourent, par un établissement. Mais même les plus grandes volontés rencontrent leurs limites quand elles mènent trop de batailles, et qu’elles sont trop seules. Par où commencer, quand il faut tout reprendre, tout déconstruire, expliquer aux enfants que ce n’est pas en poignardant un autre qu’on devient un homme, et que ce n’est pas en lui parlant de viol qu’on séduit une jeune fille ? Et comment faire, quand on nous donne, pour toutes armes, des bouts de ficelle, des demi-heures de soutien ?

C’est un combat qui broie ses combattants car en attendant, moi, je les vois tous les jours ces jupes vacillantes, ces élèves qui ressassent des mots qui les entravent et dont personne ne les libère, ces garçons qui griffonnent de leur écriture d’enfant le nom de la ville rivale, inconscients de l’engrenage qui les attrape.

Et notre ministre, dans son bureau du VIIe arrondissement, lorsqu’il rend 200 millions d’euros, rend des heures, rend du temps, les voit-il ?

(1) Le prénom a été modifié.

Nous, enseignants, sommes trop seuls pour toutes ces batailles
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3 février 2021 3 03 /02 /février /2021 06:11

Serge Halimi s’étonne du pouvoir acquis par les réseaux sociaux (“ Taisez-vous ”) : « Ce 9 janvier 2021, onze jours avant la fin du mandat de M. Donald Trump, et alors que même une partie de ses féaux républicains l’avaient lâché, Twitter a décidé de fermer son compte, et Facebook de le suspendre. Les méfaits de l’ancien président n’étaient pourtant pas plus meurtriers que ceux de la CIA ou d’autres chefs d’État dont les comptes n’ont jamais été menacés ; prétendre (à tort) que sa défaite électorale avait été obtenue par la fraude n’était pas plus pendable que d’avoir menacé (sur Twitter) la Corée du Nord du feu nucléaire. Et les « discours de haine » que les plates-formes électroniques reprochent aujourd’hui à M. Trump, après en avoir énormément profité, n’égalent pas la gravité extrême de ceux que ces mêmes réseaux « sociaux » ont diffusés en Birmanie ou en Inde contre les minorités musulmanes. Mais Twitter et Facebook ne se caractérisent ni par leur cohérence, ni par leur courage. Enhardis par l’incroyable mansuétude avec laquelle gouvernements et individus les ont laissés agir et grandir, ils en ont déduit que tout leur était permis. Qu’ils puissent clouer le bec au président des États-Unis donne la mesure vertigineuse du pouvoir qu’ils ont acquis. »

 

 

Qui veut la mort d’EDF, demandent Anne Débrégeas et David Garcia : « Plus que jamais, la menace du dérèglement climatique commande d’investir dans l’efficacité énergétique et le renouvelable. Mais, à Paris et à Bruxelles, la priorité reste de démanteler le service public. Dernier avatar d’une obstination à favoriser artificiellement les prestataires privés dans la fourniture d’électricité, le projet Hercule cristallise les inquiétudes. »

 

 

Pour Thomas Frank, les « paranoïas américaines » ne s’arrangent pas : « Ainsi, l’ère de M. Donald Trump est arrivée à sa conclusion, dans une apothéose d’égotisme, d’incompétence et de violence. Le président milliardaire avait gardé le pire pour la fin. Après avoir perdu l’élection du 3 novembre 2020, il a refusé de reconnaître sa défaite et engorgé les tribunaux de dizaines de recours — tous rejetés, y compris par les juges qu’il avait nommés —, prétendant que la victoire lui revenait et qu’elle lui avait été volée selon une méthode non spécifiée. Cette théorie absurde est devenue parole d’évangile pour les élus républicains, notamment les plus jeunes et les plus ambitieux, qui se sont hâtés de la colporter. Le point culminant a été atteint le 6 janvier, lorsque M. Trump a appelé ses partisans à se diriger vers le Capitole, à Washington, où les parlementaires étaient en train de certifier le résultat du scrutin. »

 

 

 

Le Monde Diplomatique (249)

Leigh Phillips s’interroge sur les “ mirages de la décroissance ” : « D’un côté, les partisans d’une frugalité volontaire, renvoyés à la « lampe à huile » par le président français Emmanuel Macron. De l’autre, des dirigeants d’entreprises polluantes débitant des gadgets destinés à alimenter l’aliénation par la consommation. Les caricatures qui structurent les débats sur la croissance ne nous privent-elles pas d’une réflexion sur les finalités potentielles de l’activité économique ? »

 

 

Philippe Descamps et Ana Otašević dénoncent le clientélisme et les vertiges identitaires au Monténégro : « Pour la première fois de son histoire, le Monténégro connaît un changement de pouvoir par les urnes. Sous la férule de M. Milo Ðukanović, l’équipe sortante a été successivement communiste, nationaliste panserbe et russophile ; indépendantiste, puis atlantiste et proeuropéenne… La nouvelle majorité n’échappe ni aux logiques identitaires ni aux pressions extérieures qui imposent un cadre étroit au renouveau attendu. »

 

 

Laura Diab et Guillaume Ptak évoquent le sort des petits épargnants ruinés en Ukraine : « Depuis 2014, l’Ukraine a purgé son système bancaire de plus d’une centaine d’établissements. Passée relativement inaperçue en raison des affrontements armés dans le Donbass, cette guerre économique a été menée au nom de la lutte contre la corruption. Mais elle a ruiné des milliers d’épargnants et a simplement rebattu les cartes à l’intérieur de l’oligarchie – sans la faire vaciller. »

 

 

Rory Scothorne est sûr que l’Écosse crève d’indépendance : « Si le Covid-19 ne perturbe pas le calendrier électoral, à l’approche du 6 mai 2021 l’Écosse se retrouvera sous les feux de la rampe dans le drame constitutionnel interminable que le Royaume-Uni offre au monde depuis quelques années. Le scénario est déjà écrit : en dépit de la pandémie, les sixièmes élections générales écossaises se joueront, plus encore qu’auparavant, autour de la question de l’indépendance. Non seulement le Parti national écossais (SNP) est promis à une quatrième victoire d’affilée, mais l’indépendance est arrivée en tête dans une série inédite de dix-sept sondages. Si, comme en 2011, le SNP emporte la majorité, il exigera la tenue d’un référendum sur la question ; dans le cas contraire, il s’appuiera sur les Verts écossais pour l’obtenir.

 

 

Selon Guillaume Long, il existe trois projets pour l’Équateur : « La dernière campagne présidentielle équatorienne avait été marquée par un projet : la continuité que M. Lenín Moreno promettait de mettre en œuvre avec le mandat de M. Rafael Correa — avant de trahir son bilan en tous points. Quatre ans plus tard, tous les candidats à la magistrature suprême s’entendent sur une urgence : rompre avec M. Moreno, qui ne se représente pas. C’est que l’Équateur va mal. La pandémie de Covid-19 y a été particulièrement sévère. Le gouvernement a recensé 13 932 victimes de la maladie en 2020. mais l’excès de mortalité par rapport aux années précédentes s’élève à près de 40 000 personnes, dans un pays de 17 millions d’habitants. Bien que l’on ne puisse pas affirmer avec certitude que toutes ces disparitions sont une conséquence du coronavirus, elles résultent néanmoins de la crise sanitaire provoquée par la pandémie.

 

 

José Natanson explique pour quoi, en Argentine, le maté survit malgré le Covid : « Si le Covid-19 tue, il transforme également le quotidien. De trop faibles capacités hospitalières face à la pandémie ont en effet imposé de rompre avec certaines habitudes. En Argentine, la journée est scandée par le partage — en famille, au travail, entre amis — d’une infusion, le maté, dans un rituel que la maladie a menacé. Un temps seulement… »

 

 

Akram Belkaïd estime que Le Caire est toujours en quête d’influence : « Tout en multipliant les violations des droits humains, le président Abdel Fattah Al-Sissi tente de replacer l’Égypte au cœur du jeu diplomatique régional. Il veut renforcer ses relations avec l’Arabie saoudite et éviter les tensions avec la nouvelle administration américaine. Le Caire n’exclut pas d’intervenir en Libye et cherche des alliés pour contrecarrer le projet de barrage éthiopien aux sources du Nil. »

 

 

Pour Maëlle Mariette, la course des producteurs de lait devient infernale : « Dans un gigantesque bâtiment de cinq mille mètres carrés, des centaines de vaches qui ne fouleront jamais l’herbe déambulent sous de grands ventilateurs-brumisateurs qui tournent silencieusement. À intervalles réguliers, de petits wagonnets parcourent le corps de ferme sur leurs rails, circulant d’un silo de stockage à l’autre, mélangeant les aliments et distribuant les rations. Dans l’étable, rebaptisée « stabulation », les vaches vont et viennent autour de quatre imposantes machines rouges. Ce sont des robots de traite. Attirées par une ration de granulés, elles viennent s’y placer à tout moment du jour et de la nuit, laissant les portes se refermer le long de leurs flancs. Le processus est entièrement automatisé : le robot commence par identifier la vache grâce à son collier électronique, puis il détecte l’emplacement de ses pis au moyen d’une caméra intégrée. Débarrassés de leurs saletés par un rouleau nettoyeur, ceux-ci sont ensuite scannés par un laser 3D rouge qui détermine la localisation des mamelles au millimètre près. La machine y place alors ses gobelets trayeurs : la traite peut commencer. »

 

 

Joël Cabalion et Delphine Thivet analyse un événement considérable dont nos médias dominants ont peu parlé, la révolte des paysans indiens : « Depuis fin novembre 2020, des centaines de milliers de paysans se sont installés aux portes de la capitale indienne, New Delhi, bien décidés à faire plier le gouvernement. Ce n’est pas la première fois que les agriculteurs occupent le devant de la scène médiatique et politique en Inde : parfois en raison de drames, comme des suicides en nombre ; parfois en raison de leurs combats contre les organismes génétiquement modifiés (OGM) ou encore contre les expropriations. Cette fois, cependant, leur nombre, leur détermination, leurs modes d’action et le ralliement d’une large partie de la société opposée à la politique du premier ministre Narendra Modi concourent à donner à ces rassemblements un caractère inédit. L’adoption de trois lois, proposées par le gouvernement début juin et votées par le Parlement à la mi-septembre, a mis le feu aux poudres dans un secteur déjà largement laminé. Sa part dans la population active est passée de 70 % en 1951 à 48 % en 2011. Si, pour Ashok Gulati, expert indien reconnu et soutien de ces réformes, il s’agit de poser les « fondations de la modernisation de l’agriculture » du pays. pour les premiers concernés ces lois marquent le début d’un démantèlement de la politique agricole et alimentaire mise en place dans les années 1960-1970. »

 

 

Peter Bengtsen évoque la condition des paysans malais qui ont du sang et des larmes sur leurs gants : « Alors que l’utilisation des gants en latex ou en nitrile explose avec la pandémie de Covid-19, les industriels de Malaisie, premiers producteurs mondiaux, profitent d’une main-d’œuvre à bon marché en provenance des pays pauvres voisins. Le piège de la dette se referme alors sur les immigrés, contraints d’emprunter pour avoir le droit de travailler. »

 

 

Philippe Leymarie demande si l’armée française doit quitter le Sahel : « Malgré huit ans de perfusion militaire et économique, les attaques se sont multipliées et étendues du nord au centre du Mali, puis dans le nord du Burkina Faso et du Niger. On a dénombré plus de quatre mille morts en 2019, soit cinq fois plus qu’en 2016, selon le Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (Unowas). Mobiles, flexibles, profitant du « vide d’État ». les groupes armés fuient les agglomérations, préférant s’établir dans les confins, les zones frontières, voies de passage des denrées, des trafiquants d’armes et de drogues, des combattants, des migrants.

Les forces déployées au Sahel depuis l’opération française « Serval », en 2013, n’ont pu venir à bout des quelques centaines ou milliers de combattants de ces katiba (bataillons), qui évitent les affrontements directs et ont su développer une stratégie d’ancrage au sein des populations sans avoir à assumer de souveraineté officielle. »

 

 

Rendant compte du dernier livre de Jean-Pierre Chevènement, Serge Halimi estime que François Mitterrand a laissé un héritage empoisonné : « Il y a un peu plus de quinze ans, M. Jean-Pierre Chevènement analysait déjà l’histoire de la gauche française et sa propre expérience au gouvernement dans les postes les plus divers : industrie, éducation, défense, intérieur. Depuis, il n’est pas redevenu ministre, ni candidat à l’élection présidentielle, mais son premier livre de Mémoires n’avait apparemment pas épuisé le sujet. L’ouvrage qui paraît aujourd’hui, un peu moins solennel et davantage rédigé sur le mode du récit, complète utilement le précédent. Le personnage de François Mitterrand y occupe une place centrale. Cela se comprend : l’homme résida quatorze ans à l’Élysée et fut tout à la fois celui qui arracha les socialistes à leurs alliances avec le centre, leur permettant ainsi d’arriver au pouvoir, puis celui qui en fit les cousins des libéraux proeuropéens incarnés par Valéry Giscard d’Estaing, que Mitterrand avait empêché d’effectuer un second septennat. M. Chevènement analyse brillamment ce retournement. Parfois, il affecte de ne pas en avoir été surpris. Ébauchant dès 1967 l’alliance de sa petite bande d’amis et de Mitterrand, il signale le peu d’enthousiasme que celui-ci leur inspirait alors : « Il avait à nos yeux quelques lacunes : il ne connaissait pas grand-chose au socialisme (…). En matière de gauche, sa rhétorique en était restée à Lamartine. (…) Sa culture économique était malheureusement nulle. » M. Chevènement fit néanmoins le pari d’aider son nouvel allié « à combler ou à tout le moins dissimuler ses lacunes ». Il admet aujourd’hui avoir péché par orgueil : « En politique, j’avais tout à apprendre, et j’ai beaucoup appris de François Mitterrand. » »

 

 

Jean-Yves Dormagen et Geoffrey Pion expliquent pourquoi les statistiques concernant les Gilets jaunes étaient fausses : « « 287 710 » : c’est, d’après le ministère de l’intérieur, le nombre de participants à la première journée d’action des « gilets jaunes », le 17 novembre 2018. Un chiffre repris en boucle dans les médias. Mais comment comptabiliser un mouvement aussi polymorphe ? Grâce à une méthodologie originale, des chercheurs sont parvenus à des résultats bien supérieurs aux données officielles. »

 

 

Lucie Tourette observe la situation des parents isolés dans le marché du travail : « En 2008, l’allocation parent isolé a basculé dans le champ du revenu de solidarité active (RSA). Depuis cette réforme, l’administration pousse avec insistance les femmes élevant seules des enfants vers le marché du travail. Alors que le nombre d’emplois aidés s’effondre, ces allocataires subissent une injonction à laquelle elles ne peuvent répondre, sans pour autant être libérées de l’obligation d’être de « bonnes mères ». »

 

 

Thierry Discepolo estime que la légende de la Pléiade est trop dorée pour être honnête : « Sur quoi l’éminence des éditions Gallimard est-elle bâtie ? Très certainement sur la « Bibliothèque de la Pléiade ». Au début des années 1930, André Gide dut « insister près de deux ans » pour que Gallimard la rachète à son fondateur, Jacques Schiffrin, car personne alors n’y trouvait quoi que ce soit de « remarquable ». Dix ans plus tard, à l’incompétence succédera la rapine.

Né en 1892 à Bakou, héritier d’un docker ayant fait fortune dans l’industrie pétrolière, Schiffrin s’installe à Florence après que l’entreprise familiale a été nationalisée par l’État soviétique. Il y travaille pour l’historien Bernard Berenson, se forme à l’édition d’art, puis s’installe dans les années 1920 à Paris, où il crée les éditions de La Pléiade (en référence à un groupe de poètes du temps d’Alexandre Pouchkine). Son idée est simple : rendre disponibles les fondamentaux de la littérature mondiale dans un « format élégant et maniable », en rassemblant une « énorme quantité de texte sous une reliure souple en pleine peau » et sur papier bible. Soit une collection populaire mais de grande qualité, « quelque chose de commode, de pratique » et de relativement bon marché. »

 

 

Anthony Galuzzo évoque le redoutable neveu de Freud, Edward Bernays, publicitaire de lui-même, l’homme qui fit fumer les femmes et qui en fut fier : « Depuis sa disparition, à 103 ans, en 1995, le publicitaire américain Edward Bernays a suscité l’essor d’un mythe : celui d’un propagandiste d’entreprise tout-puissant, capable d’induire des changements de société et de retourner l’opinion au moyen de la publicité. Sa carrière, entamée au sein du Committee on Public Information (CPI), une commission mise en place en 1917 par le président démocrate Woodrow Wilson pour légitimer l’entrée en guerre des États-Unis, se poursuit dans un secteur encore en friche : le métier de consultant en relations publiques, qu’il exerce dans sa propre agence. Grâce notamment à la parution de ses livres Crystallizing Public Opinion (1923) et Propaganda (1928), il accède entre les deux guerres à une certaine notoriété. Mais lorsque, au crépuscule de sa vie, il accorde un entretien au chercheur Stuart Ewen. personne, ou presque, ne se souvient de lui. Or voici près de vingt ans que la figure de Bernays fait un retour progressif dans nos imaginaires. Le publiciste est régulièrement désigné — ou plutôt dénoncé — comme l’inventeur des techniques nouvelles de manipulation de masse, le père de la propagande moderne et du marketing. Un portrait lui est tout d’abord consacré dans le documentaire d’Adam Curtis The Century of the Self, diffusé en 2002 par la British Broadcasting Corporation (BBC) et dont des extraits circulent depuis sur divers plates-formes et médias sociaux. En 2007, La Découverte traduit et republie son ouvrage Propaganda. Plus récemment, Arte a diffusé un documentaire de Jimmy Leipold lui aussi en bonne partie consacré à Bernays. ce qui a entraîné la publication de multiples billets et chroniques consacrés au personnage (Brut, France Inter, Télérama…). »

 

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1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 06:28

 

 

Le site Communistes réfléchit aux fondements du pacte républicain et à la lutte des classes. Il analyse le concept d’islamophobie : « Dans le terme d’islamophobie, il y a l’idée de « communauté musulmane », un terme venu tout droit des conceptions anglo-saxonnes. L’État au service du capitalisme et l’idéologie dominée par les multinationales et le pouvoir à son service ont enfermé des millions de personnes en France, dans cette case, et parmi eux, nombre d’incroyants se voient étiquetés musulmans. Cette déviation politicienne, appuyée par les religieux bien sûr, a toujours été présente.

 

Sarkozy a donné un coup d’accélérateur avec la création du Conseil du Culte Musulman. Cette mesure est anti-laïque car l’État, par la loi de 1905, ne reconnaît aucun culte, n’a donc pas à se mêler de les organiser.

 

Faut-il rappeler aussi que Mitterrand a ouvert en grand l’éducation aux institutions religieuses ou plusieurs millions d’élèves sont soumis à des valeurs qui sont à l’opposé de l’enseignement que sont en droit d’attendre nos enfants, et payé par nos impôts. Elle conduit à remplacer les luttes pour l'égalité par des luttes pour la reconnaissance des identités religieuses et ethniques. Autrement dit, remplacer la question sociale et politique par une question d'identité. Ce que certains, nomment ainsi n’est rien d’autre que le bon vieux racisme. Comment interpréter autrement, par exemple, les quolibets envoyés aux femmes porteuses de burkini sur une plage de la Côte d’Azur il y a quelques années : « Rentrez chez vous ! ». Ce n’est pas le musulman qui est visé, mais la fille ou le gars d’origine maghrébine, africaine noire et, toujours spécifiquement, l’Algérien.

 

Le terme d’islamophobie est utile d'un point de vue idéologique. Il convient aux courants les plus obscurantistes de l’Islam qui essaient, par ce biais, sous couvert de "droit à la différence" de s’en prendre à la laïcité et, par exemple, au droit au blasphème et bien entendu aussi à conforter leur emprise sur une main d’œuvre devenue captive et possiblement utilisable pour tous leurs trafics.

 

Le site critique ensuite les partisans de l’islamo-gauchisme.

 

Ce qui se cache derrière, c’est l’attitude des "chevaliers" défenseurs d’une veuve et d’un orphelin appelés «communauté musulmane ». Les idéologues de la bourgeoisie avec leur boîte à idée comme l’Institut Montaigne manient l'islamo-gauchisme comme un énième hochet permettant de jouer à la révolution des mœurs. Pendant ce temps-là, on ne parle ni de laïcité, ni de lutte des classes.

 

Dans le monde, depuis toujours, le fascisme a souvent une connotation religieuse. Aujourd’hui l’organisation fasciste la mieux structurée dans le monde est celle des Frères Musulmans, qui en coche toutes les cases : direction petite-bourgeoise, utilisation de nervis sous une forme différente et guerrière (DAECH) ou faiseuse d’attentats, embrigadement total de la population là où ils sont au pouvoir, contrôle de tous les moyens de production et des media par la classe dominante et lutte à mort contre les révolutionnaires. Mais on peut également citer, notamment en Amérique et en Afrique, les fascistes évangélistes comme Bolsonaro au Brésil, ou en Argentine d’où le pape est issu après avoir soutenu la dictature et les exécutions sommaires d’opposants. »

 

 

 

Selon Le Monde, l’année 2020 aura été marquée par une hausse des faits constatés de violences sexuelles et intrafamiliales. Le bilan annuel de la délinquance présenté jeudi 28 janvier par le ministère de l’Intérieur illustre les particularités d’une année 2020 marquée par deux longues périodes de confinement, entre promiscuité inédite, occupation quasi-constante de lieux d’habitation et mobilité considérablement réduite. Le tableau chiffré des infractions dressé par le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure rend logiquement compte des conséquences de ces épisodes. Il confirme également, sans surprise, une indiscutable tendance de fond : la recrudescence des violences intrafamiliales, redoutée des associations de prévention et de défense des victimes dès l’annonce du premier confinement par le président de la République le 16 mars 2020.

Revue de presse (339)
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